Les trois vertus théologales, à
savoir, la Charité, rouge, l'Espérance, verte, la Foi, blanche, jouent un rôle important dans les cérémonies maçonniques, où les mêmes couleurs leur sont affectées. C'est la Charité ou l'Amour qui de sa douce voix règle les mouvements des deux autres.
31. Les quatre vertus philosophiques ou cardinales, que. TOttimo appelle politiques et parmi lesquelles, nous l'avons vu , Dante introduit la Libéralité et l'Aft'abilité en place de la Force et delà Tempérance (ch. i, note 9), en tant que cardinales, vêtues de pourpre comme les princes de l'Église, et guidées par la Prudence, qui observe à la fois le présent, le passé et l'avenir.
LE PtKGATOIIlE.
Après ce groupe saint, où Tallégresse éclate, J'aperçus deux vieillards au différent habit. Mais tous deux à l'air calme, où la foi resplendit. L'un semblait un suivant de ce grand Hippocrate Que donna la Nature à ceux qu'elle chérit ; En l'autre apparaissait un penchant tout contraire , A l'épée en sa main qui brillait nue et claire , Au point qu'à l'autre bord j'en frémis de frayeur". Puis j'en vis venir quatre, humbles avec candeur, Et , de tous le dernier, un vieillard solitaire Marchant seul, endormi, le front pâle et rêveur ". Des mêmes blancs habits de la première bande
32.' Saint Luc, médecio, personnifiant les Actes des Apôtres qu'il écrivit, et saint Paul, liomme de guerre, le livre de ses Épîtres. Si Dante feint de trembler à la vue de ce dernier, c'est pour reporter la pensée sur le régime de terreur adopté par TÉglise qui, loin de s'appliquer, comme le médecin, à guérir les plaies de l'àme et du corps, mostrava contraria cura, et s'armait de répée meurtrière, lucida e aeuta, contre ceux qu'elle aurait dû, selon lui, s'efforcer de ramener par la mansuétude et par un régime éclairé. Mais j'avoue que je suis en grande défiance de ce sommo Ippocraie che Natura fe ; car j'ai bien le droit de tenir pour suspect tout ce dont se méie la Nature, qui pourrait bien avoir aidé quelque peu à la lettre dans les écrits de saint Luc.
33. Ces quatre personnages glissés là, à la fin du cortège, à la faveur de leur humble apparence, in umile paruta, no sauraient être, à coup sûr, quoi qu*en disent les commentateurs, ni les quatre grands prophètes, Isaïe, Jérémie, Ëzécfaiel et Daniel, ni les grands docteurs de
l'Église, saint Grégoire, saint Augustin, saint Ambroise et saint Jérôme , auxquels s'appliquerait assez mal cette extrême humilité, et encore moins les lettres canoniques.
Nous y reconnaîtrions bien plutôt les évangiles apocryphes, rejetés par l'Église et non moins chers à l'hérésie que l'Apocalypse elle-même, personnifiée ici dans le solitaire de Palhmos. Comment en douter lorsque Dante a pris soin de les placer entre trois Ëvangélislcs, saint Luc et saint Paul en tête, puis salnl Jean qui ferme le cortège? Ainsi saint Jean, le patron des Templiers et des loges maçonniques, celui que rArioste nous montre restituant son bon sens égaré dans la lune à Roland, le sénateur romain ^ devenu fou d'amour pour Angélique, reine du Cathai ou des Cathares, saint Jean, qui nous est déjà apparu sous la figure de Lucie et sous celle de l'Aigle, termine ici cette procession symbolique, pour indiquer que l'Amour, dont il est l'apôtre , en est Valpha et Voméga, On voit , qu'au demeurant , ce saint Jean, à la faccia arguta, est très-peu catholique.
CHANT XXÏX.
Ces sept allaient vêtus"; mais sur leur chef sacré
Brillaient, au lieu de lis se courbant en guirlande,
Des roses et des fleurs au calice empourpré.
Aies voir de plus loin , certe on aurait juré
Que tous portaient au front une ardente couronne **.
Lorsqu'en face de moi le char fut parvenu , J'ouïs un coup de foudre , et la sainte colonne, Comme si d'avancer il lui fût défendu , Au même instant fit halte, ainsi que ces bannières Aux flottantes clartés qui marchaient les premières ".
