J'affectai les dehors catholiques
80 l'enfer.
Des accents désolés, des hurlements sauvages, Les cris de la fureur, des sons rauques, perçants, Un choc bruyant de mains s'y confondaient sans nombre, Roulant avec fracas dans l'atmosphère sombre. Gomme un sable au désert emporté par les vents.
Alors d'horreur la tête envahie, enserrée : — Maître, dis-je, qu'entends-je, hélas! et quelles gens Souffrent dans cette foule à merci torturée ?
Il répondit ainsi : — Subissent ce tourment Les misérables qui, dans leur isolement, N'ont sur terre encouru ni blâme ni louanges ; U sont ici mêlés à ces indignes anges. Contre Dieu dans le Ciel qui , sans se révolter, Ne lui gardèrent pas leur foi jusqu'à lutter, Mais furent pour eux seuls. Les chassa l'empyrée Afin que sa beauté n'en fût pas altérée , Et les exclut l'extrême enfer, car les maudits En auraient quelque gloire et paraîtraient grandis ".
Et moi : — Maître, d'où naît la poignante souffrance Qui, les navrant, les fait se lamenter si fort ? Il reprit : — En deux mots, sache que dans la mort Ceux-ci ne peuvent pas mettre leur espérance **. Or, leur vie est si triste et si honteux leur sort, Que tout autre destin excite leur envie ; Du monde leur mémoire est à jamais bannie ,
13. Les Salntes-Ëcritures ne par- combattre le Dieu impérial» le Mes-
lant pas d'un tiers-parti dans les sie Henri VII , et laissèrent leurs
rangs du Ciel, lors de la révolte de frères en butte à la colère de Rome.
Satan, force est bien de chercher ces En conséquence, le Ciel sectaire, le
premiers damnés sur la terre. Or, Ils Grand-Orient si l'on veut, rejeta
secomposenten réalité de ces esprits comme Indignes ces membres pu-
incertains qui ne surent être résolu- sillanlmes, et, de son côté, Rome les
ment ni Guelfes ni Gibelins, et no son- repoussa comme infectés du venin
gèrent qu'à leur intérêt particulier, de Thérésie , en les abandonnant à
Les Anges déchus sont les dlgni- leurs remords. Ko y. à la An la note '. taires de l'Ordre secret, qui, malgré 14. lis n'ont rien à attendre de
leurs serments , louvoyèrent entre l'autorité pontificale, de la mort de
les deux partis , sans oser servir ou la raison.
Les ont pris la justice et la gi*âce en dédain **,
Ne parlons pas plus d'eux, observe en hâte ot passe.
En regardant, je vis tournoyer dans l'espace Un drapeau qui courait rapide et si soudain Que le repos semblait indigner son audace. Une foule suivait à rangs serrés, épais. Telle qu'auparavant je n'aurais cru jamais Que la mort en eût pu défaire tant en masse *'.
Quand j'en eus vu plusieurs, que bien je reconnus, A mes regards s'offrit l'ombre de ce coupable • Par lâcheté de cœur qui fit le grand refus *' ; Et je compris dès lors, car je n'hésitai plus, Que c'était cette tourbe à Dieu si méprisable , A ses ennemis même ; êtres vils et déchus, En qui ne fut jamais la vie *^ Us s'en vont nus, De guêpes, de frelons un essaim les harcelle, Leur dardant le visage, où le sang qui ruisselle , Mêlé de pleurs amers, est, à peine épanché, Par des vers dégoûtants à leurs pieds étanché.
Portant plus loin mes yeux , je vis une autre foule Au bord d'un large fleuve en cet endroit qui coule. — Maître, quels sont ces gens, dis-je, et par quel motif Montrent-ils de passer l'onde un désir si vif, Si j'en puis bien juger â la pâle lumière ?
15. Le gouveroement pontifical aux yeux de Dante d'une abdication
qui leur refuse toute faveur les mé- qui fit monter Bonifacc VIII sur le
prise au point de ne pas daigner trône pontifical.
sérlr contre eux. De même la secte. 18. La vie de l'intelligence, de la
^/. t » I j liAxi 4 1 raison éclairée par la lumière venue
16 U foule des fidèles suivant la ^.^^ ^^^ {^ ^^^^^^^ „ ,
baniUère de lÉgltee qui toujours mani;héenne rapportée par les
envahissante , ne cesse d'alier en j^.^ ^^ ,^ Templiers. Dante n'a
avant sans repos ni relâche. Ceux p,„3 de doute à leur égard, eerto fui,
qui s y rallient sont innombrables ^ ^ ,y ^^jj „„ | ^„ ^^^^
mais qu importe au poète? Ce sont ^.^„^;^., ^^ certain que cette pha-
d^ gens défaits don ntelUgence , ^ J^ catholiques
est éteinte, gente dxsfaHa, sous les J j ^.^^^.^ ^^ ,, ,)„„^ ,
coups de la mort guelfe. ^^ ^^^J.^ ^^^^^ q„,„„ ^„H, j^„dc