CHANT PREMIER
De celui ({ni meut tout, les splendeurs infinies Pénètrent Tunivers et font , selon -les lieux , Rayonner plus ou moins son éclat glorieux.
Au Ciel , le plus rempli de ses claités bénies , Il me fut accordé d'aller, et là je vis Des choses qu'on oe peut redire en ses récits Ine fois descendu ; car notre intelligence , En approchant du but auquel tend son désir, Pour se plonger en lui toute si loin s'élance , Qu'en arrière à chercher se perd le souvenir. En vérité, pourtant, ce qu'en si haute sphère Mon esprit recueillit de trésors purs d'erreur, De mes chants maintenant fournira la matière.
Sois propice, Apollon , à ce dernier labeur; Verse en moi , vase élu , cette faveur insigne De ton laurier chéri qui fait qu'on se reud digne. Jusqu'ici , du Parnasse , atteindre un des sommets Était beaucoup pour moi : vers tous deux désormais Je dois tendre , en courant le reste de l'arène.
Descends en moi, remplis mon sein de ton haleine, . Et te montre puissant comme au jour où ton bras Du fourreau de sa chair fit sortir Marsyas.
Si me prête secours ta divine influence , Au point qu'à retracer ce dont j'ai souvenance, Pâle reflet du Ciel , je puisse parvenir, A ton arbre sacré tu me verras venir, Et couronner mon front du glorieux feuillage Que le sujet et toi m'aurez fait obtenir.
Si rarement poëte ou César, en notre âge , Le cueillent triomphants (aux vils désirs humains La faute en est , la honte aussi) que l'allégresse Au front delphique doit rayonner, quand s'empresse L'un ou l'autre d'atteindre aux rameaux' pénéens. Un grand feu naît parfois d'étincelle légère ; Peut-être qu'après moi quelqu'autre voix priera, Plus digne à ses accents que s'émeuve Cyrrha. De seuils divers surgit le flambeau solitaire , Du monde ardent fanal ; mais il sort à la fois Sous des astres meilleurs, pour un cours plus prospère, Du point où vont s'unir, en dessinant trois croix. Quatre cercles distincts. De ce point , il tempère , Pétrit plus à son gré la terrestre matière.
Or, de ce dernier seuil , là s'avançait le soir. Et du matin , ici, se montrait la lumière ; Une blanche clarté couvrait un hémisphère Et s'étendait partout sur l'autre un voile noir, Quand je vis Béatrice, à sa gauche tournée.
L'œil fixe, regarder le soleil radieux ; ( Jamais un aigle ainsi n'y dirigea ses yeux ) ; Et comme à la clarté dont elle est émanée Celle qu'elle a produite est prompte à remonter, Telle, en voyage , l'âme au foyer ramenée ; De même, par les yeux, venant se refléter Son geste en ma pensée, à la suivre entraînée,
Je fixai mes regards, d'un mouvement pareil , Au delà de l'humain pouvoir, sur le soleil.
C'est qu'en effet ont là nos facultés mortelles Plus qu'ici d'énergie, et du lieu cela naît, Qui pour l'espèce humaine exprès ainsi fut fait.
Admirant ce fanal aux clartés éternelles , Je ne pus l'endurer longtemps, mais non si peu Que je n'eusse à le voir lancer mille étincelles , Comme un fer embrasé que l'on tire du feu.
Il me semblait qu'au jour, qui venait de paraître, S'unit un nouveau jour, comme si le seul maître Eût d'un autre soleil orné les vastes cieux.
Béatrice restait debout , fixant sa vue Sur les orbes sans fin roulant dans l'étendue ; Sur elle uniquement , moi , j'attachais mes yeux Oui s'étaient détournés de la splendide gerbe; Et l'effet que sur moi son aspect radieux Produisit fut semblable à celui de cette herbe Qui sous les flots amers , soudain , des autres dieux Rendit Glaucus l'égal. Je voudrais qu'on pût dire Se transhumaniser ; que l'exemple pourtant, A qui méritera d'en éprouver autant , Par la grâce d'en haut, ait un jour à suffire.
Amour, tu le sais, toi qui gouvernes le Ciel Et dont jusqu'au transport m'exalta la lumière , Si j'étais bien moi , là , dans ce moment , et tel Que toi-même venais de me créer naguère.
De la ronde pour toi qu'un désir éternel Fait se mouvoir sans fin quand bientôt l'harmonie. Que règle et que maintient ta puissance infinie , Me rendit attentif , le Ciel à mes regards Des flammes du soleil parut de toutes parts Tellement embrasé que n'a jamais, je pense.
Fleuve ou pluie enfanté lac à ce point immense. Ces sons nouveaux pour moi , cette vaste clarté,
Me firent désirer avec avidité
D'en connaître la cause ; et jamais en ma vie
Je ne fus stimulé d'une aussi forte envie.
Elle qui dans mon âme ainsi que moi Usait ^ Sans attenribre que f eusse exprimé mon souhait ^ Se dît /pour me calmer, commençant la première :
Toi-même, à des pensers empreints d'erreur grossière, En livrant ton esprit , tu fausses son pouvoir, Et tu n'aperçois pas ce que tu pourrais voir. Ainsi que tu le crois , tu n'es plus sur la terre, Et nous avons quitté le mont où tu me vis.
Mais la foudre , en fuyant sa patrie , est moins prompte Que ion vol vers la tienne à présent qui remonte.
A ces mots brefs éclos au milieu d'un souris , Si je fus affranchi d'un doute , à l'instant même IJn autre m'enlaça d'incertitude extrême , Et je repris : — Déjà , de t' entendre content , Je me suis reposé d'un grand étonnement; Mais comment se fait-il ainsi que je dépasse Tant de corps qui , légers, sont semés dans l'espace?
De son sein j'entendis s'exhaler un soupir, Et son regard vers moi fut celui d'une mère Sur son fils délirant qu'elle voudrait guérir.
Toutes choses, dit-elle, en la nature entière, Ont entre elles un ordre à l'avance arrêté A ce vaste univers qui donne l'unité, La forme par laquelle il est à Dieu semblable. En lui se manifeste à l'être raisonnable La trace du pouvoir éternel , souverain Dont cet ordre est l'ouvrage et qui Ta seul pour on. Toutes natures sont à s'y soumettre enclines , Selon que leur essence , en sa diversité , Les rend de leur principe ou plus ou moins voisines ; Toutes ont vers leur but, de différent côté , Sur l'océan de l'être à se mouvoir, chacune
Selon le propre iûstinct qui lui fut affecté. C'est ainsi que le feu s'élève vers la lune, Que bat le cœur mortel constamment agité; Que la terre subit , en condensant sa masse Ramassée en un bloc, la loi de gravité.
C'est cet arc vers leur but qui non-seulement chasse Les êtres dépourvus de sens et de raison , Mais encore ceux-là qui reçurent en don La raison et l'amour. La sage Providence , Qui régla tout ainsi , fait d'un calme éternel , Par sa lumière, en paix que jouit tout le Ciel , Où va tournant celui qui fait plus diligence ; Et c'est là maintenant , comme au but décrété, Que nous sommes poussés par la puissante corde Dont chaque effort ne tend qu'à la félicité.
Mais comme en rien souvent la forme ne cone^tié Avec le vœu de l'art , en vain qui s'applaudit , Parce que la matière est sourde et se roidil , La créature aussi de son sentier s'écarte , A laquelle il n'est pas tellement limité • Qu'au gré de son caprice elle ne s'en départe , (Tel du nuage fuit le feu précipité ), Lorsque d'un faux plaisir l'amorce mensongère^ Détournant son essor, l'entraîne vers la terre. Tu ne dois donc pas plus t'étonner, si je n'erre * De ton ascension , que d'un mont élevé En voyant au vallon descendre une rivière.
Il faudrait t'étonner si , n'étant entravé Par rien dans ton élan vers la céleste rive , Gomme si sur le sol s'arrêtait flamme vive, Tu fusses demeuré sur la cime du mont.
Vers le Ciel , à ces mots , se releva son front.
CflAXT II.
vous , qui ne montant qu'une frêle nacelle, Suivîtes jusqu'ici , désireux d'écouter, Ma barque, où je ne cesse en voguant de chanter, Regagnez désormais la rive maternelle , Et sur la haute mer, où, si vous me perdez , Vous manquerez le port , point ne vous hasardez ! L'onde est vierge où ma nef va dirigeant sa course : Minerve enfle ma voile, Apollon me conduit, Et les neuf chastes sœurs du doigt me montrent l'Ourse.
Pour vous , rares élus , dont le désii* poursuit Depuis longtemps le pain des Anges, pain de vie Qui soutient ici-bas , sans qu'on s'en rassasie. Sur cette vaste mer vous pouvez vous lancer, En suivant sur les eaux où je viens de passer. Promptes à s'aplanir, mon rapide sillage.
De Cholchos , ceux jadis qui firent le voyage , S'émerveillèrent moins , lorsqu'ils virent Jason Subjuguer les taureaux gardiens de la toison , Que vous ne le ferez, ma tâche terminée.
Du séjour déiforme, en nous la soif innée.
Perpétuelle , alors nous emportait tous deux Aussi rapidement, à peu près, que les Cieux Vous semblent se mouvoir. Béatrice, attentive. Regardait fixement en haut , moi , dans ses yeux. Peut-être en moins de temps qu'au but un trait n'arrive.
