‹ La comédie de Dante (volume 2)Chapitre 9 sur 55 · Pacem, Ainsi répondait Dante BU moine del Corvo : Ptue · texte numérisé non relu

Pacem, Ainsi répondait Dante BU moine del Corvo : Ptue

7. Les partis sont généralement unis tant qu'il s'agit de renverser, c'est lorsqu'il s'agit de reconstruire que la division éclate dans leurs rangs. Celui-là n'avait d'espoir que dans son Messie, l'agneau de Dieu qui devait anéantir dans le pape l'auteur de tout mal.

S. A l'aide du langage conventlpnnel, qui procurait ie moyen de se dé-gager des liens de la colère romaine, d^iracondi^ solvendo il Mdo ; d'où il 9uit que ces âmes n'ont pas péché

LE PURGATOIRE

Sache donc que là-haut, dis-je, avec cette ai-gile Que la mort doit dissoudre, enveloppe fragile, Après avoir passé par Finfernal manoir, D'ici je me dbige • ; et si Dieu de sa grâce A daigné m'entourer pour un si long espace ; S'il veut, par un chemin hors d'usage aujourd'hui , Que j'aie à voir sa cour, dont l'amour est en lui **, Tu n'hésiteras pas à m'apprendre, peut-être.

Qui tu fus sur la terre , et me feras connaître Si ce chemin nous mène où nous devons gravir : De guide ta parole ainsi peut nous servir.

Je fus Lombard, et Marc sur la terre on m'appelle ** ;

par colère, mais ont eu à pàtir des emportements de Rome.

î). Notez que con quella fasciaehe la morte dissolve , peut tout aussi bien signifier : à l'aide de cette enveloppe orthodoxe, qui met en défaut la cour de Rome, qui réduit à néant, discioglie, celte Mort dont la piété est ennemie de la raison.

10. Dante tient à constater que c'est en deliors de l'usage moderne, fuor del modem* two, qu'il traite de l'Initiation, dans un poème où son langage paraît se conformer en tout aux doctrines de la religion dominante; donnant ainsi à entendre qu'il agit en cela conformément à l'usage antique et marche sur les traces des anciens chantres des mystères : Orphée , Homère , Hé-siode, Virgile, etc , dont les compatriotes récitaient les vers sans en comprendre le sens secret. Dans quel temps de l'antiquité était-il d*usage de visiter vivant la cour céleste? Mais traduisez aussi que le poète compte bien voir dans Home une toute autre cour que celle qui y règne; c'est pour atteindre ce but qu'il demande s'il a pris la bonne route en composant la Comédie,

dimmi s'io vo hene al varco.

1 1 . Les commentateurs, qui n'ont garde de se douter que les Albigeois Cathares ou Tartarins étaient désignés par le nom de Lombards, parce qu'ils étaient en grand nombre en Lombardie, où beaucoup s'étaient réfugiés de la Provence , s'étonnent que Dante appelle ainsi un noble Vénitien ; mais on voit qu'il avait ses raisons pour en agir ainsi. L'eûtil dit Latin , il aurait été tout aussi bien compris par les siens. L'annotateur du Cod. Caet. dit que ce Marc, fuit multum gratus dominis de Lombardia , c'esl-à-dlre à la famille de Can de la Scala , ce grand khan des Tartarins, et, chose singulière, L. Portirelli [Comm., Milan, 1804), sans qu^on l'en ait cru, volt, dans le vénitien - lombard Marco, le célèbre voyageur Marc-Pol, qui visita, vers ce temps, la cour du khan des Tartares, et dont on peut dire qu'il connut le inonde, del mondo seppe , l'ayant longtemps parcouru. Un rapprochement assez curieux serait à faire de ces indications sommaires avec la lettre d'Y von de Narbonno rapportée par Mathieu Paris , année 124;} ,

J'ai vu, connu le monde, et j'aimai, plein de zèle, Ce bien vers qui si peu tendent encor les bras ". Pour monter tu n'as point à détourner tes pas ". Ainsi répondit-il. De prier je t'adjure Pour moi, dît-il encor, là-haut quand tu«eras*\ Je repris aussitôt : — Sur ma foi **, je t'assure , Comme c'est ton désir, de faire à ton égard; Mais un doute est en moi , d'une telle nature , Qu'à moins d'en étouffer je dois t'en faire part. Simple d'abord, voilà que ton dire, à cette heure, Est venu le doubler, en semblant confirmer Co que d'ailleurs j'avais pu déjà présumer ^•.

au sujet de ces Tartares qui prétendaient aller en pèlerinage à Saint- Jacques de Compostelle, ad sanctum Jacohum in Galitia, (en passant par Toulouse bien entendu). ( Voy, pag.

