‹ La comédie de Dante (volume 4)Chapitre 47 sur 123 · Mais Dante se souvenait aussi · texte numérisé non relu

Mais Dante se souvenait aussi

Cet autre qui s'en vient vers nous, aux flancs éthiques, Fut Michel Scot, expert dans les fraudes magiques ". Voici Gui Bonatti 36, regarde, puis, Asdent, D'avoir changé d'état qui trop tard se repent, Regrettant son tranchet, son cuir et ses pratiques ". Vois celles qui, laissant l'aiguille et les fuseaux, Pour faire la magie et tirer des présages , Ont distillé le philtre ou moulé des images, Et pour le sortilège allumé leurs fourneaux ". Mais viens-t'en , car déjà près de plonger dans l'onde ,

que les deux frères Fisilaga, Antoine et Dassano avaient été des premiers à donner le signal de la désertion et a briser les liens qui les attachaient à la cause de l'Empire, après avoir été des premiers à vouloir marcher contre la Troie guelfe pour lui ravir le Palladium, lot/.

Ferreto. Vicent. ap> Muratori et les autres chroniq. contemp.

35. La similitude de nom a valu sans doute au Scollo qui trahit Mathieu Visconti et le parti auquel il appartenait, de changer son prénom d'Albert en celui de Michel; ses ruses pour dissimuler sa désertion sont devenues des fraudes magiques et sa chélive apparence jointe a son pen de valeur relative l'aura fait désigner comme étant ne' fianehi cosi poco. S'il s'agit au contraire de Michel Scot, l'astrologue de Frédéric II, il faudrait supposer que des torts grades envers son maître lui auraient valu l'animadversion du poète.

36. C'était l'astrologue du comte Ouido de Montefeltro, c'est-à-dire un adepte de la secte, conseiller du vieux guerrier, qu'il suit ait dans ses évolutions successives d'un parti à l'autre.

37. Allusion probable à Ghibert de Corregio, seigneur de Parme, représenté par dérision sons les

traits du savetier parmesan, diseur de bonne aventure. Il est impossible de voir ici autre chose qu'une revue satirique de personnages contemporains, affublés à l'antique ou à la moderne, mais de manière à être facilement reconnus à l'époque où Dante écrivait. S'il fallait admettre au surplus que les trois derniers y figurent pour leur propre compte, ce ne serait que dans le but de faire passer les autres inaperçus des profanes.

38. C'est toujours le même procédé, consistant à mélanger le vrai et le faux, la réalité avec la Action, afin d'égarer la pensée. Ainsi, après toute cette, série de personnages plus ou moins déguisés , voici venir les sorciers et les tireuses de sorts, pour donner à entendre que ceux qui les ont précédés étaient réellement des augures et des devins. Si Manto, personnification de la faction sectaire dans le pays manlouan, figure dans le nombre, nous en avons dit le motif; c'est parce qu'elle eut sa part de découragement , ses déserteurs même, et se vit réduite à faire volte-face, au moins en apparence, à feindre de porter ses regards a l'opposé du but oii ses pîrds, figurant sa force d'action, se dirigeaient en réalité.

Sous Séville , Caïn emportant son buisson , Va du double hémisphère atteindre l'horizon, Et la lune , hier soir, au Ciel s'élevait ronde. Tu dois t'en souvenir, car, loin de t' avoir nui, Elle te fut propice en la forêt profonde *\ Ainsi parlait le mattre et j'allais avec lui.

39. La lune, nous l'avons dit maintes fois , symbolise la Papauté dans le langage sectaire, mais il y a d'autant plus lieu de lui reconnaître ici cette signification qu'elle est désignée par le seul mot de Caino, rappelant bien, il est vrai, la signification populaire qui voyait dans les taches de la lune Caïn chargé d'un fagot d'épines , mais dirigeant aussi la pensée vers le dernier cercle infernal appelé Caïna , où siège , sous le nom de Lucifer, le représentant de la Papaulé, meurtrier de ses frères. Il y a donc là, de ia part de Virgile, un sarcasme à l'adresse de

Dante , car c'est une manière de lui rappeler qu'il n'a pas toujours été mal avec les pontifes, et qu'il n'a pas eu trop à s'en plaindre, à raison des diverses dignités qui lui ont été conférées, lorsqu'il se trouvait encore dans la forêt florentine, lié d'intérêts avec le parti sauvage. Qu'on se reporte au ch. i, on verra qu'il n'y est pas dit un mot de la lune, et cela, par l'excellente raison que le soleilraison, la pianeta, brillant sur l'horizon, exclut nécessairement le crépuscule lunaire de la doctrine romaine. Nous retrouverons Sibilia (deSibylle, autre Manto) au ch. xxvî.

Ainsi de pont en pont notre marche hardie Nous portait en avant *, et de plus d'un sujet, Qui n'a point à trouver place en ma Comédie, Nous causions, quand d'une arche atteignant le sommet, Nous restons là , pour voir dans l'autre fosse impure D'autres pleurs vains couler d'angoisse et de regret * : Elle s'offre à mes yeux lugubrement obscure.

Ainsi que, dans Venise, au temps de la froidure , Quand de son arsenal s'avivent les travaux, Pour radouber le corps fatigué des vaisseaux , Qui ne pourraient tenir la mer houleuse et dure, La poix visqueuse bout, au navire nouveau L'un travaille, employant la hache et le marteau, L'autre du sien, déjà trop vieux, avec Tétoupe Calfate les flancs noirs, clôt tout passage à l'eau; Qui rabotte à la proue et qui frappe à la poupe;

1. Ces ponts snr lesquels les deux contre la séduction , la flatterie, la poêles se frayent le passage avec simonie, la haine des concussionune extrême difficulté, et que Dante naires et des hypocrites renégats, désigne constamment par les épi- De là l'idée première de ces Malcs- UuMes de tetri, aspri, crti, duri, poches, disposas clrnjl:ilr*,t»f>iit ronchiori, figurent les obstacles et eu m rue nul nul de fo&scs creusas les périls renaissants que les Oibe- pour pmi di g fauves. Uns , restés fidèles à leur fol religieuse et politique, eurent à sur- 'i. Los ptour* çurîfei iw peuvrnL monter à force de courage et d'é- tir* que uiin- d r nm*oergte; ayant à lutter tout à la fois iniît pur le i

168 l'enfer.

La voile ici se coud, là le câble se tord,

Se façonne la rame ou s'ouvre le sabord ;

Ainsi , non par le feu , mais bien , je le présume ,

Par un art tout divin, là, bout un noir bitume l,

Delà fosse à l'entour engluant les parois *.

Au loin j'explore en vain , partout je n'aperçois

Que des bouillons épais soulevant sa surface,

Qui, gonflés un moment, s'affaissent sous leur masse.

Tandis que fixement je regardais en bas , Mon guide, en me disant: « Prends garde à toi, prends garde,» M'attire à lui , du poste où s'arrêtaient mes pas. Je me retourne alors, comme un homme à qui tarde De voir ce qu'il doit fuir comme un pressant danger, Et qui, d'effroi subit se sentant assiéger, Bien qu'il cherche des yeux, de partir ne diffère. -

Je vis un diable noir s'en venir par derrière % Accourant sur le roc qui nous portait tous deux. Ah ! quel aspect féroce et qu'il était hideux ! Comme, les pieds légers , l'aile grande étendue , Il se montrait alors formidable à mes yeux, En emportant, chargé sur son épaule aiguë, Reins en haut, tête en bas, un malheureux pécheur, Que ses ongles serraient aux pieds avec roideur 6.

Malesgriffes, dit-il 7, voilà que j'en charrie

3. L'art tout divin du gai savoir, an printemps de 1303, lorsque le l'art poétique de la secte. cardinal de Prato y fut envoyé par le

4. Cette poix gluante est la cor- ' pape Benoit XI, pour ménager une ruptlon qui salit tout ce qui est en transaction entre les Blancs et les contact avec elle ; aussi dit-on d'un Noirs; spectacle dans lequel les dlafonctionnaire prévaricateur qu'il n'a bies et les chaudières de poix bouiipas les mains nettes. lante jouaient un grand rôle. (Voir

5. Ce nYibln fiM Éjggftlf comme Villani VIII, G9, et Coppo Slefani, noir puur qu'il n'y nd pas A se mé- Rub. 249.) Le poète veut donc que prend n •» ^ ijiiulîlè de Florentin, l'esprit se reporte a Florence ?

G. T<nr* fcft roinmnnlaleurs sont 7. Le nom de Jfatebranc/ie, mau-

d'arr.inl jKMir v+Mi la un souvenir valses grilles, s'applique à toute la

du SLt'dûcle i • [ il ■■-- Mile a Florence bande des démons, et le motif en

Vn de Sainte-Zita, de ses Anciens, ma foi V Vous , gens de notre pont % dessous plongez-le-moi. Je retourne à leur ville, où tant font môme vie , Pour d'autres que je sais, dont elle est bien fournie i0. Hors le seul Bonturo, là, chacun est fripon il ; D7to, pour de l'argent, on y fait vite un nom ".

est facile à comprendre, lorsqu'on lit, clans la chronique ùe Paulin de Piero, que le podestat de Florence, entré en charge pour six mois, le 16 février 1303, s'appelait Manno Branca. On peut voir, de plus, dans J. Viilani VII, JO, et dans Sabas Malaspina III, 18 et 20, qu'une famille du nom de Malabranca existait à Rome du temps de Charles d'Anjou, et fournissait des chefs au parti guelfe. En effet, le prince Henri, friMc d'Alphonse X de Castille, qui ayant adopté les mœurs et même, disait- on, la religion des Sarrasins, commandait alors en maître à Rome, abandonnée par le pontife ; fit arrêter et garder comme otages, au moiwnt même où il publiait son alliance avec Conradin, deux Orsinl, un Savelli, un Stefani et un Malabranca. Ce nom n'est donc pas de l'invention du poète, mais il venait trop bien en aide A ses rancunes personnelles et à ses haines de parti pour qu'il ne saisit pas l'occasion d'en affubler une bande de démons. 8. Les magistrats de Lucques étaient appelés anciens, comme on donnait le nom de prieurs à ceux de Florence. Lucques est ici désignée ironiquement par le démon sous le nom d'une sainte, pour laquelle ses habitants ont une vénération particulière, et dont le corps est conservé dans l'église de Saint- Frcdiano. C'était, selon la légende, une jeune servante de la famille Fatinelli, née à Montcsacrato , près Lucques , dont les anges faisaient le

service pendant qu'elle priait, et qui fut béatifiée par Nicolas III, ce fils de l'Ourse, damné dans le chant précédent.