CHANT n. * '625
Loî\squ'a joué la noix sous le doigt de Tarcher,
J'atteignis un lieu tel que ne put s'«inpécher
Avec étonnement de s'y porter ma Tue.
Celle à qui ne pouvait celer mon âme émue
Ce qui s'y produisait de plus mystérieux,
Vers moi se retournant , belle et le front joyeux,
Me dit : — - Rends gi^âce à Dieu qui vient de nous conduire
A la première étoile , ici que tu vois luire.
Un nuage brillant , solide, épais, pareil Au diamant poli que frappe le soleil , Me semblait nous couvrir et s'étendre à la ronde : Le céleste joyau nous reçut, comme l'onde Laisse, unie, en son sein le rayon s'infiltrer. Si j'étais corps (on tient pourtant qu'une étendue N'en peut admettre une autre en elle contenue, Et cela néanmoins ainsi doit s'opérer Alors que dans un corps un corps vient pénétrer) , Chez noiis en devrait naître un désir plus intense D'observer cette essence où l'on peut voir, saisir Comment notre nature à Dieu pourra s'unir.
Là nous apparaîtra , rayonnant d'évidence , Ce que nous acceptons comme article de foi, Non par des arguments , mais visible de soi , Comme la vérité la plus élémentaire.
le répondis : — Madame , ardemment en mon cœur, Autant que je le puis, je rends grâce au Seigneur De ce qu'il a daigné m'éloigner de la terre.
Mais, dites-moi, quels sont ces signes nébuleux. Qui sur ce corps brillant font, là-bas , au vulgaire, Débiter sur Caïn maint récit fabuleux?
Elle sourit un peu, puis dit : — Sois, par la suite , Moins surpris de trouver d'erreur souvent troublé Le jugement humain aux choses dont la clé Est refusée aux sens. Tu vois sous leur conduite Combien de la raison l'essor est limité.
9M '^ L« PÀRÀOfS.
Mais BipçfmàA-vdoi d'abord ee que toUméme peiiiH.
Et moi r — Je oiois qaici le» corpe raresr et denses Causent ce que mes yeux voient de diversité.
Elle reprit alors : —Bien grande, je n'en doute, T'apparattra l'erreur qui te vient abuser, Avec attention si ton oreille écoute L'argument que je veux à ta thèse opposer.
Les astres qu'on observe en la huitième sphère Sont divers de grandeur ainsi que de lumière, Et dans tous se distingue un aspect différent Si d'une essence rare ou dense s'y montrant C'était l'efifet, dans tous une même influence Plus ou moins répartie aurait même puissance. Les diverses vertus sont forcément les fruits De principes formels. Or, tous, en conséquence De ton raisonnement^ moins un, seraient détnûti. En supposant aussi, comme le fait ta glose, Que de ces points obscurs la rareté fût cause, Ou him cette planète en sa masse offrirait , De place en place, un vide, un manque de substanee, Ou, comme dans le corps par couches se dispense Et le maigre et le gras , de même alternerait Le papier dans son livre, en changeant de nuance. Le premier cas admis, lorsqu'elle éclipserait Le disque du soleil , on le constaterait En voyant transparaître, à coup sûr, la lumière, Comme à travers tout corps où rare est la matièrt; Or, c'est ce qui n'est point. Il faut donc maintenant Passer à l'autre cas, Qu'il soit mis au néant , Ton avis n'aura plus aucune consistance.
Si cette rareté, môme en s'étendant loin , Ne règ«e pas partout , il faut qu'il soit un point Où fait la densité cesser la transpartnee :
Sont alors reûHiiés Jes rayons lumineux, Comme» lorsqji^ Je plomb Ta revêtu derrière^
CÙANT II. %9fl
Est prompte à rebrousser la couleur dans le verre. Peut-êtrfe diras-tu que le rayon aux yeux Apparaît plus obscur, parce qu'il va , par place , Se réfracter plus loin, où son éclat s'eflface. Le problème sera, lorsque tu le voudras, Résolu par le fait et par l'expérience , Source dont les ruisseaux forment votre science.
Tu prendras trois miroirs, que tu disposeras, En les tournant vers toi , deux à distance égale , Et le troisième, entre eux , à plus grand intervalle ; Derrière toi que flambe un feu, dont la lueur . Soit par les trois miroirs à la fois répétée Et, vers toi, dans chacun brille répercutée ; Tu verras, encor bien qu'ait à perdre en grandeur La flamme, dans l'un d'eux de plus loin reflétée, Tous les trois renvoyer une égale splendeur.
Gomme aux tièdes rayons que le soleil lui lance. Fond la neige , laissant le sol qu'elle a couvert Affranchi de son voile et du froid de l'hiver. De même je prétends que ton intelligence Se dégage et s'éclaire, au point que l'évidence Dans sa vive lumière étincelle à tes yeux.
Un corps dans lequel glt , dont la vertu recèle De tout ce qu'il contient l'être mystérieux , Va tournant dans le Ciel de la paix éternelle ; Le Ciel suivant, au loin qui de tant d'yeux reluit, Répartit tout cet être en diverses essences Qui , distinctes de lui , sont , se meuvent en lui* Les autres Cieux, selon diverses influences.
De même font germer, disposent à sa fln Tout ce qui se produit de distinct en leur sein. '
Ainsi vont , tu le vois, ces organes du monde, Par degrés exerçant leur action féconde ; Opérant au-dessous , au-dessus empruntant.
Suis bien comme je vais, par là, d'un pas constant,
Vers celte vérité que tu voudrais voir luire, Afin de pouvoir seul ensuite te conduire.
Par les divins moteurs, puissance, impulsion, Doivent être transmis à chaque sainte sphère, Ainsi que le marteau, qui sur le fer opère, Reçoit de l'artisan force et direction ; Et du sublime Esprit qui règle sa carrière, Le Ciel, de tant de feux qui resplendit si beau. Prend Fimage, qu'il garde empreinte comme un sceau. Or, de même que Pâme à votre humble poussière, En des membres divers dont chacun est dot(^ , D'un pouvoir différent , se distribue entière , De même aussi , tournant sur sa propre unité, La haute intelligence au loin se multiplie En répandant sa vive et puissante énergie Par ces étoiles dont tu vois les Cieux semés.
Différente vertu diversement s'allie A ces corps radieux qui, par elle animés, L'ont imprégnée en eux, comme est en vous la vie. Or la vertu qui vient se mêler h ce coi'ps , De joyeuse nature émanant, c'est dès lors Elle, brillant en fui , qui par là se révèle, Comme la joie éclate en la vive prunelle ; C'est d'elle que provient cette diversité Dans l'aspect lumineux , non dans ce qu'on appeUe La rareté des corps, ou bien leur densité.
Le principe formel en elle ainsi réside , Produisant la splendeur comme l'obscurité, Ce dont son abondance et sa force décide.
Cte doux soleil qui fit éclore dans mon cœur La chaleur de T Amour avait, d'un ton vainqueur, Ai^uant, réfutant, fait briller à ma vue La belle vérité qui m*apparaissait nue; Et moi, pour m'avouer guéri de mon erreur, Convaincu de tout point, la tête redressée, J'étais prêt à parler; quand s'offrit à mes yeux Un spectacle soudain, tellement merveilleux.
Qu'il eut vite absorbé mes regards , ma pensée , Et ma confession en oubli fut laissée.
Gomme dans un cristal transparent et poli.
Ou dans un clair ruisseau, dont s'écoule en paix l'onde, Qui pour voiler son lit n'est pas assez profonde , L'ensemble de nos traits se retrace affaibli , L'image aux yeux s'offrant plus ou moins effacée, Gomme sur un front blanc une perle placée; Tels s'offrirent à moi les visages nombreux De gens qui de parler paraissaient désireux ; Ge qui me fit tomber dans une erreur contraire A celle du jeune homme épris d'une onde claire. Groyant apercevoir des aspects réfléchis , Je me tournai soudain , désireux de connaître Ceux qui dans un miroir me semblaient m' apparaître; Mais en vain ; je ne vis personne. Tout surpris. Je fis dans l'autre sens un mouvement rapide, Et mon regard chercha celui de mon doux guide,
Dont brillaient les yeux saints d'un sourire embellis.
De ton erreur d'enfant, dit-elle, si je ris , N'en sois pas étonné , car ta route incertaine Du vrai détourne encor tes pas mal affermis Et, comme d'habitude, au vide elle te mène.
Ce sont bien en effet des substances qu'ici , A leur vœu pour avoir manqué , tu vois ainsi. Si cela te convient , parle-leur donc , écoute Ce qu'elles répondront et crois à leurs discours; Car la vérité, qui pour elles luit toujours Ne les laisse jamais s'écarter de sa route.
Alors je m'avançai vers l'ombre qui montrait Un désir de parler plus vif, bien que discret, Et, tout ému, moi-même en ayant forte envie : — Oh! dis-je, Esprit élu, que l'éternelle vie Abreuve à ses rayons d'une immense douceur, Douceur sans la goûter qu-'on ne saurait comprendre, Tu comblerais mes vœux si tu daignais m'apprendre Ton nom et votre sort au séjour de splendeur.
