‹ La comédie de Dante (volume 4)Chapitre 46 sur 123 · Il paraît que dans sa pensée on aurait pu s'y méprendre · texte numérisé non relu

Il paraît que dans sa pensée on aurait pu s'y méprendre

27. Voilà l'origine de cette qualification de Y homme riche , affectée au pontife par les sectaires ; elle remonte à Constantin qui fut censé avoir fait il primo ricco pâtre.

156 l'enfer.

Brandillait fortement ses deux pieds le maudit.

A la sincérité de mon rude langage, Je crois bien que mon guide en son Ame applaudit, Tant je vis de plaisir rayonner son visage M.

Soutenu dans ses bras, pressé contre son sein, U me fit remonter par le même chemin, Et ne se lassa pas de mon poids , dans sa marche , Avant d'avoir atteint le plus haut point de l'arche, Qui va du quatrième au cinquième rempart 29. Doucement, sur la roche escarpée et sauvage, Où serait difficile aux chèvres le passage $\ Il me dépose; et s'ouvre alors à mon regard Une nouvelle fosse au funèbre apanage.

28. Comment la philosophie n'ap- vu dans le ch. vin, et ce qui se replaudiralt-elle pas aux outrages di- produira dans les xxiii* , xxiv" f rigés contre la Papauté? xxxi" et xxxiv*, où s'offriront des

29. Chaque fois que Dante est en circonstances analogues, présence de l'ennemi, il sent davan- 30. Ce qui nous annonce qu'il va tage le besoin de s'envelopper de traiter un sujet des plus scabreux tous les artifices que lui fournit la dont il saura se tirer doucement, philosophie occulte au langage mys- soavcmente, grâce à ce bon Virgile térieux, personnifiée dans Virgile; à la parola onesta, qui ne croyait en conséquence il feint que celui-ci pas plus aux prodiges accomplis en le presse entre ses bras pour le pré- faveur d'Énée que Dante aux mirasenrer du péril. C'est ce qu'on a déjà clés des saints.

Des damnés engloutis pour dire la misère, Mes vers doivent passer h des tourments nouveaux Et du vingtième chant entamer la matière *.

J'avais déjà, d'en haut, abaissé ma paupière Au fond rempli de pleurs , d'angoisse et de sanglots ; Or je vis, parcourant le vallon circulaire, Des gens qui cheminaient pleurant, silencieux, Dh pas dont, en chantant litanie et prière , Marche dans notre monde un cortège pieux f. Mon regard descendant plus bas que leur figure , Je vis que du menton au point où l'encolure Au buste se rattache , elle était à rebours. Le visage tourné vers les reins, pour toujours Devaient les malheureux cheminer en arrière , Deshérités de voir en avant leur carrière 5.

1. Pourquoi ces damnés sont-ils tendu qu'ils sont représentés là garplus spécialement désignés comme dant en revanche un profond siengloutis, enfoncés , sommer si, que lence. Il y a d'autant plus lieu de ceux qui précèdent ou qui suivent? les suspecter d'adhésion à l'Église, Peut-être est-ce un de ces sobri- qu'ils sont comparés à des gens quets de parti si communs dans les en procession, chantant des litanies, luttes civiles. Noos verrons bientôt 3. Leur bouche ayant parlé conau surplus quelle en est la signift- trairement à ce qu'ils avaient dans cation. le cœur, elle se trouvait reportée, en

2. SI ces damnés qui pleurent ne châtiment de leur lâcheté, en sens sont pas des Guelfes, ils ont fait au opposé, et lorsqu'ils auraient voulu moins acte de Guelfes , et cela no- marcher en avant, dans le sens du laminent dans leurs discours , at- progrès , il lcnr fallait cheminer en

158 l'enfer.

Une paralysie ainsi peut-être bien Aura tordu le corps de quelque misérable , Mais , je ne l'ai pas vu , je n'en crois même rien \ Dieu permette, lecteur, qu'au récit profitable S'émeuve ton esprit 5 ; mais juge dans ton cœur Si je pus demeurer l'œil sec et sans douleur, Lorsque je vis de près se montrer notre image Disloquée à tel point , le buste et le visage Transposés et tordus, que , des yeux en coulant , Sur les fesses les pleurs s'en allaient ruisselant •. Oui, certes, je pleurais , à l'angle d'une roche Tristement appuyé , quand, d'un ton de reproche, Me dit mon guide : — Es-tu si peu fortifié Que de tant d'autres fous te prenne le vertige 7 î . Ce n'est que morte, ici, que vit bien la pitié 8. Quel plus grand criminel que l'homme qui s'afflige Sur ceux-là que d'en haut la justice fustige ? Lève, lève le front, vois celui qui, soudain, Sous ses pas chancelants a vu s'ouvrir la terre ,

