SCENE VIII
Les Mêmes, LE ROI, TOUTE LA COUR.
LAUzuN, au roi. — Eh bien, Sire, quelle est cette grande nouvelle, peut-on la connaître, enfin?
LE ROI, montrant madame Scarron. = Oui, monsieur le duC.
Saluez la marquise de Maintenon.
LAUZUN, à lui-même. = Madame Scarron!
LE noi.= Messieurs, voulant donner à la gouvernante de mes enfants une marque publique de reconnaissance, nous l'avons créée marquise de Maintenon.
Marque d'approbation parmi les courtisans.
LAUZUN, bas, à de Guiche. = Allons, il n'y a plus à en douter! La voilà madame de maintenant.
DE GUICHE. = Et maintenant, gare aux rieurs !
LAUZUN. ^ Eh bien! nous irons à confesse.
LE ROI, aux courtisans. = Messieurs, présentez vos hommages à madame la marquise I
Les courtisans s^approchent avec empressement autour de la nouvelle
marquise.
LAUZUN, à Benserade, voyant Vivonne qui se démène pour arriver le premier auprès de madame de Maintenon. = VoUS allez VOir qUC
Vivonne va être le premier à lui faire compliment !
VIVONNE, descendant vivement à la gauche de madame de Maintenon.
= Madame la marquise!
LAUZUN. = Juste !
VIVONNE. = Je' suis heureux d'être le premier à vous féliciter de l'éclatante justice que le roi vient de rendre à VOS talents et à vos vertus.
LA uzuN, à de Guiche. = Vivonne qui parle de vertus! C'est la fin du monde .
MADAME DE MAINTENON, souriant. = La VCrtu, mOnsieur
le duc, rien ne pouvait m'ètre plus doux que d'apprendre que le frère de madame de Montespan est réconcilié avec elle.
L AUzuN , à part. = Touché, mon gros, silence !
vivoNNE. = J'espère, madame la marquise, que vous voudrez bien me compter parmi vos fidèles... (Madame de Maintenon salue et reçoit d'autres salutations. Vivonne, un peu décontenancé, rotourne entre de Guiche et Benserade, à l'extrême droite.) Si Ce n'est paS
une honte !...
LA UZUN, le regardant fixement. = Oui, UUO honte, en effet!
Aussi, permets- moi de te faire mon coiupliiuent.
VIVONNE. = De qui donc? bon Dieu!
LA UZUN. = Quand le roi t'a nommé maréchal de France, j'ai peut-être raillé un peu avec? Je trouvais que tu n'avais [»as de titres suffisants pour mériter cette haute dignité ; mais tu t'es rattrapé, car ce que tu viens de faire là...
(faisant le geste de le bûtonner) mérite assurément le bàtOU.
VIVONNE, furieux. = Monsieur le duc !
LA UZUN. = Monsieur le maréchal !
VIVONNE, s'apaisant subitement. = Tu Sais bien quC nOUS
vivons trop d'esprit pour nous fâcher à propos d'un mot.
DE GUICHE, à Lauzun. = Voilà la Servante devenue la maîtresse !
LAUZUN. = Et la maîtresse ne deviendra pas la servante, comme la douce et résignée la Vallière.
LE ROI. = Messieurs, la fête va finir. C'est le dernier Jour du carnaval, mais le carême commencera bien, car madame la marquise de Maintenon nous vaut la bonne fortune d'entendre demain un jeune prédicateur encore inconnu à la cour et pourtant déjà célèbre, l'abbé Mas-
iïillon! Il donne le bras à madame de Maintenon.
YivoNNE, à madame ScarroD. = J'ai toujours aimé les gens d'église!
DE GUicHE. = Allons, Lauzun avait raison. Décidément la cour devient une capucinière.
Le roi passe devant madame de Montespan qui est seule sur un banc de
gazon.
MADAME DE MONTESPAN, se levant. Sire I
LE ROI. = Adieu, madame! (U quitte le bras à la Scarron et parle à demi-voix à madame de Montespan.) LeS fètes de Tamour SOnt
comme les fètes du monde : il faut s'en aller avant que les bougies ne s'éteignent.
Il sort à droite.
MADAME DE MONTESPAN. ^ Tout est pcrdu !