Telle que l'avait faite le gouvernement des Noirs
40. Celle mention d'Arles et du Rhône pourrait bien avoir pour objet de diriger la pensée vers Avignon, où le siège de Rome avait été transféré par le pontife, l/antiquc cimetière d'Arles, désigné dans les anciens romans par le nom d'Aiiscamp ou d'Aieschans, était encore visité au XI n* siècle par les fidèles en mémoire des chrétiens morts vers 730 en combattant les Sarrasins. Voy. Reinaud, 38, et Dom Vaissette, i, 4Ô2.
72 l'enfer.
Ainsi la plaioe au loin de tombes est remplie , Sauf d'un plus triste aspect que celles-ci s'offraient. Car entre elles, partout là, des flammes couraient Et les embrasait tant leur incessante houle , Que moins rouge est le fer qui se forge ou se coule.
Tous en étaient lerés les couvercles pesants , Et de tous s'échappaient des cris si lamentables, Qu'ils faisaient deviner des supplices cuisants.
Et moi de demander : — Quels sont les misérables Ensevelis au fond de ces brûlants tombeaux, Dont Tangoisse s'exhale en douloureux sanglots ?
Là sont, répondit-il, les auteurs d'hérésies, Les divers chefs de secte avec tous leurs fauteurs. £ien plus que tu ne crois les tombes sont garnies, Les sépulcres chargés *^ Chaque artisan d'erreurs Gtt sur la même couche auprès de son complice. Plus ou moins embrasés, pour faire à tous justice. Sont tous ces monuments que nous apercevons.
Alors, il tourne à droite et nous nous avançons Entre les hauts remparts et le champ du supplice *'.
41. Il y a bien plus de sectaires part des maisons de Florence étalent
en Italie qu'on ne le suppose. (Foi/, des tombeaux, puisque des morts
Osanam, Poetet francise. enItaLf les habitaient. Foy.ch. i , la fin de
p. 239.) Mais 11 n'a garde de désigner la note 9. par leur nom ces hérésiarques, à 42. (^ n'est pas indilTéremment
l'exception d'un seul; de signaler que Dante se dirige à droite on à
une secte dissidente, sauf celle d'Ë- gauche; en effet, dans l'Enfer 11
pleure, désignation qui, de même prend presque constamment snr h
que la philosophie de Pythagore et gauche, dans le Purgatoire à droite,
de Platon, servait à déguiser la doc- dans le Paradis, tantôt d'un côté,
trine religieuse opposée à la foi tantôt de l'autre. S'il appuie à droite
orthodoxe. ( Voy, Ozanam, Dante et ici, on peut être assuré qu'il va ren-
Ph, cath., p. 47, 62, 345, et les contrer des personnages qu'il a en
HévéL, p. 6 et sui v.) A un autre point haute estime, de vue, celui de Cavalcanti, la plu-
Nous marchions tous les deux, dans uue étroite voie, Entre les patients, au feu martyrs en proie, Et les murs de la place ^ Avançait le premier Mon maître et je suivais. —0 sublime génie, Qui me fais parcourir ce séjour de l'impie, M'écriai-je, dis-moi, si j'ose t'en prier. Peut-on voir ces damnés dans leurs tombes brûlantes ? Les couvercles partout sont levés à l'entour Et nulle part il n'est de gardes vigilantes.
De Josaphat quand tous ils seront de retour. Dit-il, avec leurs corps qu'ils ont laissés sur terre, Ces tombes se cloront ^ Voici le cimetière D'Épicure et des siens , croyant que doit mourir L'Ame et suivre le corps, périssable matière; La réponse en viendra que tu veux obtenii' S
1. Les Incrédules, les esprits 3. Comme c'est un Gibelin qui lui forts, les matérialistes, dont ce cer- répondra, il faut en conclure que de est le séjour, puisque les véri- le gibelinisme sectaire so cachait et tables hérésiarques sont punis au était parfois désigné sous le nom xvin* ch. , sont pour nos deux poètes d'épicuréisme ; en effet, nous lisons des iNorlif rs de Fintolérance sacer- dans YOttifno commenta ces paroles dotale. La voie est étroite pour ceux précises : In qiMtto errore d'Epiqnl partagent leurs opinions; car ils euro caddon molti del ftregente ont d'un côté à redouter la puis- tempo connumerati sotto il genesance guelfe, aUi spaldi, et de l'au- raie vocabolo detto patemmi. Ce tre la flamme des tombes ou des n'est pas tout , l'anonyme ajoute : bûchers. In questo errore cadde messer Fa-
2. Virgile parlant de la vallée de Jo- rinata degli Uberti^ . . Caddevi messaphât ! c'est une véritable dérision, ser Cavalcante di Firenze. Concluez.
