‹ La comédie de DanteChapitre 5 sur 19 · Auguste, vainqueur d'Antoine à Péronsc et à Modènc · texte numérisé non relu

Auguste, vainqueur d'Antoine à Péronsc et à Modènc

....Sa main forte et sage Des portes de Janusfit se clore Vairain.

17. Tant de merveilles ont été opérées sous les auspices de l'aigle romaine, parce que les empereurs réunissaient les deux pouvoirs spirituel et temporel et qu*à la souveraineté politi(|uc ils joignaient, comme grands pontifes, la suprême autorité religieuse usurpée par les Papes.

Lut concéda la gloire, au gré de la sentence

Et du courroux d'en hautt d*exer^er sa vengeance.

18. Ponce Pilate, délégué de Tibère, qui portait alors Taiglc impériale, vengea sous ce symbole sacré roffcnsc du péché originel, cd frappant dans Jésus-Christ une victime volontaire. Or, nous dit Dante, cet acte de justice terrestre est la preuve évidente que le peuple romain était prédestiné par Dieu à l'empire de la terre, ad imperandum ordinatus; car si Fempire romain ne s'étendait pas de jure sur le genre humain tout entier, Jésus-Christ, condamné aa supplice par la sentence d'un juge romain, ne serait pas mort par le fait du genre humain tout entier, ayant l'empereur pour représentant, et il n'aurait pu dès lors racheter tous les hommes du péché originel, Christus ttascendo prœsumpsit injusium.., et peccatwn Adcc in Christo non fuit punàunu (De Monarchia, II.)

Plus tard, a^^ec Titus, il courut sans merci Châtier Us vengeurs de la première offense.

19. L'aigle châtia sur les Juifs assiégés dans Jérusalem ceux qui avaient été les instruments de la Passion du Juste, mort pour cipier l'offense du péché originel.

....On voit Charlemagne vainqueur, Sous ses ailest bientôt lui prêter assistance.

20. En triomphant de Didier, roi des î/)mbard.s, contre lequel il

a?aît ^*ié appelé, par le pape Adrien, à défendre le saint-siége, en 77S. L*aîgle n'aurait pas alors attendu la consécration pontiGcale poar couvrir le roi frank de ses ailes, puisque Léon III ne plaça sur son front la couronne impériale qu'en 800; ce qui prouverait, au besoin, combien le sacro-saint oiseau tenait peu compte de l'autorité spirituelle.

....Cetto; que tout à Vhe%ire encore j*accuiais.

21. Les Gibelins purs, indifférents à la question religieuse; mais surtout les Guelfes, catholiques quand même, les ultrapapistes, prédécesseurs de nos ultramontains, étaient aux yeux de Dante la cause de tous les maux de l'Italie, son caggion di tutti i vastrimalû Faute de pouvoir faire nettement cette distinction, il la donnait à entendre de son mieux. {Vay. Ent, xvi, note 6.)

La bannière aux lis d*or , etc.

22. La politique de la France la portant constamment à soutenir ksaint-siége, pour empêcher l'Allemagne d'étendre son influence sur ritalie, et Charles II d'Anjou, roi de Naples, étant toujours prêt à répondre à l'appel des Guelfes.

Dans un lut humain,

D^intérét de farti Vautre te l'approprie.

23. Les mots appropria quello a parte font bien comprendre que, pour Dante, l'intérêt religieux était au-dessus de l'intérêt de parti, et qu'il ne reconnaissait pour ses frères que les sectaires voulant, comme lui, rendre à l'Empire sa double suprématie, à l'aide d'une révolution religieuse, politique et sociale.

.... Ce signe propire Convient mal à qui laisse à Vécart la justice.

2(i. Il ne saurait convenir aux Gibelins orthodoxes , aux politiques, indifférents à la question religieuse ; car l'aigle, qui a exercé sa justice sur la divinité elle-même, dans la personne de Jésus- Christ, répudie ceux qui reconnaissent une autre justice rivale de la sienne, chi la ghtstizia e L. vi diparte.

Qu'avec ses Guelfes n'ait à tenter Charles deux, etc.

25. Le crime de Charles d*Anjou, père de Charles II, fut d*avoir Vaincu Manfred , fils de Frédéric H , et d*aYoir accepté du ponlife t^main la couronne de Naples, usurpée sur Conradin; celui du fils, fidèle à la même politique, fut d*étre resté dévoué au saiot-siégc.

Pour arborer ses lis il ne doit fos songer De bannière jamais que DieureuiUe changer.

