‹ La comédie au coin du feuChapitre 33 sur 200 · SCENE X LE ROI, MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE, entrant · texte numérisé non relu

SCENE X LE ROI, MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE, entrant

de gauche.

MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE. = Non, SÎfe, nOn 1 je

ne yeux plus vous écouter. Puisque madame de Thianges vous a dit mon secret, ne me tourmentez plus. Le couvent est le seul refuge qui me reste.

LE ROI. = Si vous savez le chemin du couvent, je le sais aussi.

MADEMOISELLE DE LA VA LLiÈRE. = Oh 1 VOUS ne viendrez plus jusque-là.

LE ROI. = Vous imaginez-vous que nous n'avons pas un royaume à gouverner? Je ne suis pas précisément le beau Léandre. (il se promène rêveur.) Un parlement, un ministère, un confesseur, une femme et une maltresse sur les bras, sans parler de nos ennemis et de nos alliés qui sont aussi nos ennemis, (a La VaiUère.) L'amour, madame, est un entr*acte dans la comédie un peu sérieuse que je joue à la face du monde. N*attristons pas les heures de loisir. Nous n avons plus vingt ans, et l'horloge a maintenant une aiguille qui court trois fois plus vite que nous. Dites-moi qui vous fait croire que je ne vous aime plus?

MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE. = Ah sire ! VOUS me

le demandez ; hélas 1 je le sens trop aux angoisses de mon cœur, il n'y a plus entre nous que le souvenir.

LE ROI. = Ne croyez pas cela, Louise, je vous aime et je vous ordonne de rester ici.

MADEMOISELLE DE LA VA LLiÈRE. = Que je demeure

ici ! Voulez-vous donc faire un enfer de ce qui a été mon paradis? Que je demeure ici, pourquoi? Pour être témoin du bonheur d'une rivale, pour assister à des fêtes qui seront données à une autre? pour entendre cette voix aimée prononcer un nom qui ne sera plus le mien ? pour me consumer dans l'attente et la jalousie. (Éclatant en sanglots.) Oh! mais vous voyez bien que c'est impossible, et que rien qu'en racontant les douleurs qui m'attendent, le courage me manque. Voyez, mes larmes montent malgré moi de mon cœur à mes yeux.

LE ROI. = Ce n'est donc pas seulement l'amour de Dieu qui vous pousse à vous retirer au couvent ?

MADEMOISELLE DE LA vALLiÈftE. = Il le demande! Si Dieu m'ouvre sa maison, c'est parce que vous me fermez votre cœur. Ce qui m'entraîne, ce n'est pas le repentir de ma vie passée, c'est la soif d'aimer encore ! Pauvre pécheresse que je suis, je sens trop que l'amour a plus de part à mon sacrifice que l'obligation de faire pénitence.

« Tout se détruit, tout passe et le cœur le plus tendre

« Ne peut d'un même objet se contenter toujours I

« Le passé n'a point eu d'éternelles amours

« Kt les siècles futurs n'en doivent point attendre.

LE ROI. = Allons, la voilà qui fait des vers comme Benscrade.

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