‹ La comédie au coin du feuChapitre 32 sur 200 · LAUZUN, DE VIVONNE · texte numérisé non relu

LAUZUN, DE VIVONNE

LAUZUN. ^ Eh bien! Vivonne, donne-moi raison de cetle offense ! Je ne veux pas avoir tiré l'épée pour rien. VIVONNE. = Ah! ça, que veux-tu dire?

LADZDN. = Je veux dire qu'il fait bon aujourd'hui avoir des cotillons dans sa manche et qu'au train dont vont les choses, je ne désespère pas de te voir bientôt maréchal de France.

vivoNNB. = Ni moi non plus.

LAUZUN. = Quand on a de si grands talents militaires I

VIVONNB, = Tu sais que j'ai une épée!

LAUZUN, rongaînant. = Tu as trop d'esprit pour la prendre

au sérieux. (S'appuyant sur Tépaule de Vivonne et lui montrant les appartements royaux.) Oui, tu as réussi là, où Yillarceaux avait échoué.

VIVONNB. = Je ne te comprends pas.

LAUZUN. = Villarceaux avait une nièce comme tu as une sœur.

VIVONNB. = Ceci est une impertinence, monsieur le duc de Lauzun!

LAUZUN. = Franchement, cela m'en atout l'air, monsieur le duc de Vivonne I

VIVONNB. = Ah! ahl mon ami Lauzun voudrait-il me faire expier lés rigueurs de madame de Montespan?

LAUZUN. = Et quand cela serait, mon aini Vivonne refuserait-il de me faire raison?

VIVONNB. = Pour un homme d'esprit, c'est bête comme tout ce que tu me proposes-là. Mais, mon cher enfant, si tu veux que nous nous battions ensemble, commence par rendre les chances égales. Fais-toi casser une épaule et pratique-toi sur le corps vingt-huit incisions que je puis produire, et puis tu attendras que j'aie maigri, car en bonne conscience, la partie ne sera pas égale tant que j'aurai le volume d'un éléphant et toi, celui d'un...

LAUZUN. = Ainsi je ne puis tirer de toi aucune réparation ?

VIVONNB. = Je suis prêt à te tenir tête à table et au lansquenet.

LAUZUN. = Prends garde ! On pourrait croire que tu manques de cœur,

vivoNNE. = Du cœur, j'en ai comme deux, cher ami; mais malheureusement je suis gros comme quatre. Et puis j'ai pris l'habitude de rire de tout depuis que tu m'as surnommé le Démocrite du siècle. Pour toi, tu ne pleures pas, mais tu n'en es pas plus gai pour cela.

LAUZUN. = Il n'y a pas de quoi rire.

VIVONNE. =De quoi te plains-tu? Ce sont tes amis qui devraient se plaindre de te voir monter si haut I

LAUZUN. = Retiens bien ceci, Vivonne! Plus on monte et plus on est loin du but.

VIVO N NE. = Où veux-tu aller?

LAUZUN. = Je ne sais pas, mais je veux monter toujours.

VIVONNE, regardant en haut. = Il y a douc des femmes làhaut? Ah 1 mon ami, tu te laisseras toujours prendre aux toiles d'araignées que filent les coquettes.

LAUZUN. = Et toi?

^ vivoNNB. = Moi, je suis comme les bourdons, je passe à travers. Les femmes! Elles ne sont venues sur la terre que pour le malheur des hommes, le ciel ne contient pas tant d'étoiles, ni la mer tant de poissons, que la femme a de fourberies cachées dans son cœur. Philippe de Macédoine, n'a jamais soutenu qu'une guerre terrible, celle de sa femme Olympias... On ne peut pas remuer un de leurs noms sans remuer des malheurs. Hélène? toute une Iliade de maux. Pénélope? toute une Odyssée d'infortunes. Déjanire? qui a empêché Hercule d'accomplir un quatorzième travail. Et les Danaïdes, un tonneau sans fond. Et Xantippe? la ciguë... Gicéron n'avait qu'un ami, il lui donna sa sœur en mariage. La femme est la clef du péché; les armes du diable; l'ex 1 du paradis; le venin de l'aspic; l'artifice du dragon; le diable est tout seul, quand il fait le mal, mais la feimne a

MADAME scARRON. = Oh! sire I comment vous remercier! (A madame de Montespan.) Oli I madame la marquise, recevez le serment que je fais ici d'être toujours votre servante.

Madame Scarron se perd dans la foolc.

BONTEMPS, apportant des dépèches, à gauche du roi. = Si PC,

M. Golbert attend.

Il sort.

LE ROI. = Madame, êtes-vous contente?

LA MARQUISE. = Ah! sire.

LE ROI. = Monsieur de Guiche!

DE GUICHE. = Sirel

Ils sortent par le (• nd.

DE YIVONNE, s*approchant de sa sœur. = Mais il me semble

que déjà vous êtes revenue des Pyrénées, ma sœur ?

