‹ La comédie de DanteChapitre 4 sur 19 · ILLUMINÉ A GIORNO · texte numérisé non relu

ILLUMINÉ A GIORNO

L*£nfer nous a montré le monde soumis à la domination pontificale, à Satan roi ; c'est le premier acte de la Comédie ; le second DoagaoQèrt, dans le Purgatoire, l'antagonisme du mensonge et de la vérité, de la sainte et de la prostituée ; on a vu la foi qui sauve, la reii* gion d'amour, exposée aux avanies de la religion de haine, de la foi qoi perd, et cette foi, personnifiée dans Béatrice, versant des larmes amères au triomphe momentané de sa rivale détestée. Péripétie complète au troisième acte. La victoire y reste enfin, à la religion de rÉfangile, à la théologie que la raison éclaire, ù la gnose apostolique. Après la lutte le triomphe.

le Paradis, dans lequel nous entrons à la suite du poète, est donc la contre-partie de TEnler. En opposition au royaume des ténèbres romaines, il va faire resplendir à nos yeux le royaume des Saints, iss Parfaits, où rayonne la lumière gnostique-albigeoise, il regno icaito, dont il fera un ciel divisé en autant de régions planétaires que Tordre du Temple reconstitué comprenait de grades dans son organisation secrète. Comme Swedenborg {voy, pp. 100 et suiv. des Rcvéi(Ums), il va voir les anges, les élus. Dieu lui-même.

Cela entendu, nous entrons en matière; mais afin d'avoir paix, an nioins sur ce chef, avec nos adversaires qui se récrient contre ces qualifications de gnostîques, d'albigeoises, de cathares, etc. , données par noQS aux doctrines dantesques ; nous leur apprendrons, puisqu'ils l'ignorent, que les docteurs orthodoxes désignent par ces noms divers

les opinions religieuses dont nous nous occupons et dont la plupart leur paraissaient entachées de manichéisme. Ils peuvent s'en convaincre en consultant Bossuet {Hist, des variations, livre XJ, note *, p. 516, éd. Charpentier). Nous les prévenons donc que nous continuerons à employer indilTéremment les mots vaùdois et albigeois qui, pour nous, sont synonymes, malgré les distinctions signalées par l'évêque de Meaux, et même par Al. C. Schmidt.

De eelui qui meut tout les sj)lendeurs in/lntes, elc,

1. C*est naturellement dans le Temple, dans le sanctuaire de TOrdre occulte, que resplendit le plus la gloire du monarque universel qui, de droit, est le moteur suprême, au spirituel comme au temporel. Celte gloire se reflète dans les loges aflitiées où elle brille d*un moindre éclat que dans le ciel, che piii disua luce prende, dans le suprême synode où Dante fut admis.

Des choses qu'on ne peut redire en ses récits, etc.

2. Le plus profond silence étant commandé, non pas seulement par une loi que sanctionnaient des serments terribles, mais encore par l'imminence de châtiments inévitables, tant de la part des frères que de la part de Tautorité dominante.

. ... Ctf qu*en ti haute spkhe Mon esprit recueillit de trésors purs d'erreur^ etc.

3. La mémoire avait les meilleures raisons pour ne pas se souvenir, c'est qu'il lui était impérieusement enjoint d'oublier en certains lieux et à Tégard de certaines personnes.

Sois propice^ Apollon, à ce dernier labeur.

fi. Dans l'Enfer, Dante a invoqué les Muses, dans le Purgatoire,

Calliope; ici, c'est Apollon-Soleil, dieu de la lumière, et, par ce

motif, appelé Divina virtii par le poêle, qui s'écrie : O buon ApoUo I

Le fils de Jupiter sera bien bon, en effet, d'exaucer sa prière et de

' l'aider à retracer les merveilles du Paradis évangélique.

Verse en moi, wueélu, cette valeur insigne

De ton laurier chéri qui fait qu'on se rend digne,

5. Dans le même ordre d'idées, Pétrarque devint l'amant de Laure ou de la Divina virtii, symbolisée par l'arbre d'Apollon , Lawo

otnato. Laurier lui-même, il devînt un vaso si fatto, vase digne de recevoir et de conserver la lumière mystique, non moins cfTicaconient que le Sainl-Graal des chevaliers templistes; vase parfait^ formé des mêmes clémenls et sortant de la même fabrique que le vaso perfetto dont Stace nous a signalé la Nature comme Fauteur toujours actif (Pg. XXV).

