‹ La comédie de Dante (volume 3)Chapitre 57 sur 155 · Gel ji qui parle est Guido · texte numérisé non relu

Gel ji qui parle est Guido

comte de Montefellro, \ille située dans l'Apennin, entre Urbin et la source du Tibre, capitaine gibelin renommé pour sa politique astucieuse et ses stratagèmes de guerre, mais assez vacillant dans ses opinions, dont son intérêt était la règle*. En 1277, il mit en déroute les Florentins qui s'étaient joints k ceux de Forii ; en 128à, il se rendit mailrc, pour eux, du château do Goprone, au siège duquel Dante assista; en 1289, il gouvernait Pîse, dont il releva les forces. S'élanl emparé d'Urbin, il fut excomnuiuié par Nicolas IV. Dantp, qui le damne Ici, fait de lui un grand éloge dans son Convito, Mali il avait besoin de montrer le vieux renard, coupable h ses yeux de faiblesse dan» ses derniers jours, aux prises avec Doniface VUI et dupé par i'astuc« ponti* (Irale.

L ENFER

— Réponds-lui ; celui-ci , tu l'entends , est latin *. — Et moi , dont la réponse est déjà toute prête :

Ame en peine, lui dis-je, exauçant sa requête , Ta Bomagne jamais, sous des jougs différents, N*est et ne fut sans guerre au coeur de ses tyrans ** ; Je n'en laissai pourtant aucune déclarée. Sans qu'y soit rien changé, Ravenne est demeurée; L'aigle des Polenta va toujours la couvant, Et sur Cervia s'étend son aile, comme avant **. Cette placé où se ût la longue résistance, Où fut à flots versé le sang des gens de France , La tient le lion vert, sous ses ongles nerveux ". Les dogues de Verruch, et le jeune et le vieux , Ceux-là sur Montagna dont s'assouvit la rage , Trempent, aux mêmes lieux, leurs crocs dans le carnage". C'est encor le lion gisant en champ d'argent.

9. Non qu'il parle latin, pa^ plus <|ue Virgile n'a parlé lombard, mais parce que ces deux seuls mots, mondo ciecOt ont suffi pour révéler en lui un Initié sectaire.

10. Les petits seigneurs delà Bomagne s'étaient rendus maîtres, chacun de leur cAté, d'une des villes de cette contrée, et y régnaient despotlquement, passant, selon leur intérêt, d'un *partl à l'autre, et se faisant des guerres acharnées. C'était pour mettre un terme à cette anarchie que Dante aspirait à une monarchie universelle.

11. Dante finit ses jours chez Guido de Polenta, seigneur de Ravenne et de Cervia; les armes de cette famille étaient une aigle mipartie blanche en champ d'axur et rouge en champ d'or.

12. Armes de Sinibald des Ordelaffl, seigneur de Forll, ville dans laquelle, en 1282, Gui de Montefel-

tro se maintint contre une armée composée en majeure partie à»

Français, que le pape Martin IV avait envoyée pour la recooqaéiir, et qui essuya de grandes pertes.

Arbitratu quarti Martini ponîificis Romani, Johannes Apjna dux Francia exerdiu in Italia milifar», etc. Annal, forilv., p. 194. J.

Viilani, VII, 81. Annal. Cesenst., p. 1117.

1 3. Les M alatesta père et fils, seigneurs de Vermcchio et tyrans de RimInI, où Ils avaient mis à mort un gentilhomme gibelin du nom de Montagna. Gomme les Montefeltro, ils descendaient des comtes de Carpagna. Le père s'appelait Moitino, de là le nom de dogues que ienr donne le poète, comme il a donné celui de Veltro à Cane de la Scsla.

Pour ce qui concerne les Malalesta, roy. dans Muratori, t. XV, p. 884, Annal. Rlminiens,rt t. XXII, Annal.

Fort.

CHANT XXVll.

De l'hiver à Tété de bannière changeant, Dont l'inconstante humeur à sa guise gouverne La cité du Lamoneet celle du Santerne **. Celle que le Savio baigne d'un flot profond, De même qu'elle siëge en plaine et sur le mont, Entre la liberté vit et là tyrannie ". Qui, maintenant, es-tu? Dis-le-nous, je te prie. Plus qu'on n'a fait pour toi sans vouloir résister, Et puisse ton renom sur terre subsister.

Quand la flamme eut un peu reproduit son murmure, 8e mut sa pointe aigué, un moment oscilla ; Puis , de son sein, un souffle en ces mots s'exhala :

Si je pensais répondre ici , je te l'assure , A quelqu'un qui jamais au monde dût rentrer", Cette flamme à l'instant cesserait de vibrer; Mais , comme de ce gouflfre , autant que je puis croire , Nul vivant n'est sorti jamais, pour ma mémoire Ne craignant rien , je puis répondre et t'éclairer " :

14. Faenza et Imola, où coulent les rivières de ce nom, et qui avaient pour seigneur Malnardo Pagani, surnommé le diable, Guelfe en Toscane et Gibelin en Homagne, selon qu'il y trouvait son compte. II était avec les Florentins à la batalile de CampBldino, à laquelle Dante assista.

J. Villanl,48.

lA. Césènc,b&tie en amphithéâtre sur le bord de cette rivière, lanlùt gouvernée mnnicipaleinent, tantôt lyrannisce par quelque noble , comme Hugues de la Faggiuola, qui en fut chai^sé tic vive force en 13U1 . Voy, Aminl. Ccscn.,p. 1090etseq.