1 00 et 1 1 8 des RéDël. et la note 20 du ch. I de l'Enfer.) Mais quMI soit compris dès à présent que, pour nous, U' lombard Marco, aulicus et nohilù homo (Post. Caet.), c'est-à-dire Gibelin et membre distingué de la noblesse sectaire, est incontestableiViCnt le célèbre Toyageur vénitien cjui, né en 1250, ne mourut qu'en i:î23, et avec qui Dante, qui rappelle Marco mio, se lia d'amitié à In cour de Vérone.

12. Ce bien, quel valore , valeur suprême, est la monarchie impériale dont les partisans, alors découragés, avalent mis bas les armes , disteso Varco; nous avons signalé plusieurs fois le sens mystérieux de ce mot ^alxire. Le monde que le Vénitien prit en dégoût, après l'avoir connu, pour se rattacher au.bien suprême, est celui sur ' lequel règne Sainn aleppe , paiv allusion aux paroles de l'Évangile qui appelle Satan, priareps mundi ; car, pour Dante , le prince du monde est celui qui commande urhi ci orhi. Libre aux com-.

menlateurs d'entendre qu'au xni* siècle personne ne songeait plus à Dieu et que Marc , qui n'en est pas moins en Purgatoire , l'aimait pardessus tout , parce qu'il connaissait le monde régi souverainement par l'autorité catholique.

13. Tu es dans la bonne voie, car tu tournes le dos au monde orthodoxe, et tu parviendras ainsi, de grade en grade , à contempler la lumière dans tout son éclat, et à voir la cour impériale remplacer la cour de Rome.

14. Cette recommandation de prier pour lui ne doit clic pas s'entendre, de même que toutes celles qu'il s'est fait adresser jusqu'ici parles âmes du Purgatoire , comme une Invitation à un co-sectalre de prier dans le mémo sens , dans les mêmes temples , dans la même langue et dans le même but , h la place et non pife en faveur de celui qui parle ?

15. Sur notre foi commune , per fede; ou je te promets de faire, pour notre foi, ce que tu désires; car on peut traduire dans l'un et l'autre sens.

16. En rapprochant ces paroles de celles des divers personnages de

LE PURGATOIRE

Il est, hétes ! trop trai que le toonde demeure.

Gomme tu me Fa» dit> dëuué de vertus ,

De malice rempli ^ couvert de plus et) plus ^^ ;

Mais, je t'en prie , au moiûs iûdique-m'en la cRude ,

Que je puisse la voir, aux autres la montrer,

Car Fufl la place au Giel» Fautre en bas la supposeï

Je Fentendis d*abord de douleur soupirer, Et , poussant un hélas ! il me répondit : — Frère *', Le monde est bien aveugle ^ et^ Fon n'en peut douter^ C'est de lui que tu viens ". Vous qui vivez sur terre , De toute chose au Ciel vous voulez reporter La cause , comme si , d'une loi nécessaire ^ Tout, mû par lui , devait d'après lui graviter. S'il en était ainsi , chez vous le libre arbitre En vous serait détruit ; le bien serait sans titre Pour avoir récompense , et le mal châtiments. Du Ciel , Fimpulsion vient à vos mouvements , Je ne dis pas à tous ; mais, en Fadmettantméme, La lumière est en vous pour le mal et le bien ; Puis le libre vouloir, d'autant tneilleur soutien Qu'en ses premiers efforts , si sa peine est extrême Pour résister au Ciel , plus ferme il en devient Et peut tout vaincre, à Foeuvre alors qu'on Fentretient*^

ift Gomëdie, qui lui ont signalé la double autorité spirituelle et temportile,exercée paries pontifes romains comme la cause de tous les maux de l'humanité.

il , Seppi del mondo , Marc n'a rien dit de plus; maift il n'en fallait IJ^as davantage à Dante poUr comprendre que, sous le prince de ce monde, il ne pouvait se rencontrer que malice et perversité.

18. FratCt ttère en i-eligion , appartenant au même Ordre , à la m6me secte. Marc Pol est si bien un frère qu'il lui suffit, pour le mani-

fester, d'un soupir» transformé en httt. Vous n'y comprenez rien, n'estce pas? Eli ! bien^ écrives en lettrea pointées, à la manière des Francs* maçons, H.Vl. , et peut-être, sau-^ rex-vous y lire i Henricus Vf, te sixième empereur de ce nom, Yarco sesto du ch. xxi de l'Ënfbr. Mais non, c'est un système al>surde, Dante ^ n'était ni Templier ni'Franc-maçon.

