‹ La comédie de Dante (volume 2)Chapitre 43 sur 55 · Surgite, morhti, venite ad judicium · texte numérisé non relu

Surgite, morhti, venite ad judicium

8. « J'entendis comme la voix d'une nombreuse troupe dans le ciei, et qui disait : Alléluia! BaM^ gloire et puissance ik notre Dieuf parce que ses jugements sont véritables et justes j qu'il a condanmé lu grande Prostituëet qui a corrompu la terre par sa prostitution, et qu'il a vengé le sang de ses serviteurs^ qu'elle répandit de ses mains. Et ils dirent encore Alléluia (Apoc, xix, h 2, 3). Aussi est-ce l'auteur de VApoco?ypîclni-même,c'estsalT^tJean,

qui s'écrie : Veni, sponsa» C'est le grande vecchio, il quale era Vultimo dietro al triunfanle carra (Ott, C).

C^lui-là , du moins , au milieu de tout son verbiage pédantesque.donne parfois à entendre qu'il comprenait le poète qu'il commentait et dont il avait reçu oralement plus d'une confidence.

9. Lorsqu'apparaîtra le juge suprême, l'Empereur universel , et qu'il aura proclamé son ban souverain , novissima hando , tout l'étatmajor sectaire , ses anges, ses missi dominicit se lèvera dans la joie*, comme les élus au signal de la trompette céleste, et se manifestera dans tout réclat de la vie nouvelle. Kt pour que l'on comprenne bien que ce juge suprême réunit les deux caractères pontifical et impérial, celle qui le personnifie j sous figure féminine, est saluée, en qualité de sauveur et de rédempteur, par les mêmes paroles que saint Matthieu met dans la bouche des Juifs pour célébrer l'entrée de Jésus-Christ dans Jérusalem (iv, 8); puis, en qualité d'Empereur, par les vers de Virgile on l'honneur de l'hériticM' présomptif d'Auguste.

LE PURGATOIRE

L'azur d'un ciel serein s'étendait d'autre part, Puis, sous un voile, enfin, le soleil apparaître , Mollement tempéré de légères vapeurs, Qui permettaient à l'œil d'affronter ses splendeurs*'. De même, alors, parmi le nuage de fleurs Dans l'air qui s'élevait de ces mains angéliques, Et retombait en pluie au milieu des cantiques, Une dame, le front d'un voile blanc couvert.

D'olivier couronnée et, sous un manteau vert. D'une robe couleur de flamme revêtue, Imposante, s'offrit tout à coup à ma vue **.

10. Ce nV.lait qu'en la voilant pins ou moins, à Taide deTallégorle et des fleurs de rhétorique qu'il lui était possible d'oiTrir aux regards sa déesse Raison, ce soleil éblouissant qui lui faisait tout vofr en rose du côté de r Orient. Cette nuvola est destinée à rappeler la mwoletta de la V N., et le Deh nuvoletta de la baliade. Voy, rott. G, note 22, où il est dit artificieusement ch* elli sia velato.

1 1 . Dans V Apocalypse, le juge , semblable au Fils de THomme , au Christ, est Têtu d'une longue robe , i^estitus podere (1, 12). Dante, qui a d'ailleurs suivi saint Jean à la lettre dans la description de son cortège, est parti de là pour en faire une femme, afin de déguiser d'autant le rôle tout masculin qu'il entendait lui assigner, certain d'ailleurs de se f aire comprendre dans une secte où les hommes se transformaient en femmes aussi facilement qu'on y mourait pour y renaître à une vie nouvelle. Le costume tricolore , blanc , vert et rouge, qu'il a affecté de donner à sa dame-Christ, comparable à la Trinité : » Attendu qu'elle est un neuf , autrement dit un miracle, » (voy, la Vie nouvelle, et p. 55 des Révël , et Enfer, XI,

note 27) reproduit celui des trois vertus théologales , et les trois couleurs sous lesquelles il nous montrera la Trinité à la fin du Paradis; celles-là même que la jeune Italip arbore sur son drapeau. Dante oft parvenu à réaliser dans cette fastas magorie le programme tracé assez obscurément dans le traité de la Monarchie, au sujet des deux Béalitudes; l'une en cette vie, per terrestrum Paradisum figurata, que l'on acquiert par l'enseignement philosophique, sous la direction de l'Empereur; l'autre, en la vie éternelle, dans le Paradis céleste, en suivant la direction pontificale ; et il est arrivé ici à expliquer comment il entendait ces mots, consignés à la fin du livre :