34. Selon la lettre, habillés de blanc comme les Templiers , aux croyances politiques et religieuses desquels toute cette procession de livres animés se trouverait ainsi ramenée, par Tuniformité du costume ; mais, selon l'esprit, étant en relations, en rapports intimes de foi politique et religieuse avec la milice des Templiers , marchant en tête , col primaio stuolo; voilà qui est catégorique ; en effet , qui jamais a écrit alituato, pour habillé? MM. de la Criisca, qui citent Dante , remploieraient-ils dans ce sens?-
35. Symbole du martyre, par allusion au bûcher des Templiers et ani massacres albigeois.
36< Le coup 'de tonnerre qui se fait entendre dans celte région où la pluie, le vent et les orages sont
des phénomènes inconnus, signifie évidemment un événement funeste venant arrêter les progrès de la secte. Comme indice d'une intervention suprême il révèle toute importance attachée par le poète à cette manifestation apocalyptique qoi est le grand nœud de sa Comédie. L'ordre du Ciel même règle les mouvements de ce cortège symbolique au milieu duquel va se montrer, agir et parler, conformément à son double caractère , politique et religieux , rhéroïne du poème , la pensée- verbe de celui qui, dans la Vie nouvelle, est appelé « le glorieux Sire qui ne se refuse pas à la Mort, » l'oy. p. 47 des RévéLf mais ne se donne à elle, en apparence, que pour lui porter des coups plus assurés.
Lorsque sur Fautrc bord eut cessé de marcher Ce beau septentrion du suprême empyrée, Qui, n'ayant jamais eu ni lever ni coucher, Voit le péché lui seul d'un voile le cacher * ; Qui de sa tâche, là, dans l'escorte sacrée, Avertissait chacun ^ de même qu'ici-bas Notre septentrion, pour gagner le rivage.
Du pilote au timon guide l'œil et le bras ' ; Ceux-là de vérité qui portant témoignage Entre lui se trouvaient et le griffon moteur \ Se tournant vers le char, comme vers leur bonheur, Leur paix% l'un d'eux, à l'air d'un envoyé céleste, Chanta trois fois : Sponsade Libano, veni, D'une voix éclatante , et de ce chœur béni Reprit le même chant, après lui, tout le reste*.
i.Les 8cpt arts ou sciences des sept grades sectaires dérivés directement du ciel, par la tradition gnostlque, brillent jour et nuit sur l'horizon, et leur éclat n'est momontanément voilé que par les ténèbres del'rgnorance,dont le foyer est dans ceUe ville de péché tour à tour appelée Babylone, Sodome, Pietramala, etc.
2. La tâche de chacun, suo dorer, étant en rapport avec le grade.
a. Les sept arls cabalistiques sont,
pour les fidèles d'Amour de tout grade , comme les sept étoiles de la Grande-Ourse pour les navigateurs.
4. Les vingt-quatre vieillards ou bons hommes, les Cathares ou les parfaits, ces excellents anges composant le grand conseil de l'Ordre.
5. Vers le trône du juge suprême, c'est-à-dire vers le Sainl-Slégeimpérialisé, gage de félicité et de paix universelle. [Voir de Monarchia.)
0. Celui qui entonne le cantique semble s'acquitter d'une mission
Au ban retentissant', comme les bienheureux Se lèveront soudain de leurs caveaux poudreux, Chantant Alkluia de leur voix ravivée \ Sur le char triomphal de même s'est levée, Joyeuse, en entendant vocem tanti senis^ Une foule d'Esprits, messagers de lumière Et d'étemel bonheur. Là par TAmour unis, En chœur : Benedictus, disaient-ils, qui venis : Puis en semant des fleurs dans Tair et sur la terre : Manibus lilia date, dateplenis\
J'ai vu plus d'une fois, lorsque le jour va naître, L'Orient s'empourprer, tandis qu'à mon regard
d'en haat, quasi da ciel messo, et ses paroles sont empruntées à Sa* lomon, lY, 8, pour donner à entendre que celie k laquelle il est fait appel est la Nouvelle-Jérusalem, prédite par TApacolypse : « L'épouse qui a Tagneau pour époux, « et non pas le loup, ixi, 2, ocllo qui doit •< descendre du ciel , parée corame une épouse qui s'est parée pour son époux (fbtd., ix, 10), et dont la mission est d'arracher l'Empire à la perverse pabylone, à Rhéa, en réunissant dans ses mains les deux pouvoirs* spirituel et temporel.