‹ La comédie au coin du feuChapitre 75 sur 200 · SCENE Xlll · texte numérisé non relu

SCENE Xlll

M. DE MONTESPAN, MADAME DE THIANGES, puis MADAME DE MONTESPAN.

MONTESPAN. = Ainsi, tout cela n'était qu'une comédie ?

MADAME DE MONTESPAN. = Cette VOix !

MONTESPAN. = Aiusi, Cette lettre était un piège tendu à ma bonne foi par votre sœur?...

MADAME DE MONTESPAN. = C'est lui I

MADAME DE THi A NGEs. = Ma SŒUF ne sait rien de tout ceci, moi seule ai tout fait: et quand vous verrez la pauvre femme, quand vous saurez tout ce qu'elle a souffert...

MONTESPAN. = Je ne veux rien savoir, madame, ces affaires-là ne sont pas les miennes. Je pars à l'instant.

MADAME DE MONTESPAN, entrant et se jetant à ses pieds. =

Pas avant de m'avoir entendue, cependant.

MONTESPAN. = Elle!... ( Se remettant ) Que me Veut CCtte

femme ? Je ne la connais pas.

MADAME DE MONTESPAN. = Vous ne me recounaîssez pas, voulez-vous dire ; en effet, je suis bien changée, on disait tout à l'heure que j'étais bien vieiUie ! Ah 1 il y a loin de la marquise d'aujourd'hui à cette belle Athénaïs de Morte mart vers laquelle vous accouriez autrefois... Vous ne me répondez pas?... Eh quoi I avez-vous donc oublié cette première entrevue au château de Mortemart.

MONTESPAN, emporté par le souvenir. = Non ! je ne l'ai point

oubliée, c'était une journée de printemps, nous sommes en hiver aujourd'hui. Son père, le duc de Mortemart, était assis dans un grand fauteuil surmonté de la couronne ducale. La jeune fille était à ses pieds comme vous voilà aux miens. Et le beau sourire de cette enfant de seize ans illuminait le front du vieillard de je ne sais quelle auréole de candeur et de chasteté. Henri, me dit le duc en me la présentant, aimez-la bien ! Et je l'ai bien aimée, j'ai tenu mon serment, moi !

MADAME DE MONTKSPAN. = Oh I c'est vrai I c'cst vrai I

MONTESPAN. = De quel droit me parlez- vous en son nom ?... Je ne vous connais pas !

MADAME DE MONTESPAN. == Je suis ccUc quc VOUS avez. aimée, je suis votre femme, Henri !

MONTESPAN. =. Jc uc VOUS conuals pas, vous dis-jc Gelle que je pleure est morte il y a longtemps.

MADAME DE MONTESPAN. = Henri!

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MONTESPAN. = Vous savez bien quelle est morte, puisque j'en porte le deuil.

MADAME DE MONTESPAN, se traînant à ses pieds. = Oh!

monsieur, ne m'accablez pas !

MONTESPAN, la repoussant. := Et VOUS ! m'a vez- VOUS épargné?... Que vous avais-je fait cependant, sinon de vous aimer trop ? Oh ! vous croyez qu'on peut jeter ainsi au vent de ses passions le bonheur des siens, l'orgueil de sa race, la sainteté du foyer domestique et que tout est dit?... Non, madame, le châtiment est quelquefois lent à venir ; mais il vient ! Ne vous plaignez pas des maux qui vous assaillent. Les épines que vous recueillez proviennent de l'arbre que vous avez planté. Vous avez dédaigné la vie des honnêtes femmes pour les enivrements de la courtisane, acceptez-en la vieillesse méprisée et la mort solitaire !... Quand une de vos pareilles, tombe de la couche royale, il ne lui reste que deux refuges : la tombe et le cloître !

MADAME DE MONTESPAN. = Et VOUS, Henri, VOUS uc

voudrez donc pas recueillir la pauvre naufragée dans votre maison, parmi les dernières de vos servantes... N'y a-t-ii plus rien qui batte pour moi au foiid de votre cœur?...

MONTESPAN. = Vous faites appel à mon cœur?... Ne savez-vous pas bien que je n'en ai plus, vous qui l'avez arraché de ma poitrine et pétri sous vos pieds I Allez, madame, il y a entre nous deux abîmes : c'est le grand nom des Mortemart que vous avez flétri ! c'est l'honneur de ma maison dont vous avez fait litière à la débauche royale I

Adieu ! adieu !... U fait un pas pour sortir.

MADAME DE MONTESPAN. = Grâce ! gràcc ! Henri! Si vous saviez quels jours et quelles nuits I... Les affres de la mort me tourmentent et je ne puis supporter ni l'ombre^ ni la solitude... et quand je dors, écoutez ce que je rêve : Hier, j'étais couchée sur mon lit de douleurs, sentant la mort venir... personne autour de moi... Tout à coup mon

fils... le vôtre, Henri... entre dans ma chambre, je lui ouvre mes bras, il s'y précipite; mais je sens sa main sacrilège qui cherche sur mon sein la clef de. ma cassette, il m'arrache cette clef et s'enfuit sans détourner la tète !... Voilà ce que j*ai rêvé, Henri !

MONTESPAN. = C'est le châtiment ! Telle mère, tel fils ! Savez-vous mon songe à moi?... J'ai rêvé que vous mouriez seule et que Ton jetait vos entrailles aux chiens !... (S'attendrissant subitement.) Pauvre, pauvre femme II !

MADAME DE MONTESPAN. := Ah ! votre voix s'cst attendrie. Grâce!

MONTESPAN. = Votre chute est si profonde que je puis "Bncore vous plaindre et trouver un peu de pitié pour vous.

MADAME DE MONTESPAN. = Et le pardou ! Henri.

MONTESPAN, la repoussant. = Jamais! Le pardou, c'est Dieu qui le donne aux maîtresses du roi ! car elles se sont toutes cachées au couvent. Marie Mancini, au couvent ! Henriette d'Angleterre... Madame se meurt ! Madame est wor/e / Mademoiselle de la Vallière, au couvent 1 La Fontanges, morte au couvent! Mademoiselle de Ludre, au couvent! Athénaïs de Mortemart!... au couvent!...

MADAME DE MONTESPAN. = VoUS me repOUSSCZ ?... VOUS

me repoussez ! que me reste-il maintenant ?

MONTESPAN. = Dieu !

Il sort. Madame de Montespan pousse un cri et tombe. M A D A M E D Ë T H I A N G E S , courant à elle et la relevant. = Ma sœur !

MADAME DE MONTESPAN. = Dieu ! Dicu ! a-t-il dit! Mademoiselle de la Vallière me l'avait dit aussi ! (Jetant une pelisse sur ses épaules.] Venez, ma sœur ?

MADAME DE THI ANGES. = Où alloUS-nOUS ?

MADAME DE MONTESPAN. := Conduiscz-moi aux Carmélites. Je vais demander des consolations à sœur Louise de la Miséricorde.

Elle sort du pavillon et rencontre Lafontainc.

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