19. De ce monde qui subit aveu* glément la loi du cbef de TËglisé romaine, loi que toi-même as suivie comme Guelfe.

. 20» Dante ne croyait que jusqu'à

Libre, Tbomme est soumis, en rhumaine demeure, A puissance plus grande, à nature meilleure ^\ L'esprit , qui pense et yeut , elle le crée en vous , Et le Ciel n'en a cure ". Ainsi donc j à cette heure, Si le monde s'égare , en vous seuls , pauvres fous, En est la cause ; ailleurs c'est à tort qu'on la place. Écoute , et je saurai le mettre sur la trace "•

De^ mains de son auteur qui , premier qu'elle soit i D'un regard bienveillant tendrement la caresse, Comme la jeune fille, en ses jeux que Ton voit Passer étourdiment du rire à la tristesse , L'âme sort ingénue , encor ne sachant rien^ Sinon qu'elle a surgi d'où dérive tout bien, Et qu'avec abandon elle se sent portée Vers celui , quel qu'il soit, dont elle est délectée ^* :

liti ëèftain point âut inflences plàftëtéffëd^ anx(iliëlles Marc semblé failrâ ici hllosion. Son but est dé rtiettveeri opposition la raison, flàhi- ]!«éd atl libte arbitré , et Tautorité de ceux qui parlent au nom du Ciel; CAt 'dans lé làbgagë ârctine H y atalt Ciel fet Ciel. Or, la faiaon et Je Vb- Innté , pour peu qu'elles soient constante^ dans une résistance d'aboM pénible, doivent fitiir pér triompher de Fâulorlté, qui vous donne seule dati^ ses écoles les premierd enseîgnemenlà, t tostti fnoi^imtnti tnûto.

21. Lorsqu'une !b}§ Thotame s'est alft-ancbl dû joug dé celte autorité qui parle An nom dti Ciel, il est ôiiiimls a là loi providentielle de l'femjJïHB, éélte Nature par excellence, Naturà migliore. C'est cette ï^altlre blefafaisarile qui formfe l'es-^ iît^it} tiUi èrée îlnleliigence de ses âdètééî dont l'Ëgtisè teatholiquc ne prend fttil Wtiél, cht *l ciel Mtt ha in sua cura; remarquez que là il rife é'agit pés felicore dt l'ôrric , dont il

Va être question tout & î'Iieufej et que le poète a bien soiri de dire qné cette excellente Nature ttià ta fiente in voi,

22. Le ciel Orthodoxe, atiti'emehl dit les chefs de l'Église romaine; de ménie (iue le fciel sedaire, en tintai goniBtne avec lui , ie compose défi hauts dignitaires de l'église occulte.

S3. Si leé hommes se Iftf^seHt égarer par lèé |)rinces du monde, A eux la faute, puisqu'ils Ont Tesprii pour penser et le libre arbitre pont choisir entre le bien èl Ib mal.

$4. Tel est l'aspect qde là lolle nous offre à l'ehdroit , rètoiîrnonèlit pour Fexaminel* un peu à Tenters. Oh! alors la scène êhahgé; Yoyc2 plutôt : « î/àme simplette dt!

néoçhytc, qui ùpprehd ft connaHnè* messlrc NéAnt, (nuWaelnt>H!e s* valent) est traitée pâl- l'Inttiatettf représentant de L. VL , trAdalsez vous-même, comme une |)fetlte flilê 4n'il f&ut formel* peu à peu; eeite inBocehte dit comme le Maçon : J%i

LE PURGATOIBE.

Du plus chélif , d'abord , la charme la saveur ;

Elle court après lui , facilement tentée ,

Si ne sait guide ou frein maîtriser son ardeur.

Sur terre il fallut donc des lois pour frein durable ;

n fallut donc un roi qui , veillant nuit et jour,

Et dominant de haut la cité véritable ,

En signalât aux yeux la principale tour".

Il est des lois , oui; mais qui leur prête main-forte ?

Personne. Le pasteur que , simple et confiant,

Suit le troupeau, peut bien ruminer; mais qu'importe,

S'il n'a l'ongle fendu " ? La foule alors voyant

Que le mets tentateur auquel son guide aspire

Est celui qu'elle-même avidement désire.