MADAME DE MONTESPAN, tressaillant. = Mou frère, ne

raillons pas. Ce n'est pas ma faute si M. de Montespan est un homme du siècle passé.

Madame de Thianges, qui est restée au lointain arec mademoiselle de La

Vallière, s'avance à la face.

MADAME DE THIANGES, à La Yallière. = Prenez garde à

VOUS, madame, si vous ne veillez pas sur le roi, je ne sauverai pas ma sœur.

MADEMOISELLE DE LA YALLIÈRE. = HélaS, il n*est

plus temps! n'avez-vous pas vu l'empire que la marquise exerce déjà sur Tesprit de Sa Majesté ? D'ailleurs, vous ne connaissez pas le roi, plus je l'aime, plus il me fuit!

DE THIANGES. = Oui, et quand vous le fuyez au couvent, il court après vous.

MADEMOISELLE DE LA YALLIÈRE, souriant. = La première fois il est venu lui-même me chercher, la seconde fois il a envoyé Golbert, la troisième fois il n'enverra personne !

MADAME DE THIANGES. = Est-co qu'il pourrait vivre sans vous ?

MADEMOISELLE DE LA YALLIÈRE. == DieU COUSOle! et

j'irai à lui. (A part.) Mais vouloir oublier quelqu'un, c'est y penser!

MADAME DE THiANGEs. = Mon dcvoir cst d'avertir Sa Majesté.

MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE. = Oh UOU ! je VOUS

en prie, n'en faites rien ! le sacrifice n'est pas encore accompli. Plus je veux me donner à Dieu et plus je me retiens au roi.

Elles remontent toutes deax, disparaissent à g^nche ', les portes ont été ouvertes à deux battants & l'entrée du roi.

UN VALET, = Je vais VOUS annoncer.

LAFONTAiNE. = Nou, uou, c'est inutile.

SCEiNE IX Les Mêmes, LAFONTAINE.

LAUZUN , H* Lafontaine qui entre d'un air affairé. = Lafontaine à

Versailles? Voilà du nouveau.

MADAME DE MONTESPAN. = Mou pauvre Lafontaine, c'était hier que je vous avais prié à dîner.

LAFONTAINE. = Hier! tiens, c'est vrai, mais hier j'ai été voir jouer aux boules. Les joueurs étaient de si braves gens que j'ai dhié avec eux.

VI VON NE. = Et avant-hier vous deviez dîner chez moi.

LAFONTAINE. = Avant-hier, je suis allé à l'enterrement d'une fourmi morte d'un coup de soleil sur le perron de madame de la Sablière. J*ai suivi le convoi jusque sous les grands arbres du jardin, j'ai assisté au dernier adieu et j'ai reconduit sa famille jusqu'à la maison mortuaire.

vivoNNE. = Oh! le touchant spectacle!

LAFONTAINE. = Vous n'imagineriez pas Tordre et l'esprit de cette république.

MADAME DE MON TESP AN. s=Yenez, quc je VOUS présente au roi.

LAUZUN. = Eh quoi, madame, vous présentez déjà vos amis?

MADAME DE MONTESPAN. = Pourquol pas, monsicuf le duc?... On fait vite son chemin à la cour, vous le savez mieux que personne (a Lafontaine.) Venez -vous, Lafontaine?

LAFONTAiNE. = Si Cela VOUS était égal, madame la marquise, j'ai changé d'idée... j'aimerais autant ne pas être présenté.

MADAME DR M ON TESPAN. = PourqUOi?

LAFONTAINE. = Il y a uue sêauce à l'Académie.

MADAME DE MONTESPAN. = Vous avez le temps d'arriver, la séance n'est que pour quatre heures.

LAFONTAINE. = Oh! Cela ne fait rien, je prendrai le plus long !

MADAME DE MON TESP AN. = Reveuez demain.

LAFONTAINE. = Non, demain madame de la Sablière va au sermon, et ses autres bêtes s'ennuieraient trop si je n'étais pas là.

n s'cloigoe.

vivoNNE. = C'est bien, Lafontaine, il ne faut jamais oublier ses amis.

LAFONTAINE. = Je u'oublie jamais.

MADAME scARRON. = Monsieur de Lafontaine, vous oubliez votre chapeau. Est-ce que vous perdez la tête?

Elle sort avec Lafontaine, Yivonne par le fond.

LAUZUN. = Vous riez de bon cœur, marquise.

MADAME DE MON TESPAN. = Ce Lafoutaiue dit des choses de Tautre monde.

LAUZUN. = Regardez un peu par ici, vous rirez peut-être

moins. (Il loi montre le roi qui entre en scène ayant mademoisdl^ de La

Vaiiière à son bras.) Allons, prenez mon bras, marquise, cela fera nos Maires à tous les deux.

n sort arec elle, tout le monde sort ; on ferme les portes par le fond.

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