Patet quod Papa et Imperator, in quantum homines, habent redcci ad CNUM. Nous voyons en effet Béatricfi réunissant ici tous les attributs de la double puissance, tant spirituelle qne temporelle. Elle devient son maître et son guide, dans le Paradis terrestre d'abord, puis dans le Paradis céleste, en la double qualité de Pontife et d'Empereur ne formant plus qu'un, et cela en opposition à Clément et à Philippe. Ce qui nous fait comprendre que son idéal de souveraineté devait être un et réunir les deu\

Mon esprit, qui déjà, depuis de bien longs jours, iN*avait plus tressailli de crainte en sa présence. Sans même que mes yeux lui prétassent secours, De l'ancien Amour reconnut la puissance, L'invincible ascendant, à ce charme secret Toujours émané d'elle et qui me pénétrait".

Sitôt qu'à son aspect j'éprouvai l'influence Dont naguère je fus tout entier dominé, Lorsque j'étais à peine au sortir de l'enfance", Vers ma gauche, soudain, craintif, je me tournai. Comme le jeune enfant recourant à sa mère.

Si quelque eflTroi lui vient ou quelque peine amère. J'allais dire à Viiçile : — Il ne me reste, ami, Une goutte de sang en moi qui n'ait frémi, De mon antique feu je reconnais les signes •*.

pouvoirs destinés à procurer aux iiommes le boDheur dans cette \ic pl dans Tautre. C'est l'Idéal réalisé d'abord en Asie , à savoir chez les Turcs et chez les Russes; puis» en Europe, dans la constitution de ri^glise anglicane.

12. C'est Tesprit de Dante qui s'émeut, non son cœur, à l'apparition de Béatrice, et, en effet, il l'appelle constamment , dans ses poésies lyriques, la dame de son esprit, donna délia mente. Aussi n'a-t-il pas besoin du secours de ses yeux pour reconnaître cette création toute spirituelle , dont il proclame la vertu occulte, occulta virtùy comme dérivant de Tancien amour, de l'ancienne tradition gnostique manichéenne, d'antico amor.

13. Lorsque j'avais à peine neuf ans, Tàge parfait du itfaçon. Voy.

dans la Vie nouvelle à quel point ce nombre neuf était ami de Béatrice,

■ âgée elle-même de neuf ans , lorsqu'il s'éprit d'elle ; qu'il ne revit que

neuf ans après , quoiqu'ils habitassent la même ville, et qui mourut le neuvième jour du neuvième mois de Tannée dans laquelle le nombre neuf s'accomplit pour la neuvième fois dans ce siècle. P. 33 , 54 et 55 des JiévëL Voy. aussi la note dernière du chant xi de l'Enfer.

14. Voy. dans la Vie nouvelle les caractères mystiques de cet amour dont la plus haute ambition se borne à voir l'objet de son culte, à en obtenir le salut; le tout avec accompagnement de frissons, de terreurs, devisions et de songes plus ou moins significatifs. Dans l'apparence extérieure de Béatrice et dans tout son cortège, Dante ne pouvait méconnaître les- signes de cette religion orthodoxe qu'il avait aimée anciennement et pour laquelle 11 avait combattu sous le drapeau des Guelfes.

Aussi le premier sentiment qu'il éprouve est-il celui de la crainte, à raison des signes extérieurs de Vantica fiamma.

LE PURGATOIRE

Mais Virgile déjà m*aTait abandonné,

Ce père affectueux » aux paroles si dignes,

\ qui, pour mon salut, je m'étais tout donné '^

Tout ce que perdit Eve en ces lieux pleins de charmes

xN'empécha pas mes yeux de se remplir de larmes".

Si Virgile est parti, Dante, il n*est pas encor Temps pour toi de pleurer, aux larmes fais donc trêve, Tes pleurs doivent couler pour un tout autre glaive*'.

Ainsi qu'un amiral, de bâbord à tribord, Pour donner aux marins un nouveau zèle à l'œuvre, Des autres bâtiments surveille la manœuvre; Telle , à gauche du char, en me tournant d'abord A mon nom, qu'il m'est bien ici force d'inscrire , Je vis la noble dame à l'invincible empire.

