LE ROI, MADAME SCARRON, MADAME DE
MOMTESPAN, caché3.
MADAME SCARRON. = Sire, VOUS m'avcz arraché mon secret sous le masque.
LE ROI, souriant. := C'est que VOUS u'avez pas rhabitude de vous démasquer.
MADAME scARRON. = Votre Majesté me croit prude et pédante ?
LE ROI. = Vous m'estimez bien peu clairvoyant, si vous croyez que je ne saurais pas distinguer la vertu de ce qui n'en est que la copie.
MADAME SCARRON, quittant le bras du roi. := Oh! Sire, c'cst
que la vertu n'a pas les charmes diaboliques du péché.
LE ROI. = La vertu, madame, a aussi ses voluptés; c'est comme le rosier sauvage des contes de fée, on s'y dé-
chire les mains, mais on y cueille les fleurs les plus rares. MADAME scARRON. = Ah ! Sire, que voilà de nobles paroles (lignes de Votre Majesté. (Essuyant ses yeux secs.) J'en suis toute émue.
MADAME DE MONTESPAN. = HypOCrite !
LE ROI. = Eh quoi! madame, vous aussi vous avez de ces faiblesses ?
MADAME SCARRON. — Ah! Sire, ce ne sont pas là des faiblesses. Est-ce parce qu'elle est absolue, que la vertu n'aurait pas elle aussi ses enthousiasmes ? Elle aime l car l'amour c'est la loi divine ! mais si elle se crée une idole, elle met toute son ardeur à la faire sans tache ; et, faut-il Ta vouer à Votre Majesté, cet amour de la perfection m'inspirait des idées chagrines ce matin.
LE ROI. = Je ne comprends pas.
MADAME scARROx. = Je peusais que tous ces mousquetaires que vous aimez tant sont de francs libertins; mais je me disais que ceux qui les commandent ne valent guère mieux.
LE ROI, souriant. == G'est à moi, s'il VOUS plaît, que ce discours s'adresse?
MADAME SCARRON. = J'en fais juge Votre Majesté : Si l'un de ces jeunes gens avait enlevé publiquement une femme mariée, quand cette action serait faite par le plus brave, quand il n'aurait ravi que la plus désordonnée des créatures, cette nuit il ne coucherait pas au palais !
MADAME DE MONTES? AN, à part. =• Oh I la misérable !
LE Roi.= Vous voulez parler de la marquise de Montespan, madame?
MADAME SCARRON, d'une voix brève, après un temps. = Oui,
Sire I Rappelez-vous l'histoire de David et de Bethsabée !
LE ROI. = Vous êtes cruelle, madame. Faut -il vous l'avouer ? Déjà, depuis longtemps, ma chaîne me pèse, cette femme altière et hautaine me fatigue.
iZi LA COMÉDIE AU COIN DU FEU
MADAME DE MONTES? AN, à part, se tordant les mains. =
Oh ! c'est de moi qu'il parle ainsi, c'est impossible I
LE ROI. = Mais l'habitude, peut-être aussi la pitié m'attachent encore ! Il y a des chaînes que le temps fortifie.
MADAME scARRON. = Oh ! que la vôtre serait bientôt brisée, si vous aviez le courage de faire un instant appel à votro grande àme I
LK ROI, la regardant flxement. = Mais, madame, au nom de qui parlez-vous ici ?
MADAME SCARRON, réprimant un mouvement. = Au nom de la
reine Marie-Thérèse, aux pieds de laquelle je me suis juré à moi-même de vous ramener un jour.
LE ROI, sèchement. = Vous savcz bien, madame, que c'est impossible ; laissez donc la reine, et parlons de vous !
MADAME SCARRON. = De moi. Sire I de moi?...
LE R O I , lui prenant le bras et lui parlant à voix basse. = EcOUtez
moi, et surtout comprenez-moi bien : il me faut un attachement sérieux; ma gloire est de gouverner l'État; mais Golbert est mort, et...
MADAME SCARRON. = Et VOUS voulez uuc femme pour premier ministre ?
LE ROI. = Peut-être. Mais ce ne sera pas madame de Montespan.
MADAME SCARRON. .= Sire, mademoiselle de la Fayette eut peur de trop aimer Louis XIV ; elle se retira auprès des religieuses de la Visitation.
LE ROI. = Eh quoi, madame! Me menacez- vous donc de me quitter?
MADAME SCARRON. = Ah I Sire, je ne suis pas mademoiselle de la Fayette ; je ne sais point envisager sans terreur une retraite qui me priverait à jamais du bonheur de voir Votre Majesté... et cependant ma conscience me dit que les sentiments que m'inspire Votre Majesté ne sont pas sans danger pour moi.
LE ROI SOLEIL ir>
LE ROT, impaiienté. = C'est bien, c'est bien! Voulez- vous^ oui ou non, voir rompre cette liaison ?
MADAME scARRON. = Oh! Sire, je donnerais ma vie pour cela, mais...
LE ROI. = Eh bien! je suis décidé; je vais vous le prouver bientôt... Vous direz à la marquise...
MADAME SCARRON. = Que dirai-je à cette malheureuse femme?...
Sur ce mot, la marquise s'est dressée comme piquée par un aspic. Elle va intervenir au moment où le roi reprend la parole.
LE ROI. = Dites-lui... vous savez mieux que inoi ce qu'il faut lui dire... Je vous reverrai tout à l'heure.
Il sort à gauche.
MADAME SCARRON. = Enfin!
EU» va pour sorfir. Madame dff Mcnt?sp;<u se montre et lui b.»rr3 le
pnssigPa