Et sera satisfait en tout point ton désir.
Un autre même encor que tu crois devoir taire.
Et moi :— Maître, c'est moins pour garder un mystère Dans \m cœur où tu lis, qu'afln de parler peu; Et toi-même me Tas recommandé naguère.
0 Toscan qui, vivant, dans la cité de feu Chemines , discourant de courtoise manière *, Daigne, pour un moment, t'arréter en ce lieu. A f entendre parler, j'acquiers la certitude Que tu naquis aussi dans ce noble pays, Le mien, auquel peut-être ai-je été par trop rude.
A CCS mots, tout à coup d'un des tombeaux sortis, La crainte me prenant, un mouvement rapide, He fit me rapprocher un peu plus de mon guide.
Retourne-toi, dit-il, allons, que fais«tu là? Vois, de sa tombe s'est levé Farinata ^; Tu peux l'envisager du front à la ceinture.
J'avais jeté déjà les yeux sur sa figure ; Il cambrait sa poitrine et, levant un front fier, II paraissait n'avoir que mépris pour l'enfer*.
4. Parier courtoisement , hooDétpment , d'une manière ornée, tous termes (quivalents, signifie, noua l'avons dôjù dit , s'exprimer dans le langage dus ou car, c'est-à-dire dans celui des adeptes. Ces paroles proviennent donc d'un initié. Or, cet initié s'étonne de voir un vivant, c'est-à-dire un Gibelin, im frère, ennemi comme lui de ces morts appelés Guelfes , traverser paisil^iement cette cité que les Noirs ont mise en feu.
5. Dante a groupé dans ce chant les trois plus hautes expressions du gibelinisme sectaire en butte à la rage fanatique des Florentins, symbolisée par les sépulcres de Dite,
ville n'ayant pour éemeurea <|oe des tombeaux , pour habitants que des morts. Le vainqueur de Montapertl personnifie le gibelinisme aristocratique , ayant pour auxiliaires l'Empire en révolte contre le Salnt-Siége, Frédéric n,et rinorédolité sacerdotale , le cardinal Ubaldini. Le gibelinisme eut occasionnellement pour allié le giieiflsme libre penseur on philosophisme républicain, et ce tiers parti est représenté par le vieux Cavalcante , père de Guido , le meilleur ami de Dante, mto primo amico , comme H l'appelle.
6. Quel autre sentiment le héros gibelin aurait -il pu avoir pour Rome, Ca(ne, et pour Florence,
£n jne poussant vers loi de sa main forte .et sage ^ A travers les tombeaux dont le sol est couvert , Le maître me dit : — Sois précis dans ton langage •. —
Au pied de son tombeau quand je suis arrivé , Me regarde un instant le sombre réprouvé , Et, presque dédaigneux % ensuite il me demande : — Tes aïeux, qui sont-ils " ? — Sans vouloir qu'il attende, Je n'en cèle pas un et tous je les lui dis **.
Sur ce , levant en haut quelque peu sa paupière : — Ils furent, reprend-il, pour ma famille entière. Pour mon parti, pour moi, d'acharnés ennemis. Je les chassai deux fois.— Oui, mais deux fois bannis. Dans leurs foyers, deux fois, répartis-je, ils rentrèrent. C'est un art que, plus tard, les vôtres ignorèrent".—
Près de la première ombre, en la môme prison, S'en dresse une autre alors, montrant jusqu'au menton ; Je crois sur ses genoux qu'elle était soutenue. Autour de moi d'abord se promène sa vue , Comme pour s'assurer si quelqu'autre me suit; Puis, lorsqu'à fui le doute auquel il fut induit. Le fantôme en pleurant me dit : — Si du génie L'essor sublime ici t'amène aux lieux d'eflEroi**,
7. C'est la conformité d'opinion et de doctrine qui , dnns Virgile , autre Ini-mémc , pousse Dante à conversier avee le liéros gibelin.