S'empresse à s'en repaître et n'a d'autre souci*'.

pleuré et ri; mais elle apprend aussi à connaître la yérité venue de l'Orient :

sa L.V.O. , traduisf z : sa La Verità Orientale , car elle est formée par un Maître en la gaie science ; et, comme elle est charmée de c»

qu'elle apprend , elle y revient volontiers. Elle a diverses épreuves à subir : dans lesquelles ce l)ien suprême lui arrive peu à peu, piodol bene; car on a soin d'y mêler quelques erreurs , par prudence , quivi s* inganna, jusqu'au moment où elle subit définitivement* Ja lui d'Amour, qui devient son guide.

Eh bien 1 qu'en diront les braves gens qui se pâmaient d'aise à l'idée de cette innocente, sortant des mains du joyeux compère , dans lequel ils voyaient Dieu? Pauvre M. Auberi!

et le pèlerin dantesque M. Ampère, que dira-t'il à son retour d'Amérique? C'est à se faire Dominicain.

25. Il semblerait qu'une âme du Purgatoire, et le poète prétendu orthodoxe qui la fait parler, devraient mettre en première ligne, comme règle et comme frein , la religion et

ses pontifes. Mais la loi étant la raison écrite, elle devait l'emporter aux yeux de ceux qui voulaient subordonner le pontife au monarque universel , phare de leur nouvelle Jérusalem.

26. Le pape et son clergé prêchent bien, mais agissent mal; leurs actes sont en contradiction avec la doctrine du Sauveur. Selon les commentateurs , fissa ungula ad more9t ruminatio ad sapientiam pertinet. Mais Danle n'a certes pas voulu dire que le clergé catholique eût la sagesse, moins les mœurs ; il se serait bien gardé de concéder la majeure. On va voir qu'il est trèsfacile de pénétrer sa pensée : « Vous considérerez comme impures, les bêtes qui ruminent , mais dont la corne n*est pas fendue, » est-il dit au Lévitique xi, i, et voilà, sans commentaire, les chefs de l'Église taxés d'impureté, aussi perfidement que possible, avec un texte de l'Écriture.

27. L'exemple des pontifes fait que chacun convoite à l'envi ces

Tu peux facilement l'apercevoir ainsi Qu'une direction fausse , mal entendue , Non la nature en vous qui se «oit corrompue, A seule fait le monde et méchant et pervers ". Rome, en le rendant bon , qui régit l'univers ", Eut jadis deux soleils, dont la vive lumière Montrait les deux sentiers du Ciel et de la terre ; Mais l'un éteignit l'autre , et de là naît le mal **. L'épée est réunie au bâton pastoral ; Or, quand de vive force il faut qu'on les rassemble , Dans une même main Us ne vont guère ensemble : L'un ne peut craindre l'autre, ainsi tous deux unis**- N'en crois pas mes discours , mais regarde aux épis , Car toute herbe se peut connaître à la semence ". Dans le pays qu'arrose et l'Adige et le Pô Brillaient et courtoisie et valeur et science , Avant que Frédéric eût noise pour l'anneau ".

i>ien8 temporels qui excluent le partage.

28. Les papes sont donc la cause de tout le mal et c'est avec raison que le temps présent, leur ouvrage, a été représenté dans TEnfer sous la figure d'un vieillard, les yeux tournés vers Rome, son miroir, c'est avec raison qu'il a été dit : Il capo reo il mondo torca. Le mauvais gouvernement des pontifes, la mala condotta , a rendu le monde pervers, é la cagion che*l mondo ha fatto reo, et il ne pouvait en être autrement , puisqu'il suivait la loi de Rhéa; mais ce n'est certainement pas la faute de la providence impériale, de cette Nature dont le principe incorruptible ( st antérieur et supérieur à celui de la puissance pontificale.

29. L'ancienne Rome, qui rendit le monde bon, che H huon mfindo, feo, dit le texte {voy. le traité de

Monarchia); tandis que la Rome pontificale Ta perverti.

dO. L'autorité du pape a absorbé celle de l'Empereur, inde mali lahes»

31. Est-il besoin de dire quel est, dans la pensée du poète, celui qui doit craindre l'autre , lorsqu'on sait lequel des deux faisait encore tout trembler au moment où il écrivait?

32. Juge au résultat ce qu'a produit l'usurpation pontificale.

33. Avant la querelle des investitures, dans laquelle Frédéric 11 tint tète à Innocent III, la Lombardie, remplie d'Albigeois et de patarins, était toute sectaire et impérialiste, valore se jéférant au spirituel, et cortesia au temporel, à la curie, comme dit Dante dans le Vulg. eloq. i, et dans le Convito n, U (tôt/, p. 402 des Rérél.). « Dans toutes hs villes de Lorabardic et de Provence , dit l'inquisiteur Ranieri ,

LE PURGAIOIRË.