Et, les yeux souriants, se hâtant dans son zèle, L'Esprit me répondit : — Est notre charité Comme celle qui veut que tout aime autour d'elle. Dans le monde je fis vœu de virginité.
Pour peu que ton esprit en arrière regarde, Quoique ^e t'apparaisse avec plus de beauté , Tu ne pourras en moi méconnaître Piccarde.
Bienheureuse parmi ces autres bienheureux.
J'habite cette sphère à la course plus lente. Nos cœurS) que l'Esprit samt rend constamment joyeux, Du désir pour lui seul sentent la flamme ardente, Et nos plaisirs sont ceux que son souffle alimente. Si tout au dernier rang nous relèguent les Cieux, C'est que n'ont pas été. bien observés nos vœux. Et qu'ils ont même été violés en partie.
Ne sais quoi de divin , repris-je , se marie
A tous vos traits empreints d*un éclat merveilieux^
Et TOUS rend différents de la première idée
Que, sur terre, de vous Fesprit avait gardée :
De là vient que je fus lent & me souvenir.
Mais à te reconnaître enfin peut parvenir
Ma mémoire, à présent , de ta parole aidée.
Or, dis-moi^ vous ici qui goûtez le bonheur,
Désirez-^votts atteindre une plus haute sphère ,
Pour voir et plus et mieux, ou pour que, plus entière.
Se répande sur vous la suprêire faveur ?
Elle sourit un peu d'abord , autant en firent D'autres ombres, près d'elle, aussi qui m'entendirent; Puis , le front d'allégresse à tel point radieux Qu'elle semblait d'amour sentir les premiers tmx , Elle me répondit : — Par la charité , frère , Dont la vertu s'épanche en nous et les modère, Nos désirs sont réglés, et par delà le bien Qui BOUS est octroyé nous ne souhaitons rien. Si de monter plus haut nous avions la pensée, Nos désirs lutteraient contre la volonté De celui qui nous tient dans le lieu décrété, Et le Ciel n'admet pas cette lutte insensée; Ce que tu concevras si, de nécessité, Tu songes que nous meut ici la charité, Et si tu comprends bien quelle en est la nature. Dès lors, à cet état de félicité pure Aux élus réservée il est essentiel Que, s'unissent au vœu de l'arbitre éternel, Toutes les volontés aient à n'en former qu'une. Si donc par ce royaume ainsi nous a sa loi Semés de sphère en sphère , à tous, comme à son roi, Dont la volonté fait la volonté commune , Gela plaît de la sorte , et chacun le tient cher. Sa volonté voilà notre paix, c'est la mer Où tout ce que créa sa puissance suprême
Gbogle
682 LE PAKADIS.
« Tend et ce.que produit la nature de même.
Dès qu'elle eut dit, il fut pour moi clair et certain Que, dans le vaste Ciel, il n*est point une place Qui ne soit Paradis , sans que pourtant la Grâce Y pleuve également da bonheur souverain.
Mais comme pour un mets, parfois, n-ayant plus faim, 11 advient d'un secoad , dont vous prend fantaisie Qu'on demande, pour l'autre alors qu'on remercie; Ainsi lis-je près d'elle, aiin qu'elle m'apprît Dans quelle trame, ainsi par eUe commencée, S'arrêta lô navette, à regret délaissée ; Et l'ombre bienheureuse au même instant reprit :
Une exemplaire vie , un sublime mérite Fit accueillir au Ciel, que plus haut elle habite , Une sainte dont prend le voile et l'humble habit Celle pour, compagnon de ses jours qui choisit, De ses pieuses nuits , l'époux qui ne rejette Aucun vœu, dès l'instant qu'à son gré s'y reflette La pure charité. D'un monde aux vains appas Jeunette je sortis, pour marcher sur ses pas Et, close en son habit, de sa secte bénie Je prêtai les serments, en. lui vouant ma vie. Des hommes, adonnés au mal plutôt qu'au bien, Me ravirent par force à la douce demeure , Et ce que fut ma vie à partir de cette heure , Dieu le sait. Éprouva même sort que le mien Cette Splendeur à droite, en qui de notre sphère Tu vois se déployer la plus vive lumière.
De même elle fut sœur et le bandeau sacré Sur son front virginal fut aussi déchiré ; Mais dans le monde au moins lorsqu'elle fut rentrée , Contre la sainte règle et bien contre son gré , Elle resta, de cœur, au voile consacrée.
Celle de tant d'éclat dont le front est paré , S'il te plaît le savoir, est la grande Constance ;
Son sein a du second vent de Souabe engeodré Le troisième, leur grande et dernière puissance.
Elle dit, puis se prit à chanter le salut Que fit l'Ange à Marie et, chantant , disparut, Ainsi qu'un corps pesant dans une onde paisible. Mon regard la suivit, tant qu'il lui fut possible, Et, quand il la perdit, je ramenai mes yeux Vers ce but dont j'étais toujours plus désireux. Mais ils s'étaient fixés sur Béatrice à peine , Qu'elle les foudroya d'une vive splendeur, Sous laquelle fléchit d'abord ma vue humaine , Ce qui fit qu'à parier je mis plus de lenteur.
Un homme entre deux mets égalemrat distants, Et pour son appétit également tentants , Se laissera mourir de faim en même place Avant que sur Tun d'eux, libre, il la satisfasse. Un agneau resterait de même entre deux loups; Immobile , et craignant également leurs coups ; Entre deux jeunes faons, de même un chien de chasse. De deux doutes divers pareillement poussé, Si donc J'étais pensif et réduit à me taire, Ne m'en saurait éloge ou blâme être adressé.
Car c'était de ma part silence nécessaire; Mais, tout en me taisant, d'un ardent caractère. Mon désir en mes traits se montrait imprimé , Mieux que de vive voix si je l'eusse exprimé.
Ainsi que fit Daniel, pour calmer la colère Dont était enflammé Nabucbodonosor, Quand son injuste arrêt allait frapper de mort. Ma dame fit , disant : — Je vois que ta pensée. De deux désirs nouveaux combattue , enlacée, Ne saurait se mouvoir ni prendre son essor.
Tu te dis à part toi : Quand chez moi continue La bonne volonté , quelle est donc la raison , Si d'autrui je subis contrainte et trahison , Qui veut que mon mérite à l'oeuvre diminue?
Tu trouves de douter encore occasion Aux astres en voyant , lorsque finit la vie,
CHANT IV. tM
Les âmes retourner, selon Topinion
Par Platon professée, en sa philosophie.
Ce sont là les deux points que , tous deux à la f^$ ,
Tu brûles d'éclaircir, sans oser faire un choix.
Je traiterai d'abord celui-là qui recèle
Du venin de Terreur plus notable parcelle.
' Celui des Séraphins qui plonge plus en Dieu,
Moïse , Samuel , les deux Jean ou Marie,
N'ont pas un autre ciel pour demeure et patrie
Que ces Esprits naguère apparus en ce lieu.
Pour- eux, le temps par plus ni moins ne s*y mesure ;
Mais tous, du premier cercle ils forment la parure,
Goûtant diversement un suave bonheur,
Selon que plus ou moins l'éternelle faveur
Sur eux épand son souffle. Or, ceux-ci sont naguère
Venus s'offrir à toi , non pas qu'en cette sphère
Leur séjour soit fixé , mais pour qu'en s'y montrant,
Gomme elle est au plus bas dans l'espace céleste,
Dans l'étemelle Cour tu juges de leur rang.
A votre esprit , pour qui rien ne se manifeste
Que par l'aide des sens, il faut ainsi parler,
Parce que, seuls, les sens peuvent lui signaler
Ge qu'il note et transmet à votre intelligence.
Aussi , condescendant à votre insuffisance,
L'Écriture attribue à Dieu des pieds, des mains.
Mais entend autre chose en cette pure essence ;
Et l'Église, à son tour, sous des aspects humains
Représente Michel, Gabriel et l'autre Ange
Duquel le vieux Tobie eut guérison étrange.
Ge que des âmes dit Timée est différent
De ce qu'on voit ici; car il semble qu'il prend
Pour véritable et croit ce que le texte assure.
A son étoile il dit que l'âme reviendra :
C'est donc, à son avis, qu'elle s'en sépara,
Lorsqu'on un corps humain l'enferma la nature.
Mais peut-être autrement qu'il ne l'enregistra. Fut son opinion ; les mots voilent peut-être Un penser plus profond qu'il ne le fit paraître. Aux astres, s'il entend faire ainsi remonter, Selon leur influence, ou l'honneur ou le blâme De ce qui peut souiller, ainsi qu'anoblir l'âme , Son arc , non loin du vrai, peut-être , irait porter. Ce principe , compris d'une façon contraire, En erreur fit tomber presque toute la terre, Qui bientôt, dans le Ciel fourvoyant ses regards, Proclama dieux Mercure et Jupiter et Mars.
L'autre doute, à cette heure, encor qui te domine, Bien qu'il ait son venin, est moins nuisible en soi , Car il ne peut te perdre en t'éloignant de moi. Lorsqu'aux yeux des mortels la Justice divine Paraît injuste , Q'est pour eux motif de foi , Et non pas de critique à l'hérésie encline ; Mais comme votre esprit avec facilité Peut atteindre en ceci jusqu'à la vérité, Au gré de ton désir je vais te satisfaire :
Si l'on ne reconnaît de violence entière Qu'autant qu'il ne fut rien concédé par celui Qui, trop faible, subit la contrainte d'autrui , Ces deux âmes n'ont point à s'excuser par elle : Jamais la volonté sans son gré ne s'éteint ; Comme il en est du feu , sa nature rebelle Mille fois se redresse alors qu'on la contraint ; Si , plus ou moins domptée , un instant elle plie , C'en est fait : elle-même à la force s'allie. Ces âmes , qui pouvaient rentrer dans le lieu saint. Avec la force ontMt alliance semblable.