9. Vous Noirs, qui vous pavanez en maîtres sur notre pont alla Carraja , où fut représenté le spectacle infernal.

10 Où il y a tant de magistrats prévaricateurs, attendu que les Guelfes y dominent.

il. Buonturo Dali, le plus grand fripon de tous , à en croire Dante, qui lui donne un démon pour répondant, était un des personnages les plus impoitants de sa république, car au dire de Benvcnuto d'Imola, le pape Boniface VIII, près duquel 11 avait été envoyé, l'ayant secoué par le bras, il lui dit fièrement : Tu viens d'ébranler la moitié de Lucques. Mais ce qui lui vaut particulièrement l'animadversion du poète, c'est que, nommé Podestat a Pise et capitaine du peuple, 11 y fut l'adversaire énergique de Hugues de la Faggiuola, ce vaillant capitaine gibelin, en qui Dante, lié d'amitié avec lui, vit un moment l'espoir de son parti. Chron. de Pise, Muratori xv, p. 987. Yoy. Troja Veltro alleg. , et Mussati Gest. ltal. m, R. m.

12. Les ordonnances , jugements cl mandats étant alors rédigés en latin, ita revenait souvent dans les formules d'exécution. 11 n'est pas besoin d'ajouter qu'il est mis ici potir oui.

170 l'enfer.

Du pécheur, à ces mots, son dos se débarrasse, • En bas il vous le jette et, par l'âpre rocher S'en retourne aussitôt , en franchissant l'espace. De la chatne un mâtin qu'on vient de détacher, D'un larron n'a jamais si prompt suivi la trace. L'autre plonge et bientôt remonte à la surface, Repliant tout son corps et relevant le front "; Mais les démons, en foule embusqués sous le pont, De lui crier : « Ici n'est point de sainte face " ; Comme dans le Serchio l'on ne s'y baigne point; Si tu ne veux sentir nos grapins , prends donc soin Que ne se montre pas sur la poix ta carcasse. »

Et, le pointant alors de plus de cent harpons, Ils lui disaient : a Chez nous c'est à l'ombre qu'on danse, Escroque, si tu peux, le prochain à tâtons. » Ainsi le cuisinier surveillant la pitance, S'il voit dans la marmite un morceau surnager, Par ses aides l'y fait sous le croc replonger.

Le maître alors me dit : — Pour que de ta présence Ils ne se doutent pas, là, de quelque rocher Couvre-toi , t'inclinant un peu pour t'y cacher. Ne redoute pour moi, du reste, nulle offense, Car je sais en ces lieux toutes choses d'avance ; A démêlé pareil déjà je me trouvai i5. —

Puis, traversant le pont, lorsqu'il est arrivé Sur le sixième bord, il lui faut faire tête

1 3. Dans l'attitude d'an dévot 1 5. Virgile peut parler ainsi , atagcnouillé devant quelque Image tendu qu'il va se charger du rôle pieuse. du cardinal de Prato, venant à Flo-

14. Crucifix en bois de cèdre et de renec à titre de conrillatcur, pour chêne , attribué à saint Nicodèmc, négocier avec les Noirs les condi- «t révéré à Lucques sous le nom tions de la rentrée des Blancs exide santo volto, sainte face. L'intcn- lés, que Dante va représenter. Toy. tion de tourner en dérision le culte J. Villanl vm, 69, et Dino Compades images ne saurait être plus ma- gnl, h, Chron. de Paolln di Plerl, 8, nifeste. Coppo Stefanl, R. 2)2, 249.

CHANT XXt. 171

Avec calme au péril qui se montre effrayant.

De la même fureur que sur le mendiant Tendant la main du seuil, où chétif il s'arrête, Fond des chiens irrités l'aboyante tempête; Tous de dessous le pont, dont les couvraient les rocs, Sortirent les maudits, brandissant leurs longs crocs ".

Holà ! leur cria-t-il, point de courroux farouche. De son grapin avant qu'en félon on me touche, Qu'il en vienne un m'entendre et, dûment averti, Voir s'il doit m'enferrer *7. — Malacoda , vas-y, — S'écrièrent-ils tous, s'arrêtant à distance i8; Tandis que se détache un d'entre eux et s'avance , Disant : — Que viens-tu faire et que demandes-tu ? —

Crois-tu, Malacoda, qu'ici je sois venu, Dit le maître , affronter votre noire malice Sans un ordre divin , sans le destin propice tf ? Laisse-moi donc passer, car on veut dans le Ciel Qu'en ce sombre chemin je dirige un mortel.

Alors fléchit si bien son orgueil, sa colère ,

16. Allusion à la fureur des Cardinal, au grand déplaisir de Rosso Noirs, en apprenant l'arrivée du délia Tosa. Le poète se plaît a le cardinal de Prato et la mission dont représenter ironiquement comme il était chargé par Benoit XI . la mauvaise queue de son parti, sous

,, ~f , .. ., le nom de Malacoda, en rapport

1 7. Q aucun de vous ne soit fe- { d Malebranche, appliqué

I°n'i.5fVVllf,et !°d^nl «^ ** aux syndics et aux prieurs, qui saquante d'ambassadeur de represen- biggaie>nt 8<m fl|J^ taalyiinta ; Untd'un souverain al inviolabilité à ^ rauteur n>ait voulu

5Z1?™* S^K *■» *»«2» à ia mauvaise (In qu'il

sexposer aux conséquences de la deyait faJre perche mala coda

ïe,0lue' vegna a dire mal fine , dit l'Ott. C,

18. Corso Donâtl, déjà désigné en ajoutant que « les noms de ces en. ix, sous le nom de Cerbère, démons ne leur ont pas été imposés dont il remplit ici à peu près le capricieusement par l'auteur. » Ce rôle, comme gardien du pont , était dont nous ne tarderons pas à acà la tête du parti des Noirs. Dino quérir ia certitude.

Compagni , liv. if, nous apprend 19. Sans une mission du repré-

qu'il avait été élu à cette époque ca- sentant de Dieu : l'Empereur pour

pitaine du parti guelfe, Capitano les Gibelins, le Pape pour lea

di parte, pour s'entendre avec le Guelfes.

172 l'enfer.

Qu'aux autres, en laissant tomber sa fourche à terre. Il cria : — Que par vous il ne soit pas touché Jê. — Et mon guide aussitôt : — Derrière cette roche Toi qui te tiens, dit-il, en haut du pont caché, Désormais viens me joindre et sans frayeur approche ".

Je m'élance, à ces mots vers lui; mais les démons Sur moi s'avancent tous, et de peur je frissonne Qu'à leur pacte avec nous ne manquent ces félons ". Je vis ainsi trembler les gens qui, de Caprone, Ayant capitulé , sortaient, peu rassurés Parmi tant d'ennemis de vengeance altérés ".

Contre le mattre aussi de toute ma personne Je me tenais serré, mon regard ne quittait Ces démons, dont la mine était loin d'être bonne. Vers moi pointant leurs crocs , l'un à l'autre disait : — Au bas des reins veux-tu que je te le harponne ? — Et ma peur, à ces mots, encore s'accroissait. — Oui, fais, répondaient-ils, donne-lui l'abordage. —

Mais celui qui discourt encore avec le sage Se retourne, en disant :— Scarmiglione, allons, paix*4 !—

20. J. Villani nous apprend en 22. tes syndics des Blanc* se effet , dans le chapitre cité , que le virent réduits à battre en retraite , cardinal de Prato fut obligé d'expo- d'après le mauvais vouloir manifeste ser publiquement ses lettres de de leurs adversaires, en dépit de créance : Inpublico sermone mostrô toutes les promesses faites; et le » privilegi délia sua legaxione. Cardinal lui-même , menacé d'un

21. Le Cardinal avait fait de mauvais parti , fut forcé plus tard même cacher les Blancs exilés, de s'éloigner. Dino Compagni , toi»/. pour attendre l'issue des négocia- 23. Caprone était une place foi te tlons , dans le bourg de Trespiano, des Pisans, dont les Florentins firent d'où les Hoirs le laissèrent appeler le siège en 1289. Dante avait fait les syndics des Blancs , pour traiter partie de cette expédition.

delà paix. (Voy. Dino Compagni, 24. Corso Donati si stara in

livre h.) Le scheggio, derrière lequel mexxo, se tenait dans une position

Virgile a fait cacher Dante, est une iotermédaire , dit J. Villani , et tel

de ces gran piètre rotte que nous est le rôle que lui fait jouer ici Iiy—

avons vues rangées en cercle , au pocriteraent le poêle. Scarmiglione,

début du xie ch. (voy. note I) puis- qu'il empêche d'en venir aux voles

qu'il figure aux lieu et pince d'un de fait , est , selon toute apparence,

cardinal. Kosso de la Tosa , le plus violent

Puis s' adressant à nous : — Vous ne pourrez jamais Poursuivre , par ce pont, de vallée en vallée ; Là-bas, la sixième arche au fond s'est écroulée. Si toutefois d'aller plus loin vous désirez, Longez toujours ce bord où bout la poix liquide; Un autre roc est près, où vous traverserez ". Hier, cinq heures après celle où ma voix vous guide, Mille deux cent soixante et six ans ont pris fin Depuis qu'en cet endroit s'abîma le chemin ". Je dépêche par là quelques-uns de ma bande Veiller à ce que nul sur son lit ne s'étende ; Suivez-les, aucun d'eux ne vous molestera 27. En avant Alichin et vous, Galcabrina, Cagnazzo, Libicoc; le chef de la dizaine Sera Barbariccia; qu'avec eux il emmène Grafûacan, Rubicant le fou, Draghinazzo Et Ciriat aux longs crocs, et toi Farfarello ".

dans son opposition à tout accord avec le parti contraire; et son épaisse chevelure lui aura valu le nom sous lequel il est désigné.

