‹ La comédie de Dante (volume 2)Chapitre 34 sur 55 · La génie che nonvien cod · texte numérisé non relu

La génie che nonvien cod

CHANT XXVf.

C'est pourquoi tu les vis s'éloigner, l'âme en peine. Par le cri de Sodome eux-mêmes s'accusant.

Leur rougeur vient en aide à ce brasier cuisant. Pour nous, notre péché fut comme hermaphrodite. Des instincts de la brute en écoutant la voix, Pour être demeurés sourds aux humaines lois, - Vous avez entendu notre troupe contrite nfépéter à sa honte, en s'éloignant déjà, Le nom de celle qui, sans pudeur, dérogea Jusqu'à la brute et fut à la brute semblable ". En nos actes tu sais ce qu'il fut de coupable *^ Si de chacun ici tu veux ouïr les noms.

Je n'y suffirais pas, le temps nous ne l'avons ".

not,la gent qui ne va pas avec nous, s>st livrée de corps , si non d'àme, à la Prostituée, comme César à Nicomède; et cette allusion historique a pour but évident d'égarer la pensée des profanes. Or, les profanes ont donné en plein dans le panneau.

18. S'il fallait prendre à la lettre les paroles de cet Esprit, il ne serait pas coupable de sodomie, mais bien de bestialité , et alors comment les commentateurs définiront-ils le péché hermaphrodite? On trouvera, dans les Révél.y p. 93 et 102, Texplleation toute simple de l'hermaphroditisme mystique, adopté parla Maçonnerie et par l'illuniinlsme. Rien de plus habilement artificieux, du reste, que la construction de la phrase dantesque , dont voici le sens réel:

Notre péché fut des deux sexes, en ce que nous admettons le dédoublement symbolique de l'âme et du corps, en même temps que l'union de ia volonté et de rintelligence, ou de Minerve et d'Hermès ; d'où suit que, parvenus à certains grades, nous soumies à la fols homme et femme. Malgré nos engagements

avec les initiés du Temple, nous avons cédé à l'habitude et gardé Ja fol catholique. Nous n'avons donc pas suivi la loi humaine , non servammo umana legge ; car nous avons agi contrairement à la raison, qui est la loi de l'humanité. Nous sommes ainsi descendus au rang des brutes asservies à leurs appétits grossiers , et, comme Pasiphaé , nous nous sommes embestialisés , c'est-à-dire empêtrés dans l'échafaudage catholique, nelle imhesHate schegge,

10. Tu connais aussi bien que nous. Gibelins, nos actes et nos défaillances orthodoxes ; tu sais quel est en réalité notre crime à l'égard de la secte, sai nostri atti e di che fummo rei,

20. Manière adroite de décliner une tâche impossible à accomplir sans dévoiler l'artifice. Tempo non è da dire et non sapreij en eussé-je le temps, je ne saurais dire les noms de ceux qui figurent dans les deux catégories , sans faire connaître qu'elles se composent de Guelfes d'un côté , et de Gibelins de l'autre.

LE PURGATOIRE

Mais je lo complairai du moins pour moi : sur terre Sache qu'on m'appelait (iuWoGuinicelli, Et que me vaut déjà de me purger ici Avant ma dernière heure un repentir sincère^'. Lorsque Lycurgue allait de son fer la percer, Ce que firent deux fils en retrouvant leur mère Je le fis, mais comme eux sans pourtant m'élancer, Quand j'ouïs se nommer lui-même ainsi mon père, Le maître de tous ceux en vers doux et flatteurs Qui le mieux aient chanté l'amour et ses douceurs"

21. Guinicclii n'a garde de dire sur quoi l^oiiaietil ses regrets, son ben dolersi, lorsqu'il passîi de vie à trépas , mais ce n'était pas cor-

. tainement sUr son hermaptiroditismc. Ce jurisconsulte bolonais , chaud partisan de Frédéric 11 et de ton flia Manfrcd, était un de ces poètes qui leur recrutaient des par-

. tisans en chantant l'amour sectaire.