26. Dieu ne désertera pas la cause de la justice, dont Faigle est le symbole, pour celle de l'iniquité et de la spoliation , en passant BOUS la bannière du prince guelfe. Mais, si la bannière de Dieu est celle qui porte Taigle, de qui sera celle qui porte la croix et les clefs de saint Pierre? Vexilla regù infemi, telle esl la réponse de Dante à celte question. {Enf. xxxiv.)

.....Tendus vers ce but^ les désirs excessif s S'écartent de leurveie, et s'élèvent moins «t/«, etc.

27. Ceux qui , dans leur vie active , se sont proposé pour but la gloire, ont dévié d'autant du véritable amour ; ils sont donc placés au Ciel dans un rang moins élevé que les esprits contemplatifs ou les solitaires, que nous connaîtrons bientôt, et il leur faut se contenter d*y avoir en partage une petite étoile, picciola Stella.

Sans le juger ni plus ni moins considérable.

28. Dans cette utopie de la monarchie universelle, chacun devait être satisfait de la part qui lui serait faite, sans jamais s'exagérer les services rendus, sans que le mécontentement ou Tcnvic pût engendrer rien de répréhensible. Dante oublie un peu que c'est un bienheureux qui parle, lorsqu'il loi fait dire : Non si puote giammaitorcer ad cUcuna nequizia. Comment une mauvaise pensée naîtrait-elle dans le Paradis ?

Comme diverses voix forment de doux concerts, etc.

29. I3ne hiérarchie étant nécessaire, même au sein de l'égalité, il y â des rangs plus ou moins élevés dans le Paradis; il devra donc en être de même dans la monarchie universelle.

CHANT yi. 886

.... BomieUf dont grand fut Vauitriet glorieux* 30. Il nous est impossible de découTrir quel rapport peut ayoir TcBUfre de Romiea de Villeneuve avec la question de hiérarcbie. D'autres auront peut-être plus de perspicacité.

^aiê Vingrat Provençal déchatné contre lui N*0uê guin à s'applaudir, e(ew

St. Ma i Prtmenzdlt non hanno riso. Ces mois sont employés ici évideminent en tue de la formule maçonnique : t j'ai pleuré et j'ai ri ; » les Provençaux ayant dû passer de la Gaie science albifieoiae à l'orthodoxie romaine.

Si Raymond Bérenger de quatre JtUes père Put voir chacune reine, etc.

S2. Marguerite, mariée à Louis IX: Éléonore» I Henri III d'Angleterre ; Sancta, à Richard, duc de Comouailles, élu roi des Ro* mains; et Béatrice, à Charles d'Anjou, roi de Fouille.

Son nom, déjà hué^ U êerait dawmtageé

3d. A en croire les commentateurs , Romeo ou Romieu de Villeneuve, nccoeilli par Raymond Bérenger, lorsqu'il revenait d'un pèlerinage à Salnt-Jacques-de-ComposteUe, aurait contribué par ses talents , son zèle et sa probité,* à rendre le comte de Provence assez riche et assez puissant pour marier ses filles à quatre rois ; mais l'ingratitude de Bérenger aurait réduit ce royal serviteur à la mendidté. (CL L'Ottimo, Benvenuto d'Imola, Villani, ht. Fior. Tl, 92.) C'est là évidemment une légende allégorique.

Voici maintenant ce que dit l'histoire : Né vers 1170, Romieu de VilleaeuTe mérita , par ses services administratifs et militaires , la confiance que lui avait accordée Raymond Bérenger IV, comte de Provence, de la maison de Barcelonne. Il se rendit maître de Nice, qui, de concert avec Marseille, Arles, Avignon, s'était révoltée contre son suzerain et qui, malgré l'assistance des Génois, fut forcée de se rendre le 0 novembre 1229. Il réunit aux fonctions de ministre principal les titres de connétable et de grand sénéchal de Provence. Après avoir contribué par son habileté à marier l'aioée des filles de son maître an roi de France , la seconde au roi d'Angleterre et la troisième au comte de ComoualUcs, qui fut Richard OBiir-de-Lion« il avait décidé Raymond à léguer par testament tout

son domaine à Béatrice, la plus jeune , afin d'éviter le morcellement de ia Provence. En conséquence , le comte s'élant réconcilié, au concile de Lyon, avec Raymond VII de Toulouse, son ancien ennemi, un projet d'union entre ce prince et Béatrice de Provence fut arrêté entre eux et obtint l'approbation chaleureuse du pape Innocent lY. Mais aussitôt après son retour du concile (1265), le comte de Provence mourut et institua, par son testament, Romieu de Villeneuve tuteur de Béatrice et régent de la Provence. Ce fut donc ce dernier qui, dans le plein exercice de sa puissance, négocia le mariage de cette princesse avec Charles d'Anjou. (Cf. Bouche, Hisu de Provence , Il , 242-26i!i ; l>. Vaissette , HisU du Languedoc , I. XXV, c. 91, 92; G. de Puylaureiis, c. k^\ La Salle, Essai sur l'hÙL des conues de Provence; Baudier, Hist, de C administration de Romieu de Villeneuve,)