25. Dante, en faisant tenir ce langage astucieux et mensonger à Maîacoda, lorsque l'autre pont qu'il annonce n'existe pas, a voulu caractériser la politique hypocrite de Corso Donati, d'autant plus redoutable dans sa haine qu'il savait mieux la cacher.

26. Cette sixième arche écroulée, arco, contraction d'Arrico, fait allusion à la mort de Henri de Luxembourg, appelé indifféremment Henri VI ou Henri Vil par les historiens, ce dont la Chronique belge nous donne le motif en ces mots, page 28G : Henricus, hujus nominis septimcs , inter imperalores vero sextus. Or Henri, sixième empereur de ce nom , étant pour Dante et les siens un Messie , un Christ , l'oint

du Seigneur, une Arche de paix ; les historiens s'accordant, pour le Taire mourir comme le Sauveur, un vendredi , à la neuvième heure du jour (tôt/. Corio, Hist. de Milan, p. 170; Slruvlus , Vie de Henri ; Mussato, Storia Augusta, Rub, ulU; Malavolta, Hist. de Sienne, n, 4); Il n'en fallut pas plus au poète pour confondre le Sauveur espcié de l'ilalie a\ccJc Rédempteur du genre hum.iin , en reportant sa mort à la même date , afin de dérouter d'autant l'attention de l'ennemi. La Un prématurée de ce prince fut, au reste, la ruine des espérances de Dante, et, de ce moment, son chemin fut en réalité coupé devant lui.

27. Promesses fallacieuses se rapportant à celles dont Corso Donali pa\ait la confiance du nonce pontifical.

28. Sous le masque de ces démons, au nombre de douze , y coin-

L ENFER

Le long de cette glu qui bout , noire et profonde , Conduisez sains et saufs, en faisant votre ronde, Ces humains vers le pont qui, là-bas, tout entier, Sur les fosses permet de suivre le sentier.

Maître, dis-je, que vois-je, hélas ! l'horrible bande! Maintenant que tu sais par où porter tes pas, Sans guide allons-nous-en , pour moi je n'en demande. Toi qu'on abuse peu, ne t'aperçois-tu pas Comme ils grincent les dents, comme leurs yeuxmenacent" ?

Mais lui :— Ne conçois point de frayeur, quoi qu'ils fassent, Et laisse-les grincer, sans en prendre souci. Pour la gent échaudée ils en usent ainsi Sft.

Ils tournent vers la gauche alors; mais en cachette

pris Malacoda et Scarmlglione , il est irapos8iblc.de méconnaître ceux des Noirs qui , parmi les douze prieurs et les douze syndics qu'on leur adjoignit, se montrèrent les plus acharnés à faire échouer les efforts du cardinal de Prato. Leurs noms, ridiculement travestis, ne sauraient laisser aucun doute a cet égard. Ainsi, le dixalnier Barbariccia est Jacopo Ricci, le gonfalonier de justice, qu'on appelait peut-être familièrement le Barba, le P. Ricci ; Graûlacanc, est Massajo des Raffacani ; Pazzin des Pazzi est devenu le fou , le pà:zo Rublcante, par allusion, sans doute, à son teint enluminé ou à sa chevelure rousse; le nom du furieux Betto Brunclcschi , déserteur du parti des Blancs t se déchaînant comme un dragon contre ses anciens frères , a été transformé en celui de Draghignazzo ; Maruccio Cavnlcnnti, qui l'avait imité dans sa désertion et dans son hostilité contre les Blancs, a reçu le sobriquet de Calcabrina ou foule-givre; de Medico AliotU s'est fait Alichino , l'aile

en bas, contrepled d'Ali alti, par corruption : Aliotti , l'aile en haut ; Gerl Spini ou quelque autre, car tous les noms des prieurs et des syndics ne sont pas indiqués par Coppo Stefani, avait peut-être des dents saillantes; de là le nom de Ciriat ou pourceau , et l'épithète de sannuto; ainsi du surplus. L'Oit. C.t qui connaissait les personnages , a donc eu raison de dire : Questi nomi di demoni niente meno imposti furono corne a Vautore piacque.

29. La fiction continue , Virgile est toujours le cardinal de Prato en présence des Noirs qui , selon l'expression de Dino Compagni, feciono semblante di offenderlo, et qui finit par quitter la place lorsqu'il ne put plus douter de leurs mauvais desseins.

30* Les airs terribles qu'ils so donnent sont bons pour effrayer les dupes engluées par les beaux semblants de patriotisme qui ont valu à ces Noirs diaboliques le pouvoir dont Ils abusent : dupes à qui il en cuit maintenant d'être tombés sous leurs griffes.

Je les vis à leur chef, la langue entre les dents ,

Faire, avant de partir, des signes évidents.

Et, de son c... lui-même il sonna la trompette ".

31. Si ce dernier trait D'est pas du meilleur goût , il témoigne du profond mépris que le poète gibelin professait à l'égard de ceux qu'il Touail au ridicule par tous les moyens en son pouvoir. J'avais écrit : du bas de ses reins, dans ma

première traduction, mais l'abréviation ayant trouvé grâce devant la susceptibilité de l'Académie dans un ouvrage couronné , j'ai cru pouvoir me la permettre sans m'exposer au blâme, et sans encourir le reproche de plagiat.

J'ai tu des escadrons maintes fois s'ébranler, Charger avec vaillance , en plaine défiler, Battre en retraite aussi; j'ai vu des gens de guerre Courir, preux Arétins, ravager votre terre; J'ai vu joutes, combats, cavalcades, tournois, Tantôt au son bruyant des tambours, des trompettes; Tantôt au sombre glas des cloches, des beffrois; De tous tes instruments, belliqueux interprètes, Nationaux ou non, j'ouïs les sons joyeux, Mais je ne vis jamais à pareille harmonie Se mouvoir cavaliers non plus qu'infanterie , Ni navire, guidé par les astres des cieux Ou le phare du port, voguer majestueux 4.

Nous suivons ces démons, horrible compagnie, Mais c'est ainsi qu'on hante à l'église les saints, Les gloutons à l'auberge , au bois les malandrins *.

Cependant, l'œil fixé sur la poix, je regarde Quels sont ceux qui, bouillant, y souffrent sans repos Et quels autres tourments cette fosse leur garde.

t. Le Irait de bas comique par 2. Sans être un bon catholique,

lequel Dante a terminé le chant pré- quoiqu'on hante les églises, ni un

cèdent nous vaut le bel exorde de ivrogne,quoiqu'on entre au cabaret,

celui-ci, dans lequel il semble avoir N'est-il pas au moins singulier que

voulu racheter ce que l'idée pre- l'aspect d'affreux démons reporte

mière avait d'ignoble en elle-même, précisément l'esprit du poète à l'idée

par la richesse de la phrase poé- des saints et de l'Église? tique.

Comme font les dauphins, élevant sur les eaux Leur croupe en arc courbée, alors qu'ils avertissent Les marins d'abriter en hâte leurs vaisseaux; Ainsi, pour alléger la peine qu'ils subissent, Se risquaient les pécheurs, sortaient un peu le dos Et, prompts comme l'éclair, s'enfonçaient sous les flots. De même encor qu'on voit, au bord d'un marécage, Les grenouilles dehors avancer le museau Et, l'œil au guet, tenir pattes et corps sous l'eau; Ainsi, de tous côtés, allongeant le visage, Se tenaient ces maudits; mais dès qu'apparaissait Le noir Barbariccia, chacun se renfonçait, Pressé de se cacher sous la bouillante écume \

J'en vis un , et je tremble encor en y songeant , Attendre, paresseux, pour rentrer au bitume. Une grenouille ainsi, quand l'autre fuit plongeant, Parfois s'oublie au bord \ Du malheureux plus proche , Par ses cheveux gluants Graffiacan l'accroche Et, vous le tirant hors de ces visqueux bouillons , Ille soulève comme une loutre amphibie '.

Quand leur chef fit l'appel , dans la bande assortie De tous j'avais fort bien pu retenir les noms •,

3. Cest que le gonfalonnier de les, ces reptiles au sang froid, pour justice Jacopo Ricci ne plaisantait mettre en relief le manque de coupas arec les Blancs qui, n'ayant pas rage de gens nageant en ire deux mie courage de leur opinion, s'é- eaux.

