SCÈNE XI Les Mêmes, MADAME DE MONTESPAN
MADAME DE MON TESP AN. = Sire, je VOUS croyais scul, je viens mal à propos.
LE ROI. = Non, non... je lisais mes dépêches.
MADAME DE MONTESPAN. = Ellcs sout très intéressantes sans doute, car Votre Majesté a l'air bien émue.
LE ROI. = Moi!
MADAME DE MONTESPAN. = Oui, oui, ne VOUS cn cachez pas, et madame la duchesse, avec ses beaux clieveux en désordre, a de faux airs de la Champmeslé dans Béré« nice. Madame la duchesse... on dit que c'est votre histoire... mais non, puisque c'est l'histoire d'une femme qui pleure et se lamente après son infidèle. Oh ! c'est très touchant ; n'est-ce pas, Titus, que cette bonne Bérénice joue bien sa petite comédie ! J'ai ri aux larmes à la première représentation... mais j'oubliais, vous avez pleuré sur mon éventail,, duchesse.
MADEMOISELLE DE LA V A LLI ÈRE. = Madame !
MADAME DE MONTESPAN. = La Champmeslé y est superbe, et je crois voir ses beaux yeux sous vos longs cils novés de larmes.
MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE. = Madame la inac-
quise, excusez-moi ! mais je suis une pauvre femme bien simple, et peu faite à ces jeux de l'esprit. Je ne les comprends donc pas, même quand ils passent par une aussi belle bouche que la vôtre.
MADAME DE MONTESPAN. = Que voulez-vous, madame, je laisse la mélancolie aux héroïnes de roman et je trouve que le rire va bien aux lèvres de la jeunesse; après cela, si ma bouche n'a pas inspiré de couplets comme la vôtrr, elle n*a pas envoyé de poètes à la Bastille.
Elle chante entre ses dents.
Que Déodatus est heureux De baiser ce bec amoureux Qui d'une oreille à Tautre va !
Quatre vers, payés par quatre mois de Bastille.
MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE. = Madame !
MADAME DE MON TESPAN. = Eh quoi ! madame la duchesse, aurais-je sans le vouloir jeté des perles dans votre jardin ? Est-il donc vrai, comme on le dit, qu'avec ces airs langoureux et cette nonchalante douceur, vous avez bel et bien envoyé Bussy à la Bastille, au grand déplaisir de madame de Sévigné, qui ne peut plus faire l'amour que par la poste ?
LE ROI se lève. = Ah madame ! est ce bien là ce qu'à la cour on a nommé l'esprit des Mortemart?
MADAME DE MONTESPAN. = QuC VOulcZ-VOUS, sire, je
suis dans mes mauvais jours.
LE ROI. = Ah ! vous avez des mots qui marquent et qui blessent; je vois souvent les plus osées se détourner de peur de cette mousqueterie. Mais gardez vos armes contre les hommes, ne touchez pas aux femmes.
MADAME DE MO N TESPAN regartlant Louise. = C'cst Cela, UC
touchez pas à la reine !
MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE. = Sire, adieU I
LE ROT. = Madame!... Louise. (La reconduisant.) J'irai vous voir aujourd'hui.
MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE. == Siie ! VOUS ne
me trouverez pas.
Elle sort par le fond.
MADAME DE MONTES? AN. = Au rcvoir, duchesse ! Ah! ah! ah!
Elle rit aux éclats, le roi redescend.