Il y a certes loin de là à la légende des commentateurs, intentée pour venir à l'appui de la version de Dante. Romieu de Villeneuve ne quitta pas la Provence pauvre et affaibli par l'âge, il conserva sa puissance et ses honneurs avec la confiance de son maître, auquel il survécut , et put consommer la réunion de la Provence à la couronne de France. Dante a donc faussé sciemment l'histoire en ce qui le concerne , comme il l'n fait pour Françoise de Rimini , pour IJgolin , pour Stace , et s'est prévalu de son nom pour personnifier en loi l'albigéisme chez cette population provençale, dont l'activité et rindustrie avaient contribué si puissamment à la grandeur de ses princes. Nous avons dit ( p. 66 des Révél.) , d'après l'explication donnée par Dante lui-môme dans la Vita nova, ce qu'il fallait entendre par cette qualification de Romieu. « Les hérétiques de France, dit aussi C. Schmidt , dans sa savante histoire des Cathares, visitaient leurs frères d'Italie sous feinte de pèlerinages à Rome. C'est ce qui eut lien notamment à l'époque du jubilé de l.)00, et ils prenaient alors le titre de Romieux, De même ceux de l'Italie visitaient leurs frères de Provence, sous prétexte du pèlerinage à Saint- Jacques-de-Compostelle en Galice. » Ce fut, en effet, le prétexte dont se servit V épicurien G. Cavalcanti pour se rendre à Toulouse, où il s'éprit de cette dame, dont les yeux rayonnants lui rappelaient ceux de la dame mystérieuse dont il était, à Florence, le servant dévoué {v, lesRéveL ). Il semble que Dante, si hostile à la France et à la maison de Valois , aurait dû garder rancune au grand sénéchal pour s'être joué de Raymond VII et avoir fait épouser l'héritière de la Provence à Charies d'Anjou ; mais non , il manifeste

le plus lendre intérêt pour des malheurs que ee ministre habile nVut jamais à subir, taudis qu'ils éprouvèrent cruellemonl le peuple albigeois. C'est que, pour lui , ce peuple se compose de Romicux, de citoyens de la nouvelle Jérusalem , de la cité nouvelle, Villa nava^ réduits à subir le masque catholique et récompensés de leurs loyaux services par l'exil et la misère. On pourrait même croire que, par ce nom de Raymond Bérenger, il a cherché à faire confusion entre ces deux rivaux , les comtes de Provence et de Toulouse, qui le |X)rtaient également; tous deux coupables à ses yeux d'injustes rigueurs envers les Albigeois, auxquels ils étaient redevables de leur grandeur ; tous deux ayant à se reprocher la même lâcheté dans leur conduite politique, quoique sachant au besoin payer bravement de leur personne sur les champs de bataille.

GHAHT YII.

Hosanna, Jehovah, Domine Sabaoth.

1. Ce mélange de mots hébreux et latins si étrangement mis dans la bouche del-empereur Justinien, doit rappeler à tous ceux aux mains de qui sont tombés des livres de franc-maçonuerie, le fréquent usage des termes hébraïques dans les cérémonies aflectécs aux divers grades. Nous croirions volontiers que la pensée du poêle était de don* ner à entendre par ce langage mixte, que la secte politico-religieuse à laquelle il appartenait, née en Syrie et en Palestine d'où les Templiers avaient rapporté le gnosticisme albigeois, se rattachait par des liens mystérieux au parti impérialiste latin, à celui qui rêvait la restauration de l'Empire universel.

C'est ainsi que chanta la brillante substance A la double clarté^ etc.

2. I<a double splendeur qui revêt cette substance symbolique caractérise précisément le double but que la secte se proposait d'attein* dre : la suprématie religieuse et politique aux mains d'un empereur;, c'est pour cela qu'il est dit d'elle s'induà^ c'est pour cela que, sainte, eUe se ment avec sa Cour de justice, sa Rote, sua Ruoia.