Ment résignés à vivre en la dégui- 5. Les grenouilles ne suffisaient

ant lâchement au milieu de latourbe pas pour désigner complètement

des BarratUeri florentins, et qu'il leur ces êtres sans énergie, louvoyant enfallait dès lors éviter soigneusement v tre les deux partis, et qui, s'arrnn-

4'allirer les regards de ce terrible géant pour n'être ni chair ni pots-

Barbariccia et de ses sbires. Pour ces son , disparaissaient au moment du

Blancs échaudés, l'antica schiuma péril; voici donc que la loutre vient

duch. ix (roy. note 22) élait devenue compléter le signalement,

un instrument de torture. G. J'avais remarqué leurs noms

4. Ce n'est certes pas sans raison lorsqu'il furent élus, quando furon que Dante revient à deux reprises eletii, dit Danle, pour rappeler que *w cette comparaison dea grenouil- syndics et prieurs avaient élé dési-

178 l'enfer.

Puis entre eux j'entendais s'appeler les démons.

Eh! Rublcant, cria cette infernale huaille, Les griffes en avant et que sa peau s'en aille.

0 maître , dis-je ému , tâche , si tu le peux , De connaître du moins quel est ce malheureux , Qui gémit au pouvoir d'un ennemi barbare 7.

Mon guide Rapprochant, lui demande aussitôt De quel pays il est : — Je naquis en Navarre, Lui répond le chétif , ma mère d'un ribaud M'engendra, qui des siens, enfoncé dans le vice, Fut la perte et creusa lui-même son tombeau. Elle obtint qu'un seigneur me prît à son service , Puis, admis à la cour, près du bon roi Thibaud , De faveurs je me mis à trafiquer sans honte, Et dans ce bain brûlant c'est là ce que j'escompte \

D'une double défense armé, comme un pourceau, Giriat lui fait sentir, en lui fendant la peau, Qu'une suffit de reste à lui donner son compte. C'était le rat tombé dans les griffes des chats. Barbariccia pourtant l'enserre de ses bras , En s'écriant : — Holà ! vous, demeurez au large ,

gnéê-par l'élection, et que l'influence yictime, que semble faire allusion toute-puissante de Corso Donati fa' si che tu lo scuoi. avait déterminé leur nomination. 8. Ce Barattiere , qui n'est pas 7. AubicANTE Paxxo pourrait nommé, mais que rien ne Tient sibien, à raison de ses deux noms ac- gnaler pour le sénéchal Clampollo, couplés, dont le dernier, sous forme ou Jean Paul , est à coup sûr un d'épithète, représenter tout à la fois personnage typique. Probablement Pauln des Pazzi, comme il a été dit, même il ne se donne pour Navaret en outre Cante Gabriel!, peut-être rais qu'à raison de ses antécédents a raison de relations intimes entre sectaires, que semblent indiquer plus eux. On sait que ce Cante prononça, particulièrement ses relations arec en qualité de podestat, la sentence le comte de Champagne, disciple de qui condamna Dante à être brûlé la gaie science, dont les poésies, d'escomme concussionnaire, barattiere, sence albigeoise, les unes dans le

i préjudice de la confiscation de style dus , très-rafQnées, les autres ses biens. C'est à des spoliations populaires , sont citées comme modu genre de celle dent lo poète fut dèles par Dante dans le Vuig. éloq.

Tandis que, le tenant bel et bien, je m'en charge •.—

Il se retourne alors vers mon maître , et lui dit : —S'il te reste à savoir encor de ce maudit , Demande-le-lui vite, avant qu'on l'extermine ". —

Le sage alors reprit : — Parmi tant de fripons, En connais-tu quelqu'un né sur terre latine ?

J'en quitte un dont au moins la patrie est voisine " ; Que ne suis-je avec lui sous ces cuisants bouillons ! Je ne craindrais par là, ni griffes, ni harpons.

Libicoc n'y tient plus : —C'est trop de patience ! Dit-il avec colère, et sa gaffe qu'il lance, Lui déchirant le bras, en emporte un lambeau. Draghignazzo, qui veut vers les pieds de nouveau Le chatouiller, s'arrête, à l'entour quand regarde Leur noir décurion, d'une mine hagarde l2.

Dès qu'il voit quelque peu cet orage apaisé, Au damné, qui contemple encore sa blessure, Le maître dit : — Réponds, quel est , mal avisé , Celui que tu quittas pour chercher la torture? —

C'est frère Gomita , le juge de Galure , Répliqua-t-il, un vrai vase d'iniquité.

Il eut les ennemis de son seigneur et maître Entre ses mains , et tous se sont loués du traître. Il leur donna la clef des champs , l'argent compté , Tout uniment, ainsi qu'il dit. A même enseigne En ses autres emplois il sut se gorger d'or, Et fut maître fripon, car n'est plus grand qu'il craigne ".

0. Les fourches patibulaires étaient bien romaine ou latine que l'Italie,

du ressort du gonfaionnier de justice, mais la secte n'y avait pas pris pied,

aussi Barbariccia dit- il io lo 'nforco. elle ne parlait donc pas le latin de

10. Procède a ton interrogatoire, Béatrice, suo latino. avant qu'il soit livré au bourreau 12. Allusion à la fureur indisci-

par Henri VU , prima cWaltri 'l dis- plinée des Noirs, ne cédant à regret '

fam'a. Tous les mots sont caracté- qu'à l'influence momentanée de

ristiquea. quelques-uns de leurs chefs. '

il . La Sardaigne était certes aussi 1 3 . Les Pisans , alors possesseurs

. Avec un don Michel Zanché de Logodor, Qu'il ne quitte jamais, jasant de la Sardaigne, Ils ne tarissent pas l4. J'en dirais plus encor, Mais Yoyez celui*ci, comme des dents il grince, Je tremble sur mon dos qu'il n'allonge sa pince.

Leur prévôt " se tournant, dit à Farfarello, Qu'il voit, roulant ses yeux où la haine flamboie , Prêt à lancer son coup. — Arrière, oiseau de proie.— Et le damné reprit, rassuré pour sa peau :

Si vous voulez ouïr ou voir gens de Toscane, De Lombardie, ici j'en vais faire venir, Mais que s'écarte un peu la noire caravane; La peur de son courroux les pourrait retenir ,6, En ce lieu même assis, j'y resterai tranquille Et, pour un que voilà , sept viendront à la file , Dès que j'aurai sifflé , comme on le fait alors Qu'un de nous se hasarde à prendre l'air dehors.

A ces mots, Gagnazzo lève son nez qu'il plisse Et dit, branlant son chef : — Voyez-vous la malice Dont il s'est avisé pour regagner le fond ? —

L'autre qui n'est, en fait de fraude et d'artifice,

de la Sardaigne, avaient divisé celte sonnicr des Bolonais, et il épousa sa

ile en quatre département* appelés veuveAdelasia.il fut tué en trahison

Judicatures. A quelque Ordre rcli- par son gendre, Branco Doria, que

gieux qu'appartint le frère Gomila , nous verrons encore plus maltraité

que Nino Visconti , ami de Dante, que lui. Zanché est pour Sanchez. après lui avoir accordé toute fa r.on- • 15. Ce titre de grand prévôt, gran

fiance, pour le suppléer dans l'admi- proposto , est encore une manière

nistration de la province de Galure, expressive de désigner le gonfalon-

euvova ensuite a la potence, sans nier de justice, le barba Ricci. autre forme de procès , sa qualité 10. C'est que les sectaires étaient

de religieux devait constituer le plus plus nombreux en Lombardie et en

grand de ses torts aux yeux du poète Toscane, nous Ta von s déjà dit, que

gibelin. dans les autres contrées d'Italie, et

14. La province de Logodor, autre qu'ils y avaient grand' peur des

Judicature de la Sardaigne, avait été Noirs, méchants à leur égard comme

administrée par ce Michel Zanché des démons. Le coup de si filet était

en qualité de sénéchal du roi Knro, encore un signe, donné d'une cer-

fîls de Frédéric 11 , qui mourut pri- taine façon.

Pour rester en défaut, à l'instant lui répond :

— Oui, je suis trop rusé vraiment, quand je procure Par mon astuce aux miens un surcroît de torture. —

Seul contre tous, veut bien s'y fier Alichin :

— Songe que si pour fuir tu crois trouver ta belle , À-t-il dit, ce n'est pas en galopant grand train Qu'à tes trousses je pars , mais en battant de l'aile. Reste ici, du coteau que le revers nous cèle;

Nous verrons si, tout seul, tu vaux mieux que nous dix. —

Lecteur, ici s'apprête un tour des plus hardis. Quand chacun a les yeux tournés, celui-là même Qui, le premier, cria le plus au stratagème, Le Navarrais saisit le moment aussitôt Et, se dressant debout, pour fuir loin du prévôt, Comme un trait part de l'arc, d'un bond en bas il saute.

Tous restent consternés d'une si lourde faute; Et celui qui ne doit s'en accuser le moins S'élance, en lui criant : — Attends va , je te joins. — Mais bien moins que la peur son aile a de vitesse , Sous la poix le fuyard fait déjà le plongeon , Et la vient effleiirer à peine le démon, De relever son vol aussitôt qui se presse. De même, alors qu'il voit s'élancer le faucon, Soudain le canard plonge et, dévorant sa honte, Dans l'air Poiseau chasseur avec courroux remonte l7. Calcabrina , du tour qu'on leur joue irrité,

17. Voici de compte fait la qua- vant les Noire, faisant ainsi trafic de

Irièrac comparaison cmprnntco , leurs opinions, vendant leur coojré-

dans ce chant, à la catégorie des ani- ration à des actes que repoussait

maux plongeurs ; pareille insistance leur conscience et devenant , dès

révèle bien le caractère que le poêle lors, d'ignobles barattieri , exposés

entrndait stigmatiser chei ceux de à chaque Instant aux avanies du

son ancien parti qui, soit pour ne pas pouvoir dominant, réduits | ar suite

subir l'exil on la confiscation, soit à de misérables ru*es p ur mettre

pour conserver des fonctions lucra- sa police en défaut, tiws, a\aknt fait le plongeon de-

182 l'enfer.

