Mais Dante se souvenait aossi
Cet autre qui s'en vient vers nous, aux flancs éthiques , Fut Michel Scot, expert dans les fraudes magiques ". Voici Gui Bonatti •*, regarde, puis, Asdent, D'avoir changé d'état qui trop tard se repent, Regrettant son tranchet, son'cuir et ses pratiques *'. Vois celles qui, laissant l'aiguille et les fuseaux , Pour faire la magie et tirer des présages , Ont distillé le philtre ou moulé des images. Et pour le sortilège allumé leurs fourneaux ". Mais viens-t'en , car déjà près de plonger dans l'onde ,
que les deux frères Fisilaga , Antoine et B&ssano avalent été des premiers à donner le signal de la désertion et à briser les liens qui les attachaient à la cause de l'Empire, après avoir été des premiers à vouloir marcher contre la Troie guelfe pour lui ravir le Palladium. Voy, Ferreto. Vicent. ap. Muratori et les autres chroniq. contcrap.
35. La similitude de nom a valu sans doute au Scotlo qui trahit Mathieu Visconli et le parti auquel il appartenait, de changer son prénom d'Altiert en celui de Michel; ses ruses pour dissimuler sa désertion sont devenues des fraudes magiques et sa chélive apparence jointe à son peu de valeur relative Taura fait désigner comme étant ne* fianchi cosl poco. S'il s'agit au contraire de Michel Scot, Tastrologue de Frédéric 1 1, il faudrait supposer que des torts graves envers son maitrelul auraient valu l'animadversion du poêle.
36. C'était l'astrologue du comte Guido de MontefeUro, c'est-à-dire un adepte de la secte, conseiller du vieux guerrier, qu'il suivait dans ses évolutions successives d'un parti à l'autre.
37. Allusion probable à Ghibert de Corregio, seigneur de Parme, représenté par dérision sous les
traits du savetier parmesan, diseur de bonne aventure. Il est impossible de voir ici autre chose qu'une revue satirique de personnages contemporains, affublés à l'antique ou à la moderne, mais de manière k être facilement reconnus à l'époque où Dante écrivait. S'il fallait admettre au surplus que les trois derniers y figurent pour leur propre compte, ce ne serait que dans le but de faire passer les autres inaperçus des profanes.
38. C'est toujours le même procédé, consistant à mélanger le vrai et le faux, la réalité avec la fiction, afin d'égarer la pensée. Ainsi, après toute cette série de personnages plus ou moins déguisés , voici venir les sorciers et les tireuses de sorts, pour donner à entendre que ceux qui les ont précédés étaient réellement des augures et des devins. Si Manto, personnification de la faction sectaire dans le pays mantouan, figure dans le nombre, nous en avons dit le motif; c'est parce qu'elle eut sa part de découragement , ses déserteurs même, et se vit réduite à faire voltc-fîico, au moins en apparence, h feindre de porter ses regards à l'opposé du but où ses pitds, figurant sa force d'action , se dirim-aienl en ii»alité.
Sous Sëville , Ca!u emportant son buisson, Va du double bémisphëre atteindre Thorizon, Et la lune , hier soir, au Ciel s'élevait ronde. Tu dois t'en souvenir, car, loin de l'avoir nui, Elle te fut propice en la forêt profonde ", Ainsi parlait le maître et j'allais avec lui.
39. La lune , nous J'avons dit maintes fois , «ymlM>11se la Papauté dans le langage sectaire, mais il y a d'autant plus lieu de lui reconnaître ici celte signification qu'elle est désignée par le seul mot de Caino, rappelant bien, il est vrai, la signification populaire qui voyait dans les taches de la lune Caïn chargé d'un fagot d'épines , mais dirigeant aussi la pensée vers le dernier cercle Infernal appelé Caxna, où siège, sous le nom de Lucifer, le représentant de la Papauté, meurtrier de ses frères. 11 y a donc là, de la part de Virgile, un sarcasme à l'adresse de
Dante , car c'est une manière de loi rappeler qu'il n'a pas toujours été mal avec les pontifes, et qu'il n'a pas eu trop à s'en plaindre, à raison des diverses dignités qui lui ont été conférées, lorsqu'il se trouvait encore dans la forêt florentine, lié d'Intérêts avec le parti sauvage. Qu'on se reporte au ch. I, on verra qu'il n'y est pas dit un mot de la lune, et cela, par l'excellente raison que le soicilralson, la pianeta, brillant sur l'horizon, exclut nécessairement le crépuscule lunaire de la doctrine romaine. Nous retrouverons Sihilia (de Sibylle, autre Manto] au cb. xxvi.
