‹ La comédie au coin du feuChapitre 85 sur 200 · SCENE YIII MADEMOISELLE FEL, LA TOUR · texte numérisé non relu

SCENE YIII MADEMOISELLE FEL, LA TOUR

MADEMOISELLE FEL. = De quoi est-il question?

LA TOUR. = C'est un écolier à qui je vais donner une leçon. Péronneau ose me provoquer au pastel. Nous allons voir s'il y a deux La Tour au monde. Refuser serait indigne de moi; et puis les envieux diraient que j'ai peur.

MADEMOISELLE FEL chante:

La Tour, prends garde De te laisser abattre !

LA TOUR. = Eh bien, Cigale, tu vas chanter maintenant?

MADEMOISELLE FEL. = Et VOUS, SaVCZ-VOUS Ce qUC VOUS

allez faire? Vous allez, quel que soit votre triomphe, élever ce jeune homme jusqu'à vous.

LA TOUR. = 0u descendi-e jusqu'à lui.

MADEMOISELLE FEL. = Vous VOUS rappelez le proverbe arabe : « Plantez dans un jardin quelque graine que ce soit, elle vous rapportera des fleurs ou des fruits : plantez un homme, il ne croîtra que pour vous supplanter. »

LA TOUR. = Je sais cela par expérience ; l'expérience, la clef de la science !

MADEMOISELLE FEL. = Oui, VOUS avcz la clcf ; mais vous ne savez pas ouvrir la porte.

LA TOUR. = Et la porte de ton cœur?

11 la prend au cou.

MADEMOISELLE FEL. = Fermée à triple verrou I Adieu,, je vais à l'Opéra.

LA TOUR. = Si tu n'es pas là tout à l'heure quand je ferai mon tableau, je ne ferai rien de bien.

MADEMOISELLE FEL. = Quelle foHe! Je vous donnerais des distractions, ou plutôt j'en donnerais à votre rival, ce qui ne serait pas juste.

LA TOUR. = Tu as raison, va-t'en et reviens ce soir; nous irons souper aux Porcherons. J'oubliais: avant de sortir, chante-moi l'air d'Armide. Ah I si tu savais jouer du violon 1

Mademoiselle Fel chante.

C^est Tamour qui retient dans ses chaînes Mille oiseaux qu*en ces bois nuit et jour Ton entend.

Si Tamour ne causait que des peines, Les oiseaux amoureux ne chanteraient pas tanti

Mademoiselle Fel s'envoie comme un oiseau à la dernière note.

LE DUEL DE LA TOUR I7i

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