A pris aussi son vol, au demeurant flatté , Pour en venir aux coups avec son camarade , De voir que leur captif, plus alerte, s'évade. Dès-que l'un disparaît sous la poix enfoncé, A l'autre il fait sentir sa redoutable serre Et, l'agrippant, le gourme au-dessus du fossé. Mais celui-ci lui rend à son tour bonne guerre, Sa griffe d'épcrvier non moins ferme le serre , Si bien qu'en plein étang ils tombent tous les deux, Où le bouillant liquide ouvre un espace entre eux. Pour se tirer de là, point d'effort qui suffise, Tant leur aile en la poix est engluée et prise. Barbariccia, qui plaint ses dolents compagnons , Dépêche à leur secours quatre de ses démons, De leurs grappins munis , qui se mettant en route, De çà , de là , bientôt gagnent l'épaisse croûte. Aux englués , déjà cuits dans ces noirs bouillons , Pour les en retirer ils tendaient leurs harpons ". Nous les laissâmes là penauds, coûte que coûte.

18. Il semble que Dante ait voulu sur les épaules de ceux auxquels il

dans ce long épisode donner la peti le imputait les longues misères dont

pièce, comme inlermède bouffon.au son exil avait été pour lui ltaiginc.

milieu de la grande, afin de reposer Pcut-èlre aussi a-t-il voulu donner

à la fois l'esprit du lecteur et le sien. à entendre que c'était aux rivalités,

Mais s'il a égayé la scène, ce n'a pas aux luttes intestines de ses ennemis

été, du moins, sans continuer à faire politiques, qu'il avait dû- de pouvoir

siffler le fouet de la satire et sans échapper sain et sauf à leur haine

l'appesantir avec un malin plaisir et aux pièges qu'ils lui tendaient.

En silence , tous deux , laissant nos compagnons , Lui devant, moi derrière, alors nous cheminons Comme frères mineurs ft. Cette étrange querelle Me rappelle â l'esprit la fable dans laquelle En scène Ésope met la grenouille et le rat; Elle m'en offre en tout une image fidèle , Même commencement, même fin du débat \ Or, comme d'un penser naît un autre bien vite, Il m'en survint de même un alors, en mon cœur Qui soudain redoubla ma première frayeur.

En moi je me disais : —Cette engeance maudite Pour nous fut bafouée et rudement pâtit D'un tour dont elle doit ressentir grand dépit. Qu'à son mauvais vouloir la colère s'attelle, Elle va sur nos pas s'élancer, plus cruelle Que le chien, lorsqu'il fond sur le lièvre peureux. J'en sentais sur mon front se dresser mes cheveux. En arrière, inquiet , tandis que je regarde ,

A nous cacher tous deux, maître, dis-je, ne tarde, Des Malesgriffes j'ai dans l'âme un grand effroi. Derrière nous, sans doute, ils viennent et je croi

]. Mous arrivons à la fosse des 2. Cette fable n'est pas du nombre

hypocrites. Les Cordeliers viennent de celles qui sont attribuées à Ésope,

donc tout naturellement ù la pensée mais elle passait alors pour être do

du poète. lui.

184 l'enfer.

Sur mon dos les sentir. A ce discours timide :

Fussé-je, répart-il, une glace limpide, Un verre enduit de plomb, jamais je ne pourrais Plus vite réfléchir ton image, tes traits, Que je ne réfléchis ton âme *. Or tes pensées S'en venaient à l'instant, de tout point retracées , Aux miennes se confondre, et de nous deux ainsi Émane un seul avis *. Pour peu que près d'ici La côte, décroissant vers la droite, s'incline Et nous laisse descendre en la fosse voisine , Nous pourrons échapper sans être poursuivis.

A peine il finissait d'exposer cet avis Que , prêts à nous happer de leurs griffes aiguës , Je les vis accourir, les ailes étendues. Mon guide, sans tarder, me prend entre ses bras, Comme la tendre mère , éveillée au fracas , Qui, près d'elle voyant la flamme menaçante, Saisit son jeune enfant qu'elle emporte à grands pas Et fuit, bien moins pour soi que pour lui frémissante, Sans songer, demi-nue, à prendre un vêtement. Tout aussitôt il court au rude escarpement, Et se laisse glisser, le long du précipice , Dans la sixième fosse assignée au supplice.

Jamais l'eau dans le bief n'a couru si soudain, Pour aller mettre en jeu les aubes du moulin , Quand plus rapidement de sa chute elle approche, Que ne glissa le maître au bas de cette roche , M'emportant comme un fils appuyé sur son sein , Non comme un compagnon \ Ce ne fut pas en vain,

3. Le langage ne fait que repro- tissements , et de changements à duire la pensée. vue.

4. Toujours parce que les deux 5. Voilà encore une de ces circonspcrsonnnges n'en font qu'un , sous tances signalées plus haut , où le deux masques différents. La Co- langage mystérieux des sectaires, méilie n'est qu'une suite de t raves- personnifié dans Virgile, sauve le

Car ces démons hideux , lorsque ses pieds i\ peine

Au fond de la vallée avaient touché l'arène,

En haut apparaissaient, mais ne m'effrayaient plus ;

Au cinquième fossé les décrets absolus

Qui les ont préposés, ministres de vengeance,

D'en dépasser les bords leur refuse licence.

Le , nous trouvons des gens, d'un vernis colorés, Qui pleurent, en marchant à pas lents, mesurés , Et que semble accabler une douleur profonde •. Ils passaient devant nous de chapes revêtus Aux larges capuchons , sur leurs yeux rabattus, Gomme celles qu'on fait porter dans notre monde Aux moines de Cologne 7. Au dehors elles sont D'un or resplendissant, mais en dessous de plomb, Et si lourdes qu'auprès, bien que de bonne taille, Celles de Frédéric auraient été de paille \ Oh ! pour l'éternité manteau laborieux !

A gauche encor, suivant cette troupe plaintive, Nous tournons, attentifs aux pleurs des malheureux; Mais, du poids écrasant, leur marche est si tardive Que près d'eux chaque pas qu'en avant nous faisons Amène à nos côtés de nouveaux compagnons 9.

Ce que voyant, je dis : — Voudrais-tu bien , ô maître , Dans le nombre en chercher un dont j'aie à connaître

poète, identifié avec lui , du danger chape de plomb, dont la lente fusion

qui le menace leur rendait la mort d'autant plus

C.Ushypocriteapouvaientmoins douloureuse.Cette comparaison nous

que tous les autres damnés se dis- »nnonce «u A™ h]en{? élre *u**~

penser ae pieurer. ^ ^^ ^ lègc-inajegté commig

7. Ainsi, les hypocrites portent par $ei hypocrites dignes du derl'hablt religieux , et c'est précisé- nier suppilce.

ment celui des moines de la ville 9 chaque pas en avant fait dans

impériale ; on verra bientôt pour- ,a voie dc ,a gcicncc et (lc ïa vérité ,

Huoi« laisse en arrière les fauteurs de

8. Frédéric II faisait plonger les l'ignorance et du mensonge. Mais coupables de lèse -majesté dans on en retrouve toujours à cTlé dc une vaste chaudière, revêtus d'une soi sur sa route.

186 l'enfer,

Les actes ou le nom ; tu peux autour de nous Promener en marchant ton regard sur eux tous.

De la Toscane un d'eux entendant le langage 4\ Cria , derrière nous : Arrêtez-vous un peu , Vous qui courez ainsi sur cette sombre plage ", Peut-être, je saurai satisfaire à ce vœu.

Mon guide se tournant, me dit : — Il faut l'attendre, Puis, à régler nos pas sur les siens condescendre ".

Je m'arrête et je vois deux des pécheurs m'offrir, Dans leurs yeux, de nous joindre un extrême désir; Mais les ralentissait, sous le faix, leur martyre, Et la foule obstruait le chemin devant eux. Près de moi parvenus, d'un œil louche, tous deux Me regardent muets, puis, je les entends dire :

Celui-ci vit, se meut, sa gorge qui respire ", Quel privilège ainsi leur vaudrait , étant morts, Libres du lourd manteau de parcourir ces bords ft4? Puis : — 0 Toscan , qui viens parmi les hypocrites Visiter leur collège en ces lugubres sites ",

10. Il s'agira donc Ici de choses bien distinguer une chape d'une relatives à la Toscane, de faits ac- étole, on peut donc croire que son corn plis sur son territoire. Intention est ici de faire allusion

11. Sous l'influence de l'hypo- h l'empoisonnement de Henri de crisfe, de l'ignorance et du fana- Luxembourg, dans une hostie, par tisme, tout progrès est si lent que l'un des moines de Montepulciano , ceux qui marchent seulement sem- revêtu de l'étole de l'officiant Quant bient courir. au crime en lui-même, dénoncé

12. Se résigner à faire de l'hypocri- avec indignation par les Gibelins, il sle au besoin, à dissimuler sa pensée fut démenti par les Guelfes avecsous un langage combiné avec art. non moins d'énergie.