8. Afin de ne pas trahir sa pensée secrète en disant plus qu'il n'était strictement nécessaire pour riilut\on scénique.
0. Parce que Dante , descendant d'une famille gueKc, a appartenu quelque temps à ce parti.
10. L'orgueil aristocratique du grand chef gibelin se manifeste dans cette première question.
1 1 . D'autant plus volontiers que Dante , assez orgueilleux de sa race,
prétendait la faire remonter aux anciens Romains.
12. Dante vient d'être piqué au jeu , et il riposte en reprenant pour un moment l'esprit et le langage guelfes. Aussi va-t-il nous apprendre que, pendant ce colloque, Virgile , personnification de l'esprit et du langage impérialistes, s'est tenu à l'écart.
13. Le génie , qui, dans son libre essor, altessa, s'élève vers la lumière de la vérité , peut seul pénétrer dans les cachots des aveugles, ceeo carcere, pour y faire briller son flambeau.
LENPER
Mon fils, où done est-il ? Pourquoi pas arec toi^*.? —
De moi-même aux cachots de l'aveugle agonie Je ne suis pas venu, lui dis-je ; en cet instant, Celui qui me dirige ici, là-bas m'attend *^ Et Yotre cher Guido Veut en dédain peut-être ".
Ses questions d'abord, le genre des tourments*'. M'avaient appris son nom, à ne le méconnaître , Et je pus, sans errer, lui répondre en ce sens.
Le fantôme, à ces mots, se redresse en arrière : —N'as-tu pas dit : /{ l'eut ? Plus donc il ne vivrait ! Ses yeux sont-ils fermés à la douce lumière " ?
14. Pourquoi mon flte GuIdo , ton meilleur ami , primo tuo amico, qui partage tes opinions réformatrices et les doctrines philosophiques , ne t'accompagne-t-ll pas ?
Que de profonde habileté dans cette mise en scène, et comme le poète a su y dessiner admirablement la position, les opinions respectives de ses personnages! Le vieuxGuelfeCavaicante est renfermé dans la même tombe que le Gibelin Farinata. Pourquoi? Parce que d'abord Ils sont alliés, Guido ayant épousé la fliledu chef gibelin; puis parce que, divisés quant à l'opinion politique, Ils professaient tous deux la même croyance religieuse ou plutôt philosophique. Tous deux étaient épicuriens, c'est-à-dire qu'ils croyaient que l'Ame devait mourir avec le corps, avec le vieil homme, et renaître, au moyen d'une palingénésle mystique, à une vie nouvelle. Ame régénérée, éclairée de la véritable lumière. Ces épicurlenslà Youlaient tous la réforme religieuse aûn d'enlever à Rome l'autorité spirituelle, mais les épicuriens guelfes tenaient avant tout à . la forme républicaine. Incompatible avec un empereur; tandis que les
épicuriens gibelins rêvaient la monarchie universelle.
Aussi remarquez la position des pei^sonnages ; l'épicurien guelfe est à genoux aux pieds de répicurien gibelin resté Inébranlable et bravant toute la fureur de l'Enfer, H est de plus représenté pleurant, faisant acte de dévotion papiste.
15. Voilà la précaution sciniqae dont 11 a été parlé plus haut.
16. Ce dédain de Guido, poète et philosophe, pour Virgile, bien que sous forme dubitative, a grandement surpris tous les commentateurs , chacun cherchant à l'expliquer à sa manière, lis n'ont paa compris l'adresse profonde avec laquelle Dante Indiquait, dans un seul vers, la nuance politique qui divisait deux amis dont la croyance religieuse était la même. Guido ne voulait pas entendre parier d'une monarchie universelle dominant sur ritalie républicaine, et, sous ce rapport, il ne faisait pas asaez de cas dn chantre de l'empire.
17. Les non orthodoxes devant être punis dans son enfer par le feu, comme dans les pays soumis à la loi de l'Église.