IC. Pîirmi les Guelfes orthodoxes, parmi les hoiiimcs liges Principis tnundi.

17. Je suis sûr de parler à un sectaire comme mol, car je te recon-

nais pour tel, au parler lombard d'abord, puis en le voyant vivant dans cet enfer pontifical où 11 n'y a que dos morts et d'où ne sort nul vivant ; je suis donc tranquille pour ma mémoire, dont tu prendras poln, et en elTet, au ch. 28 du IV* livre de son Banquet, Dante cite comme un exemple de noblsxse à suivre, celui qu'il semble damner Ici sans pitié.

{Voy. les Révél , p. 328 et sulv., où Il est démontré que, pour Dante, la nob/ef5e s'aquérait par rinitiatlon.) Ainsi disparait ce qu'il y aurait do déloyal de la part de Dante à extorquer des aveux d'un malheureux, en le laissant persuadé qu'il parle h un damné comme lui, dans Tlmpossibillté de les répéter sur la terre. Ciir s'il entend ici entacher «luelqu'iui d'infamie, ce n'e^t certes pas Guido de Montefeltro.

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L BMFBR4

Homme d'armes je fus et cordelier ensuite**;

Je crus, sous le cordon, racheter ma conduite,

Et certes j'aurais vu mon espoir exaucé ,

N'eût été le grand prôtre , auquel mal en revienne ,

A pécher de nouveau par qui je fus poussé **.

Con^ment ? Pourquoi ? Je veux que ma voix te l'apprenne :

De la chair et des os qu'en naissant je reçus,

Tant que traînant le poids , sur terre je reçus " ,

J'eus bien plus du renard, pour l'adroite malice,

Que non pas du lion ; et si bien je connus,

Mis en jeu les détours , les pièges , l'artifice ,

Que maints récits au bout du monde en sont venus.

Quand je me vis ayant atteint déjà cet âge

Où les hommes devraient, pour aborder au port,

Toutes voiles carguer, rouler chaque cordage " ,

18. Gui de Montefeltro avait 74 ans lorsqu'il prit, en 1297, l'habit de franciscain dans le couvent d'Assises, où il finit ses jours, comme faisaient alors, pour terminer en paix leur vie agitée, les ennemis les plus acharnés du Saint- Siège ; commo fil le vieil Ezzelln, surnommé le Moine, pour se livrer

Plus librement aux pratiques de hérésie patérine ou albigeoise, qui le Al excommunier. Voy, Raynaldl, Annal, adann. 1231, S 2, p. 379.

19. Boniface VllI , comparé au ponllfe juif, et qui va être appelé plus loin le prince des nouveaux pharisiens pour expliquer d'autant le nom de Caiphc, donné plus haut à Giémenl V.

20. Tanl que je n'eus pas dépouillé le vieil homme, c'est-à-dîrc tant que je ne fus pas régénéré par l'initiation, qui procure une vie nouvelle.

21. C'est précisément ce que dit dé lui et de Lancelot du Lac, Dante,

dans son IV* livre du Banquet, déjà

cité : u Ces nobles hommes (ces deux Initiés) caryuèrent les voiles, et, à la fin de leur longue carrière, ils entrèrent en religion, i* Coninric Marcie, qui est Vâm^ noble, revint à Galon, qui représente te dieu Amour. {Voy. les Révél., p. 352 et suiv.) Pour Dante, entrer en religion c'est évidemment s'affilier à la secte, c'est revenir à elle pour ceux qui lui firent, comme le vieux capitaine gibelin, des infidélités passagères. Les couvents étaient souvent alors des foyers d'hérésie, et les franciscains, dits les frères spirituels, causèrent de vifs chagrins à l'Église. Ainsi frère Jacopone de Todi, dont 0.!anam exalte les mérites (Voy. Les poêles franciscains en Italie.) fut jeté par Boniface VllI dans un cachot dont il ne sortit qu'à la mort de ce pontife. Or, il ne faot que savoir comprendre Dante pour être certain que celui qu'it loue d'être entré en religion s'était jeté, en réa-

CHANT XJtVlI.

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Je pris en grand dégoût ce qui me plut d'abord '%

Et| le cœur repentant^ me confessai coupable*

C'eût été mon salut, sans doute; ab, misérable {

Mais le Pontife » chef des nouveaux Pharisiens ^S

Près des murs de Latran était alors en guerre ,

Non pas contre.des Turcs, des Juifs^ mais des Chrétiens '^ ;

De Saint-Jean-d'Acre aucun n'avait pillé la terre,

Ni fait trafic ou banque au pays des Païens "•

Sa colère lui ût méconnaître, en lui-même^

Et les ordres sacrés et Toffice suprême;

En moi, ce saint cordon, qui naguère ceignait

Des reins plus décharnés qu'à cette heure il ne fait",

Et comme Constantin , de sa retraite alpestre

Du Soracle, autrefois, lit appeler Sylvestre,

Pour qu'il guérît sa lèpre " ; ainsi , lui , me requit

En sa âèvre d'orgueil de lui donner répit

Et de le conseiller; mais, prudemment modeste,

lllé,dans les bras des frères spirituels pour finir ses jours dans la haine de Rome, tout en paraissant se courber sQus ses lois, en s'enrôlant dans sa milice. Le vieux Guido, comme le vieil Ezzelin de Romano, se procurait ainsi le double avantage de finir ses jours en paix et d'assurer son héritage ft son fils Frédéric, qui fut un des plus chauds partisans de Henri VU.

22. Les infidélités passagères qui me firent passer de temps à autre des Gibelins aux Guelfes.

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