Le pape Célestin V, coupable sur la raison et l'amour
88 l'enfer.
El lui : — Ce que tu veux savoir, tu l'apprendras Quand près de TAchéron, triste et sombre rivière ", Dans peu d'instants encor s'arrOteront nos pas.
La honte dans les yeux, alors, et le front bas , De crainte, en lui parlant, d'avoir à lui déplaire. Jusqu'au fleuve, pensif, je pris soin de me taire. Et voilà que vers nous, venant de l'autre part. Le poil blanchi par l'âge., en sa barque, un vieillard Se dir^e, en criant : — Malheur, âmes coupables , Malheur à vous , jamais n'espérez voir le Ciel ! Je viens à l'autre bord, où glace un froid cruel, Où le feu brûle ^% au sein des ombres formidables Pour vous passer. —Et puis, plus près, comme il m'eut vu : — Va-t-en, âme vivante, en ces lieux que fais-tu? Quitte ceux qui sont morts", —Et s'étonnaqt, sans doute. Que je ne parte pas: —C'est par toute autre route Qu'au port tu parviendras , dit-il , non par ici, 11 faut pour te porter nef plus légère aussi ".—
Ne te courrouce pas, Garon , lui dit mon guide, Où l'on peut ce qu'on veut on le commande ainsi ; N'en demande pas plus. — Et du marais livide Le nocher, dont les yeux dans un cercle enflammé Roulent étincelants , à l'instant s'est calmé , Et ne s'agitent plus ses mâchoires laineuses.
Mais ces âmes à nu, lasses et souffreteuses, A ces mots effrayants changèrent de couleur
10. Le Tibre vers lequel la dévo- que cet avertissement lui est donné
lion entraînait chaque année un si par un vieux Blanc, vccchio Bianco,
I grand nombre de pèlerins de toutes nom du parti auquei il avait appar-
f les contrées du monde. tenu.
20. Le froid stupéilant de la mort 22. La barque de saint Pierre, que
> guelfe pour i'inteiUgence qui se sou- le poète montera frauduleusement
: met, les bûchers de l'inquisition et qui lui permettra d'arriver sain
\ pour celle qui se révolte. et sauf au terme de son voyage à
i 21 . Toi qui n'obéis qu'à la voii de travers le ciel sectaire sous pavillon
i la raison, tu es déplacé parmi ceux catholique. Voy, les premiers vers
r qui se soumettent h l'autorlti^. Notez ■ du ch. ii* du Paradis.
Et grincèrent des dents , vomissant le blasphème , Contre Dieu, leurs parents, leurs propres enfants même, Vouant siècle, pays, genre humain au malheur. Puis, pleurant à sanglots ", toutes gagnent ensemble Le rivage où s'en vient quiconque leur ressemble Et n'a pas dans son cœur eu la crainte de Dieu ^\
Caron , hideux démon , de son regard de feu, Dans sa nef leur fait signe en hàto de descendre , Et bat de l'aviron qui se fait trop attendre.
Quand les feuilles d'automne en aride monceau S'entassent, en tombant tour à tour du rameau , De l'arbre conune au sol retourne la dépouille ; Au signal, un par un, ainsi du bord qu'il souille, Ce mauvais sang d'Adam s'entasse au noir bateau ^\ De même qu'au rappel on voit voler l'oiseau. Sur le flot noir ils vont voguant , et l'autre rive Ne les a pas reçus qu'une autre foule arrive.
Le maître alors : — Mon fils, dans le courroux de Dieu Ceux qui meurent sont tous pour venir en ce lieu; Leur hâte à l'autre bord de passer est extrême. Les y pousse du Ciel la justice elle-même , Au point que leur terreur devient désir. Crois-moi, Jamais ici ne passe une âme au bien livrée". Si donc tu vis Caron s'indigner contre toi,
23. Eq leur qualité d'apostaU gi- Révél.) C'est ainsi que, passant de la bellns, ils de?aient pleurer plus fort t?tc à la mort, Us subirent volonque tous autres. tairetncnt le servage du Lucifer
«* f^ j. A r..u 11 . guelfe, ce qui les fit mourir dans le