Mais quiconque, prenant des gens de biea ombrage, Par là ne passait plos^ pour ne pas les banter, Peut maintenant sans crainte y faire un Jong voyage **. Il en est néanmoins trois encore à compter, Nobles vieillards en qui se survit Fâge antique,, Faisant honte au nouveau. Dans son sein pacifique Us regrettent que Dieu Ica rappelle trop tard. C'est Conrad Palazzo , le vertueux Ghérard , Et Guido du Gastel, que mieux encore on nomme, Comme en France Ton dit, le simple et bon Lombard ^\ Crois donc dorénavant que TÉglise de Home , Pour tenir confondus deux pouvoirs différents. Tombe dans le bourbier, s'y salit et sa somme **. Oh ! dis-je, cher Marco , ce que de toi j'entends

contemporain do Frédéric 11, il y a plus d'écoles pour les hérétiqoes que pour les théologiens, et plus d'auditeurs patarlns que de catholiquea. Leurs apôtres prêchent dans les marchés, dans les champs, dans les maisons particulières. » Hist, of the CrvMds agaimt the Albig.tondres, 1826. Foy. Enfer, ch. i, not. 20.

34. Les catholiques timorés qui craignaient de traverser la Lombardiede peur de se trouver en contact avec des hérétiques (les gens de bien], peuvent y passer maintenant en toute sûreté, tant lès temps sont changés. Au temps de Frédéric II, l'hérésie, au contraire, avait de nombreux sectateurs dans la Haute-Italie, d'où elle s'était répandue jusque dans les villes de l'État romain.

Voy, Hurter, Vie d'Innocent 111, 1. 111, p. lu et 34. Sismondi, Hist.

des Français, t. VI et Vil, et la note 33 ci -dessus.

35. Le premier de Brescia, le second de Reggio de Modène, et le troisième de Trévise , s'il s'agit réellement deGherard deCamino^ Dante

le désigne à la française, francescamente f par le nom de Lombard, pour qu'on n'ait pas à se méprendre sur le culte qu'il professait, ainsi que le lombard- vénitien Marco, pour lataleur et la courtoisie. « On donnait divers noms en France, aùi patarlns d'Italie ; ils étaient appelés A Ibigeois de la ville d'Albi, et lombard*, parce que leur religion fiorissait surtout en Lombardie. » (i. Léger, Hist. dea églises vaudoises.) D'où résulterait que notre rue des Lombards aurait donné asile, dans l'origine^ aux Italiens réduits à s'expatrier comme suspects d'hérésie.

36. Les deux pouvoirs temporel et spirituel étant un fardeau trop lourd pour l'Église de Rome, il s'agissait d'abord de lui enlever le premier; et le poète s'en exprimait hautement, non sans faire en cela preuve de courage. Quant à l'autre, il y prenait plus de précaution , bien certain du reste que, une fois maître, l'Empereur, qu'il appelait de «es vœux, ne laisserait pas la somme à qui Tavait salie.

CHANT XTl. 4SB

Est plein de vérité. Désormaîs , je comprends Par quel motif, jadis, de Lévi le lignage Se vit, en Gbanaan, exclure du partage *^ Mais quel est ce Ghérard que tu viens de dler, Débris des bons éteints, qui semble subsister En reproche vivant à ce siècle sauvage ?

Ou ton discours m'abuse ou tu veux me tenter, Reprit-il, car étant Toscan, à ton langage.

Pour toî le bon Ghérard semble en vain exister; Mais de Gaîa, sa fllle, à moins de l'emprunter, Par nul autre surnom je ne sais le connaître *\ Que Dieu soit avec vous ; je ne dois pas rester Près de vous plus longtemps. Tu vois déjà paraître

37. Le clergé ne devrait pas être propriétaire, par le même motif qui fit que les lévites n'eurent que la dime des terres partagées entre les autres tribus. Aussi , pour les gens d'église surtout, séculiers ou régu- Hers, la propriété, qu.^elle dérive de legs, d'héritage ou de toute autre source, repose sur l'iniquité, comme il est dit dans le Convito, IV, U.

Voy. p. 335 des Révél.