Que fut leur volonté restée inébranlable , Comme sm* le brasier la maintint saint Laurent, Comme fit Mutins, à la flamme livrant Sa main sans sourciller; la contrainte finie,
A regagner soudain la demeure bénie, Toutes deux un instant n'auraient pas hésité. Mais on voit rarement si ferme volonté.
Si , comme tu le dois, tu m'as bien su comprendre, Le doute qui souvent t'aurait inquiété Est réduit au néant et n'a plus où se prendre ; Mais, sur un autre point une difficulté Te préoccupe encor, dont, seul, toute ta peine Serait pour te tirer insuffisante et vaine :
Tu tiens pour certitude , à ne t'en départir, Qu'une âme admise an Ciel jamais ne peut mentir, Voisine comme elle est de la vérité même.
Tu viens pourtant d'ouïr Piccarde t'affirmant Que Constance eut toujours affection extrême Pour le voile sacré, d'où semblerait vraiment Que son assertion à la mienne est contraire ; Mais bien plus d'une fois il est advenu , frère. Que, pour fuir un péril, on fît contre son gré Ce dont, tout autrement, on se serait sevré. C'est ainsi qu'Alcméon , autrefois, sur sa mère Levant un fer impie, obéit à son père ; Que, par piété même, il lui perça le sein.
Réfléchis à ceci , car c'est un point certain , Qu'à la force subie, en pareille occurrence, La volonté s'allie : il s'ensuit que l'offense Subsiste et ne se peut effacer tout à fait.
La volonté complète , absolue au méfait Ne consent pas , sans doute, et pourtant elle cède, La peur d'un plus grand mal étant là qui l'obsède. Lors donc que t'a parlé Piccarde , elle a voulu Exprimer seulement le vouloir absolu , Moi l'autre : et, sans qu'il faille insister davantage , Chacune , tu le vois , fut vraie en son langage.
Ainsi du saint ruisseau, qui prend son chaste essor A cette source d'où toute vérité sort,
S'épancha l'ondo pore ; aifisi^ calmant mon âme De mon double désir elle éteignit la flamme.
du premier amant, amante aux doux attraits; Sainte, reprii»*je; ô toi dont la voix me pénètre Et vient, de plus en plus, vivifier mon être , Tout ce que sent mon cœur ne suffira jamais A vous pouvoir ici rendre grâce pour grâce !
Que celui qui voit tout et qui peut tout le fasse. Notre esprit , je le vois, saus pouvoir le nier, Aspire vainement à se rassasier, Si cette vérité d'où toute autre dérive , Hors de laquelle rien n'est qu'erreur, ne l'aviv^. Notre esprit se repose en elle, du moment Qu'il parvient à l'atteindre, aussi paisiblement Que dort la béte fauve au fond de sa tannlëre ; Et l'atteindre dépend de lui , car autrement Tous nos désirs déçus s'en iraient en poussière. C'est pourquoi naît le doute, ainsi qu'un rejeton, Près de la vérité , dont le Gîel nous fait don Et, naturellement, de colline en colline.
Il nous pousse au sommet que le jour illumine. C'est ce qui m'enhardit , en toute humilité, A m'enquérir à vous d'une autre vérité, Madame, en mon esprit qui reste encore obsctir#:
Je voudrais donc savoir, après des vœux ronipus , Si, par tout autre gage, au Ciel qu'on prise plud. On peut y suppléer, et dans quelle mesure ?
Béatrice , à ces mots , sur moi fixa ses yeux , Si pleins des feux d'amour, si divins» radieux, Que des miens s'affaissa la force toute entière Et, soudain ébloui , j'abaissai ma paupière.
Ne sois pflft étonné si , rayonnant des feoi: D'un amour qui bien loin laisse ceux de la terré, L'éclat de mes regards te fait baisser les yea^:. C'est qu'iis'ofit œtte ?ue, en tout parfaite et eldre, Qui yers le bien s'élève, en sa sublime sphère, Et, dès qu'elle l'atteint, à l'instant s'en nourrit J'aime k voir resplendir déjà dans ton esprit L'étemelle clarté qui, seulement perçue, Pour allumer l'amour à tout jamais suffit; Car par d'autres objets si votre ftme est émue, C'est que d'elle il existe, il transparaît en eux Une trace quelconque et de vous mal connue.
Tu désires savoir, lorsqu'on rompit ses vœux , Si quelque autre mérite est acceptable aux Cteux, . Qui, pour l'âme plaidant, désarme leur justice.
C'est ainsi qu'entama ce sujet Béatrice, Et, sans (aire de pause avant qu'il fût traité. Elle continua ; — Des dons qu'avec largesse Dieu, lorsqu'il la créa, fit A l'humaine espèce, Le plus grand et le plus conforme à sa bonté , Celui qu'il prise plus en sa haute sagesse , Ce foi, tu le comprends, la libre volonté.
Dont tout être dou^ par lui d'intelligence Fut, à ce titre, au Giel et sur terre doté.
De ce fait si ta sais tirer la conséquence, Soudain Vapparattra la sainteté du vœu,
640 LE PARIDIS.
Lorsqu'il est fait avec Tassentiment de Dieu,
Et quand du fond du cœur la bouche le contracte.
Car rhomnje, en concluant avec Dieu pareil pacte,
Abdique de plein gré le précieux trésor
Qu'il reçut en naissant. Quoi donc , en récompense
De ce qu'il reprendrait peut-il donner encor?
Si de ce qu'il offrit, à l'avenir, il pense
Qu'il fera bon emploi, s'égare sa raison ,
Car d'un bien mal acquis on n'obtient rien de bon.
Sur le point principal frappante est l'évidence. L'Église à ce sujet donne pourtant dispense.
Or, cela paraissant en contradiction Avec ce que j'ai dit et maintiens véritable, Il te faut quelque peu rester encore à table, Afin que vienne aider à la digestion Du mets lourd que tu pris l'aliment convenable. Applique ta pensée à ce que je te dis , Et t'en pénètre bien, car lorsqu'on a compris, Ne pas se souvenir n'enfante pas science.
Ce pieux sacrifice exige, eh son essence , Deux choses : son objet et la convention.
Or, quant à celle-ci, son observation Peut seule en relever, et c'est en parlant d'elle Que ma réponse fut tout d'abord si formelle.
Ainsi, pour les Hébreux , ce que tu dois savoir, L'offrande était toujours de rigoureux devoir. Bien qu'en changer l'objet leur fût parfois loisible. L'autre étant purement matière , il est possible Qu'on soit , selon le cas, admis à l'échanger Contre une autre matière apte à vous dégager.
Mais que de son chef seul nul ne prenne licence Du faix qu'il doit subir de prétendre juger, Si n'ont tourné les clefs jaune et blanche à l'avance. Crois du reste en ceci tout échange insensé , Quand n'est pas contenu ce qu'ofn a délaissé
Gomme quatre dans six dans ce qu'on prend en plaçe.^
Mais lorsque, par son prix, une chose surpasse
Tout ce qu'au monde on doit le plus évaluer,
On n'en peut trouver d'autre à lui substituer.
Mortels, ne traitez pas les vœux en bagatelles
Et, pour pouvoir toujours leur demeurer fidèles,
Ne prenez pas d'avance un lien redouté,
A sa première offrande ainsi que fit Jepbté.
Mieux eût valu pour lui se rétracter et dire
J'ai mal fait, que de faire, en persistant, bien pire.
Même orgueil égara des Grecs le chef fameux
Qui fit sur sa beauté pleurer Iphîgénie,
Apitoyant sur elle et le sage et l'impie ,
Lorsqu'on ouït parler d'un tel hommage aux dieux.
Que votre piété, chrétiens, soit calme et grave ,
Au hasard n'allez pas, comme plume à tout veut.
Et gardez de penser que toute onde vous lave.
Vos guides sont l'Ancien , le Nouveau Testament,
Et la voix du pasteur qui dirige l'Église.
Pour marcher au salut que cela vous suffise.
Si, dans un but cupide, on veut vous entraîner,
Soyez hommes, non pas des brebis en délire,
Et de vous que n'ait pas chez vous le juif à rire.
N'imitez pas l'agneau, qu'on voit abandonner,
Simple, étourdi, le lait abondant de sa mère
Pour bondir et se faire à lui-même la guerre.
Béatrice parla comme ici je l'écris.
Puis ses yeux désireux, en extase ravis.
Se fixèrent au point d'où s'épand plus de vie. Son silence et son air, qui venait de changer. Me firent réfréner ma curieuse envie.
Quand déjà de nouveau j'allais l'interroger.
Comme la flèche au but qui frappe, lorsque tremble La corde encore émue, avec rapidité Poussés, d'un même essor, nous parvînmes ensemble
^2 LE PÀ{(ADIS.
