‹ La comédie au XVIIIe siècleChapitre 3 sur 11 · BETUX DES DEUX MONDES · texte numérisé non relu

BETUX DES DEUX MONDES

pciniore spirituelle et satirique du inonde et des caractères. Parmi les moralistes, Boileau encore était un maître, et proposait cette fois ses exemples, l'ironie courte, mais sans malignité de ses ÊpUret et do ses Satires^ la brièveté frappante de ses vers sentendeux, la justesse décente de ses dialogues, qui semblûcnt être parfois de vraies scènes de comédie. La Bruyère, plus vaste et plus complet, avait des qualités mieux appropriées encore au goût du public. II faisait Teffet d'avoir écrit pour le xviii* siècle, par Tingéniosité et l'imprévu de son style, par le tour piquant et original do sa pensée. Cette ironie acérée, cet esprit qui avait autant de miroitement que d'éclat réel, ces dialogues pressés et vifs, ce style prodigieusement savant, tout en effets, où les mots prenaient un reliel saisissant, cet art d'exprimer les caractères dans les particularités physiques, paraissaient répondre à toutes les conditions de la bonne comédie : il semblait que le livre de La Bruyère lût un répertoire inépuisable de mots et de types comiques.

De Boileau procède la comédie de caractère du xvu* siècle, tandis que la comédie de genre se rattacherait à La Bruyère. La première est représentée par Destouches, qui réagit contre la libre galté de Regnard et de Dancourt : avant d'être présent, avant d'être vrai , il veut être moral ; il se pique surtout d'être décent et instructii. II le fut, c'est son mérite ; il no fut que cela, c'est son défaut. Il^ne doit rien à Molière que l'idée de l'utilité de la comédie, exprimée dans la préface de Tartufe. Au reste, Molière le dépassait trop pour qu'il le comprit. II ne vit pas que Molière n'a peint les caractères qu'à travers les mœurs, qu'il faut passer par l'ccorce pour aller au fond de l'àmo humaine et qu'elle ne laisse smsir sa nature intime que dans ses manifestations sensibles. Au contraire. Destouches, qui n'avait pas le don de l'observation profonde, crut pouvoir créer des caractères sans exprimer les mœurs qui les contiennent et les soutiennent. II s'imagina qu'il pouvait les combiner abstraitement, les construire en l'air et les pijver dé toute réalité, sous prétexte de la généralité qu'ils devaient i^oir. II prit pour maître Boileau, il en imita les procédés d'expression et de description et sema sa comédie de vers proverbes, où sont enfermées beaucoup de vérités morales. Ses personnages dissertent sur les conditions et les humeurs des hommes ; ils en connaissent les faiblesses, les travers, les inclinations; ils mettent leur expérience en maximes universelles. Ils pensent par impératifs catégoriques. Ils se détachent d'eux-mêmes et rabonncnt sur leur rôle : ils savent la loi de leur caractère et eii font leur règle de conduite. Dn^ ambitieux, pour résister à l'amour,, se dit qu'il est ambitieux et que toutes ses actions doivent être des effets de l'ambition. Les portraits, ingé-^ nieusement composés pour les soubi'ettes (nous voilà bien loin de

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