Il e^t un des sept nommés par Grescembeni, comme tes créateui*s de la poésie italienne, à Vimitation de la provençale. H mourut exilé en 1376. Nous voyons, dans une des compositions qui restent de lui, qu'il se fait dire par Dieu : Dame , quelle est ta présomption? Donna, che presumisti? et dans une de ses Cânzonl r « il me faudra me con- 'sunwr comme un homme éperdu ()ul fond ainsi que la cire au feu....

Par vous , Amour incarne , mon ctBur mourant de piété , Pietà , se consume en grande ardeur.... et il termine en disant : la non so che Natura dee compircy je ne sais ce que la Nature (cette providence impériale) doit accomplir (bien entendu pour l'arracher à cette Piété qui le fait mourir). Voilà , à n'en

• pas douter, ce qui a suggéré à Dante l'idée de le faire figurer parmi les hermaphrodites amoureux , comme

les appelle Speron SperonI, et de le montrer au mijieu des flammes.

Ajoutons que ce poêle , qui fut le premier à baptiser sa damelumière, avait donné à la sienne te nom de Lucia y et qu'il la dépeignait coiffée d'un capuce de diverses couleurs, variopinto , probablement ronge bianc et Verd, daus ie genre de celui de Béatrice. Comme Dante , ne faisant qu'un avec sa dame> Gutnicelli était hermaphrodite en ce qu'il ne faiFait qu'un avec sh Lucie.

2i. Hien ne paraît d'abord pins étrange de la part de Dante que ridée de comparer le jurisconsulte bolonais â Hypsipylc, menacée de mort par le roi Lycurgue, et lulmèmc aux deux fils de cette ^rin- ■ cesse réduite en esclavage , et cela au motnent même où il le proclame son père ; mais on comprend qu'il a voulu par là continuer la figure à l'aide de laquelle il a faft de Guinicelli un être à la double nature, réunissant, pour lui, le double caractère mysfique de père et de mère, comme ayant contribué par ses exemptes à sa R«*néi*ation sectaire et à celle des tidè'es d'Amour de la même école.

Qu'on veuille bien comparer sa reconnaissance , dans des circonstances analogues, avec le Guelfe Hrunetto Latini.

Sans rien dire, longtemps pensif, sans rien entendre, J'allais portant sur lui mon regard triste et tendre ; Mais, par crainte du feti, je n'avançai pas plus". Quand de le voir mes yeux se furent bien repus, Je me déclarai prêt en tout à lui complaire.

Ainsi que se fait croire une bouche sincère.

Et lui : — Ce que j'entends en ce moment de toi Me laissera trop vive et trop durable trace Pour qu'en mon souvenir l'afifaiblisse et l'efface Toute l'eau du Léthé. Mais quel motif, dis-moi, Peut me valoir, si tout est vrai dans ton langage. Ce fdial amour empreint sur ton visage ?

Vos doux vers, répondis-je, oui, tant que durera Notre parler moderne, on les admirera ^\

frère, reprit-il, celui que te révèle Mon doigt, tendu vers lui, sut mieux, je le prétends, Assouplir à son gré la langue maternelle ^^

23. S'ji ne manifeste pas plus explicilemenl sa joie de le revoir, c/est par crainte des flammes du bûcher, sans quoi il s'avancerait bien davantage ; mais du nioins les paroles qu'il lui adressera né seront pas empreintes d'ironie, comme son entretien avec me^sire feutietto.