arrière , sans même voir où ils al- offrent notre image, c'est-à-dire la

laient. On voit que c'est ici un sup- sienne et celle des hommes de sa

plice analogue à celui des trois pré- communion,

tendus sodomHes du ch. xvi, et qu'il 7 . Vas-tu comme eux devenir pa-

dérive du même ordre d'idées. pîste ou même le redevenir, car Yir-

4. Dans parlasia pour paralisia, gi le dit : Ancor se* tu degli altri jeu de mots intraduisible, car il fau- sciocchi ?

drait rendre la première expression 8. Traduisez : Ici hTpitlé doit être

par parlerie, nous trouvons la con- guelfe, c'est-à-dire cruelle, pour

flrmation de l'hypothèse que nous rester digne d'un vivant, autrement,

avons mise en avant , à savoir que digne d'un Gibelin , à l'égard des

le crime de ces damnés est d'avoir déserteurs de leur drapeau. Si telle

tenu un langage criminel aux yeux n'était pas la pensée qui a présidé

du poète. à tout ce chant, est-ce que le poêle

5. C'est une leçon que Dante en- l'aurait commencé d'une manière tend donner ici , aussi se sert-il du lnusilée, sur un ton solennel ? Est- ce mot lezione. qu'il aurait puni des gens coupables

6. Dante n'éprouve de ces mou- du seul tort d'avoir prédit ou chervements de sensibilité que pour les ché à prédire l'avenir , d'un chàtisiens, on a pu déjà le remarquer ; il ment plus terrible que les simoniavoit donc là des frères , car ils lui ques, les assassina et tant d'autres?

Quand, du haut des remparts, lui criait le Thébain : a Arrête , Âmphiaraus, pourquoi fuis-tu guerre? » Et qui de s'abîmer ne cessa que plongé Où chacun est saisi par Minos et jugé \ Vois comme de son dos il a fait sa poitrine 40. Pour avoir en avant voulu trop découvrir, En arrière il regarde, en arrière il chemine ". Voici Tiresias , que Ton vit devenir, D'homme qu'il était, femme, en changeant de figure, De formes , d'attributs, par d'autres remplacés ; Puis, pour reconquérir sa virile nature , Qui dut toucher encor les serpents enlacés "

9. C'est-à-dire jusqu'à ce qu'il se fût livré à la merci du chef de l'Église, dont nous avons vu que Minos était devenu pour Dante le ministre et le grand justicier. Quant à Amphiaraus, il est facile de lui restituer son véritable nom , dès que nous avons reconnu Urescia dans Thèbes, et Tebaldo Brissalo dans Ca panée.

Il s'appelait, pour Dante, Léopold d'Autriche. 11 est à croire seulement que Ferreto de Viccnce n'a connu qu'en partie les motifs de sa défection sous les murs de cette place, lorsqu'il l'attribue uniquement à la crainte du mauvais air, {voir p. 138 des Révél.) et que ce prince avait eu, en outre, aux yeux du poète, le tort de prédire hautement le mauvais succès d'une expédition entreprise au milieu d'un pays dont une grande partie était déjà travaillée de l'esprit de révolte.

10. Vols comme jl a fait volte-face et changé du tout au tout, en passant lâchement dans le parti contraire.

H. Le voilà dans les rangs de l'obscurantisme, comme on disait tous la Restauration, pour s'être fait un prophète de malheur, un propagateur de nouvelles alarmantes.

Dante ne devait-il pas s'intéresser puissamment à Amphiaraus , à Tiresias et à tutti quanti ? quelle mystification séculaire!

12. Nous serions bien étonné si le véritable nom de l'aveugle Tiresias n'était pas Raymond Bêrenger, comte de Toulouse, surnommé le Vieux , longtemps aveuglé sur les véritables sentiments du pontife à son égard, et dont les alternatives de soumission et de révolte envers le Saint-Siège causèrent enfin la ruine. En effet, par sa soumission aux exigences de Rome, envers qui il se montra d'abord craintif et irrésolu comme une femme, U dépouilla la qualité d'homme, de vivant, d'initié en un mot, et ne reprit tardivement les maschili penne, son ancien plumage sectaire, qu'en frappant sur les deux serpents enlacés. Or, ces deux serpents ne sont autres que le légat en titre d'Innocent III, le notaire apostolique Milone, assisté du chanoine génois Thedisio ou Theudis, tenus par leurs instructions de n'agir que par les ordres de l'abb^ de Oit eaux. Ces deux représentants'du gran rerme étaient donc comme enlacés à ce terrible abbé, généralissime des Croisés, qui leur criait,

LENFEft.