.... Vers tous deux désormais Je dois tendre, en courant U reste de Varène,

6. iprès avoir traité des choses de la terre, asservies par Tautorilc ihéocratique, il me faut aborder les choses du ciel sectaire régi par la raison et passer de Tun à l'autre, sous les yeux de Tennemi aux aguets. J'ai donc besoin d'une double habileté.

Du fourreau de sa ûhairfit sortir Marsyas.

7. En opérant d'une manière toute contraire, c'cst-à-dirc en épaississant sur moi le fotureau orthodoxe, la vagina, dont je prends soiodeme munir, mais ea faisant que, pour les adeptes, la chair se détache des os, l'esprit de la matière, la vérité de la fiction : c'est ainsi que l'Apollon provençal finira par triompher des Marsyas catholiques.

A ton arbre sacré tu me verras vejitr, ttc,

8. L'amant de Béatrice, qui est toute science, amour et splendeur, Tami de Lucie, qui est et donne la lumière, ira s'incliner devant l'arbre du dieu de la lumière et se couronnera du feuillage de ce laurier M cher à Pétrarque. Du reste, il n'est pas à craindre qu'il soit infidèle dans ses tableaux, car l'image, l'otnbra, du bienheureux royaoïtte est segnata nel sua capo, et s'il n'en dit pas davantage, c'est qu'il oe le pourra.

.... Aux vils désirs humains La faute en est, la honte aussi, etc.

9. La muse albigeoise avait expiré sur le cadavre des troubadours provençaux, la muse italienne balbutiait timidement quelques chants d'amour, dont le sens réel échappait !i la foule ; les Césars laissaient insoucieusemeut peser sur rilalie la toute-puissance usurpée des pontifes; aussi le poète s'écrie-t-il : Colpa e vergogna deW umane voglie. Mais le vcues inspiré par la raison est venu, et peut-

être un César digne de ce nom ne se fera-t-il pas attendre; alors U Louve sera refoulée dans TEnfer. Alors la Gaie science fera éclorela joie, partorir letizia, sur le front de la joyeuse déilé Raison -Soleil, lieta deità. C'est ainsi que le Paradis catholique s'ouvre sous les auspices du gai savoir albigeois. S'il y a système, c'est apparemment chez Dante et non pas chez celui qui se borne à traduire sa pensée.

Un grand feu naît parfois d'étincelle léghe, etc.

10. L'incendie que le poète appelait de ses vœux, et des cendres duquel devait s'élever la nouvelle Jérusalem, ne s'est allume que deux siècles après lui; ces vents qui, sortant de la caverne d'c la Phocidc, inspiraient une fureur divine et faisaient rendre des oracles, ne se déchaînèrent qu'à l'appel de Martin Luther. Alors des milliers de voix, mais non pas migliori vocij s'élevèrent de toutes parts et se mirent à prier en langue vulgaire.

Du point où vont i'vnir, en dêuinant trois croix. Quatre cercles distinctSf etc.

11. A Téquinoxe de printemps, époque ordinaire des initiations, où la secte appliquait son sceau sur la cire molle des néophytes, qu'elle régénérait en les pétrissant à sa guise, pour les arracher au Priuce du monde, a suo fnodo tempera e sigilla la mondana cera; alors le soleil, dans le signe du Bélier, se levait au point où coule le Gange; le colure équinoxial se croisait avec l'équateur, comme aussi le zodiaque, et ce dernier avec l'horizon. Tout ce phœbus astrologique a pour but de rappeler l'Orient et les nombres en rapport avec certaines cérémonies rituelles dans le langage arcane. Peut-être aussi, comme le veut l'Ottimo, retrouvons-nous ici les sept nymphes-étoiles avec lesquelles nous avons fait connaissance dans le Purgatoire; les trois croix représentant les vertus religieuses, et les quatre cercles, les vertus civiles, partage des sectaires. On peut être certain, au surplus, que la migliore Stella n'est pas celle du catholicisme, car la lucema del mondoj qui brille en vain pour les catholiques, mortalij quoiqu'elle s'offre à eux de différents côtés, per diversi foci^ n'est en réalité que le flambeau de la raison en opposition avec Tautoriiê sacerdotale.

