Le gouvernement tbéocratique des pontifes
29. Le représentant de la politique romaine tourne le dos à l'Egypte et à la Syrie, c'est-à-dire à l'Orient, aux régions d'où vient la lumière gnostico-manichéenne. Voy. p. 131 et sulv. des Révél., et la cansone Tre donne intorno al cor , etc. , p. 374. 11 se mire dans ses œuvres, en regardant Rome corrompue, dont saint Pierre dira qu'elle est devenue un vrai cloaque.
30. Costa ne s'est pas trop éloigné de la vérité, en disant que ce vieillard devait être la figure de la monarchie, puisqu'il reproduit celui du songe de Nabuchodonosor, dont telle était la signification. Mais il aurait du énoncer de quelle mo-
' narchic Danlc avait entendu parler.
C'est ce qu'il est pourtant facile de
LENFER.
Dans ces métaux, sauf l'or, un long sillon s'étend, D'où dégouttent les pleurs que sans cesse il répand u; Ces pleurs, creusant du mont la masse souterraine, Forment ce gouffre et vont dans tout le noir domaine Engendrer l'Achéron, le Styx, le Phlégélon M, Puis cet étroit canal les décharge à foison Au fond de l'abîme, où ce qui s'y précipite Plus bas ne peut tomber ". Là, par eux, du Cocyte S'alimentent les eaux, mais comme tu verras Ce redoutable lac S4, je ne le décris pas.
Et moi : — Si ce ruisseau de la terre dérive, *
reconnaître. Nous ayons là l'image des quatre âges successifs de la monarchie théocratique , de la Papauté, dans leur progression décroissante , et c'est le prophète Daniel qui fournit les principaux traits de ce tableau satirique. L'allusion est probablement double dans ce pied-droit sur lequel s'appuie surtout le. grand vieillard, et qui est de terre cuite. J'y vois d'abord le pouvoir temporel des pontifes et ces biens terrestres, vile argile à laquelle on les accusait de tant tenir; puis, une figure relative au droit fragile •ur lequel se fondaient les papes à la souveraineté territoriale, droit fondé notamment sur la donation de Constantin. En effet, Dante emploie indifféremment les mots destro et dritto, dans le sens de justice et de droiture, lorsqu'il veut symboliser le droit et la rectitude, que, dans le Vulg. éloq. il se vante d'avoir surtout chantée. 11 n'est pas besoin de dire que la tête d'or pur signifie le temps de la primitive Église, le seul qui n'ait pas fait couler de larmes.
31. Parce que dès la période d'argent ont commencé les actes tendant à confondre les deux pouvoirs spirituel et temporel dans les maint des chefs de l'Église, tous
actes coupables, rei, et se rattachant aux déplorables errements guelfes.
32. C'est-à-dire tous les maux et tous les crimes de la terre dérivant des actes et de l'enseignement doctrinal du chef de l'Église romaine.
Veut-on savoir maintenant où Dante a puisé l'idée complémentaire de cette machine poétique, qu'on se reporte au Psaume cxm, In est tu Is»
rael, que chantent les âmes du Purgatoire, ch. h, et que rappelle avec intention l'épltre a Can de la Scala, on lira ces mots au 8* verset : Il convertit la pierre en étangs pleins d'eaux, et la rochet en fontaines d'eaux ruisselantes : Convertit v*~ tram in stagna aquarum et aiPEM in fontes aquarum. Ainsi Daniel et le Psaume lui ont fourni son programme, et l'habileté n'a pas manqué à la mise en œuvre.
33. Ceux qui se jettent au sein de l'Eglise romaine arrivent au dernier degré de déchéance humaine, puisqu'ils abdiquent l'usage de la raison. Tel est constamment le fond de la pensée dantesque.
34. Au fond de l'abîme, où siège celui que nous saurons bien reconnaître sous les traits et le nom de Lucifer.
Pourquoi donc seulement si bas sur cette rive S'offre-t-il à mes yeux ? — Virgile me répond :♦
Tu n'as pas oublié que tout l'abîme est rond ; Or, bien qu'en t'enfonçant toujours sous cette voûte, Vers la gauche toujours se dirigeât ta route, Tu n'en as pourtant pas fait encor tout le tour. S'il s'offre donc à toi, dans le sombre séjour , Quelque chose à tes yeux qui soit neuve, incomprise, Tes traits n'en doivent point exprimer de surprise.