13. Celui-ci est un Gibelin ayant 15. Penserait-on que ceUe exl'usage du langage sectaire, Vatto pression étrange de collège des hydella gola est en rapport avec le pocrites soit placée là sans l'intenpeccato délia gola. Voy. ch. vi, tlon secrète de diriger la pensée sur

14. lis ne peuvent être des nôtres, la vénérable assemblée que l'on dépulsqu 'ils sont affranchis de la chape signe par le nom de Sacré-Collège ? de plomb doré qui constitue le cos- Nous verrons plus tard le mot de tume des hypocrites. Le texte porte Concile employé avec le même à délia grave stola ; Dante savait très- propos.

Fais-toi connaître à nous, si telle est ta bonté.

Et je leur répondis : — Dans la grande cité Que le beau fleuve Arno baigne, j'ai pris naissance Et j'y fus élevé. Permet la providence Qu'avec le corps que j'eus toujours je sois ici ". Hais qui donc êtes -vous pour endurer ainsi Tant d'amère douleur, qui par vos yeux ruisselle, Quel supplice sur vous de la sorte étincelle î

Et l'un d'eux répartit : —Ces chapes, que tu vois Briller comme de l'or, sont de plomb, et d'un poids Tellement écrasant qu'en craque la balance17. Nous fûmes Bolonais et, suivant même chance, Tous deux frères Gaudents ". J'eus nom Gatalano, Et celui qui m'écoute ici, Loderingo.

Pour la tenir en paix, pleine de confiance, Ta cité nous remit ensemble la puissance , Apanage d'un seul. Hais vers le Gardingo Se laisse encore voir ce que nous sûmes faire ".

16. La réponse est loin d'être catégorique, elle laisse d'ailleurs supposer que si Dante est la avec le corps qu'il eut toujours, il n'y Tient pas avec la même àmc, les mêmes opinions politiques, la même fol religieuse. On voit qu'il suit le conseil de Virgile, secondo il suo passo procedi.

17. Allusion à la somme énorme dont aurait été payé par les Florentins l'empoisonnement de l'empereur Henri VII , et à l'énormité du sacrilège commis par ceux qui portaient la ebape surchargée d'ornements en or.

18. Dante se serait bien gardé de mettre ici en scène des dominicains, car il aurait ainsi éventé le mystère de sa fiction ; il y supplée autant qu'il est en lui a l'aide de ces deux chevaliers de Sainte-Marie. Et il a

pour cela deux motifs : le premier, c'est que cet Ordre, moitié religieux, moitié séculier , élait sous la direction des dominicains; la seconde, c'est qu'il avait été organisé notamment pour combattre les doctrines albigeoise et patérine , et qu'il eut sa bonne part dans les dépouilles de l'Ordre du Temple. Cette milice religieuse , instituée à Bologne vers 12GI , par le pape Urbain IV, eut peu de durée. Le surnom de frati gaudenti, ou frères bons vivants, doublé souvent de celui de Capponi di Christo, atteste assez le discrédit dans lequel étaient tombés ces moines chevaliers.

19. En 12GG, les Florentins, travaillés par les deux factions rivales, avaient investi en commun ces deux Bolonais, le premier Guelfe et le second Gibelin , des fonctions de po-

L ENFER

Déjà je m'écriais : — Frères, votre misère..,. Mais je n'achevai pas 20, car se portaient mes yeux Sur un crucifié que, tenu par trois pieux , Je venais tout à coup d'apercevoir à terre ". A mon aspect, je vois le maudit qui se tord ", 11 souffle dans sa barbe et va soupirant fort.

Frère Catalano du doigt me le désigne, Gomme je le regarde, et me dit : — C'est l'indigne Que les Pharisiens ouïrent requérir Qu'un homme eut, pour le peuple, en martyr à souffrir M. Nu, comme tu le vois, en travers de la route, Où notre troupe aux pieds le foule , elle doit toute Lui donner à sentir ce que pèse chacun *\

destat , dans l'espoir qu'Us rétabliraient la paix dans leurs murs, en tenant la balance égale entre les deux partis. Mais, gagnés par l'or des Guelfes , les deux chevaliers leur livrèrent leurs adversaires; les Gibelins, traqués dans Florence, furent obligés de fuir, leurs propriétés furent pillées et brûlées, notamment celles desUbert), leurs chefs, situées dans le quartier qu'on appelait le Gardingo. Mais cette mention sommaire des méfaits des deux frères de Sainte-Marie , bien que jetée là pour déverser l'odieux sur leur Ordre, institué , nous l'avons dit , en haine de l'Albigéisme, a principalement pour bnt de détourner l'attention, an moment même où l'accusation va se formuler plus directement.

20. On peut en toute sûreté terminer ainsi cette phrase interrompue :

votre misère est le juste châtiment de vos forfaits.

21. Un crocifisso in terra con Ire pâli, porte le texte. Il ne s'agit donc que de pa voir quel est en terre le représentant du crucifié céleste et quels y sont ses trois plus fortes

attaches ou ses trois plus solides appuis.

22. Il le reconnaissait donc. Ce Caïphe est donc un contemporain, irrité de se trouver en présence d'un ennemi.

23. Expedit ut unus morialur homo pro populo, saint Jean, », 50.

Ce sont les paroles prononcées par Caïphe, dans l'assemblée des prêtres et des Pharisiens ; c'est donc Caïphe qui nous est montré ici ; mais de qui est -il la figure? Dante lui-même se.

chargera de nous répondre. N'est ce pas un pontife qu'il appelle, quatre chants plus loin, lo principe de' nuovi Farisei? On peut donc être convaincu que c'est Clément V qu'il a entendu crucifier dans la» personne de Caïphe ; que pour lui les Pharisiens sont des Guelfes, que les autres membres du concile, remarquez encore l'expression après celle de collège, sont les cardinaux et les ambassadeurs des puissances alliées du Saint-Siégc, composant le conseil secret dnns lequel la mort du Messie impérial aurait été résolue.

2 T. Le mépris des hypocrites cuxincmes doit peser incessamment sur

De même sont punis , leur crime étant commun , Son beau-père, et tous ceux du concile coupable, De la perte des Juifs ce germe déplorable ,6.

Virgile contempla , surpris , le criminel Qui, si honteusement, dans l'exil éternel Glt en croix étendu *e; puis s'adressant au frère :

Veuillez, pour peu que rien ne vous force à vous taire,

l'hypocrite Clément V, pour avoir déçu, par ses fausses caresses, celui qu'il devait faire immoler traîtreusement ; et ce pontife peut ainsi juger du mérite réel de chacun des hypocrites qui composaient l'état— major du parti guelfe, de ce qu'ils pesaient pria, c'est-a-dire avant dttre revêtus de la chape de plomb, qui pour eux a remplacé la chape de soie chamarrée d'or.

25. Ce concile a élé la perte des Italiens, c'est-à-dire du peuple élu par la Providence pour exercer l'empire universel (Vby. De monarchia), de là le nom de Giudei, appliqué à ceux que Dante considérait comme les héritiers directs du peuple romain. Quant à ce beau -père mentionné si bizarrement dans cette circonstance, si l'on ne veut pas lui attribuer une signification dont la portée satirique est des plus sanglantes, il faut se contenter d'y voir une de ces expressions sur lesquelles Il faut glisser et que Dante appelle lubriche {Yoy. Vulg. éloq.) ; mais peut-être vaudrait -il mieux scinder suoeero et lire avec Rossctti il suo cero, son flambeau, son guide, en intendant par ces mots Philippc-lc- Bel, dont Clément Y aurait suivi les inspirations.

26. Il semble que Dante éprouve une maligne joie à revenir sur ce supplice de la croix, auquel il condamne pour létemilé celui dont il fait l'inspirateur du la mort de son

Messie ; il nous montre en effet le païen Virgilo contemplant avec étonnement le supplicié , dont le crime consiste surtout pour lui dans sa fol et dans ses fonctions sacerdotales.

Mais ii y aurait moins à s'indigner contre Dante de son acharnement contre Clément V, s'il fut réellement convaincu que ce pontife avait eu une part quelconque à la fin prématurée de son héros. Or, il est incontestable que le bruit d'un empoisonnement fut alors généralement acrrédité.dans les rangs gibelins, et que les moines dominicains de Montepulciano en furent signalés comme les auteurs. Le chanoine de Saint-Victor, auteur de la Vie de Clément V, dit lui-même : Pisani et Theutoitici, amici dicti imperatoris, fratribus multas injurias irrogaverunt. Au témoignage de Cuspien, les personnes de la suite de l'Empereur affirmaient qu'un moine, suborne par les Florentins, l'a\ait empoisonné. Entre autres vers et épi grammes composés en grand nombre à cette occasion, Freer en rapporte une où les Florentin» sont dénoncés comme ayant soudoyé l'empoisonnement. Enfin, Jean, roi de Bohême, fils de Henri, dénonça publiquement le frère Bernard, de Montepulciano, comme ayant administré le poison à son père dans l'hostie consacra. Voy.

Vccerius cl la re'ntiuii de révoque de Uutiinto.

190 l'enfer.

Nous dire, s'il existe, à droite de ces lieux , Quelque issue, à pouvoir sortir dlci tous deux, Sans recourir encore à ces noirs satellites Que nous avons laissés derrière ces limites.

Le damné répondit : — Vous allez approcher Plus tôt que tu ne crois , sans doute, d'un rocher Qui part du plus grand cercle et, d'un seul jet, traverse , Sur elles projeté, chaque fosse perverse , Sauf celle-ci pourtant, où s'écroulant jadis, Il ne surplombe plus. Mais vous , sur ses débris, En pente qui du fond s'élèvent vers la crête , Vous pourrez parvenir à monter jusqu'au faite 27.