Qui m' apparut parmi les fleurs, les chants des cieux,

15. L'initié païen, le monarchique Virgile , dont le langage symbolique a été jasqne-là sa sauvegarde, doit disparaître de la scène en présence de Béatrice, dont les discours, Inspirés en apparence par la plus pure orthodoxie, éloigneront de lui tout péril. Celle qu'il appelle la dame du Salut, donna délia sainte y succède donc à celui qu'il appelait son sau^ reur, à qui il s'était livré pour son salut, lui-même nous le déclare, a eut permia sainte diemi. Quant ù sa frayeur, ce n'est pas Béatrice qui la cause, mais bien ceux dont le regard investigateur pourrait la reconnaître sous son costume d'emprunt, au milieu de la pompe catholique dont il la montre environnée.

16. Kt s'il fallait entendre par Vantiea madré non pas Eve, comme il nous a fallu traduire ces mots, mais bien la vieille Église orthodoxe, et entendre, quoique j'eusse perdu , mis à l'écart, l'antique foi romaine, je ne m'en mis pas moins à pleurer,

c'est-à-dire à papiser de plus belle .^ Or, telle a été évidemment l'Intention du poète. 11 sait bien dire Eve, lorsqu'il le vent, et distinguer entre Rome et Florence.

17. Tu n'as pas à redevenir, en réalilë. Guelfe et papiste comme tu l'as été autrefois, non piangere ancora ; et ces mots sont répétés deux fuis pour qu'on ait bien à saisir le sens de Vancora. Il te faut à celle heure verser fictivement des larmes, fiindrc Torthodoxie, dans l'Intérêt d'une cause Men différente de celle de Rome, c'est-à-dire dans l'intérêt de l'Empire. C'est à une autre cause que tu dois ton dévouement et tes souffrances ; à celle de César, afin que le glaive de César ait à l'emporter sur le glaive de saint Pierre, pianger ti contien i»ër altra spûâa, H y a vraiment à rester confus d'en être réduit à expliquer avec insistance des choses S! palpables, à cinq cents ans de distance.

Vers moi, de l'autre bord , abaissant sa paupière ,

Bien que la dérobât en partie à mes yeux

Le voile qui , tombant de son front gracieux ,

Était ceint de la feuille à Minerve si chère **.

Elle continua , l'air ûer, majestueux ,

En reine*', comme alors que la parole austère

Garde en dernier le trait qu'on sait plus douloureux.

Regarde, c'est bien moi, je suis bien Béatrice ^\- Comment as-tu daigné gravir enfin ce mont ?

ïgnorais-tu qu'ici tout est joie et délice " ?

Tant de honte, à ces mots, vint peser sur mon front, Que mon regard baissé chercha l'onde propice; Je m'y vis et sur l'herbe à tomber il fut prompt.

Un flls parfois aussi trouve sa tendre mère , Gomme elle me parut, avec excès sévère , Gar l'Amour qui châtie est d'amère saveur ".

18. Après nous aroir dit, dans le chant VI , que Tltalie sans ^Empereur pour la diriger est « nn navire sans nocher an milieu de la tempête, »

image qu'on retrouve au iv* traité du ConvitOf le poëte nous montre ici sa mystérieuse \m , dans ses fonctions de juge suprême, dirigeant le char symbolique de l'Empire universel, et, pour que sa pensée apparaisse sufllsamment, il compare Béatrice à un amiral surveillant la manœuvre , quoiqu'il ne s'agisse ici que d'une procession , dont le personnel semble exclure toutesurveillance.

Elle est couronnée du feuillage de Tolivier, arbre de la paix, que l'Empire doit assurer à l'uni vers, et comme l'antique Isis, elle se montre d'abord voilée , pour se manifester pins tard , après l'accomplissement de tous les rites. Elle est sur l'autre bord , par rapport à lui, parce qu'il est encore censé orthodoxe, n'ayant pas subi les dernières épreuves de l'initiation,

19. Royalement, rcfl'oiwK'nrr, porte le texte , ce qui caractérise de plus en plus le rôle assigné h ce perftonnoge complexe.

20. Oui, malgré le cortège orthodoxe qui m'entoure, je suis bien la personnification de l'olopiehéréiique et révolutionnaire, l'idéal du lemplarisnie albigeois, celle qui doit rendre heureux, béatifier l'univers romain.

21. Comment l'es-tu décidé à rompre avec le parti guelfe et à te soumettre h rinitiation dont le but est le bonheur du genre humain, en faisant de la terre un Paradis, lorsqu'elle est aujourd'hui un Enfer, dont Satan est le pape, fait roi ?