Une blanche clarté couvrait un liémisphère, etc.

12. Une partie de la terre voyait la lumière, l'autre était plongée

dans les ténèbres do catholicisme, cela s'entend de reste, Tutto era là bianeo^ e taltra parte nera.

Jamais un aigU ainsi n'y dirigea ses yeux, etc.

13. Béatrice, pensée doctrinale du poète, dont Taigle est le symbole tout à la fois politique et religieux, tient ses regards fixés sur le soleil raison, lucema dd mando, foyer lumineux qui l'attire, comme on rayon remontant k sa source. Et Dante l'imite, attendu que ses eoseignements, gli octhiy ont fait pénétrer dans son esprit, ihfuso neW imagine mia, sa manière d'opérer, Catto suo, et l'ont rendu apte à observer plus attentivement les lois de la raison qu'on ne le fait d'ordinaire, oUre al nostro uso. On voudra bien remarquer la comparaison du pèlerin allant par Toulouse à Saint-Jacques en Gal« lice, décidé k se convertir b la foi catholique, che tomar vuole. (Scbniidt, Hia. (Us Cath., l, ikk, d&8; n, 160.)

C'est qu'en effet ont là nos facultés mortelles, etc.

U. On comprend que les facultés intellectuelles soient aptes à prendre un bien plus grand essor dans le Temple, sous Fempire de la raison, qui est le lot de l'espèce humaine, que sous celui de l'autorité, qui ne fait qu'abrutir encore ceux « pour lesquels est perdu le bien de l'intelligence » (Enfer) et qui sont réduits k Tétat de brutes (Convlto). Ici est le monde catholique, où bien des choses n'étaient pas permises aux vertus des Parfaits, (jui non lece aile nostre viriù; b est le Temple, où ces vertus avaient libre carrière, molto licitof le Temple étant le vase parfait préparé par la Nature à l'intention de ceux qni suivent les lois de la raison, mercè del loco, propio deW mana specie, d'où les brutes orthodoxes sont nécessairement exclnes.

.... Comme si le seul maître Eût d'un autre soleil orné les vastes deux,

15. Les mille clartés que fait briller la raison au milieu des ténèbres de l'ignorance, comme un autre soleil, sont les sciences, qui ajoutent giorno a giorno* Celui qui a pour fout la science et pour guide la raison peut imponémcnt traverser la région de feu^ autrement dit rSofer, on les contrées sur lesquelles domine la loi ecclésiastique; il n'est besoin pour cela que de savoir employer certaines formes de bngage, ce qui constitue h grammahre, certames figures, ce qu'ap-

7i)3 LR PARADIS.

prend la rhëlorique, etc. Or nous allons voir le poète passer saccefrsivenieut par les dilTérentes sphères qu'il a soin de comparer, dans son Convito, aux sciences du trivium et du quadnviunu 11 ne s'agit que de le comprendre, et il a fait tout ce qu'il pouvait raisonnablement tenter pour nous y aider.

Sur elle uniqt^ement moi j'attachais mu yeux, etc.

16. Qu'il contemplât le soleil-raison ou Béatrice, sa pensée doctrinale, sa foi illuminée par la raison, le résulut était toujours le même.

Et l'effet que sur moi son aspect radieux Produisit, fut semblable à celui de cette herbe, etc.

17. Au livre iv, chap. xiv de sa Généalogie des dieux, Boccace nous dit que la magicienne Circé était une insigne prostituée, grande meretrice, et qu'elle aima, entre autres, Glaucus, dieu marin, dont le nom signifie terreur, atnd Glauco, dio matino, e Glauco risuona lo stesso che terrare. Le même Boccace^ commentateur de la divirw Comédie, dit dans sa neuvième églc^ue, où il fait figurer ce même dieu marin : « J'entends par Glaucus l'apôtre Pierre, car Glaucus était un pêcheur qui fut mis parmi les dieux marins, sic et Petrus piscator fuit, etc. Mais ce terrible Glaucus, d'après Boccace lui-même, fut l'amant d'une grande prostituée qui changeait les hommes en brutes; rappelez-vous Sémiramis^ Thaïs, Myrrha, la prostituée du ])aradis terrestre, reportez-vous au Convito, où Dante déclare que Thomme qui ne fait pas usage de sa raison est réduit à la condition des brutes, et vous pourrez conclure que Dante, après avoir suivi les voies du pêcheur Glaucus, dut à sa foi de s'élever au-dessus de ses frères et de devenir l'un des ministres de la religion d'amour, ce dont vous aurez plus lard bien plus d'une preuve, sans celles que nous avons signalées dans le Purgatoire.