Je repris à l'instant : — Où sont donc le Léthé, Le Phlégéton? Sur l'un tu gardes le silence, Et l'autre, par ces pleurs tu le dis enfanté. —
J'aime tes questions et ton impatience, Reprit-il; mais l'ardeur du flot ensanglanté Pouvait au moins, sur deux que tu viens de me faire, En résoudre une. Ailleurs qu'en ce lieu de misère Tu verras le Léthé, de son onde lavant Les âmes des pécheurs, dont les fautes commises Au parfait repentir tôt ou tard sont remises". Mais il nous faut quitter ce bois. En me suivant, Viens le long de ces bords d'où, sans qu'ils les atteignent, Ces feux sont repoussés, où leurs vapeurs s'éteignent".
35. Dans le Purgatoire, où le poète gare les ardeurs passionnées et les
sera soumis à l'expiation et lavé vengeances sanguinaires,
de ses torts momentanés, pour avoir 36. Les cruautés des Guelfes ne
figuré dans le parti des Guelfes ; sévissant pas contre ceux qui sul-
dans ee parti , dont le Phlégéton, vent leurs doctrines, sur ces pierres
qu'il n'a pas reconnu à dessein , û- dont se compose l'Eglise orthodoxe.
Sur l'un des bords de pierre alors nous cheminons. Du ruisseau la fumée , en montant par flocons , Gomme un nuage abrite et son onde et sa rive, En détournant la flamme aussitôt qu'elle arrive.
Telle la longue digue entre Bruge et Cadsant , Que, menacé des flots, contre luis'avançant, Le Flamand construisit pour qu'elle le protège; Telle cette autre encor, le long de la Brenta, Que d'un soin inquiet le Padouan jeta, Pour défendre et châteaux et bourgs, lorsque la neige Sur la Ghiarentana fond aux tièdes rayons; Telle aussi la chaussée où tous deux nous marchons ; Moins haute cependant, moins large dans sa masse y De la construire ainsi quiconque ait pris le soin *.
Déjà delà forât nous nous trouvions bien loin, Et je n'aurais pu môme en distinguer la place, Si je m'étais tourné; quand, le long du ruisseau, D'âmes vers nous s'approche un gémissant troupeau. Elles nous regardaient, comme on fait sur la brune Pour s'entrevoir l'un l'autre à la nouvelle lune *.
I. Ainsi l'Église elle-même leur gardé de le nommer. 11 était de ceux
fournissait le moyen de se mettre à dont l'art s'emploie « à creuser des
l'abri de sa colère et du zèle fou- cachots au vice et a édifier destem-
Kueux de ses partisans. Quant au pics a la vertu. » Catéch. maçonn.
maestro, architecte de ce boulevard 2. La lune, la triple Hécate, svin-
protecteur, Dante se serait bien bolisant la Papauté , chaque avéne-
Chacune clignait l'œil , l'aiguisant de son mieux, Ainsi qu'un vieux tailleur enfilant son aiguille *.
De tant d'infortunés quand m'observent les yeux, Il en est un, parmi la dolente famille, Qui, me reconnaissant, tire au bord mon habit4, Et s'écrie étonné : — Quel prodige subit !
Comme il tendait ses bras vers moi, sur son visage J'attachai mon regard et, malgré le ravage Du feu dévastateur, je retrouvai ses traits. Me penchant donc vers lui, du sol où je marchais : — Vous, sire Brunetto, sous cette ardente houle! — , Mon fils, s'il te plaisait, Brunetto Latini , En laissant pour te suivre un peu passer la foule, Reviendrait sur ses pas , dit le vieillard puni *.
ment d'un nouveau pape équivaut, dans la langue sectaire, à une nouvelle lune ; alors les partis* s'observaient avec Inquiétude, incertains de la ligne politique qui allait être adoptée dans les régions du pouvoir, la lutte ou la conciliation.
3. Avec cet instinct de défiance et ce penchant à l'espionnage de gens qui, cheminant toujours dans les ténèbres, s'attendent à trouver un ennemi dans tout nouveau venu.
4. La position inférieure de ce damné ne lui permettant d'atteindre que le bas du vêtement, puisque Dante et Virgile marchent sur le bord exhaussé du ruisseau, c'est-àdire, le dominent par l'intelligence.
