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Au moyen de vapeurs que le froid condensa ,
Comme un fleuve où l'eau s'enfle ou décroît arrêtée;
Mais d'une source stable et sûre elle provient ,
Et le vouloir de Dieu constamment entretient
En deux canaux distincts le tribut qu'elle épanche ^.
Celui de qui la soif dans ce courant s'étanche ,
Du péché perd soudain souvenir ; le lui rend
L'autre , aussitôt, du bien qu'il fit, petit ou grand.
Tu vois là le Léthé, c'est ainsi qu'on l'appelle ;
L'autre, c'est l'Eunoë; son onde pure et belle
A travers le gazon coule de ce côté.
Elle n'opère point qu'aux deux on n'ait goûté " ;
Auprès de sa saveur toute autre semble amère.
Or, bien qu'assurément ton désir curieux
Puisse être satisfait, sans qu'il soit nécessaire
D'ajouter rien de plus à ce sujet, je veux
Te faire la faveur de joindre un coroUaire
A ce que je t'ai dit, et crois ne te déplaire
En allant au delà de ce que j'ai promis.
Ceux qui, fils de la lyre, en doctes vers jadis Chantèrent l'âge d'or, si prompt à disparaître , Ont sur le double mont rêvé ces lieux peut-être. Fut innocente ici la souche des humains;
:26.L'enseigDemenf sectaire ne dérive pas de la terre et n'a rien de commun avec ces doctrines grossières réduites en corps de doctrine sous l'influence glaciale du catholicisme. Il remonte à la gnosis, à la tradition, à Dieu même. Cet enseignement est double, car il consiste, en premier, ù effacer de l'esprit du néophyte les erreurs dont 11 a été imbu, à y détruire, jusqu'à complet oubli,les mauvaises impressions qu'il a subies; puisa faire briller à ses yeux la vérité en place de l'erreur, à la graver dans sa mémoire d'une
manière inaltérable. De là, dans le style mystique de l'époque, le ruisseau d'oubli, ou Léthé, et celui de mémoire, de mnémosyne, ou Eunoë.
De là dans tous les romans des divers cycles , cette multitude de sources, de fontaines aux effets divers et souvent opposés.
27. Attendu que si l'on buvait de l'eau de mémoire sans avoir répudié entièrement le passé, lesoavenir des erreurs enseignées par l'Église catholique viendrait se mêler aux vérités manifestées par Tégllse sectaire et en obscurcirait l'éclat.
LE- PURGATOIRE
Un printemps éternel y sourit à la ronde,
Les fruits les plus exquis croissent à pleines mains,
Et le nectar vanté n'est autre que cette onde *•.
.Alors me retournant vers mes sages amis , Je pus voir qu'ils avaient accueilli d'un souris Cette conclusion et , la joie en mon âme , Je reportai mes yeui sur cette belle dame ".
28. Admettez que celle qui porte la parole soit réellement la très- catholique comtesse Mathilde, persooniflcalion de la vie active chrétienne, il se trouvera que Tidée de religions comparées , le rapprochement entre l'Ëden chrétien et Tàge d'or païen, se produira subrepticement, à Taide Â'un peut-être, par la bouche de ce prototype du dévouement à l'Église.
29. Les deux initiations païenne et albigeoise^ représentées par Virgile et Stace, ne pouvaient se méprendre à l'intention de ce malicieux corollaire, réduisant le Paradis tcr-> restre à une pure fiction allégorique, ex œquo avec le règne de Saturne et les rêves des mythologues. Cornment les initiés anciens et modernes n'auraient-ils pas souri ironiquement à cet étalage d'orthodoxie fre-
latée, en le voyant accepté de con fiance comme la plus haute expression de ridée cattiolique aa moyen âge P Comment tenir son liérieoi à celte grande mystification ?
Mais non , ne croyez rien de tout cela, âmes honnêtes, vous êtes sous l'influence d'un horrible cauchemar.
C'est un parti pris de dénigrement, une affaire de système; ce commentaire en entier n'a été écrit que pour jouer un mauvais tour à ce digne Florentin, qui ne pouvait manquer, un jour ou l'autre, d'être béatifié avec sa Béatrice, comme l'un des membres les plus zélés de l'Église militante > comme l'un de ses plus grands docteurs. Espérez encore que vous vous réveillerez, agréablement surpris, au milieu des splendeurs inetîabFes du Paradis. Je vous le souhaite, mais j'en doute fort.
En cessant de parler, doucement inspirée , Gomme une femme au cœur aimant, elle chanta : Beati quorum tecta sunt peccata * !
Et comme dans les bois , seules, ou dans la prée, Les Nymphes s'en allaient, les unes pour jouir Des rayons du soleil, les autres pour les fuir ' ; Contre le cours de l'onde, en longeant le rivage, Se dirigea sa marche , et je ne manquai pas De suivre, en cheminant comme elle à petits pas *.