22. N'y a-t-i! pas un autre sens caché sous ces paroles : d'amaro sente il sapor délia pietate acerba P M. Fiorcnlino traduit : « Je sentis l'amertume de son acerbo pitié, »

ce qui me paniîl un bel et bon contre-sens ; peul-élre s'il se fût rappelé la cantone Morte di pietà nimica] Mort dont la piété est ennemie, se

LE PURGATOIRE

Elle ne parlait plus , et des anges en chœur J'entendais, refurenant sa céleste harmonie, La voix chanter : In te speravi Domine; Mais le Psaume à pedes nieos fut terminé '^

Gomme parmi les bois, aux reins de l'Italie, Sous rhaleine des vents qui soufflent les frimas, La neige se durcit en solides amas , Puis fond, comme la cire au feu se liquéfie , Paitout en s'affaissant sur soi-même , aussitôt Que moins d'ombre à la terre apporte un air plus chaud " ; Ainsi j'étais sans pleurs ni soupirs et de glace Avant d'entendre ceux dont les accords puissants Se règlent sur ces corps qui roulent dans l'espace; Mais lorsque j'eus compris, à leurs tendres accents.

serait-il plus rapproché de la véritable pensée du poëte en disant :

" On sent l'amertume chez la cruelle piété; » chez cette dame Piété, son ennemie, dans les bras de laquelle il a été réduit à se jeter pour qu'elle devint sa sauvegarde {voy. la V. N.

et p; 372 des EévéL), dame Piété dont Béatrice a revêtu le costume et lesattributs. Maisrépithète d'acerba, déjà plusieurs fois signalée, nous parait proche parente de cruda, et nous serions très-porté à entendre que, à la différence de la piété guelfe, celle des partisans de l'Empereur, •de Vaeerbo , menacé par Gacus, est toute mansuétude, malgré ce qu'elle peut offrir de rigoureux au premier abord.

23. Les paroles du Psaume xxx nous révèlent la mission de Béatrice , de la dame du salut , qui ne sera pas moins secourable à Dante sous son travestissement catholique, qu'elle Ta été sous son aspect erotique : elle continuera d'être sa protectrice ,** à le sauver de tout danger, à le tirer des pièges cachés , elle ne

le livrera pas entre les mains de l'ennemi , attendu qu'elle hait ceux qui observent des choses vaines et sans fruit» » Les anges s'arrêtent a pedes meos , parce qu'il ne convenait pas à la fierté du poète de s'appliquer les paroles qui suivent:

« Je suis tout troublé par la tristesse... Toute ma force s'est affaiblie par la pauvreté où je suis réduit...

Je suis devenu un sujetd'opprobre...

J'ai entendu les discours injurieux de ceux qui m'entouraient... Etc., etc.

24. Traduisez : Ainsi que dans les forêts vivantes, trave vive (poutres vives), que porte le sol italien, l'influence catholique, neve, se consolide, si congela, soufflée et appuyée par les princes et guerriers qui lui sont asservis, soffiata e streita dalli venti schiavi , puis s'évanouit, s'affaisse, pour peu que cesse l'ombre pontificale et. que la terre puisse respirer , pur che la terra , che perde omJfra , spiri.

Le mot à mot s'entend-il assez de lui-même?

CHANT XXY.

Qu'ils me compatissaient, plus que si leur voix douce Eût dit : Contre lui , dame , ainsi qui te courrouce ? La glace amoncelée à Tentour de mon cœur, En soupirs se fondant et s'écoulant en pleur. Par la bouche et les yeux , dégagea ma poitrine ".

Elle, debout restée, à la gauche du char.

Sans se montrer émue, à la foule divine S*adressant de la voix ensemble et du regard :

Votre œil veille durant la journée étemelle Et ne peut nuit, sommeil, vous dérober, dit-elle. Un seul pas par le siècle en sa voie accompli ". J'en mettrai plus de soin à répondre, sur l'heure, Pour que m'entende bien celui qui là-bas pleure , Et que soit à ses torts son regret assorti ^^ Celui que vous voyez , non par l'œuvre isolée De ces sphères, qui vont en leur marche réglée Dirigeant chaque germe et lui traçant sa fin , Selon qu'il a le ciel menaçant ou serein ;