Je voudrais qu'on put dire

Se transhumaoiser,....

18. Ceux à qui il est accordé de devenir anges, par leur r^éné-

ration dans une vie nouvelle commençant sous le signe du Bélier,

comprendront parfaitement, par l'exemple de Glaucus aimé d'une

courtisaune <iui changeait les hommes eu bêtes, que l'amour de

Béatrice, qui changeait les bêtes en hommes, en les éclairant et eu

CHAMT I. ' 793

leur rendant le libre usage de leur raison, étant elle-même tout aoioar, élevait Dante au-dessus de cette misérable humanité courbée soos le joug de l*Église, et faisait de lui un très-excellent ange, un être divin, un Parfait Aussi verrons-nous le poète ordonné par saint Pierre lui-mclme, après avoir été mitre et couronné par Virgile.

Amcnr, iu le sais, toi qui gouioeme* le ciel, etc,

i9. L'amour qui régit le ciel sectaire venait de régénérer le poète à sa lumière dans le Purgatoire, lieu d'épreuves et d'initiation, il lui avait infusé une Yie nouvelle, un nouvel esprit, novella mente, enfin il avait fait de lui un soleil-raison, attendu que, dans les mystères fflythriaques, l'initié représente le soleil. Si l'on traduit 50/ -par seulement et novella mente par récemment, on arrive à un non-sens. Mais CD aime mieux cela que d'admettre une version aussi naturelle et intelligible que celle-ci : Amour, toi qui gouvernes noUre ciel sectaire, tu sais si, grâce à ta lumière, qui m'élevait au-dessus de moimême, j'étais soleil, c'est-à-dire celui en qui tu avais créé un esprit nouveau.

De la ronde pow toi qu^un désir étemel, etc,

20. Admettez pour un moment qu'il s'agit ici de l'harmonie des ^res de Platon, réfutée par Aristote.

Tellement emhriué que n'a jamais, je pem«, Fleuve oupluie enfanté lac à ce point immense.

21. La roue de justice secuire, ntota, en opposition à la Rtwia, Rote pontificale ou roue de dame Fortune, se compose de toutes les provinces constituant l'organisation templière albigeoise avec leurs che£s hiérarchiques. C'est l'amour qui lui donne l'impulsion cons- Uole, perpétuelle, par le désir de voir son règne arriver, che tu desideraio simpiternij qui en dirige l'action et la répartit dans un ordre hiérarchique, Carmonia che temperî e discemi. Dante, entouré des nombreux dignitaires de l'Ordre, décoré de leurs insignes et joyaux, éclairé par les lumières de la raison, leur soleil, les compare, dans son enthousiasme de néophyte ou d'apôtre, à un lac embrasé.

Ces sons nouveaux pour moi, cette vas{e clarté, e(c.

21 Un langage différant complètement de celui que parlaient les

profanes, les papistes, une doctrine toute lumineuse onvrant à h raison affranchie une immense carrière : voilà ce qui constitue la novùà del suano et il gran Lume.

Aimi gt4« iu U crois, tu n'es plus sur la lerre, etc.

23. Béatrice, qui voit en lui comme lui-même, puisqu'elle est sa foi, vedeame si corn' io, lui dit : Tu as quitté la terre catholique, l'enfer des vivants, qui t'avait fait groiso par un foLso itnmaginar qu'il te faut secouer; tu as traversé le lieu d'épreuves de l'initiation et te voilà parvenu dans le ciel des Parfaits, dans le sein de l'Église évangéiique, patrie commune des fidèles d'amour, proprio sào.

Mais comment se fait-il ainsi quâje dépasse

Tant de corps qui, légers, sont semés dans Vespace f

^h. Ces corps légers, corpi lievi, ne sont pas assurément les astres; ce ue pourrait être que les nuages et les vapeurs grossières, c'est-àdire les erreurs, les institutions catholiques, déjà désignées dans le Purgatoire sous le ïiom àHaltra vanità, tout ce que la pensée sectaire devait laisser naturellement derrière elle en s'élançant dans les régions du ciel.