1 . Corne donh inamorata, c'està-dire comme un fidèle d'Amour des hauts grades , et non comme madonfM Pieta, En effet, la dérote Guelfe, la grande comtesse Mathilde se met à chanter le Psaume xxxi , relatif à l'intelligence, Psaume paraphrasé par Dante qui n'a pas manqué d'en faire un cantique gibelin sectaire. li s'y accuse en effet d'avoir eu devant les yeux le voile de l'ignorance, d'avoir craint le froid, d'avoir vieilli et crié avec les sots, mais le voile est tombé, et il a con<> fessé son iniquité guelfe, ce qu'il fera de même devant Béatrice; aussi Dieu lui a-t-il pardonné, et au jour du Jugement, dont il n'est pas question dans le Psaume, tous les saints intercéderont pour lui (scène d'intercession qui se produira bientôt).
En attendant le Seigneur lui recom-
mande de ne pas se ravalef au rang du cheval et du mulet, brutes dénuées dHntelligence, etc. Des songes ont annoncé l'intervention de Lucie et de Mathilde, un Psaume nous prépare à la scène du Jugement où Béatrice va jouer le rôle du Seigneur, du Christ impérial , réunissant les deux pouvoirs temporel et spirituel. En effet, c'est elle que nous verrons apparaître immédiatement.
2. Les ténèbres sauvages, selvatiche ombre, ont beau s'étendre, les nymphes albigeoises savent choisir le moment pour leurs excursions et se glisser lestement à la faveur de l'ombre ou se montrer au grand jour lorsqu'il n'est pas d'yeux indiscrets pour les épier.
3. La fausse Mathilde remonte le fleuve d'oubli où s'ensevelit le passé et se dirige vers l'avenir.
LE laRGATOIRE.
Peut-être en avions-nous fait cent, pas davantage , Quand les bords du ruisseau tous deux se repliant, Je me trouvai marcher la face à TOrient *.
Nous n'avions pas fait même ainsi bien longue route, Quand la dame vers moi se tourne en souriant Et dit : — Regarde, frère ; en même temps écoute ^
Au même instant , voilà que d'un subit éclat Partout de la forêt brillai la voûte ombreuse ; J'aurais pu supposer même qu'il éclairât, Si la vive lueur, loin qu'elle s'éclipsât, N'eût duré , rayonnant toujours plus lumineuse *, Surpris, je me disais : — Que vois-je? — Et par les airs De lumière imprégnés couraient de doux concerts ^ Eve parut alors bien coupable à mon zèle, Elle qui , simple femme , en ce monde nouvelle, Quand tout obéissait , et la terre et les deux , Fut seule à n'endurer nul voile officieux !
En eût-elle gardé, pleine d'obéissance.
J'aurais eu bien plus tôt à jouir dans ces lieux , Et pour bien plus longtemps, de ce bonheur immense*.
4. Toujours l'Orient, ce foyer de la lumière qui éclairera l'avenir.
5. Regarde, afin d'assister au commentaire en action du Psaume Beati quorum tecta sunt peccata»
6. La lumière de la doctrine sectaire, émanée de l'Orient n'est pas de celles qui n'ont que la durée de l'éclair, elle est persistante et resplendit de plus en plus.
7. Des mélodies dans le genre des Psaumes de la pénitence paraphrasés par Dante. comédie !
8. Il n'y a pas à s'y tromper, ce bon zèle, huon %elo, qui lui fait réprouver l'audace d'Eve, n'est qu'hypocrisie, et la preuve en est dans le Psaume qu'il a fait chanter à Ma-
thilde, où il s'applaudit d'être dégagé du bandeau de l'ignorance, veU) deW ignoran;ui , vélo oscuro. Entendez au surplus que si l'égiise florentine , TEve de Dante Adam , qu'il venait de former, testé formata, n'avait pas prêté stupidement l'oreille à Satan Aleppe etTeçu de lui des enseignements en opposition avec la parole de Dieu ; que si elle n'eût pas montré colle poppe il petto, en levant les Yoiles qui la couvraient, non sofferse distarsotto alcun telo , il jouirait pour longtemps du Paradis sur la terre; et celte Rome, qui s'est prostituée au tentateur, arborerait triomphante la bannière impériale au milieu du ja^ din italique.
A ces pensers livré tandis que m'en allant, De l'éternel bonheur je goûtais les prémices, Non sans désirer plus de joie et de délices % L'air, sous les verts rameaux, partout étincelant, Parut comme embrasé des feux d'un incendie, Et d'un chant, vague encor, j'ouïs la mélodie.
Vierges saintes, pour vous si j'ai jamais souffert L'insomnie et la faim et le froid de l'hiver ", D'en réclamer le prix cet instant me convie.
Que me verse Hélicon ses flots inspirateurs , Et que m'aide Uranie , avec sea chastes sœurs , Lorsque je tente en vers de rendré'des pensées Avec tant de labeur par l'esprit embrassées **.
Devant nous me semblait , l'éloignement encor Abusant mon regard , voir sept beaux arbres d'or. Quand je fus assez près pour qu'à moindre distance Vînt la réalité remplacer l'apparence.
Se dissipa l'erreur, et cette faculté Qui guide la raison , prudente conseillère , Me dit que devant moi s'offraient en vérité Sept candélabres tout ruisselants de lumière " ;