5. Brunetto Latini avait été le maître de Dante; il partageait les opinions des Guelfes, dans les rangs desquels il n'avait jamais cessé de figurer au premier rang, quelques Instances que lui eût faites Dante pour l'enrôler dans son parti ; témoin le sonnet commençant par ces mots :
Messer Brunetto questa pulzelletta; car cette fillette qu'il lui adressait pour être lue, ruol ester letta, qui
était-elle, sinon la composition mystique consacrée, sous le titre de Vie nouvelle, à exalter les mérites de sa Béatrice doctrinale? Or, nous allons voir ici mess ire Brunetto converti à l'opinion gibeline et parlant le langage gibelin. C'est pour cela qu'il demande à rebrousser chemin, Wtornar in dietro, à quitter ceux dont il partageait les doctrines, lascia andar la traccia, et à marcher de conserve avec son élève gibelin, un poco teco. Secrétaire de la République Florentine, son notaire ou dettatore, comme on disait alors, Brunetto Latini était un grave personnage dont la moralité n'est mise en doute par aucun chroniqueur.
Villani, qui parle de lui avec estime, apporte cette seule restriction à ses éloges : Ma fu un poco mondano. Et Brunetto passe lui-même condamnation à ce sujet dans sonTezoretto :
Siam tenuti un poco mondanetti, c'est-à-dire, quoique Guelfe , je ne suis pas d'une austère dévotion comme certains et je m'arrange assez des plaisirs du inonde ; mais de là à un vice infâme il y a loin.
L ENFER
Et moi : — De tout mon cœur, certes, je vous en prie, Près de vous, s'il vous plaît, même je m'assiérai, Et si mon guide aussi veut bien le prendre à gré •.
Mon fils, dit-il, celui qui dans cet incendie S'arrête un seul instant, doit gisant l'essuyer, Sans même se mouvoir, durant un siècle entier T ; Ainsi ne songe pas à faire ici demeure , Marche en avant, j'irai cheminant près de toi, Et puis je rejoindrai cette bande qui pleure Son éternel malheur en ce séjour d'effroi *.
De la chaussée en bas, près de lui pour me rendre, Je n'osais sur le sable à son niveau descendre *, Mais vers lui me penchais d'un air respectueux l0.
— Avant ton dernier jour, s'enquit-ïl, en ces lieux Quelle est donc la fortune ou le sort qui t'amène ", Et qui vient avec toi, te montrant le chemin? —
Là-haut, lui répondis-je , à la clarté sereine ",
6. On notera que Dante ne nomme pas Virgile, avec qui il va, dit-il, vo teeo;wns doute, pour ne pas effaroucher le vieux républicain, qui partageait probablement la répulsion de Guido pour le chantre de l'empire.
7. Allusion aux exigences impérieuses de Rome, Imposant à ses séides une activité continuelle pour son service , et ne leur pardonnant pas même un moment d'hésitation, encore moins un temps d'arrêt.
8. Ces âmes qui pleurent sont toujours des Guelfes , cela va sans dire, mais de plus des rebelles avec violence envers la Nature, ou la loi de la providence impériale. C'est pourquoi, p*r une métaphore dans le goikt du siècle, le poète fait d'eux des esclaves de Sodome; car d'un côté les hérétiques donnaient ce nom à Rome , dans laquelle ils voyaient la grande ville qui, selon l'Apoca-
lypse, Vocatur spiritualité» Sodoma (ch. xi), et de l'autre, les chefs de l'Église l'appliquaient à ceux qui se révoltaient contre l'autorité pontificale, les menaçant de châtiments pareils à celui de Sodome et de Corn orrhe.
9. Pour le fier Gibelin c'était descendre que de se mettre de pair avec un Guelfe, par di lui.
10. 11 a bien soin d'exprimer qu'il n'en avait que l'air, en disant, comme un homme qui se montre révèrent ; à moins qu'on ne veuille faire provenir ce respect, malgré ce que signale de tout différent le poste qu'il assigne à son interlocuteur, des sentiments gibelins qu'il va lui prêter.
11. Une chance favorable auraitelle mis la roue de la Fortune, autrement dit la Papauté , aux mains d'un pontife de ton parti ?