38. Comment, pas même par le pays qu'il habitait, en l'appelant Ghérard de Camino ou de Trévise ?

Le lombard Marco, de Venise, fait l'éloge du lombard Ghérard. qu'il appelle il huon GherardOy rien de plus naturel ; mais le père de cette Gaïa, citée là comme une merveille, a bien l'air d'avoir été tout bonnement le protecteur "de la gaie science, c'est-à-dire des Provençaux ou troubadours albigeois exilés en Lombardie, et le père de la Manto trévisane. Gaia, gaie, est un bien singulier nom, et il est fort douteux qu'aucune femme l'ait jamais porté; d'autant plus que l'ami anonyme de Dante, son premier commentateur,

dit de cette prétendue fllle du bon Ghérard, qu'elle « était connue dans toute l'Italie en ce qui touche les délectations amoureuses, circa le dilettaiioni am(yrose. Cela s'entend fort bien de la religion de l'Amour, mais ne constitue rien moins qu'un éloge pour le père et pour la flile, s'il faut le prendre à la lettre. Benvenuto d'Imola va plus loin encore en disant de cette Gaïa : «< Véritable Trévisane, d'une nature très-amoureuse. » Fort bien, mais quelle était la nature de cet amour ? H ajoute qu'elle se prétait à rendre à son frère Richard de Camino des services complaisants dans ses intrigues amoureuses. Or, en admettant le fait, ces intrigues étaient certainement tout autres que le supposait Benvenuto, car il est évident que, dans ia pensée du poète, le père avait maintes raisons d'être fier de sa fille, non moins bonne lombarde que lui-même. Tiraboschi ne parle de cette Gaia que d'après Dante et comme auteur de poésies ; à la bonne heure, mais alors ce seraient des poésies amoureuses.

436 LE PURGATOIRE

A travers la fumée un rayou ai^enté, Gomme Taube, au matio, perçant Tobscuritë ; De rAoge ainsi , tout prè^, s'annonce la présence. Je dois partir'*. — Alors, prenant d'autre côté, Il ne me Toulut plus accorder audience.

39. H est assex ftingulier que ce ses accès de colère ; si toutefois il

personnage, le seul que Dante mette n'a pas voulu donner à entendre que

en scène à l'étage où s'expia le pé- Marc Paul figurait là bien moins on

ché de la colère, [irenne ainsi brus- punition de ses fautes , que comme

quement congé, sans s'expliquer sur une des nombreuses Tictimes du

le motif du cbàtiment qu'il subit. 11 courroux pontiftr^il, ayant eu à souf-

aora pensé que son langage suffisait frir cruellement dans l'oere amaro

à fiUre connaître d'où provenaient e soxxo.

Rappelle-toi , lecteur, s'il l'arriva jamais D'êhre pris dans les monts par un brouillard épais, A TOir moins qu'une taupe à travers sa membrane , Comme, alors que l'humide et profoiide vapeur Comnience à s'éclaircir et devient diaphane, Le soleil faiblement y glisse sa splendeur, Et tu pourras ainsi concevoir la manière Dont je vins , par degrés , à revoir le soleil , Qui déjà s'abaissait à l'horizon vermeil.

Près du mattre j'allais, marchant vers la lumière , Sur les siens en réglant fidèlement mes pas.

Et je sortis ainsi de la sombre atmosphère.

Quand du jour les rayons disparaissaient plus bas *,

Imagination , qui parfois nous entraînes A tel point hors de nous , que nous n'ouïrions pas Mille clairons sonnant des montagnes aux plaines , Qui donc te met eft jeu quand se taisent les sens ? Sans doute une lumière aux effluves puissants Dans le Ciel engendrée, et venant d'elle-même

1. Noua le savions déjà, mais il ne se lasse pns de le redire, c'est en ne s'écartant en rien des règles de son langage orthodoxe et symbolique, langage créé à Timitation de celui de Virgile, qa'U parvient à

échapper à la colère pontificale et à marcher vers cette 1 ornière philosophique dont les rayons sont morts pour les classes inférieures de la société, raggi morti già nei hassi lidi.

LE PURGATOIRE

Rayonner ici-bas ou par Tordre suprême ^

D'un courroux sans pitié chez celle qui , jadis , Fut changée en Toiseau, dans le calme des nuits Qui se plaît à chanter, l'image en ma pensée Dans toute son horreur apparut retracée *.

En était absorbé mon esprit à tel point Que , sans l'affecter plus que s'il n'existait point , Nul objet, au dehors , n'aurait pu le distraire *. Puis, dans ma rêverie exalté , j'aperçus Un criminel en croix, la face sombre, altière, Qui mourait exhalant l'orgw^ et la colère \ Je Toyms à l'entouc le grand Assuérus , Sa jeune épouse Ësther et le yieux Mardochée , Ce jusie^ qui n'eut p^s l'âme plus empêchée

2. On sait que, dam les divers systèmes gnostiques, tout procède (Je Dieu par ématiatloii d<k-ebte oâ indirecte. L'imagination serait ainsi pour Dante une émanation secondaire de la ItHtilèrt «éléste, tmtw de toute vérité.

