‹ La comédie de Dante (volume 4)Chapitre 15 sur 123 · Cette épithète de chiens est · texte numérisé non relu

Cette épithète de chiens est

celle que se donnent réciproquement les gens appartenant à des religions ou à des partis opposés et dont on flétrit surtout les renégats.

7. L'épithète de profanes attachée à ces maudits n'est pas moins significative que la précédente, surtout lorsqu'on la rapproche de cette circonstance caractéristique qu'ils changent fréquemment de côté , autrement dit, qu'ils passent d'un parti à l'autre, pour y chercher abri et protection selon que la victoire a prononcé.

8. Si Cerbère est qualifié de reptile malgré sa barbe et ses mains, n'est-ce pas par allusion aux allures sinueuses de ces ordres monastiques auxquels les sectaires reprochaient d'être partis de bas et d'être parvenus, sous (es dehors de l'humilité et de l'abnégation, à un haut degré de puissance et de richesse?

9. Autre allusion aux dons et legs de terres et de domaines au moyen desquels on pouvait obtenir que l'Inquisition fermât les yeux et gardât le silence. Aussi , c'est à pleines mains que Virgile jette auCer-

14 l'enfer.

Tel le dogue aboyant qui ne tarde â se taire , S'il peut mordre au festin qu'on l'a vu convoiter, Et qui s'en gorge en paix sans plus s'inquiéter '• ; Ainsi firent alors les trois gueules fangeuses De Cerbère, démon dont les clameurs affreuses D'être sourds aux damnés souvent font souhaiter11.

Sur les ombres que bat la froide et lourde pluie Nous passions en foulant aux pieds leur vanité Qui, simulant un corps, n'est rien lorsqu'on appuie". Toutes gisaient à terre, un fantôme excepté , Qui, dès qu'il nous a vus, sur son séant se dresse.

0 toi, dit-il, qui viens en ce lieu de détresse , Vois si tu peux encor reconnaître mes traits. A l'époque où la mort m'atteignit, tu vivais *\

A quoi je répondis : — Peut-être ta torture , A tromper ma mémoire, ici te défigure, Même il me semblerait ne t'avoir vu jamais ". Dis-moi, qui donc es-tu, dans la sombre géhenne, Pour avoir à subir si déplorable peine Que, s'il est plus grands maux, ils pourraient plaire auprès.

En ta cité , dit-il, qui d'envie est si pleine Qu'en regorge le sac, durant ma vie humaine ,

bère monastique cette terre dont rien chaire contre l'hérésie qui restait

n'indique dans l'antiquité que celui sourde à ce qu'elle traitait de prédi-

de Pluton fût aussi avide. On pouvait cations furibondes, l'endormir, mais non le corrompre. 12. Expression du mépris profond

10. Remarques qu'on peut tra- du poète pour ceux dont la langue dulre non moins exactement, che intempérante a trahi les secrets de solo a divorare intende e pugna ; la secte et livré la clef de son vocacar il n'aspire qu'a le dévorer et ne bulaire pour se faire bien venir dans eombat qu'à cetle fin ; d'où suit les rangs opposés. Quel appui faire qu'aux yeux de Dante, la milice de sur ces gens-là?

l'Église, figurée dans Cerbère, n'au- 13. Tu étais initié à la vie courait été poussée à combattre les hé- velle avant que j'eusse apostasie, rétiques que par des intérêts tem- 14. L'apostasie d'un membre porels. d'une association secrète le rend

11. Il n'est guère possible d'ad- indigne aux yeux de ses frères qui mettre qu'il ne s'agisse pas ici des le répudient et ne le reconnaissent anatbèmes lancés du haut de la plus pour un des leurs.

Par mes concitoyens Ciacco j'étais nommé11. Le damnable péché de la bouche " m'amène A pâtir, tu le vois, sous la pluie abîmé. Seul je pe souffre pas cette peine infinie, Pour le même péché cette foule est punie17.

11 se tut. Je repris : — Ton destin douloureux M'afflige tant, Ciacco, que s'en mouillent mes yeux11. Mais , dis-moi , dans la ville où la haine s'agite, Sais-tu ce qui s'apprête a\i sein des factions ; N'est-il donc pas encore u^ juste qui l'habite ? Pourquoi tant de discorde et de divisions ?