Ainsi de pont en pont notre marche hardie Nous portait en ayant S et de plus d'un sujet, Qui n'a point à trouver place en ma Comédie, Nous causions, quand d'une arche atteignant le sommet. Nous restons là , pour voir dans l'autre fosse impure D'autres pleurs vains couler d'angoisse et de regret * ; Elle s'offre à mes yeux lugubrement obscure.
Ainsi que, dans Venise, au temps de la froidure , Quand de son arsenal s'avivent les travaux, Pour radouber le corps fatigué des vaisseaux, Qui ne pourraient tenir la mer houleuse et dure, La poix visqueuse bout, au navire nouveau L'un travaille, employant la hache et le marteau, L'autre du sien, déjà trop vieux, avec l'étoupe Calfate les flancs noirs, clôt tout passage à l'eau; Qui rabotte à la proue et qui frappe à la poupe;
1. Ces ponte snr lesquels les deux contre la séductioD , la flatterie, la poètes se frayent le passage avec simonie, la haine des concussionune extrême difficulté, et que Dante naires et des hypocrites renégats, désigne constamment par les épi- De là Tidée première de ces Males- Ihètcs de ietri, aspri, erti, duri, poches, disposées circulai rement ronckioH, figurent les obstacles et comme autant de fosses creusées les périls renaissants que ies Gibe- pour prendre les bêtes fauves, lins , restés fidèles à leur foi reli*
gieuse et politique, eurent à sur- 2. Les pleurs guelfes ne peuvent
monter à force de courage et d'é- être que vains dans un enfer cons-
nergie; ayant à lutter tout à la fois truit par le génie gibelin.
168 l'enfer.
La voile ici se coud, là le câble se tord,
Se façonne la raine ou s'ouvre le sabord ;
Ainsi , non par le feu , mais bien , je le prc'sume ,
Par un art tout divin, là, bout un noir bitume *,
De la fosse à Tentour engluant les parois V
Au loin j'explore en vain , partout je n'aperçois
Que des bouillons épais soulevant sa surface,
Qui , gonflés un moment , s'affaissent sous leur masse.
Tandis que fixement je regardais en bas , Mon guide, en me disant : « Prends garde à toi, prends garde,» M'attire à lui , du poste où s'arrêtaient mes pas. Je me retourne alors, comme un homme à qui tarde De voir ce qu'il doit fuir comme un pressant danger, Et qui, d'effroi subit se sentant assiéger, Bien qu'il cherche des yeux, de partir ne diffère.
Je vis un diable noir s'en venir par derrière *, Accourant sur le roc qui nous portait tous deux. Ah I cpiel aspect féroc<; et qu'il était hideux ! Comme, les pieds légers , l'aile grande étendue , Il se montrait alors formidable à mes yeux, En emportant, chargé sur son épaule aiguë. Reins en haut, tête en bas, un malheureux pécheur. Que ses ongles serraient aux pieds avec roideur •.
Malesgriffes, dit-il % voilà que j'en charrie
3. L'art tout divin da gai savoir» au printemps de 1303, lorsque le Kart poétique de la secte. cardinal de Prato y fu,t envoyé par le
4. r.ette poix gluante est la cor- pape Benoît XI, pour ménager une ruption qui salit tout ce qui est en transaction entre les Blancs et les contact avec elle ; aussi dit-on d'un Noirs; spectacle dans lequel les diafonctionnaire prévaricateur qu'il n'a blés et les chaudières de poi\ boailpas les mains neUes. lante jouaient un grand rôle, (loir
6. Ce diable est signalé comme Villani VIII, C9, et Coppo Stcfani,
noir pour qu'il n'y ait pas à se mé- Rub. 240.) Le poète veut donc qae
prendre sur sa qualité de Florentin. l'esprit se reporte à Florence ?