Q^p^ le second royaume, et parmi la clarté De ce Ciel radieuii: loï'squ'entra Béatrice, Tout son être à mes yeux montra tant de délice , Que d'un plus vif éclat l'étoile en resplendit. Or, si rostre changea de la sorte et sourit, Que dus-je fa}re, moi , mobile pa?- nature , Et dont en cent façons se transforme l'esprit ?
Comme, dans un vivier dont l'onde est calme et pure, Accourent les poissons vers les appâts trompeurs Qu'on lei^r jette du bord, sous fbrnje de pâture , De même j'aperçus des niillier^ de Splendeurs Faire hâte vers nous, et répétait chacune :
« Voici qui vient accroître eneor l'apiopr oon^n^une. »
A mesiure que Yww api^ès l'wtre avançait, Une immei^se allégresse en elle paraissait, A l'éclat qui, soudain, s'ei^ exhalait limpide. Pense, lecteur, en toi combien éveillerait Ce récit commencé , là s'il en 4PmeBrait , De le voir terminer d'impatience av}de, Et tu pourras juger quel était mon désir De connaître leur sort eu ce séjour splep(li(îe, Sitôt qu'à ïues regards elles vinrent s'offrir.
bienheureux mortel qui , par grâce notoire, Peux voir les Trônes saints de l'éternelle gloire , Avant d'avoir quitté tes frères militants, De ce feu 4ont au Ciel resplendit tout l'espafîe Nous sommes embrasés : si donc en toi tu sens Le désir de savpir qui uous somipes eéaus , À ton gré qu'il s'expriine et qu'il se satisfasse.
M'accueillit eu ces mots l'un des Esprits pieux , Et Béatrice dit : — Parle en toute assurance Et, non moius qu'à des dipux, aie eu eux confianisp,
Je vois bien, dis-je alors, aet éplat r{i4|eux Qui partout t'enveloppe etd£tns tes yeux flamboie, Car toîï souris l'avive en révélant t^ jpie ;
Mais ton nom , je l'ignore, âme sainte , et ne sais Pourquoi te fut marqué ton rang dans cette sphère , Qui se Yoile aux mortels sous une autre lumière.
A la vive Splendeur ainsi je m'adressais, Qui me parla d'abord , et sa clarté première S'en accrut, de flots d'or inondant ma paupière. Ainsi que du soleil l'éclat, par son excès, Se dérobe à nos yeux , quand des brouillards épais Son ardeur triomphante a purgé l'atmosphère; Ainsi, par plus (cl^ joie, ^ mes yeux se c^cltaot' Dans ses prppres rayons , 1? figure sacré^ Me répondit liiors, d'éclat tout eptpurép, Gomn^ je vais biei)t0t \e Am en l'autre chant.
Contre le cours du Ciel lorsque fut retournée Jadis, par Constantin, cette aigle qui d'Énée Aux champs du Latium accompagna Tcssor, L'oiseau cher au Très-Haut eut, sur Textrême bord Du sol européen , pour des siècles , son aire Aux lieux voisins des monts dont il partit d'abord. Sous Tombre de son aile il gouverna la terre, En donnant le pouvoir passant de main en main , Et sur la mienne il vint se poser à la fin.
Je suis Justinien et fus César naguère.
Par l'inspiration de l'étemel Amour, Dont l'ardeur me pénètre au céleste séjour, Dans les lois j'élaguai le trop et l'inutile. A l'œuvre avant d'avoir mis une main habile, Je croyais, et ma foi plaisait à mon esprit, Qu'une seule nature était en Jésus*Christ ; Mais de saint Agapet, ce pasteur vénérable.
M'arracha la parole à mon aveuglement, Et me fit revenir à la foi véritable.
Je le crus et je vois non moins évidemment Ce dont il m'assurait, qu'il est pour toi palpable Qu'en tout dire contraire est le faux et le vrai. Quand de l'Église j'eus embrassé la doctrine, Dieu daigna m'inspirer, par sa grâce divine, Le glorieux labeur auquel je me livrai.
Alors je confiai l'armée à Bélisaire,
Et si bien du SeigQeur la droite tutëiaire A la sienne s'unit, qu'à ce signe certain Je vis que je devais me reposer enfin.
Or, à la question que tu viens de me faire J'ai satisfait ainsi; mais il est nécessaire, L'exige le sujet, sur un point d'insister, Pour que tu puisses voir qu'en sa folie insigne S'élève également contre le sacré signe Qui s'en empare et qui prétend lui résister.
Songe que d'héroïsme impossible à décrire Lui valut le respect, à partir de l'instant Où Pallas expira pour lui donner l'empire..
Dans Albe trois cents ans et plus put lui suffire D'habiter, jusqu'au jour où, pour lui combattant. Trois furent opposés à trois. Toujours luttant. Tu sais qu'entre le rapt des plaintives Sabines Et la mort de Lucrèce, étendant ses confins , Il vainquit, sous sept rois, les nations voisines. Tu sais ce que, porté par ces nobles Romains, U fait contre Brennus , contre le roi d'Épire , Contre tout peuple ou roi dont la haine conspire; Ce qu'il a dû de gloire au vaillant Torquatus, Aux Fabius, aux Dèce, au grand Cincinnatus, Ces magnanimes cœurs, qu'ici même j'admire.
Il terrassa l'orgueil du farouche Africain , Sur les pas d'Annibal qui, se ruant en foule, A travers les rochers d'où l'Éridan s'écoule. Dans les Alpes avait su s'ouvrir un chemin.
Sous lui , jeunes encor, Scipion et Pompée Triomphèrent tous deux, et la cime escarpée Sous laquelle tu vis le jour fut aux regrets. Puis, dans le cours des ans, lorsque le temps fut près, Par le Ciel arrêté, pour qu'une paix profonde, A son exemple, enfin descendît sur le monde.
De par le vœu de Rome, en main le prit César;
646 LIS pAfiAl^is.
Et combien de hauts faits alors , des bords d6 Var Aux rivages du Rhin ! Le tirent et la Saône Et risère et la Seine, et maint et maint vallon Dont viennent les tributs grossu» les flots dii Bhône. Puis, lorsque, pour franchir bientôt le Rubleoti^ De Ravenne il sortit, son vol fut si rapide Que rhistoire elle-même à te suivra est timide.
Vers l'Espagne ileiltralne aloi-s les légions , Ensuite à Durazzo, puis il frappe à Pharsale Un coup tel que du Nil les chaudes rëgiOns Ressentent la douleur de rdtteinte fatale.
Il court revoir Antahdre et le doux Siffldis , Et ces lieux d'où lui-mëhie il est parti jadis, Où sur le gl*and Hector la tombe s'est fermée. Il s'en éloigne i à mal pour mettre Ptolémée ; De là, tel que la foudre, il tombe sut* Jubd; Puis vers votre Occident il s'élance et s'abat^ Terrible j sur les bords où retentit encore Le clairon de Pompée, alors qu'il succomba.
Brutus et Gassius que là douleur dévoré Rugissent dans l'Enfer de ce qu'exécuta Celui qui , d'un bras ferme, ensuite le potÏBi S'en désola Pérouse, en prit le deuil Modène, Et Cléopâtre en pleure encor, la triste reine Qui, fuyant devant lui, pour un trépas sififîreux Et subit, eut récours à l'aspic venimeux;
Celui-ci le lança vers l'arabique plage, Donna la paix au monde, et sa maiii forte et sage Des portes de Jantls fit se clore l'airain.
Mais tout ce qu'accomplit ce signe souverain^ Auquel fut dévolu l'empire de la terre i Ce qtie dans l'avenir il devait encor faire, Quand le tient en sa main le troisième César, Doit te sembler chétif , terne, si ton regard S'éclaire dé l'Amoiir^t d'une foi sîricère.
CHANT YI. 647
Car la justice même, en iUoi qui parle ainsi ,
Lui concéda la gloire , au gré de la sentence
Et du courroux d'eii haut^ d'exercer sa vengeance*
Or, vois si tout n'est pas aditiirable eti ceci : Plus tard avefc Titiis il courut sans taerfci Châtier "les Véilgeurs de la première offense ; Puis, au jour où Id dent du Lombard en fureur Mordit l'Église, bû vit CharlenlÊlgnej tainqtieur Souë ses ailes , bientôt lui prêter assistance. Tu peux apprécier, je pense, désormais Et ceux que tout k l'heure encore j'accûsâis Et leurs erreurs, qui SDht de tbUS Vos inadi iâ cause. L'un au public symbole avec audace oppose La bannière aux lis d'Or et, dand uii but Humaiti , D'intérêt de parti, l'autre se l'approprie.
Au point qu'on doute où plus éclate de folià •
Sous tout autre étetidard permis au Gibelin De suivre ses projets ; liiais ce signe propice Convient mal à qui laisse à l'écart la justice. Qu'avec seë Guelfes n'ait à tenter Charles deux De l'abattre à ses pieds; iiiais redoute sa serre, Qui de plus fort lioti déchira la crinière.
Les fils ont maintes ibis sous des coups douloureux Versé des pleurs amers pour la faute du père. Pour arborer ses lis il ne doit pas songer De bannière jamais que Dieu veuille changer.
Cette petite étoile est en foule semée Des Esprits généreux qui, constamment actifs, . Brûlèrent d'acquérir honneur et renommée.