3. Progné, la mère d'itys, el non Philomèle, aurait été changée en rossignol* aa ékt de quelques-uns»

dont Dante adopte Vopinion. Rien &e mieux, mais qu'eUMce qiM Pv&^ et le rossignol ont à faire en Purgatoire? Vous le comprendrez si vous lisez, pagiî *r^ èes Réx'clations, ce que les Pauticiem^ jBectaircs gnostiques, entendaient, au dire du moine de Zigat>ène, leur «onteniporain, ^r les oiseaux du «i«^ ^ol ne filant ai ne moissonnant et ne faisant que chanter, n'en sont pas moins bien vêtus et bien nourris. Vous le comprendrez «ncore mieux, si .vous ré* fléchisses que le plumage du rossignol est de couleur sombre comme le vêlement ecc-lésiastique, et que, pour les hérétiques, TÉglise, dont les ministres les Taisaient torturer, mas-

sacrer et brûler, était une Pragné qui, tout en se délectant à chanter, piû a mnhir si tfifeCfd, égorgeait ses fils et les offrait» -eoiniiiA un mets agréable, au Père commun. Les similitudes d*oà le poète tif« SèiB comparaisons sont souvent bien moins saisissables.

4. Croft^on qoe la métamerphose de Progné en roaei^nol eût été d'un tel intérêt pour Dante, sMl n'avait rlén vu lA que le chàtinicnt, assez doux» d'une onère barbaM, Mf vant à son mari infidèle les chairs de son enfant, égorgé par die èans «a fureur jalouse? La scène sMtanle achèvera au surplus de lever le doute.

5. Le cracifté que volt le ^ête dans son alla fantasia, mourant comme il a vécu, n'est pas Aman, qui du reste ne fut point mis en croix, mais pendu, c'est l'usurj^ateur tyraonique du ^pouvoir dii prince temporel, celui qui se donne pour le vicaire du Dieu crucifié, dont il est si loin, aux yeux de Dante, d'imiter la douceur et l'humilité. ,

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Pour feire que pour dire •. Et dès que ce tobteau Vint à s*ëTanooir^ comme bulle fragile Dans l'air disparaissant, lorsque lui manque l'eau, Qui sur elle ët^dit son écorce subtUe, Ma vision m'offrit, personnage nouveau,* Une vierge éplorëe et s'écriant: * Reine, .

Pourquoi donc écoutant la colère et la haine , As-tu voulu périr? Tu te donnas la mort Pour ne me perdre point, hélas ! et Lavinie A tes bras désormais n'en est pas moins ravie» C'est moi, mète, aujourd'hui qui pleure plus encor Sur toi que sur un autre aussi frappé du sort \

Gomme se rompt le somme , alors que la lumière , Qui le Ml se d^iatlre avant de défaillir, Sur les yeux do8 encor vient soudain à jaillir ; De même s'effaça l'image tout entière Sitôt qu'en face vint m'aHeindre la clarté ,

6. A peine est-il besoin d'a]t»uler qu*As8uéi'us est te Ag8i« da soavê* \erain temporel ressaisissant le pou-

^ \oir tombé «n des mains indignes, que la jeune Ëstiier est l'église sectaire, son épouse, et le juste Mardoehée, Dante lui-même, che fù al dire ed al fw «Mi 'nteré.

7. Traduisons llUôralement œ disueurs, loat gHvriiii^ 4e Lavililé,

en nons bornant à l'annoter entre parenthèses : « Reine (Amato, patrie aimée , Italie , jadis reine des nations. Yoy, ch. vi, S«r%a f *•***), pourquoi as-tu voulu n'être rien par colère (f annihiler par pevrdti courroux ponliflcal, en subissant le joug des papes ; on se rappelle que le pape 'était appelé Himiey synonyme de NuUa,fX TËmpereur Tutio) ? Tu t'es tiiée pour ne pas perdre Laviote (pour que Rome , personniftée «Ums

Lavînîe, dont dérlvaît , selon Dante iUqs son traité 4e Mônarthia^ tout droit légitime sur le territoire du Latîum, ne passât pas au pouvoir d'un pilnce étranger), le ne suis pas moins perdue pour toi désormais (Rome n'est pas moins perdue pour ritalto oomme capitale, âe|ui6 que le Saint-Siège a été transféré dans Avignon, sous la dépendance de l'étranger), et iê |ileiir« ttaiiHenant ta ruine (causée par ton aveuglement) bien plus que celle d'un autre (celle de Henri VU, toujours désigné, on s'en souvient, par êHiri, iale et autres expresshmfi analo^ goes). » €ette Vision, divisées trois tableaux eu parfaite concordance entre eux, et retf«çant les «hàtiments réservés à ta colère, ne font donc que reproduire une méaie pensée toujours hostile au chef de l'Ëglise orthodoxe.