35. Cet accès de seDsibilité chez Dante se réduit donc à une figure de rhétorique, comme l'indique assez la comparaison, dans laquelle le soleil prlntanler vient dissiper Vonibre, qui a fait s'amonceler et se durcir la neige sur ritalie, durant le grand assaut de l'hiver pontifical, del verno il grande assalto, ( Foir p. 378 des Révél.) Or, Dante nous déclare ici qu'il s'est abstenu de composer des vers, sospiri {voir la Vie nouvelle) et de toute démonstration catholique, lacrimef tant qu'il n'y a pas été autorisé par les dignitaires de Téglise sectaire , par ces anges « dont les notes suivent .

celles des sphères célestes. >« Mais qu'une fols assuré de leur agrément, il a donné carrière à sa verve poétique et, dans l'espoir de faire triompher le glaive impérial, il s'est mis à

pleurer de son mieux , autrement dit à arborer les insignes de l'ennemi , pour le combattre avec plus d'avantage. Voilà comment 11 devait pleurer pour un autre glaive , per altra spada.

26. Ces anges -là exerçaient la surveillance la plus active sur tous les actes de l'autorié régnante, désignée ici par le mot siècle , parce qu'elle dominait sur la terre, mortal secolo. Koy.la Vie nouvelle.

27. Béatrice déclare elle-même que sa réponse sera étudiée avec soin, con più cura. Ceux pour qui elle parle sauront bien comprendre que les torts dont elle va charger j5ante sont de la même nature que l'affliction dont il fait montre, c'està-dire également fictifs et que , dèslors , sono colpa e duol d'una misura.

LE PURGATOIRE

Mais par grâce divine à l'abondante pluie,

Dont la source est si haut que notre vue en vain

La veut sonder, cet homme , en sa nouvelle vie ,

Fut virtuellement tel qu'en lui les plus beaux fruits

Par de nobles penchants auraient été produits 2*.

Mais plus en la terre est de féconde énergie,

Plus, faute de culture et par le mauvais grain ,

De sauvages moissons se hérisse son sein.

Je le soutins un temps par mon riant visage.

En faisant rayonner sur lui mes jeunes yeux,

Et dans le droit chemin il marchait vertueux ".

A peine une autre vie , au seuil du second âge ,

M'eut-elle transformée, il me reprit son cœur,

Et bientôt sm' une autre il porta son ardeur ^\

Quand, m'élevant , j'avais accompli le passage

De la chair à l'esprit, que j'avais. en vertus

Grandi , comme en beautés , moins pourtant je lui plus

Et lui devins moins chère **. En une fausse voie

28. Les influences sidérales , qui jouent naturellement leur rôle dans la symbolique sectaire , puisque la route du Temple représente un ciel étoile (l'oy. la cité du soleil de Campanelle, p. 46» àes Révél.) , ont concouru , avec les grâces divines de ce pouvoir occulte qui se dérobe aux regards et qu'on appelle le grand Orient , à la régénération de Dante , à sa palingénésie ou à sa vie nouvelle, comme on voudra l'appeler; il y avait donc lieu d'attendre de lui des merveilles dans l'intérêt du parti révolutionnaire.

29. En tant que Béatrice erotique, ou philosophie sectaire sous aspect d'amour platonique. P'oir la Vie nouvelle et le Banquet, où il est expliqué que les yeux de dame Philosophie, Béatrice, sont ses enseignements , dimostra;siom f son sourire,

ses persuasions , d'où résulte « celle béatitude qui est en paradis le bien suprême. » Traité m , ch. 15.

30. A la seconde période de rinitialion , quand l'enseignement , qui jusqu'alors a été philosophique, s'engage dans les profondeurs du mysticisme, Dante, voyant ia symbolique amoureuse éventée par l'ennemi , dut feindre , pour plus de sûreté , de se jeter « dans les bras de dame Piété , son ennemie , pour qu'elle le défendît , » et il parut reporter sur elle tout son amour, diessi altrui, Béatrice erotique étant censée passée de vie à trépas. {Voy.

V. 11 et pag. 41, 42 des Rëvél.), mais sans cesser, comme on le volt, d'être tout à sa fol et à son roi templier, A.L.T.R.IV.

31 . Ostensiblement; c'est alors que nous le voyons en effet, dans la Vie

Il s'engagea, suivant de» fantômes de bien

Qui, tout mensonge, en vain promettent paix et joie ^\

Pour le désabuser ne me. servit de rien

A son esprit , en songe ou d'une autre manière ,

Des inspirations d'obtenir la lumière ".