Mais, tendus vers ce but, les désirs excessifs S'écartent de leur voie et s'élèvent moins vifs Vers le but immortel de l'Amour véritable.
Ce qui nous comble ici d'une joie ineffable , A nos mérites c'est lorsque nous comparons Le salaire divin que nous en recevons , »
Sans le juger ni plus ni moins considérable, La vivante justice en nous apaise ainsi , Satisfait le désir, qui ne saurait ici S'égarer et jamais loin du bien ne dévie.
Gomme diverses voix forment de doux concerts Dans ces sphères , de môme , en des sièges divers Répartis, il en naît une douce harmonie.
Dans cette perle, enceint d'un éclat radieux, Brille Romieu, dont grand fut l'œuvre et glorieux, Bien que récompensé d'un indigne salaire.
Mais l'ingrat Provençal déchaîné contre lui N'eut guère à s'applaudir, car rarement prospère Celui qui tourne à mal le bien que fait autrui. Si Raymond Bérenger, de quatre filles père.
Put voir chacune reine, il le dut à coup sûr A Romieu , personne humble et pèlerin obscur. De perfides discours excitèrent le comte Au juste à demander qu'il eût à rendre compte , Et douze il lui remit quand dix il en reçut, Puis, pauvre il le quitta, déjà courbé par l'âge. Si le monde savait quelle constance il eut A mendier son pain de village en village , Son nom, déjà loué, le serait davantage.
Hosanna Jehovah, Domine sabaoth, Fortunatos ignés illorum malahoth Qui superillustras claritate tua.
C'est ainsi que chanta la brillante substance A la double clarté, qui, dans sa joie immense, Tournait, suivant le chant qu'elle continua.
Les autres à Fenvi s'unirent à sa danse Et, comme l'étincelle à l'instant qu'elle a lui, A mes yeux les voila promptement la distance.
Par un doute assailli, sans rompre le silence. En moi je me disais : Parle-lui, parle -lui! Oui, parle, répétais-je en moi-même, à la dame Dont les discours bénis désaltèrent ton ftme. Mais ce respect profond auquel rien n'est pareil, Qui tout entier pour B me domine et pour IGB, M'affaissait, comme un homme assailli du sommeil.
A mon trouble bientôt eut mis fin Béatrice, Et, laissant rayonner un sourire en ses yeux , Tel qu'il inonderait de joie au sein des feux, Elle me dit : — Je vois ta pensée occupée A réfléchir comment fut justement frappée Une juste vengeance, et de suite je veux De ton esprit chasser toute trace de doute.
Sois attentif; en lui , si ton oreille écoute , Sur un point important se fera la clarté.
L'homme en des flancs mortels qui ne prit pas naissance
Pour avoir sans nul frein suivi sa volonté, Se damna tout ensemble et sa postérité.
De là vient que, livrée au mal , à l'ignorance, La race des humains dans Terreur attendit, Durant des milliers d'ans, ce jour de délivrance Où du Dieu tout-pûissant le Verbe descendit.
En sa personne alors, à sa propre nature 11 unit, en venant au terrestre séjour.
Celle qui du péché conservait la souillure Et ce fut Fœuvre en lui de Féternel Atoour.
A ma parole ici que ton esprit s'avive :
Cette nature, unie à son divin Ailteilr, Fut créée en premier bonne, pure et naïte; Du Paradis pourtant, ce séjour du bônheut, Le moment àtriva qu'elle se vit bannie.
Pour s'être du séntief' de vérité^ de tie, Follement détbUrrlée. Of donc le châtitnent Que fit àubtf la broix (à l'humaine nature Prise pôlït l'endiirer pour peu qu'on le mesure ) Ne pouvait certes pas sévir plus justement.
Ne fut jamais aussi de plus grande iAjustice^ Si l'on songe qu'elle est là personne au supplice Que, sdtis Cette nature, on traîna^ qui souffrit D'un seul fait résulta diverse cdhsëquencë :
De cette mort, où Dieu se complut, le Jtiif rit^ En tressaillit la terre et le ciel se rouvrit. Tu ne peuî pliis dès lors td méprendre. Je petisej A ce qui te fut dit, d*uhe juste vengeance Châtiée elle-même avec juste noiôtif.
Mais je vois maintenant qu'a ton esprit pensif Une difficulté s'est enobr présentée^ Dont la solution est par tdi souhaitée^ Tu dis : Je comprends bien cette eiplicatioh ; Mais, lorsque Dieu voulut notre rédemption j Pourquoi d'un tel moyen flt-il choix, comme pèrfe 1
CHAAt vil. 891
C'est un déci*6t qili reste itidpëriétrablcl,' fi^ère^ Aux regôfds de quicotiqUe du céleste sëjdtir Ne s'est pas pénétré fle la flammé d'atnour.
Or, comme plus oil veut éclairclr ce ttiystëré; Plus s'y ôonfdiid rè9t)rit, qui ne distingue rïéil, Sache potiHîiidl ce fut le plus digne mojrén.
La divine bofité, qui repousse loifi d'elle Toute haine, efl brûlant en soi-méiïie^ étincelle Et répand ses trésors d'éternelles beautés^ Des ouvrages qu'elle a d'elle-même enfantés Immédiatement, sans fiti est la durée ; Car ne peut s'effacer sdû empreinte sacrée.
Ce qui découle d'elle immédiatement Est libre, n'ayant point j âatis son cdiiseiitemcnt , A subir ractidh d'un agent secondaire.
Ce qui plus lui ressemble aussi sait pltld lui ^lalre^ Car le divin Aindûr, en tout qui brille iûfttd^ Est plus vif dans ce qdi lui resdettiblé le pltiss
De l'honime tous ces dons conlpo&eiit l'àpâtidge, Un de moins^ il déchoit de son sidilime radg. Seul , vient le dégrader le péehéi dont Foutra^ Fait que du bien suprême il devient différent , Parce qu'en lui pftlit soti lumitietli partage. Jamais l'homme déchu n'est réhabilité Qu'autant qu'un châtiment sétftre et ttiéritéj De la faute commise en remplissant le vide; Rachète des faut biens sa convoitiae ôtide.
Quand, dans son germe encof^ vint à |)echer jadis Votre nature ehtiêre, atec le Paradis Sa noblesse hatlve à rinsiant fut petdue :
Elle ne pouvait plus, dans la tôéme étendue^ La recouvrer dès lors, si ttî veux y penser, Par un de ces chethins sans atoir à pàSsî^ :
Ou que le Dieu clément^ en sa bonté suprême, Fit remise du crime, ou bien que, par soi-fiiême
L*bomme, pour sa folie, envers lai satisfit.
Or, plonge maintenant tes regards dans Fabline Du conseil éternel, et que ton sens intime Saisissant ma parole en fasse son profit.
L'homme n'eût pu jamais, dans son étroite sphère, Pour le péché commis envers Dieu satisfaire, Puisqu'il ne pouvait pas, en son humilité.
S'abaisser, obéir, touché de repentance, Autant qu'il se flatta, bravant l'arrêt porté, Que devait l'élever sa désobéissance.
L'homme, par ce motif, ne fut pas accepté Et ne put racheter lui-même son offense.
Il fallait donc que Dieu, pour que l'homme revint A sa complète et noble existence, intervint.
Par clémence ou justice, à son gré qu'il déploie. Ou qu'il lui plût de suivre et l'une et l'autre voie. Hais l'œuvre étant d'autant plus chère à son auteur Qu'elle reproduit mieux la bonté, la grandeur Du cœur qui l'enfanta, la bonté souveraine Voulut tout employer à vous tirer de peine, Et de vous relever, humains, se réjouit.
Entre le premier jour et la dernière nuit , Ne fut ni ne sera jamais si magnanime.
Si généreux penser, action si sublime.
Que soit ou la justice ou la clémence en jeu. Car il fut à coup sûr plus généreux à Dieu De se donner lui-même, afin que votre argile A recouvrer le Ciel pût devenir habile, Que s'il eût seulement pardonné le forfait.
Et si le Fils de Dieu n'eût, d'un amour extrême, Daigné s'humilier, en s'incarnant lui-même, De tout autre moyen la justice souffrait.
Or, en tout désirant te rendre satisfait, Sur un point je reviens, afin que tu comprennes Les choses comme moi, nettement et sans peine.
Tu te dis : Je vois l'eau, l'air, la teri^e, le feu Et tous leurs composés, dans la nature entière, S'altérer, se corrompre et ne durer que peu : Tous tant qu'ils sont pourtant furent créés de Dieu. Si ce que j'avançais en entrant en matière Est vrai, pourtant, il semble, à ne se point tromper, Qu'à la corruption ils devraient échapper.
Frère, on peut en effet dire créés les Anges , Ces régions du ciel, pures de tous mélanges ; Car, tels dans tout leur être, ils sont tels proclamés. Mais quant aux éléments, par toi tout bas nommés, Aux choses dont ils sont la substance première, D'une essence créée ils ont été formés ; Fut créé ce qu'ils ont de commun , la matière; Fut créée, elle aussi, la vertu singulière, Constituante, qui, dans ces astres nombreux Se mouvant à l'entour, se dérobe à tes yeux.
Or l'âme de la brute et celle de la plante.