Toute chose, dit-elUt en la nature entière, etc.

25. Tout dans la nature est soumis à un ordre régulier aboutissant à un centre unique; cette forme est le gouvernement monarchique, qui est celle du gouvernement de Dieu ; par lui seul la terre pourra reproduire l'ordre admirable du ciel, questo è foi^na che l'universo a Dio fa simtgliante.

Toutes natures sont à s'y soumettre enclines, etc, 26. Les esprits supérieurs, l'alte créature, voient là le bal à atteindre, parce que c'est la trace du très-haut, l'arma deW etemo valore. Quel que soit leur rang sur l'échelle sociale, quel que soit leur caractère, tous les hommes sont portés d'instinct vers cette forme de gouvernement, comme aussi tout ce qui se meut sur la vaste mer de l'être.

GflÂNT 1. 79S

(Ttst cet arc vers leur but qui notu-seulemmii chaue Les êtres dépourvus de sens et de raisoUf etc.

27. Si les êtres inaoiinés obéissent à cette loi, comment, méconnue qu'elle est par les Guelfes, ces brutes catholiques, entichés de leurs municipes, n*aurait-elle pas toute la sympathie des Parfaits, chez qui se trouvent réunis Tinteiligence et l'amour, ch* hanno intelletto edanwre?

La sage Providence^

Qui régla tout ainsif fait d'wn calme éternel, etc.

28. De même que la Providence maintient en paix par sa lumière, qui est tout amour et sagesse, le ciel empyréc dans lequel tourne le premier ciel mobile, de même le monarque universel maintiendrait le monde en paix, en donnant une impulsion éclairée par Tamour et la sagesse à ses hauts dignitaires, dont le zèle est le plus empressé, ha maggior fretta.

Et c^est là maintenant, comme au but décrété, Que nous sommes poussés par la puissante corde, etc,

29. Voilà comment nous sommes emportés vers cet idéal d'un 9)Qvcraement pacifique et bienfaisant, but décrété par la Providence, cm' a sito décréta. Nous y parviendrons grâce à la Gaie science, lieto saper j dont TinQuence s*exerce toujours dans un but de vertu et de bonheur, lavirtù di questa corda che cib che scocca drizza m • iegno lieto.

Mais comme en rien soxwent hi forme ne coucorde Avec le vont de Vart, etc.

30. Tous les hommes devraient s'élancer dans cette voie qui, par la Gaie science ou l'art d'amour, conduit à la monarchie impériale et \ la ruine de la théocratie ; mais chez le plus grand nombre, la matière est sourde, la materia è sorda, l'intelligence fait défaut, et la foule, osant de son libre arbitre, c'ha podere di piegar^ s'écarte du bon chemin, da questo corso si diparie, et se laisse pousser par les Guelfes dans le parti contraire, in aUra parte, entraînée par ses appétits grossiers, da falso piacere.

Tu ne dois donc pas plus t'étonner, si je n'erre, De ton ascension, etc*

31. Dante, qui a subi les trois épreuves de la terrCi du feu et de

l'eau, qui s*e&t purifié, en s'abreuvant aux ondes du Lélhé, de tous ses préjugés, de toutes ses erreurs passées, qui, baptisé dans r£uiioc, par la coopération du Toulousain Stace et de la Romaine Matliilde, s'est régénéré dans ses eaux et y a puisé une nouvelle vie; Dante, dégagé de tout empêchement antérieur, privo d'impedùnento, puisqu'il a rompu avec Babylone, est essentiellement apte à s'élever aux plus hauts grades sectaires. Il ne pouvait s'arrêter à moitié route, sur la cime du Purgatoire, où s'est effectuée sa palingénésie ; rien de plus simple, dès lors, que son ascension à travers les sphères synaboiiques, rien de moins étonnant que de le voir s'élever au-dessus des préjugés et des superstitions, carpi lievi^ en laissant derrière lui les esclaves de l'autorité toujours gravitant vers la terre.

Si tel n'est pas, en réalité, le sens de cette réponse si laborieuse de Béatrice à Dante, qu'on veuille bien essayer de l'interpréter autrement et de telle sorte qu'elle puisse résoudre avec netieté cette simple question : Comment se fait-il que je dépasse ces corps légers? ConC 10 trascenda questi corpi lievi?