24. Tant que l'on fera usage de ce style dus ou car, inventé par les tfiubadours albigeois {voy, p. 14 t\v9, Rérél.)^ quanto durera l'uso moàtmOf on reconnaîtra en vous un dc« mailres de Técole italienne , et r«n des dignitaires de iO'rdrc dont je fais moi-même partie. Dante lui déclare cela de ce ton qui fait croire au trlomplie de Henri de Luxembourg, Templier et rui légitime des Romains : Con Vaffermar, che fa credere .\.L,T.R.VL N'est-ce pas \k un mot bien commode.» — Dante ne dit pas tout, car il devrait ajouter quf , «»mm« Un, et avant lui, ce prc-

micr Gûido avait cfaangé.le langage sectaire ; écoutez les vers que lui adressait ce même Bonngiunta, que nous venons de voir,cb. xxiv, parmi les indiscrets, peccatori délia gola :

« Pour éclipser tous les autres troubadours^ vous avez changé la première manière, Tancienne forme des plaisants devis d'amour.... vous surpassez tout le monde ensubtiHtë et en savo4r , votre langage est si obscur qu'à peine esl-H quelqu'un qui le comprenne. » Etonnez-vous, après cela , de la tendre vénération de Dante pour celui qui lui donna de si précieux exeir.ples. Ceux qui seront curieux d'en juger n'ont qu'à se reporter à la fl 11 du chant, note *.

25. Cher frère en religion, en voici un qui l'emporta sur moi par l'art avec lequel il mit en ceuvre cette langue provençale qui fut la mère de la nôtre , en ce sens que notre langage A double et triple sens,

LK PURGATOIRE

Devant il désignait une ombre en môme temps.

De bien loin vers d'amour et prose de romans ^S Il a tout surpassé ". Laisse dire au vulgaire, Qui de Limoges croit le chantre son vainqueur '* ; ^u son, bien plus qu*au sens, il donne sa faveur ^ Et son opinion se forme d'ordinaire Sans que l'art le dirige ou la raison l'éclairé'*".

dérive de celui des Albigeois, de ceux qu'on appelait doctores rrtitngués.

26. Vers et romans en langue provençaie, nel parlar materno, bien entendu , et pourtant pas un de CCS derniers n*u survécu à la destruction systématique de cette litléruture. D'où l'on a conclu, contrairement à l'opinion de Fauriel et à ce vers signlûcatif, que les Provençaux n'avaient pas composé de romans , quand les premiers connus , ceux du Cycle du St-Graal, sont évidemment émanés d'eux, en op- |)0&ition au Saint-Siège et à la glorification des Templiers. {Voy, la note, p. 394 des Rëvél.) Mais c'est le destin de notre poêle d'être toujours cité à contre sens.L'annotateur contemporain ne s'y est pas trompé :

Dice ch'egli aranzo in rima e in pROSA tutti gii altri di quella LiNcrA, secotido il vero, Ott. C, Arn. Daniel avait donc écrit des romans en prose provençale. Nous Invitons M. Paulin Paris, qui cite ce vers pour appuyer la thèse contraire, à reporter sur le sens qu'il comporte, son attention éclairée; car c'est surtout aux doctes de bonne foi que nous désirons ouvrir les yeux.

27. Dante et Pétrarque avaient sans doute leurs raisons pour faire si grand cas de cet Arnaud Daniel , siu'nommé par ses contemporains le grand maître d'amour , quand le moine de Montandon, Hugues de Saint-Césaire, Millot^ Ste-Palaye,

Gingucné, Fauriel , Galvani el antres ne le trouvent remarquable que par son obscurité. [Voir la traduction d'une de ses compositions, p. 460 des RévéL) D'où provient une si grande divergence d'opinion entre les uns et les autres ? De ce que les deux grands poètes italiens comprenaient parfaitement ce qui était lettre morte pour la foule, el connaissaient, aussi bien que Béatrice et Laure étaient connues d'eux , la dame en l'honneur de laquelle il composa tant de car as rismas, en accusant sou siècle . trop dépravé, de lui interdire l'espoir de la posséder; u ne fût-ce que dans ma vieillesse , » s'écrlait-H. Son mérite aux yeux de Dante était le même que celui de Guinicelll, sa subtilité et son obscurité»

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