C'est Aruns qui le suit, des reins pressant son ventre. Sur les monts de Luni, cultivés par le bras Du Carrarais, qu'attend son toit paisible au bas , Parmi leurs marbres blancs, il habitait un antre D'où, contemplant au loin l'espace découvert, Ses regards observaient les astres et la mer ". Celle-là dont le sein, où n'atteint pas ta vue , En arrière est voilé sous ses cheveux flottants, Comme est aussi par là toute sa peau velue 14, Fut Manto, qui courut par maints pays longtemps , Puis fixa sa demeure aux lieux de ma naissance ; Aussi de toi j'attends un moment d'audience i5. Manto, lorsqu'une fois son père ne fut plus,

à la prise de Béziers : « Tuez tout le monde, Dieu saura bien distinguer ceux qui sont siens. • Lors donc que Tiresias- Raymond repoussa le traité qu'ils prétendaient lui imposer, lorsque, poussé à bout, il refusa de s'engager à démanteler toutes ses places Tories, à livrer ceux de ses sujets que désignerait le légat, à s'en aller en terre sainte, et à ne rentrer dans ses terres, domaines et seigneuries que selon le bon plaisir du légat et de Montfort, Il leur porta un coup qui témoigna d'un retour de virilité, mais qui causa sa perte. Voy, P. de Vaulx- Cernai , NUL albig., 10, Hist. vulg.

de la Crois., publ. par D. Vaissette, t. III, et le poème contemp. de G. de Tudèle, publ. par Fauricl.

L'attachement du comte Raymond pour la secte albigeoise, cette Manto dont Virgile va nous raconter la singulière histoire , lui méritait bien le titre de son père.

. 13. Traduisez : C'était un des principaux seigneurs de la Luniglane, habitant un château dans le voisinage de Carrare, c'est-à-dire, autant que nous pouvons en juger, un

membre de la famille Malaspina , Initié aux mystères de la secte, puisqu'il observait librement les étoiles d'où dérivaient la lumière pour les adeptes, et la mer , ce réservoir de toute doctrine, dans leur vocabulaire.

U. Indice d'énergie virile, puisque l'homme seul, d'ordinaire, a la peau velue , et surtout dans la partie antérieure de son corps.

1 5. Manto signifie divination, révélation, connaissance des choses divines, delà, certes, à religion révélée.

Il n'y a qu'un pas, comme de Mantu à Mantoue, ville de la religion révélée. Ce qui, seul, porterait à croire qu'il faut interpréter ici ce nom dans ce sens, c'est le long récit épisodlquc dans lequel Virgile, sous un prétexte futile, prend à tâche de démentir ce qu'il a dit lui-même, dans l'Enéide, touchant l'origine de Mantoue. Dante n'écrivant pas un mot sans motif, et se montrant très-sobre de récits, un pareil hors-d 'œuvre, en dehors de ses habitudes, témoigne de l'importance qu'il attachait aux détails dans lesquels nous allons le voir entrer.

Et que subit le joug de la ville de Bacchus, Erra de mer en mer, de campagne en campagne i#. Là-haut, dans la riante Italie, est un lac i7 Sous les Alpes gisant, qu'on appelle Bénac; S'étend son onde au pied d'une longue montagne , En avant du Tyrol, qui borne l'Allemagne. Entre Garde et le val Camonique, s'en vont Mille petits ruisseaux, tombant de mont en mont, Dans ce lac endormir leur onde murmurante. En un lieu sur ses bords, au centre, si tous trois Les prélats de Brescia , de Vérone et de Trente Parcouraient ce chemin, pourraient bénir leurs doigts 18. Peschiera siège où plus le rivage s'abaisse, Ville aux remparts puissants et sûre forteresse Contre ceux de Bergame aux Brescians ligués *». Là, les flots au grand lac à l'excès prodigués Dégorgent de son sein, trop étroit pour leur masse

16. Lorsque Raymond Bérenger» comte de Toulouse , qui fut un père pour la secte albigeoise, eut succombé sous l'effort des Croisés , et que Toulouse , la ville où se célébraient les mystères du soleil-raison, de Bacchus ou Dionysos, eut subi le joug pontifical , la Religion persécutée, se trouvant sans asile, erra à l'aventure. Les fidèles dispersés quittèrent le sol natal; les uns s'embarquèrent et passèrent à l'étranger, les autres s'en allèrent çà et là dans les pays voisins. Pourrait-on nous dire par qui Thèbes fut asservie, renne serva, après la mort de Tiresias? Dante avait trouvé cela, sans doute, dans quelque chronique albigeoise.