110 LR PURGATOIRE.

Plus vive qu'il n'en brille à nos yeux sur la terre. Je me tournais pour voir où j'étais transporté , Lorsque dit une voix : — C'est par ici qu'on monte. — De tout autre penser j'en denàeurai distrait.

Soudain, de regarder celui qui nous parlait Mon désir fut si vif, ma volonté si prompte, Que jamais sans le voir rien ne m'eût satisfait. Mais comme notre vue au soleil est blessée , . Dont la face se voile à nous sous sa splendeur, Ainsi de mes regards l'énergie affaissée Défaillit sous l'excès de cette vive ardeur.

C'est un divin Esprit, devançant ta prière , Qui daigne nous apprendre où nous devons gravir, Et se dérobe aux yeux sous sa propre lumière '. Comme envers son prochain l'homme devrait agir, Il agit envers nous. Car, pour le secourir, Celui qui, calme, attend que son prochain l'en prie, En voyant son besoin, se tient, d'une âme aigrie, Tout prêt à refuser ce qu'il devrait offrir •. Avant de voir partout la montagne obscurcie'. Du bienveillant avis pour monter profitons; Nous ne le pourrons plus , si nous ne nous hâtons , Que n'ait reparu l'aube *•.— Ainsi parla mon guide , Et vers un escalier à la pente rapide Nous marchâmes tous deux. A peine je venais D'en monter un degré, que je sentis tout près, Au mouvement de l'air, comme un battement d'ailes :

8. Comme le langage même de la pontife romain, secte, destiné à éblouir les uns par « /^ . ,^ i ^ . i •* le clinquant des image», et à éclai- , »• Ce trait lancé conlreceui dont rer le« autre, par les ' érilés cachées •« ^^'f » ?*«?,'" \?^f. «>"'«'«<'<'• adroitement dans le sens interne. " » P" '>'»*>'" <* «P«'<=al'<>°- (^t ange est là, du reste, de même 10. On se souvient que toul proqiie les précédents, pour effacer un grès ascensionnei est impossible des sept P qui doivent tous dispa- pendant que règne l'obscurité garait re du front de l'ancien vassal du cerdotale.

Me frappait au visage un vent léger et frais ^^ Beati, disaient des voix d'Esprits fidèles , Pacifici *S les cœurs exempts de noir courroux *M

Déjà se projetaient si haut par-dessus nous Les rayons que la nuit, dont s'avance le voile, Vient éteindre en dernier, que déjà mainte étoile Faisait briller au ciel sa tremblante lueur.

De la sorte pourquoi t'abatti^e, 6 ma v^ueur ? En moi-même, disais-je, en sentant que sans cesse De mes genoux lassés s'accroissait la faiblesse *\

A la fin des degrés nous étions parvenus Et nous étions restés là , sans nous mouvoir plus Qu'un navire qui vient d'aborder le rivage.

J'attendis un moment qu'en ce nouveau parage Quelque chose frappât mon oreille ou mes yeux; Puis, me tournant alors pour m'informer au sage , Je lui dis: — Mon bon père, apprends-moi dans ces lieux Quelle faute est lavée et qu'au moins ta science Si nos pieds sont oisifs se refuse au silence *\

Et lui : — L'amour du bien , de sa tâche oublieux,

1 1. Le souille purificateur qui effaçait un des sept P.

13. Quoniam filii Dei i^ocabun- (tir, ajoute saint Matthieu. Par suite, reu\ qui attisaient des guerres aeiiamées entre chrétiens, étaient des fiis de Satan, et Satan lui-même.

Dante désirait la paix , c'était eiie qu'il cherchait, et, comme lui, ses frères aspiraient à voir un empereur à la tête de la monarchie universelle, substituée à la théocratie, parce que, seul, ce prince pouvait procurer la paix au monde. Voy. de Monarchia.

13. De ce courroux funeste qui, s'irritant de la contradiction, divise pour régner, qui sévit contre les dissidents, etc.

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