Mon guide, à ces mots, reste un peu le front baissé, Puis il dit : — Celui-là qui, dans l'autre fossé , Harponne les pécheurs nous contait mal l'affaire ".

A Bologne, autrefois, reprit alors le frère, J'entendis enseigner souvent , que le démon ,

27. Le poète revient Ici sur ce cet arco sesto, dont In ruine laisse

fait étrange que l'arche d'un des ses adhérents dans rembarras le

ponts établissant la communication plus cruel, exposés à tomber aux

d'une extrémité à l'autre des Maies- mains des Noirs : ce prince expira

poches, se Berait écroulée, précisé- le 23 août, au témoignage de Corio,

ment à la sixième fosse, habitée par de Struve, de Mussato, et c'est au

les hypocrites, et cela le jour même 23* chant du poème que le chemin

de la mort du Sauveur. Récapitulons se trouve interrompu. Enfin, le jour

les diverses circonstances de cet et l'heure de sa mort se rapportant

événement, signalées avec un soin exactement avec ce qui est écrit, dans

minutieux, et l'on jugera si chacune saint Matthieu, de celle du Sau-

d'elles ne s'adapte pas avec une veur, c'en est assez pour que Henri

précision mathématique à des faits se confonde dans la pensée de Dante

contemporains. La cause impériale, avec le Sauveur lui-même. Quant

représentée par les deux poètes, aux allusions nombreuses qui si-»

a triomphé successivement de la gnalent comme inspirateurs, auteurs

fraude, de la séduction, de la flat- et complices de cette mort ceux

terie, de la simonie, des présages auxquels il attribuait, faussement

sinistres, de la prévarication. Elle sans doute, mais peut-être avec

succombe sous les coups de l'tiypo- conviction, un forfait sacrilège, elles

crfsic monacale dans ia personne sont assez frappantes pour que noua

d'Henri de Luxembourg, ie VI* em- n'ayons pas à y revenir.

pereur de son nom ; c'est à lui qu'il 28. Car 11 avait annoncé un autre

est fait allusion dans cesixième pont, pont qui n'existait pas.

CHANT XX Ul

Parmi tout ce qu'il a de vices à foison, Est surtout grand menteur et du mensonge père ". Mon guide alors partit, s'éloignant à grands pas, : Car un peu de courroux se montrait sur sa face. Je pris aussi congé des malheureux forçats Et suivis promptement sa chère et digne trace.

29. Mendacium ex propriis loquilur, quia mendax est et pater ejus, dit saint Jean. Qu'on se rappelle le vere Pape Satan, et l'on saura de quel démon Dante entend parler ici. Son but, du reste, en faisant ici mention de Bologne, pays natal des deux frères de sainte Marie , est de diriger la pensée vers cette ville, où tout porte à croire qu'il chercha d'abord un refuge

après la mort de son Empereur bienaimé, et où un parti assez nombreux, dans les hautes classes, était fort mal disposé à l'égard du pape et des Noirs.

30. Ces grands pas indiquent la rapidité avec laquelle Dante dut alors s'éloigner de la Toscane et des États ponUûcaux, où il n'était pas en sûreté.

En ce temps de Tannée encore dans l'enfance, Où le soleil se baigne à l'urne du Verseau , Et quand déjà les nuits abrègent la distance Entre l'aube et le soir * ; quand le givre nouveau A de sa blanche sœur sur terre empreint l'image * ; Le rustre au dépourvu , resté loin du hameau , Sous les frimas qui voit blanchir le voisinage, Laisse tomber ses bras , en regardant surpris l. Le cœur gros , il reprend le chemin du logis Et va, vient, désolé, sans Irop savoir que faire *. Puis, tout à coup, l'espoir ranime ses esprits; Un instant a changé tout l'aspect de la terre 5 : Prenant donc aussitôt houlette et pannetière, Il part , au pâturage en chassant ses brebis e.

1. Entre janvier et février, épo- la confiscation de ses biens lui enque à laquelle le parti des Noirs leva toutes ressources au uiomvnt l'emporta dans Florence sur celui où 11 s'y attendait le moins. L*»s des Blancs. En effet, la sentence Blancs, réduits à s'enfuir de Klode condamnation prononcée contre renée, se dispersèrent alors dans les Dante est précisément du 27 janvier environs, et l'on vit la campagna 1302. bianchiggiar tut ta.

2. Le givre, frère de la neige, de- 4. 11 revint en effet vers Florence vient ainsi l'image de la faction sans pouvoir y rentrer.

blanche à laquelle le poète veut 5. Yeggcndo il M os do axer can-

faire allusion, car tout ce qui suit giata faccia. C'est-à-dire que le

est historique. prince du Monde venait de changer,

3. Lorsque l'arrêt d'exil atteignit Benoit XI, favorable aux Blancs, Banlc, Il se trouvait à Rome, pour y ayant succédé ù Boni face VIIItralter des intérêts de son parti, et 6- Réunissant alors ce qui lui

Ainsi m'avait atteint le souci r quand je vis Sur le front de mon maître un nuage s'épandre ; Mais le baume fut prompt sur la plaie à s'étendre \ Près du pont en débris & peine arrivions-nous \ Que mon guide vers moi se tourna, de l'air doux Qu'il me montrait naguère au pied de la colline '. 11 m'ouvrit ses deux bras , après avoir d'abord D'un regard attentif observé la ruine, A tout réfléchi; puis, m'enleva sans effort10. Comme un homme prudent, en agissant qui pense, Et dont semble pourvoir à tout la prévoyance, Lorsqu'il m'avait porté sur un fragment de roc, Si, moins haut, à ses yeux s'offrait quelque autre bloc : — Va , disait-il , gravis celui-ci sans mon aide ; Sonde-le bien, de peur qu'à ton poids il ne cède*1.

reste de ressources, Dante se met à la télé de ceux qui sont restés fidèles et leur fait partager ses espérance! d'un meilleur avenir, ce leurre éternel des exilés.

7. Lorsqu'il trouva un protecteur dans le cardinal de Prato, dont nous avons vu Virgile jouer le rôle avec les Malesgrlffes, ces Noirs suivants de Maono Branca, de Jacopo Ricci et de Corso DonaU. Exilé comme Blanc, son gibelinisme lui valut la faveur du prince de l'Église, chargé par Benoit XI de le rendre à sa patrie; tel fut le baume qui lui apporta soulagement dans ses peines.

9. Nous passons ici d'une époque critique de la vie si agitée de Dante à une autre encore plus critique; car, loin de suivre un ordre chronologique, c'est pour ainsi dire à bâtons rompus que le poète jette ça et là , comme un chapitre de ses mémoires d'outre- tombe , témoin l'épiM)dc de Dite et celui des Males- Krifle*.

9. Lorsqu'il le rencontra prêt à rentrer dans la forêt sauvage. .

10. Nous avons déjà remarqué plusieurs fols cette figure habituelle au poète , qui , dans les circonstances difficiles, se représente emporté dans les bras de Virgile, afin d'indiquer le secours puissant que lui procurait son langage mystérieux , pour triompher d'obstacles sans cesse renaissants sous ses pas.

11. L'histoire nous dit qu'après la mort de Henri VII, Dante s'en fut errant çà et là, demandant et trouvant asile ches plusieurs Guelfes influents. Telles sont les grosses pierres auxquelles il s'accroche successivement, *'<igrappa % non sans avoir eu soin de les sonder d'abord , pour s'assurer qu'il pouvait s'y confier, s'è talch'tlla H reggia. L'intervention de Virgile nous donne la preuve que ces chef», bien qu'opposas à l'Empire , entendaient le langage des *ertaire>, dont ils partageaient les vues quant a une réforme religieuse.

494 l'enfer.

Pour gens vêtus de plomb n'était pas le chemin " ; Car c'est au plus si, moi, soutenu par sa main, Lui, léger comme l'air, de saillie en saillie , Nous pouvions nous hisser avec peine infinie ". Et certes , si la côte à franchir n'eût été Bien plus courte par là que de l'autre côté, J'étais perdu ; fût-il, lui, pour s'ouvrir passage1*. Mais, comme vers le puits, qui s'enfonce profond, Toujours en Rabaissant les Malespoches vont, De vallon en vallon ; chaque berge s'étage, L'une plus haute et l'autre moins , en déclinant ".

Nous arrivons enfin sur le point culminant Où la dernière pierre en place est ébranlée ; Mais je sens ma poitrine à tel point essoufflée Que là, n'en pouvant plus, aussitôt je m'assieds ".

Désormais , dit le maître , il faut fouler aux piedt Toute lâche mollesse : étendu sur la plume, A l'ombre des rideaux, on n'acquiert point ur Sans la gloire se perd la vie et se consume , Sur terre en ne laissant ni trace ni sillon , Comme en l'air la fumée et sur les flots l'éeum*1. Lève-toi donc, surmonte etjatigUtë et tqrprur ;

12- Les hypocrites n'étaient pas 16. La pen:< ]u niai entraînant

bien venus chez les Guelfes .affiliés sans cesse «vîu: .ni s'est une fois

.à J'Albigéisme , gens partisans du écarté du l.iev. progrès. 18. Si l'on recherchait bien quelle

13. Image des difficultés et des peut être cette dernière pierre qui périls contre lesquels avait fi lutter si scoscende , on découvrirait proie proscrit, bablement qu'elle désigne un per-

14* La costa eorta indiqueque du sonnage important du parti guelfe ,

côté où il se dirigeait, *ur la côte de assez disposé à l'abandonner, et

la Luniglane , il n'avait qu'un court près duquel Dante , fatigué de tant

trajet à parcourir pour atteindre des d'épreuves, aurait été tenté de rester

terres gibelines, tandis qu'il n'en en se tenant .désormais à l'écart de

aurait pas été ainsi du côté opposé la lutte des partis. Ainsi se trouve-

où .11 serait tombé, après un trajet rait motivée l'allocution solennelle

plus long', sur le territoire napo- que le poète se fait adresser par

litain. Virgile.