17. Dans la haute Italie, dans sa belle partie, parce que l'esprit gibelin y dominait, surtout en Lombardie, tandis que la paille infé-

rieure de la péninsule était plus généralement guelfe, aussi Dante lui aflecte-t-il l'épithèle d'umifr .

1 8. Mais ils n'en font rien, attendu qu'ils ne parcourent pas cette contrée, située au pied des Alpes Pennines, sur la limite de leurs trois diocèses, où ils n'ont personne à bénir, puisque l'hérésie y a établi son quartier général. Toutes les vallées de ce versant étant peuplées de réfugiés albigeois, Ils sont figurés ici par les mille petits ruisseaux, descendant des montagnes; car nous avons déjà dit que l'eau vive était le symbole de la doctrine guelfe.

19. D'où l'on peut induire que Peschiera était restée fidèle à l'Empire et à la secte, sans se laisser' entraîner par l'exemple de Brescia et de Itergatnc, qu'elle tenait en échec.

L ENFER

Et, fleuve devenus, ils vont frayant leur trace Dans les prés verdoyants, le long des frais coteaux. Mais, de leur premier lit quand débouchent les eaux, C'est le nom de Mincio que prend ce fleuve , en place De celui de Bénac, jusques à Governo, Où Tonde, en s'écoulant, vient tomber dans le Pô **, Avant que soit sa course encore bien lointaine, Elle trouve un bas-fond au milieu de la plaine , Dans lequel s'épanchant, elle forme un marais, D'où s'exhale, au temps chaud, un air malsain, épais. En passant dans ces lieux, y vit la vierge austère21 Du sein des flots stagnants s'élever une terre Inculte, inhabitée 22 et, pour fuir les humains ", C'est là qu'avec les siens fixant sa résidence

20. Nous savons ainsi comment, de proche en proche, l'hérésie , en suivant les rives du Mincio, gagna la vallée du Pô, où elle fit invasion et put s'installer en force. Elle en avait d'ailleurs occupé en même temps la partie supérieure, car il parait certain qu'à une époque trèsreculée, un certain nombre de Vaudois 6'étaient réfugiés dans les vallées de Luzerna et d'Agrogna, près des sources du Pô. (Koy- C. Cantu, Il sacro Macello, p. 17, Florence, 1853.) Hurler signale, dans la Vie d'Innocent IV, la rapidité avec laquelle la secte albigeoise se répandit dans la haute Italie et n'hésite pas à déclarer que son-organisation intérieure était comparable, sous beaucoup de rapports , à la manière de procéder des Francs-Maçons, lot/, t. m, p. 19 et 34.

21. Vcrgine cruda, bien différente de la grande prostituée, qui

. réserve pour les rois ses caresses vénales. Que le Tl restas toulousain, l'aveugle Raymond Bérenger, soit en enfer pour avoir retrouvé tardive-

ment sa vigueur sectaire, on le conçoit ; mais Manto, la secte elle-même, comment a-t-elle encouru la damnation Pli faut admettre qu'il y avait eu à Mantoue des défaillances regrettables, dans un moment où les affiliés de cette ville auraient dû déployer une résolution virile. Voilà pourquoi Manto est signalée comme ayant par derrière ogni pelle pilosa, afin d'indiquer qu'elle a répudié ce qu'elle déploya anciennement de courage et de rare vigueur.

Voilà pourquoi Dante invite plus haut le lecteur a prender frutto di sua lezione. C'est donc une leçon à l'adresse des siens dans le Mantouan. On se rappelle que nous avons signalé, en. xi, note 7, celte même épilhète de cruda , appliquée à certaine magicienne de la même famille.

22. Sans culture intellectuelle, habitée non par des hommes faisant usage de leur raison , mais par des brutes asservies à l'autorité.

23. Pour trouver un refuge contre les persécutions. Le consorzio umano est ici par antiphrase.

Elle vécut paisible, exerçant sa science 2* ; C'est là qu'elle laissa son corps , ses restes vains " Les hommes jusqu'alors épars sur ces rivages, Par la suite, trouvant ce lieu propice et fort, Entouré comme il Test partout de marécages, S'y vinrent établir et, sans appel au sort , De celle qui choisit cet asile d'abord, Dont y gisaient les os, à leur ville nouvelle Ils donnèrent le nom , et Mantoue on l'appelle ". Se comptaient plus nombreux ses habitants jadis, Ayant que Pinamonte eût, par son stratagème, Déçu Casalodi, dans sa sottise extrême ". Telle est la vérité , ce dont je t'avertis , Pour qu'elle ne soit pas du mensonge obscurcie , Au cas où tu pourrais ouïr de ma patrie Raconter autrement l'origine 2S, — Alors moi :

24. Son art d'amour, son gai savoir, sue arti, en compagnie de ses loyaux serviteurs, co' suoi servi.

25. Littéralement : C'est.là qu'elle laissa son corps vain; c'est-à-dire que la secte répudia la feinte et leva le masque, une fois installée en force dans Mantoue.