Et lui : — Sache qu'après de trop longues querelles, A des combats sanglants viendront leurs mains cruelles Et, vainqueur, le parti sauvage chassera L'autre, avec grande perte, à sa bien courte joie ; Car, après trois soleils, lui-même il tombera , Par le secours de tel qui maintenant louvoie. Le contraire parti, le front haut cette fois,

15. Ce Florentin que les annotateurs désignent comme un parasite, ne fut pas à coup sûr surnommé Ciacco, pourceau, uniquement pour sa gloutonnerie, mais encore à raison de l'intempérance de langue, suite naturelle de ses excès. Or, l'intention de Dante étant d'établir une confusion nécessaire à ses desseins entre la gourmandise et l'Indiscrétion , désignées toutes deux par l'expression amphibologique de péchés de la gorge, peccali délia gola> Il devait choisir en conséquence le personnage à mettre en scène. Ce Ciacco réunissait toutes les qualités du rôle. Et c'est parce qu'il aurait peut-être été difficile de les rencontrer ches d'autres, qu'il est signalé seul par le poète, lorsque les gourmands ne devaient pas faire défaut dans la somptueuse Florence.

Nous le verrons suivre les mêmes errements dans le Purgatoire.

16. Dannosa colpa, littéralement, le péché dommageable; il semble qu'ignoble, honteux, bas, immonde, seraient des épithètes plus convenables, s'il s'agissait réellement de la gloutonnerie.

17. Mais il s'abstient prudemment de nommer aucun de ses compagnons de supplice, en qui Ton aurait pu reconnaître toute autre chose que des amis de la bonne chère.

18. Ce sobriquet de Ciacco était assez peu flatteur pour que Dante appelât ce damné de son nom propre, s'il n'eût eu ses motifs pour ne pas le faire connaître, et les premiers commentateurs qui auraient pu indiquer au moins sa famille , ont ^ardé à ce sujet un nlrnce significatif.

46 l'enfer.

Longtemps accablera l'autre de rudes poids , Bien qu'il pleure dolent et de honte rougisse. Deux justes sont encor, mais parle en vain leur voii. Dans les cœurs c'est l'orgueil, l'envie et l'avarice Qui vont soufflant le feu " . — L'ombre ici s'arrôta.

Apprends-moi , de parler encor je te convie , Lui demandai-je alors, où sont Farinata Et Tegghiaio, dont fut si digne en tout la vie ? Jacob Resticucci, PArrigo, le Mosca, Où sont-ils? A bien faire, eux, occupés sans cesse; Au Ciel sont-ils joyeux, ou tristes aux enfers? De connaître leur sort un vif désir me presse.

Ils sont , répondit-il , parmi de plus pervers Et plongés plus avant, pour un péché divers *°, Tu pourras donc les voir si tu dois tant descendre 2i. Mais dans un monde ami " quand tu retourneras, Je t'en conjure, aux miens, de grâce, fais entendre Un souvenir de moi , qui gémis ici-bas. Je ne répondrai plus. — A ces mots, il s'arrête Et, roulant des regards louches et désolés,

19. Le parti sauvage dont Ciacco nous les retrouverons à ce titre dans fait ici mention est celui des blancs la région inférieure, dans Dite, fiauquel Dante avait cru devoir se gure de Florence, x° et xvie chant, rallier pour arriver à une sorte de où ils feront bande à part au milieu fusion, celui auquel il a fait allusion des Noirs, ira V anime più nere, dans la forêt sauvage. Ce parti, un soigneusement séparés d'eux, leur moment vainqueur des noirs, suc- péché étant bien différent, colpa dicomba par l'influence de Charles de versa, puisqu'il fait leur gloire et ne Valois, et fut très-maltrailé par ses constitue un crime qu'aux yeux de adversaires. (Voi/.Dino Compagnl et Rome ; comme il est aussi bien dif- J.Villani.)DelàdesdéserUonsnagel- férent de celui dont ils paraissent lées dans ce vers : Corne che di cio subir le châtiment.

piangac che n'adonti, c'est-à-dire 2U Mm{ yoM Florence Dué

bien qu'ils affectent des dehors guel- noncée ,e FlorenUn c

fes et se couvrent ainsi de honte. màm UomM2aine ra M*

Nousverronsplusbaslesdeuxjustes, la Romagnole Francesca. par

ainsi que la personnification des

trois vices , cause des maux de 22. Parmi des frères gibelins, en

Florence. *• chant. opposition au inonde ennemi, mon-

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