CHANT XXIV. }9p

Que l'âme, en tout conflit dont l'effort est vainqueur,

Quand ne s'affaisse pas sa charge corporelle ,

Reprenne le dessus. Il ne te suffit pas

Loin de ces réprouvés d'avoir porté tes pas,

Il te reste à gravir une plus longue échelle

Que celle où te soutint le secours de mon bras 17 ;

Si donc tu me comprends, fais que l'avis te serve ".

Je me lève, montrant au maître qui m'observe Plus de vaillance encor que je n'en sens au cœur. —Va, dis-je, en moi renaît et courage et vigueur. — Nous partons donc, suivant notre route escarpée , Plus rude encor que l'autre et de rochers coupée. Pour ne pas sembler faible, en marchant je parlais lf.

De l'autre fosse alors , au bord comme j'allais, S'élève un voix rauque, à la parole amère. Je ne puis rien saisir de ce qu'elle profère , Bien qu'au plus haut du pont je me sois arrêté. Mais celui qui parlait paraissait irrite. Je me penche du bord, mais ma vivante vue N'atteignait pas au fond voilé d'obscurité ".

Maître, dis-je, passons de cet autre côté, Où le mur est plus bas. Dans la sombre étendue , De même que j'entends sans comprendre, d'ici, Sans distinguer, mes yeux vont regardant aussi.

Je n'ai, répondit-il, d'autre réponse à faire Que d'agir à ton gré. Lorsqu'un désir, ainsi

17. Si scende per cotait scale, a de triompher de ce pouvoir de dit Virgile monté sur Géryon (ch. l'Église, qui ne cessera de s'opposer xvu) , et de même : Per cotali scale de tous ses efforts au rétablissement conrense dipartir da tanto maie, effectif du saint Empire romain, dira-t-il à la An du xxxiv chant. 19. Non-seulement il parlait du- II ne suffit pas d'avoir rompu en- rant les courses errantes de l'exil , fièrement avec le parti guelfe, il faut niais encore il écri\ait.

encore le vaincre , et , pour y par- 20. Ses yeux de Gibelin honnête

venir, ne te donner ni trêve ni homme ne pouvaient pénétrer la

repos. profonde malice des Guelfes , dont

18. Si tu comprends qu'il s'agit il fait ici des voleurs frauduleux,

L ENFER

Est honnête , il le faut exaucer et se taire ".

Descendus donc du pont sur le mur de support, Où l'arche , en se courbant , joint le huitième bord, De là, je découvris la fosse tout entière , De serpents venimeux, effroyable repaire, Si variés d'aspects , si hideux , que mon sang Dans mes veines se glace encore en y pensant ". Qu'on ne nous parle plus des sables de Libye , Produisant scorpions , chélydres , basilics , Cérastes et phares , amphisbènes , aspics ; L'Egypte, le désert, l'ardente Ethiopie, N'ont jamais enfanté des monstres si nombreux !

Parmi ces rangs épais de reptiles affreux Courent des gens tout nus , en proie à l'épouvante , Sans espoir qu'à leurs yeux quelque abri se présente , Ou bien l'hélitropie ". Arrière, leurs deux mains Sont des nœuds d'un serpent étroitement pressées, Et sa tête et sa queue, en leurs reins enfoncées, Ressortent par-devant, s'enlaçant sur leurs seins ".

21. On se rappelle que la parola onesta est le langage sectaire ; tout ce qui était conforme à la raison , en opposition à la fol , était essentiellement honnête; mais les inquisiteurs de la foi ayant, l'oreille ouverte, tout ce que faisaient les gens honnêtes devait s'accomplir dans un profond silence.

22. Ceux qui l'avaient banni de ses foyers, flétri, condamné à mort, exproprié, ne pouvaient que lui Inspirer un sentiment d'horreur comparable à celui que fait éprouver la vue des reptiles.

23. Ce talisman que Dante appelle hëlitropie, composé de deux mots grecs qui signifient image «lu soleil, n'est antre chose qui; lu raison parlée dans le langage sectaire ; c'ebt la

pierre philosophale , c'est le chaton de l'anneau d'Angélique , qui , mis dans la bouche , avait la propriété de rendre invisible. Aussi Boccacc nous dit-il : L'hélitropie est une pierre de grande vertu , car celui qui en est porteur n'est vu de personne (Journ. vi», nouv. 3) ; d'où suit que ces damnés n'avalent pas, pour se dérober aux reptiles venimeux qui les torturaient, la ressource du langage sectaire, dont ne pouvaient faire usage ceux qui avaient abdiqué l'usage de leur raison.

24. Esclaves de Rome, leurs mains sont liées par celui qui a le pouvoir de lier et de délier. Le man dietro arean légale, La tête et la queue «lu serpent sont groupées par-devani ,

Sur un, de notre bord , dans la foule perverse Qui passait, un aspic fond soudain et le perce A l'endroit où le col aux épaules s'unit. Le temps d'écrire un 0 , de tracer rien qu'un I , Il s'embrasa, brûla , tomba réduit en cendre ". Cette cendre aussitôt, qui vient de se répandre A terre , s'y rassemble, et ce corps tout détruit Se reforme, se lève, à l'instant reproduit ".

Ainsi, si l'on en croit maint grand et docte maître, Après cinq siècles meurt le Phœnix pour renaître, N'ayant vécu jamais ni d'herbe ni de grain , Mais de larmes d'encens, d'amome; puis enfin Se dressant un bûcher de nard pur et de myrrhe *7.

De même, lorsqu'on voit un homme choir soudain Sous l'effort du démon , à terre qui le tire , Sans qu'il sache comment, ou maléficié Par quelle obstruction dont l'effet l'a lié " ; A peine de ses sens il a repris l'empire, Qu'il se lève, regarde à l'en tour, étonné,

aggroppate, faute d'avoir osé écrire 26. C'est le même aspect, ce n'es

incrocciate. Nous retrouverons le plus le même homme , le Guelfe a

serpent au en. vm du Purg. remplacé le Gibelin. Nous avons été

2S. Celui qui était de leur bord, témoins de ces transformations à

da NOSTRA proda, était un déserteur ™e.

du parti gibelin. L'effet du venin 27 A côté de ,a lran8muiaUon

guelfe, qui lui est inocule j>ar la mor- du G!bdill abruli y le poéle a wln

rare de l'aspic, est tel qu'en moins de nou8 offrlr ceUe du phénix, gym-

de temps qu'il n'en faut pour tracer bole de la régénération de l'initié, la première et la dernière lettre

d'Orsini, ou la première et la der- 28. Rien de plus clair. Ceux-là

nière de lanlconi , noms d'ennemis qui se laissent lier par le pontife, qui

acharnés de Henri VII (voir Ferreto prétend à tort exercer ce pouvoir sur

de Vicence , liv. v , et Mussato) , il la terre et dans le Ciel, cèdent à l'in-

s'embrase de la flamme du fana- fluence diabolique, au démon qui

Usine et 11 ne reste que cendre de les fait tomber, autrement dit & une

ses anciennes opinions ; puis le obstruction de la raison qui permet

même individu réparait sous les de les lier. C'est la seconde fois que

mêmes traits, mais tout autre quant revient ce verbe legare, pour repro-

à sa manière de penser et d'agir. dulrc la même idée anticathollque.

Et, tout en regardant, plein d'angoisse il soupire : De même relevé, s'étonne le pécheur lf .

0 Justice de Dieu, que grande est ta rigueur, Et que par de tels coups ta vengeance est certaine " !

Mon guide à ce damné deïnanda son pays, Son nom. Il répondit : — De Toscane je suis, De là, je fus lancé dans ce hideux domaine M, N'est pas longtemps encof. Brutale et non humaine Fut ma vie en tout point, et me plut d'être ainsi, Né mulet que j'étais. Tu vois Vanni Fucci, Brute , à qui fut Pistoie un bien digne repaire ".

Et moi : — Commande-lui de ne s'éloigner pas, Et de dire quel crime il expie icf-bas; Car je l'ai vu jadis violent, sanguinaire J3.

Le pécheur m'entendit. Sans chercher le mystère, Vers moi se retournant , il me montre ses traits, Où sous la honte aussi perçaient d'amers regrets. Puis il dit : — M'est plus rude en pareille misère D'être ainsi vu par toi dans le fond des enfers, . Que d'avoir délaissé l'autre vie et la terre **.

29. La docilité envers l'Église est et que les Gibelins sectaires seuls ainsi comparée à l'espèce d'étonné- sont des hommes, des humains, des ment hébété qu'on remarque chez vivants , paroe qu'ils n'obéissent les épiieptiques au moment où leur qu'à la raison. Ce Vanni Fucci était aeeès vient de cesser. un mulet aux veux de Dante, parce

30. Car c'est par de tels coups de que passé des Gibelins aut Guelfes, pinceau que le poète se constituait ses opinions politiques et religieuses l'exécuteur de la justice de son Dieu, faisaient de lui une brute. Le mulet vengeait la mort de son Messie. de Pistoie fait pendant au MinoUure

3 1 . Littéralement : In questa gola de Créti et aux Centaures. La pensée fera , dans cette gueule de bête fé- se modifie , mais elle reste la même roce. au fond. Fucci va se dire deW altra

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