...«C* rêêpêot profcnd, auquel rien n^eit pareil,

Qui ioul entier pour B. me domine et pour I.C.Bt elc,

S. Lisez : pour Béatrice, B. et ponr lesus Christo, Enrico, autrement dit I. ('. £., ou Henri de Luxembourg, le Christ, le Sauveur de ritalie, ces initiales résumant la . foi religieuse et politique du poète. Voyez en preuve sa lettre aux princes et aux peuples de l'Italie. Dante n'emploie qu'une fois dans le poème cette abréviation familière du nom de Béatrice, et cela précisément au moment où il proteste pour elle de son profond et constant respect, ce qui implique contradiction : ajoutons qu'une pareille affectation de sa part à jouer avec les lettres ne peut avoir eu qu'un motif des plus graves* (Vay, p. 225 et 226 des RèvéL)

El laissant rayonner un sourire en ses yeux, etc.

U. Comment Béatrice, qui a pleuré dans TEnfer sur les dangers dont son fidèle était menacé, et que nous avons vue si désolée dans le Purgatoire, après l'enlèvement de son saint-siége, ne rirait-elle pas de bon cœur dans le Paradis, lorsqu'elle vient d'entendre Justinien, frauduleusement canonisé, débiter un résumé du premier livre de Monarchia, puis glorifier rhéroîsme du généreux peuple albigeois sous le pseudonyme de Romieu de Villeneuve?

Tel qu'il inonderait de joie au setn des feux.

5. Aussi Virgile lui disait-il, au moment où il lui faisait subir le baptême de feu : GU occhi suoi già veder parmi, (Purg. xxvil.)

..,, Comment fut justement frappée Une juste tengeance, elo,

6. Justinien a dit, au sujet de la ruine de Jérusalem explant le supplice du Rédempteur : Con Tito {l'aquila) corse a far vendetta del peccato antico.

L'homme en des flancs mortels qui ne prit pas naissance, elc»

lé Le péché du premier homme ayant damné sa postérité tout eatière, l'intervention du Verbe était nécessaire à sa rédemption.

Ou du Dieu tout-puissant le Verbe descendit.

8. Voy. saint Thomas, Sum. tkeoL, p. 1, quaest 95, art. 1, q. 100,

art. 1 , p. II, 2; qqaest, 82, art. 1; q. 163, art, 1, et Hugues de Saint- Victor, Erud, thçoL de sacr.j, lib. i, p. VI, çjip, 28, 3B; P- vii, cap* 34. Uw ne vous fies pas à tout ce début oribodcoKOi

Et ce fut l'œuvre en lui de l'étemel amour.

9. La réunion de la nature divine à la nature pécheresse ne pou* vait être que l'œuvre 4^ rétarnel an)our«

Ne pouvait certes pas sévir plus justement.

10. Rien de plus juste que d'infliger un châtiment à la nature qui s*éuiit souillée par le péché.

Ne fut jamais aussi de ^lus grande injustice.

11. Rien de plus injuste, d'autre part, que de châtier (a nature divine du méfait imputable à la seule nature bun^îiiuQ. (Voy^ Summçt theoLjf p. m, quaest. 14 et 15.)

De cette m^t où Dieu se complut, le Juifritt etc* 12. Je serais plein de gratitude pour le théologien qui parviendrait à ni'expiiquer dans quelle pensée orthodoxe le poêle a pu aussi étrangement associer Dieu et les Juifs dans un même sentiment de joie h l'occasion de la mort du Rédempteur 7 il Dio ed a Giiudei piacque una morte.

.... Une juste vengeance Châtiée elU'méme avec juste motif,

13. Comme toujours, l'explication de Béatrice est des plue nébuleuses et n'explique rien. Dante, à l'exemple d'Abélard, dans son sic et noriy s'arrange pour poser dans toute leur force les questions soulevées par le rationalisme sur l'origine du mal, sur la prescience divine, sur le libre arbitre et sur la rédemption, sans les résoudre de manière à porter la lumière dans l'esprit. Il s'arrête longuement sur ce jeu de mots d'une juste vengeance tirée d'un juste châtiment, sans se mettre le moins du monde en peine d'établir ni l'une ni l'autre des deux proposition^.

Pourquoi d*un tel inoyenjil-il choix commt père ? C*eit un décret qui reste impénétrable, frèrct etc.

ili. Béatrice ne nous a pas accoutumé à tant de défiance d'ellemême. Il fallait que la question lui parût bien difficile à traiter, sans laisser percer le fond dé cette pensée gnostique, que le Christ n*au« ralt souffert qu'en apparence.

Sache pourquoi ce fut U plus digne moyen.

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