Produit potentiel, des saints flambeaux des cieux Tirent, en subissant leur action puissante, Et vie et mouvement. Mais la divinité Sans intermédiaire, en sa toute bonté, Nous insuffle notre âme et soudain la pénètre D'ardent amour pour elle; aussi, dès lors, notre être D'un vif désir vers elle est sans cesse emporté. Et de là même encor tu déduiras sans peine La résurrection de la chair, si tu veux Réfléchir quelle main pétrit la pâte humaine. Quand nos premiers parents furent formés tous deux.
CHANT VIlî.
Que )a belte Crpnne , en tpurQouf mit Aj/am Dans l'épicfcla au Gie} qui sa maut le tPûisîêim^ Épanchait en rayons la fau du fol amouF :
Vers elle qus^I montaient l'anaens et la pfiôre ; Dans son antique erreur se complaisait la terra, Adorant Qiouëe at son fils Cupidôn, Qu'en ses bras aaressapts aurait tenu Didon.
De cette déité, par qui j'eutre en matièra, Elle 4mna le naro à Tôtoila qu'aui: Qleuï Nous voyonp du soleil briller ravaut-aouiHèra Ou sur ses pas varsar au souriant ses feu^^
Sans m'en aperaavoir, je WPUtai dans sa spWre Et sans savoir cofnrpaut ; mais ja pus m'assurar Dans son piel radieux que je vanais d'eptrar» En voyaut aussitôt Béatriaa plus belle.
Comme au seiu de la flawma on peut VRir rétiaçelle, Distinguer dans uu chant daux voix, Fuua tanant Son intopatiPP . Vautra aUaut et vauanl;, iê fia d'aut»» Splaodaur^ parmi aatta Iwwiôra
En ronde.se mouvoir plus ou moins vivement, Selon leur vision de la Splendeur première.
Si rapides jamais ne sont sortis les vents , Ou visibles ou non , de quelque froid nuage , Qu'ils n'eussent en leur vol semblé tardifs et lents A quiconque eût alors vu sur notre passage
Q^km VIII. Q$5
Venir cesi difins fe{ix , délaissant par essaims La ronde qui commence qux plus haut$ Sérgphips. Derrière les prepUers qui plus près s'av^pcôrept, D'un si suave gepeqt le3 autres commencèrent A cbant/Br Posannat qu'un incessaqt désir M'est resté de ^^nt0ndre encpra retentir*
L'un d'eux , l'instant d'après, s'approcha dayapta§;e Et me dit : — A parler librem^nt je t'engage ; De te coiQplaire en tout nous nous empr^sjserons. A ces Princes du Ciel avec qui nous tournons, Rivalisant d'ardeur ^t d'élan , notre rpnde ÉtroifeiBept s^upit, à ceuxrlli dont, au monde, Naguère |i| ^\sm ; «Vous dont, sublime agent» Meut le troisième C\g\ » Tesprit intelligent. » Tant d'amour esj; ei) nous que, pour te satisfaire^ * Un repos d'uq moment ne saurait noi^s d^ij^aire t
Sitôt qu'flvec respect sur ma dame m^ yeflx Qui s'étaient dirigés eurent vu qu'à mes vc&qx Elle accordait faveur, lom d'y semWer contraii^e, 4 r]Ssi»*it dont pour moi l'offre était d'un tel prix , Je demandais la voix empT^te de tendresse:
— Qui donc êtes-vous î— p}i i f^omme alors je le yis Redoubler, à ces mots, d'éclat at d'allégresse I Il répondit ^insi , rayppnant de clarté :
J'ai peu yéeu, fut court mon passage spr terre ; Si j'avais projpngp plps longtemps ma carrière, Beauijpftp 4e m^l sera qui p' aurait p?s été. A tes fi^gaFds nie caçlip , h cette heure , la JQ}e Autour de moi gui l^rilla et mç fait up rempart, Gomme est isaPbé ^in^ect^ ^p i^pn réseau dp soie. Tb ff)'a|mj}^f et po fot jpstemiMit fie ta part, Car si lA-bas j'étais demeuré davantage, Mon aiBpur J'eût fait ypir l)|en plus que dp fepHl.agg. Pour sQpyprsip ) un jopr, m^ttpndait Je p^ys Qu'à sa gauiBlie, f|u Rhône et de la Sorgue unis
L'onde arrose, et ces champs d'Ausonie où Crotone
S'élève avec Gaëte et Bari , d'où le Verd
Et le Tronto s'en vont se jeter à la mer.
Mon front brillait déjà paré d'une couronne,
Aux bords que vient baigner le Danube au moment
Où ses flots ont quitté le sol de l'Allemand.
La belle Trinacrie au rivage qui fume
Entre le cap Pélore et l'aride Pachîn,
Non parce que Typhée en efforts s'y consume ,
Mais parce que le soufre y bouillonne en son sein,
Vers la rive où l'Eurus bat plus les flots du golfe,
Eût eu par moi du sang de Gharlé et de Rodolphe
Des princes pour ses rois, si d'ignobles excès.
Les abus de pouvoir, qui des peuples sujets
Poussent enfin à bout la secrète colère ,
N'eussent fait, criant, mort, courir Palerme entière.
Mon frère, s'il était moins aveugle, aurait fui
De ses chers Catalans la cupide indigence ,
Afin qu'elle n'ait pas à tourner contre lui.
Par lui-même il est temps, ou par d'autres, qu'il pense.
Quand sa barque a déjà trop de lest à porter,
A l'alléger plutôt que d'y rien ajouter.
Né d'un sang libéral , lui serait nécessaire ,
Quand son instinct le porte à vouloir amasser,
D'être entouré de gens qui , d'une avide serre,
Ne fussent pas au coffre occupés d'entasser. —
Gomme je me complais, mon cher sire, à penser Que tu vois,. où tout bien commence et se termine, Quelle vive allégresse inonde ma poitrine , En t'écoutant parler ! S'en accroît mon bonheur, Et d'autant plus qu'en Dieu ta la vois dans mon cœur. Tu me combles de joie ; ainsi fais-moi connaître Gomment, puisque toi-même en doute m'as induit, D'une douce semence un fruit amer peut naître ?
Ainsi je lui parlai , désireux d'être instruite
CHAXT Mil. 657
Et lui : — Si je parviens à te faire apparaître
Une vérili^ , frèi^e , à ce que lu veux voir
Quand tu tournes le dos , tu tourneras la face.
Le bien en ce royaume où tu franchis l'espace
Qui met partout la joie et le fait se mouvoir,
Pour force en ces grands corps épand sa providence.
Ainsi, non-seulement cette pensée immense,
De soi parfaite , veille avec un tendre soin
Sur les genres divers et pourvoit au besoin ;
C'est elle qui de tous conserve l'existence.
De cet arc chaque fois que le trait part, toujours
II touche où fut sa fin assignée à l'avance ,
Gomme à son but précis la flèche qui s'élance.
S'il n'en était ainsi , le Ciel que tu parcours ,
Loin d'aller produisant des œuvres dans son cours ,
N'offrirait pour effets que chaos et ruines ;
Chose impossible , si les puissances divines ,
Par qui sont mus ces corps , ne sont point en défaut,
Et lui-même, faillible en premier, le Très-Haut,
Qui n'aurait su parfaire en elles son ouvrage.
Désire-tu m'entendre insister davantage
Sur cette vérité? poursuivit-il ; mais moi :
Non , car on ne saurait admettre que de soi N'ait pas chaque nature à sa tâche à suffire.
Il reprit : — Or, dis-moi, serait-ce un destin pire Pour l'homme, si sur terre il n'était citoyen î
— Oui , dis-je , et la raison je la conçois fort bien.
— Peut-il donc l'être à moins que de façon diverse , Chacun dans son état, son emploi, ne s'exerce? Non, à croire le maître en ce qu'il écrivit -
Jusque-là , déduisant toujours , il poursuivit. Puis conclut en ces mots : — Il est donc nécessaire, Vos efiets différant, que leur cause diffère : L'un naît donc, là, Solon, un autre, ici, Xercès, Melchisedech tel autre, ou Dédale ou Cratès.
La nature Mellaire, à la cire morlelle En imprimant fton sceau, dans sa ronde éternelle , Conduit tottjoturs sa tâche i sa perfection , Mais de sujet ^ de lieu, sans faire acception* De là vient qu'Ésaû, du tronc originaire S'offre si différent « et que Mars est le père Qu'on donne à Quirinus^ tant fut obscur le sien. Jamais Tétre engendré ne dévierait en rien Du sentier que suivit l'auteur de sa naissance , Si ne remportait pas la suprême influence.
Or, tu vois devant toi , depuis que j'ai parié , Ce qui derrière toi t'était resté celé ; Mais il est, pour prouver mon plaisir à Vinstruire^ Un corollaire encor que je te veux déduire :
Toute nature tourne à mal, lorsque le sort Qu'elle trouve n'est pas avec elle en rapport; Comme toujours avorte et trompe la culture Le grain qu'on a semé hors de sa région.
Si le ponde observait, d'une raison plus mûre, : La base ^ur laquelle opéra la nature ^ Et n'en déviait pas , tout faomme'serait bon. Mais quoi, tel est par vous mis en religion , Qui naquit pour porter Tépée et la cuirasse ; Tel règne , qui n'est bon qu'à prêcher un tlermon : Hors du chemin ainsi s'égare votre trace.
