Ils ne pouvaient pas s'attendre
à autre chose en tournant le dos à rorient, et les fumées d'une aveugle colère devaient naturellement se joindre aux ténèbres de l'ignorance, pour les augmenter encore, au moment où s'éclipsait, dans ces malheureuses contrées de r Occident, soumises & l'autorité de Rome, le soleil de la libre raison. Les deux voyageurs avaient donc tout motif d'observer attetitivement au loin , pour ne pas s'égarer parmi tant d'obscurité, en s'exposant étourdi ment à une colère redomable.
Des ombres de l'Enfer la ténébreuse horreur, D'une orageuse nuit la morne profondeur, Sous un ciel partout sombre et yeuf de toute étoile, N'étendirent jamais devant mes yeux un voile Aussi dense que là, celui dont, chargeant l'air, Venait de nous couvrir cette fumée épaisse Et ne me fit sentir autant d'âpre rudesse *.
Jfe ne pus , en effet , demeurer l'œil ouvert , Et mon guide chéri, toujours si bénévole.
Se rapprochant de moi, me présenta l'épaule ^
Ainsi que va l'aveugle , en suivant pas à pas Son guide, pour ne point dévier de sa route Ni heurter qui le blesse ou cause son trépas • ; Ain^j, dans cet air acre et sous sa lourde voftte, J'avançais , écoutant mon guide répéter :
— De moi , surtout prends garde à ne pas t'écarter \
1. Le courroux de Rome est plus rude à supporter pour le poète que IHgnorance qu'elle répand autour d'elle, ce qu'il est bon de noter.
2. Le langage mystérieux de la doctrine secrète se prétait non moins complaisamment à lui venir en aide contre le courroux des maîtres que contre Tignorance des disciples.
3. Il y avait en eiîet danger d'être molesté et même mis à mort pour ceux qui s'avisaient de heurter de
front les dogmes de l'Église, de dare 4i co%%o contre elle, sûrs qu'ils étaient alors de trouver cosa che li Tnolesti o forse ancida. Rien donc de plus en situation que cette comparaison de l'aveugle obligé de cheminer avec la plus grande circonspection.
4. Le langage allégorique est d'autant plus indispensable que la matière à traiter est d'une nature plus délicate, dans une atmosphère
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J'entendais, implorant paix et miséricorde,
Des voix pieusement chanter TAgnean de Dieu
Qui remet les péchés dont on a fait l'aveu.
De leur prière Agnus Dei faisait l'exorde *.
Tous ne formant qu'un vœu, l'exprimaient d'un seul mot •
Tant semblait les unir la plus grande concorde '.
Entends-je des Esprits , maître ? dis-je aussitôt. — Tu ne Vabuaes pas, reprit-il , la colère Chez eux s'expie ainsi par un retour sincère. —
Toi qui t'en viens fendant notre fumée ainsi Et qui parles de nous tranquillement ici, Gomme si , sur la terre , encore par calendes Se divisait pour toi le temps , qui donc es-tu ?
Ainsi parle une voix. Le maître , qui s'est tu. Reprend alors : -- Réponds , pour que tu lui demandes De cet endroit, plus haut, si nous pouvons monter.
Je pris donc la parole et dis : —0 créature, Au sein de ton auteur qui , pour retourner pure , Te laves en ces lieux, veuille nous escorter. Et certes tu seras surprise à m'écouter !
Autant qu'il m'est permis , je te suivrai docile , Reprit-on ; la fumée empêche de se voir, Mais à nous rapprocher, l'oreille peut pourvoir •.
amère et goaiilée de sang, amaro e soi%o, et le poète doit maintenant s'en écarter moins que jamais.
5. i^ur prière Implorait la pata; sous régide de la monarchie; car après cet exorde trois fois répété :
Àgnus Dei, qui toUis peccata mundi, viennent cet mots : dona nohis pa- CEM ; or. le Traité De Monarchia n'a d'autre nut que de prouver Fimpoisibilité d'arriver au règne de la justice et de la paix autrement que par le rétablissement de l'Empire, le règne de l'Église ne produisant que la guerre et TiniaMité.