‹ La comédie au coin du feuChapitre 6 sur 200 · L'ÉTUDIANT, ROSINE · texte numérisé non relu

L'ÉTUDIANT, ROSINE

L ÉTUDIANT se penche & sa fenêtre an-dessus du balcon et y cueille des roses avec des pincettes. = Yoilà mon bouquet pour Rosine.

ROSiNB 86 montre k sa fenêtre. = Ah! le beau solell! comme cela réjouit le cœur III me semble que le mien joue du violon.

l'étudiant. = Qu'elle est jolie avec ses cheveux en révolte! Ma voisine, voulez-vous des roses?

ROSINB. ^ Les femmes prennent ce qu'on leur donne.

l'étudiant. = Et les femmes ne donnent que ce qu'on leur prend. Un silence. Mademoiselle Rosine ?

l^osiNB. = Chut! vous allez encore dire une bêtise.

L*ÉTUDiANT.= Qu'est-ce que tous répondez à mon billet doux?

BosiNE. = Je ne l'ai pas lu.

l'étudiant. = Cela ne vous dispense pas d*y répondre. Quoi! un billet en prose et en vers I

ROSINE. = Rassurez-vous. Votre billet est bien placé. Je l'ai mis là.

EUe montre loa sein.

l'Étudiant. = Alors, c'est un billet sous sein privé.

ROSINE. = Vous n'êtes pas sérieux ; vous ne m'aimez pas.

l'étudiant. = Je vous aime comme les Normands aiment les procès et comme les sculpteurs aiment le marbre.

ROSINE. = Et moi, comme le vent aime les girouettes. Je veux bien accepter vos roses, à la condition que vous ne me parlerez plus d'amour.

l'étudiant. = De quoi voulez-vous que je vous parle? Je vous aime.

ROSINE = Vous aimez quatre femmes* à la fois.

l'étudiant. := Le cœur est une maison à quatre étages. Au rez-de-chaussée, c'est l'amour mélancolique qui se nourrit de larmes et qui se tourne vers le passé. Au premier étage, c'est l'amour grand seigneur qui traîne sa robe à queue. Au second étage, c'est la gaie science de la comédienne qui va à Dieu et à diable. Au troisième, c'est quelque passion sérieuse qui rêve, qui cherche, qui attend, comme notre voisine du dessous. Au quatrième étage, c'est l'amour allègre qui vit de l'air du temps avec les oiseaux qui viennent becqueter les miettes de la table, avec le soleil qui est un joyeux compagnon d'aventures. J'habite tour à tour les quatre étages de mon cœur, mais je ne me plais jamais tant que sous le toit en face de ce joli portrait. Or, je ne vous vois qu'en buste, et je voudrais bien qu'il me fût permis d'aller un peu fumer mon cigare à vos pieds.

U allume sa pipe.

KOsiNE. = Ah! mon Dieu!

l'étudiant. = Qu'y a-l-il donc?

KOSINE. == Je viens de reconnaître là-bas M. Arthur qr.': vient ici. '

l'étudiant. = Quoi! vous recevez M. Arthur?

ROSINE. = Je voudrais bien ne pas le recevoir, mais il m'a pris la clef de ma chambre.

l'étudiant. = Ouvrez-moi la porte, et je vous promets de défendre votre vertu, — Mademoiselle, — contre les agressions de M. Arthur.

ROSINE. = Vous me sauvez!

L'étudiant disparaît de sa fenêtre ; Rosine va à sa rencontre

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