Quand ton père eut ainsi daigné, belle Clémence, M'éclairer, je Touïs encor me signaler Les méfaits dont devait souffrir sa descendance.
Mais tais-toi, me dit-Il, laisse les ans couler; Sur d'autres points encor m'est enjoint le silence : Je peux dire pourtant que de trop justes pleurs Seront versés bientôt et suivront vos malheurs.
Mais déjà s'absorbait cette sainte lumière Dans le divin soleil qui la remplit entière , Comme un bien qui suffit à toutes les ardeurs. Mortels, race abusée et pleine de folie, De ce suprême bien vous détournent vos cœurs , Et pour des vanités votre fange l'oublie !
Une autre alors, parmi ces sublimes Splendeurs, S'avança , témoignant son désir de me plaire Par un plus vif éclat, dont brillait sa lumière ; Et Béatrice encor tenant ses yeux fixés Sur les miens , m'y laissa lire la preuve chèfe Que par elle mes vœux n'étaient pas repoussés.
Que pôr toi mes souhaits puissent être exaucés , bienheureux Esprit! dis-je, et fais-moi connaître Que ma pensée en toi soudain a son reflet.
La nouvelle clarté qui venait d'apparaître, Du fond du sacré chœur où sa voix se mêlait , Répondit , comme alors qu'à bien faire on se plaît
Il est dans cette part de la terre italique
Qui va du Riallo sVtcudanl jusqu'aux lieux Où la Brenla descend de la chaîne Noriquc Avec la Piave, il est un mont qui vers les Cioux S'élève faiblement. S'en élança naguère Une flamme , qu'on vit à la contrée entière . Livrer un grand assaut. Nous eûmes toutes deux, Elle et moi qui te parle , une même origine : Cunizza fut mon nom; d'un éclat glorieux Je resplendis ici par la bonté divine , Parce qu'en moi cet astre épancha tous ses feux ; Mais à moi-même enfin , joyeuse , je pardonne La cause de mon sort et n'ai point de regrets, , Quoique pour le vulgaire, à bien moins qui s'étonne, Puisse semblerla chose étrange , je l'admets.
Ce joyau radieux, de notre Ciel la gloire, Là , près de moi , laissa grand renom ; sa mémoire , De cinq siècles encor ne s'eflfacera pas.
Piir lui tu peux juger si l'homme sur la terre , Afin qu'une autre vie abjure la première, Vers l'excellence doit dkiger tous ses pas.
C'est à quoi songe peu cette tourbe qu'enserre L'Adige à l'Occident , le Tagliament au Nord ; Ses maux ne l'ont pas fait se repentir encor; Mais, du devoir, pour s'être en rebelle éloignée, Padoue, atteinte au cœur, empourprera bientôt. Dans leurs marais , les eaux dont Vicence est baignée , Et tel où le Silé s'unit au Cagnano Domine sans obstacle et marche le front haut, Lorsque déjà l'on tend le filet pour le prendre. Fellre, à son tour, aura des larmes à répandre. Pour la déloyauté de son lâche pasteur.
Dont le méfait aura tant d'ignoble noirceur Que n'est point expiée à Maltan la semblable. Comment alors trouver une cuve capable D'absorber en ses flancs tout le sang feiTarais ?
Par oace à le peser qui suffirait jamais ?
Hais cet horrible, dou d'un préti^ misérable , A son parti pour faire acte de dévouement, Digne de la contrée , en rien ne la dément.
Là-haut sont des miroirs, dits Trônes chez les hommes, En qui Dieu resplendit, pour tous tant que nous sommes, Comme juge étemel ; ce qui fait que toujours Juste est notre parole et sont vrais nos discours.
Elle se tut alors, et, sans plus m'en apprendre , Dans la ronde céleste, où je la vis reprendre Son rai^ , à d'autres soins parut se reporter. Alors l'autre joyau , que je l'ouïs vanter.
Se revêtit soudain d'une telle lumière Que jamais un rubis frappé par le soleil iNe saurait au regard briller d'un feu pareil. A plus d'éclat là-haut, comme au rire sur terre, Se reconnaît la joie, au lieu qu'en ses remords L'âme triste, là-bas, s'enténèbre au dehoi's.
Dieu voit tout , dis-je , Esprit bienheureux , et ta vue Plonge en lui tellement qu'il n'est désirs ni vœux Dont puissent t'échapper l'objet et l'étendue. D'où vient donc que ta voix, qui réjouit les Gieux Alors qu'elle s'unit , pieusement émue , Au chant des purs Esprits qui <\e six ailes font Un voile à l'entour d'eux, un abri sur lem' front, Tarde à me satisfaire en mon désir extrême?
A prévenir tes vœux, ah ! tu me verrais prompt , Si je plongeais en toi comme toi dans moi-même !
La plus vaste vallée où s'épandent les eaux Sortant de cette mer, dit-il , qui de sa masse Enceint partout la terre, où se heurtent ses flots. Se prolonge si loin , entre deux bords rivaux , Contre le cours constant du soleil dans l'espace , Que le méridien se retrouve plus tard Où d'abord l'horizon arrêta le regard.
Or, sur Fun de ces bords je reçus la naissance, Entre TÈbre et la Magre » ù petite distance, Qui du sol des Génois sépare le Toscan.
Avec même Orient presque et môme Occident Siègent Bougie ici, là ma ville natale, Où le sang a rendu tiède la froide dalle.
Foulque je fus nommé par ceux qui m'ont connu, . Et s'imprègne de moi ce Ciel qui m'a reçu , Gomme en moi s'imprégna jadis son influence ; Gar certes, plus que moi, tant que j'en eus licence, N'a pas brûlé jadis celle de qui les feux Outragèrent Sicbée et Gréuse tous deux , Ni de Demopboon l'amante délaissée Au Bhodope expbrant, ni lui-même le fils D'Alcmène , quand son cœur d'Iole fut épris.
Mais l'âme, ici, n'est pas de regrets oppressée : Elle se réjouit, non de l'ancienne erreur, Gar la mémoire en est désormais effacée, Mais de ce pouvoir fort au penser créateur Qui dispose et pourvoit. On contemple avec joie L'art de tout embellfr, ici qui se déploie, Et Ton voit, par ce bien, le monde inférieur Gheminer à son tour vers le supérieur.
Je dois poursuivre encore, afin de satisfaire Tous les souhaits formés par toi dans cette sphère : Tu désires savoir qui, dans cette clarté.
Auprès de moi rayonne et t'apparatt splendide Gomme un rayon du jour dans une onde limpide. Apprends que c'est Raab , de la félicité Qui, paisible, y jouit, et que d'en haut la grAce Désigna parmi nous à cette haute place.
La première, parmi les âmes escortant Le triomphe du Ghrist , ce Giel, où l'ombre noire De votre globe vient d'en bas se projetant, La reçut. U était juste, au jour de sa gloire,
Que dans quelxiu'un des Gieux la laissât le Sauveur,
En signe et souvenir de la haute victoire
Que gagnèrent ses mains avec tant de labeur ;
Car son zèle servit la première entreprise
Que tenta Josué sur la terre promise ,
Dont le pape bien peu s'inquiète aujourd'hui.
Ta coupable cité ; lille en tout de celui Qui contre son auteur le premier prit les armes, Et dont Tenyie a fait tant répandre de larmes, Produit et va semant cette maudite tfeur Dont rinfluencfi» ayant fait un loup du pasteur. Égare agneaux, brebis , le» repatt dt soaudalfa. C'est.ppurquoi TÉvangile et les plus grands docteurs ■ Sont délaiasés, tandis qu'aux seules déerétales On fouille , ou étudie, à voir leurs marges sales. Pontife et oardinaux, d'un soin continuel , Mettent là leur pensée et ne s'occupent guère De l'humble Nazareth où vola Gabriel.
Mais, et le Vatican et, vaste cimetière, Ce sol romain où sont gisants les os sacrés Des soldats de salut Pii^rre, e» martyrs expires, . Seront purgés bientôt de l'impur adultère.
Le premier, ineffable et souverain po^oir, En regardant son fils , dont la gloire ^ égale , Avec ce pur Amoar que l'un et l'atfttre exhale , Créa d'un ordre tel tout ce que Tceil peut voir Et l'Esprit embrasser, que sans lui rendre hommage Nul ne peut contempler son magnifique ouvrage. Ainsi que moi, lecteur, élève donc les yeux Vers les mondes seines en cette part des cieux Où vont deux mouvements se croiser dans l'espace, Et, ravi de plaisir, comme moi ne te lasse D*admirer l'ouvrier, qui d'un regard joyeux Suit, tant il le chérit, son œuvre merveilleux; Et, pour que leur lumière au monde satisfasse, Vols de là comme au loin des deux côtés s'étend Le cercle oblique où vont les planètes roulant. Si ne s'inclinait pas leur route* de la sorte , Du Ciel maintes vertus s'épandraient sans effet ,' Presque toute énergie ici-bas serait morte ; Et si de l'angle droit plus ou moins déviait Leur point de jonction , l'univers y perdrait Non moins en haut qu'en bas de son ordre admirable.
Veux-tu jouir, lecteur, d'un plaisir délectable, Dont on n'est jamais las ? Reste à rêver assis Au sujet que je viens d'effleurer ; je t'ai mis Le mets à ta portée , avise à t'en repaître.
Car, pour moi, me jéclame, absprbant tout mon être,