Il en prit peu souci, plus bas tomba toujours **,

Pour son salut, dès lors, je n'avais de recours,

Quand tout demeurait vain, que d'ofîrir à sa vue

Le séjour et les maux de la race perdue *%

Et, dans ce but, des morts je visitai le seuil.

Suppliante, les yeux en pleurs et l'âme en deuil,

J'allai trouver celui qui fut ici son guide '^

Mais l'immuable arrêt de Dieu serait enfreint

S'il passait le Léthé , goûtait son eau limpide

nouvelle, échanger des regards avec une dame païenne , donna gentile , autrement dit dame Piété, ce dont il s'accuse comme d'un « très -vil ou très-lâche penser. » Voir les Révél., p. 63, 64.

32. Ces fausses images de bien, qui ne tiennent rien de ce qu'elles promettent^ sont les espérances que l'Église romaine fait briller aux yeux des fidèles et au moyen desquelles elle les entraîne dans une fausse voie^ via non vexa ; peut-être aussi fontelles allusion au culte des images dans lequel les chrétiens évangéliques voyaient et voient encore une idolâtrie.

33. On peut voir dans la Vie noMvelle à quel point Dante fait abus des visions et des songes , tous inspirés en effet par la pensée de Béatrice, n suffira de se reporter aux pag. 34^ 38 , 39, 48, 49 , 65 , 69 des Révél. pour reconnaître ce que peut avoir de sérieux un pareil moyen de salut.

34. En affectant de plus en plus le langage et les dehors orthodoxes ;

tous les autres moyens de salut étant épuisés et devenant impuissants pour conjurer le péril, che tuiti argomenti alla sainte sua eran già corti.

35. Le meilleur moyen de le mettre, elles siens bien plus que luimême, en garde contre le monde catholique, était de lui en montrer la capitale comme la résidence de Satan , le réceptacle de tous les vices et la cause de tous les maux de la terre.

36. Et le personnage dont je fis choix à cet effet était précisément un poêle païen, initié aux mystères d'Eleusis , imitation de ceux, d'isis que je représente ici; personnage qui, sous son masque romain, n'était autre que le Bolonais deVirgilio, son ami jusqu'à la mort, et son initiateur aux mystères du Temple, ainsi qu'à la fui albigeoise. Voir les églogucs latines qu'il lui adressait de RaYenne,pour l'informer, en style pastoral, des elTets de sa prédication sectaire.

576 LE PURGATOIRE

Sans ravoir acheté par ce repentir saint

Qui de pleurs rédempteurs rend la paupière humide ".

37. 11 sera fait remigc à Dante de par le succès qu'il y a profil pour la

8(>8 torts lictifs et son juge féminin secte à attaquer l'Église a\ec ees

lui pardonnera sa Comédie de catlio- propres armes. Et puis, n'est-ii pas

licisme , à la condition qu'il en fera indispensable de pleurer à la porte

amende honorable , par quelques du Temple, pour rire lorsqu'on est

larmes papistes, c'est-à-dire en re- parvenu enfin à y rentrer en vain-

doublant d'hypocrisie et en prouvant queur ?

Toi qui m'entends, là-bas, près du fleuve sacré, Poursuivit Béatrice avec un froid courage, En dirigeant sur moi de pointe son langage Qui , de taille, m'avait paru bien acéré *.

Dis , n'est-ce pas vrai ? dis, à défaut d'autre excuse, Que ton aveu se joigne à la voix qui t'accuse.

Tant de trouble, à ces mots, confondit mon esprit, Que l'organe à ma voix refusa toute issue , Et pour former un son ma bouche en vain s'ouvrit ^ Ma réponse parut bientôt trop attendue.

A quoi penses-tu donc? dit-elle, réponds-moi; Cette eau n'a pas encor lavé la trace en toi Des tristes souvenirs dont ton âme est mordue *.

De mes lèvres la honte et la crainte à la fois Arrachèrent un oui tel qu'il fallut, je crois. Pour qu'il fût entendu, le secours de la vue *.

1. En m'apostrophant directement après avoir parlé de moi à la troisième personne.

2. L'amant de Béatrice erotique ne sait que répondre aux reproches de catholicisme qu'elle lui adresse, entourée elle-même de tout Tappareil catholique, et la stupéfaction lui coupe la voix , en voyant les deux doctrines rivales confondues dans un même symbole. •

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