26. Ainsi Mantoue devint le cheflieu delà secte, où se réunirent les fidèles d'amour, hommes et non brutes, disséminés aux environs; elle devint leur place forte et prit son nom de celui de sa fondatrice , nom signifiant religion, et rappelant des lors au mieux celte croyance, morte en Languedoc et en Provence, qu'il s'agissait de faire revivre et triompher en Italie, par la ruine de l'Église catholique.

27. La ville était plus peuplée avant que le Gibelin Pinamonte de Buon Accossi eût dupé le Guelfe Albert de Casalodi, qui y régnait tjranniquement , et, s'emparant du

pouvoir au profit de la secte , eût fait passer au fil de l'épée une partie de la noblesse. Le saut n'est que de quelques milliers d'années du siège de Thèbcs, au temps de Frédéric II; mais il se réduit à moins d'uo quart de siècle , si le point de départ est la prise de Toulouse par les Croisés et la dispersion des Albigeois.

28. N'était-il pas, en effet, trèsimportant que Virgile entreprit cette longue narration topographique pour rétablir la vérité, que le mensonge aurait pu dénaturer, et pour se redresser lui-même, en restituant à qui de droit la fondation de cette cité évangélique qu'il avait attribuée solennellement à Ocnus? L'Arioste avait quelque raison de même force pour consacrer aussi un épisode à cette même Manto. Mais de la prophétesse il a fait une fée, couvrant de sa protection deux fidèles d'amour , ligués pour duper un époux vieux et laid , avare et cruel, se

O maître, ù ton récit j'ajoute pleine foi, Il porte en mon esprit la certitude entière 29, Et tous autres, pour moi dépourvus de lumière, Seraient charbons éteints ". Mais veuille me parler De ceux qui viennent là, plongés dans la tristesse ". Dans le nombre en vois-tu quelqu'un à signaler? Car j'y reviens toujours , tant cela m'intéresse ".

Il répondit : — Celui de qui la barbe épaisse De ses épaules va joignant la brune peau, Fut augure , en ce temps où le frôle berceau Eut peine à conserver des mâles à la Grèce $*. Avec Calchas , c'est lui qui du premier vaisseau Faisait couper le câble aux rivages d'Aulide. 11 eut nom Eurypile et de mon Enéide Les vers l'ont quelque part chanté. Je pense bien Que, toute la sachant par cœur, tu t'en souvien **.

prostituant honteusement par cupidité. La fontaine, sans y voir plus loin , en a tiré le conte intitulé : Le petit Chien qui secoue de l'or, etc.

29. Comment douter de faits dont le résumé historique était si logiquement déduit par un maître compétent par-dessus tous? Gomment, aUestés par lui, ne se seraient-ils pas emparés de sa foi, prendon mia fede? Et comment nos incrédules modernes se refuseraient-ils maintenant à reconnaître dans cette étrange sympathie du poète pour ce Tirésias et celte Manto de contrebande, un témoignage éloquent des liens étroits qui rattachaient à l'albigéisme, les doctrines religieuses et politiques exaltées dans la Comédie, ladottrina che s'ascondesotto'lvelame degli versi strani ? lis ne trouveront certes pas ces renseignements, et bien d'autres encore que nous leur promettons, dans les neuf ou dix gros volumes du philosophe

Rossettl, comme l'appelle M. L. De* latre.

30. Ne répandraient que ténèbres comme les enseignements orthodoxes.

3 1 . Délia gente che procède, porte le texte, c'est-à-dire de ceux qui procèdent de la même origine sectaire, et que nous avons vus marcher dans le même sens que nous.

32. Croira-t-on qu'au milieu des luttes civiles et religieuses de son temps, Dante fût si exclusivement préoccupé de ceux qui avaient figuré dans les guerres de la Grèce et que le sort des Augures en particulier lui inspirât un si vif intérêt?

33. Celte barbe épaisse s'épanouissant sur de brunes épaules constitue à coup sûr le signalement de celui qui vit les choses trop en noir, lorsque tout ce qui avait le cœur mâle ou gibelin prenait parti pour Henri VU.

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