0 vous qui, ne mùtitant qu'une frêle nacelle^ etc.

1. Vous profanes, vous papistes, qui, ne connaissant d'autre barque que celle de saint Pierre, avez suivi jusqu'ici le poète, ne vous hasardez point désormais h vous élancer avec lui dans les hautes régions où il va prendre son essor, car vous vous perdriez à vouloir comprendre les figures mystérieuses dont il va compliquer son récit, et le lil une fois rompu, vous ne parviendriez pas à le renouer.

L'onde est vierge où ma nef va dirigeant sa course, etc.

2. Nul n'a encore tenté de composer, sous forme orthodoxe, un poème consacré à la glorification de l'Iiérésie.

Minerve enfle ma voile, Apollon me conduit etc.

3. La Minerve gnostique, le dieu de la lumière-raison et les neuf fiUes de mémoire, dont le nom, dérivé de myein, signifie qui cxpli-

qoe les mystères, voilà le patronage sous lequel le poète va aborder on ciel dans lequel TOurse romaine, la Calisto pontificale, est considérée comme la cause de toutes les misères du monde.

Pour «otM, rares élus, dont Je désir poursuit Depuis longtemps le pain des angeSt pain de vie^ etc,

6. Peu nombreux, quet altri pochi, les initiés des hauts grades sont seuls appelés à saisir le sens de cette dernière partie du poème dans son symbolisme compliqué. Anges eux-mêmes, ils ont seuls droit à se repaître du pain des anges [Conviu i), des sublimités de la doctrine, dont on ne peut se rassasier sous le règne de l'Antéchrist, et répudient la nourriture que TÉglise romaine dispense à ceux qu'elle appelle ses brebis : Miseri quelLi che colle pccore hamio commune ôbo, (fiONViT. IV, \h. ) Le pain céleste dont ils se nourrissent « est la bmière nouvelle, h soleil nouveau se levant où Tautre tombe, destioé à faire luire la clarté pour ceux qui sont dans les ténèbres, attendu que leur soleil habituel, usato sole, ne les éclaire pas. » Ibid,, I, 13. Ces hauts initiés peuvent seuls suivre le sillon qui s'cnlr'oavre devant eux et qui se referme aussitôt, ritoma eguale, tant le poète apporte de sobriété dans l'expression et dans les détails destinés k révéler le fond de sa pensée.

De Coîchos ceux, jadis, qui firent le voyage^ etc.

5. Gomme Jason, en effet, sons le nom duquel il s'est déjà mis en scène dans l'Enfer, Dante monte un navire du nom d'Argo, contraction à'Arrigo, navire que nous verrons citer souvent avec autant d'à-propos ; comme Jason, il va à la conquête de cette Toison d'or qne les pontifes se sont indûment appropriée. Comme lui il espère bien faire lever du champ qu'il ensemence laborieusement une moisson d'hommes armés. Comme lui enfin, nous le verrons à la fin de sa tâche proclamé pasteur d'hommes, laboureur du champ de la foi, fatto bifolco, par saint Pierre lui-même. Nouvelle allusion à son apostolat évangélique.

Du séjour déi forme en nous la soif innée, etc.

6. La forme du royaume de Dieu est la monarchie, Béatrice vient de nous le dire, questo è forma che Vuniverso a Dio fa simic/liante, U désir perpétuel d'atteindre à ce gouvernement déiforme était donc,

d€ son propre avea« le véritable mobile de Dante, son bnt était la forme da Temple, do vaso perfetio, œuvre de la Nalare.

Tiegardaii fixtmmi en haut^ moi doM ses yeux.

7. Les yênx de la philosophie Béatrice sont ses démonstrations {Conmo). C'est ainsi que la doctrine personnelle du poète venait puissamment en aide à la foi sectaire en général, onde la nostra fede è aiutata. {Vcy. la Canz. Amar che nella mente miragiona, p. 297 des RévéL)

Vers moi se retoitmant heXU et le front joyeux^ etc.

8. Au moment où il arrive au premier ciel, Dante voit Béatrice se tourner vers lui, belle et joyeuse, Ueta, attendu qu'elle nous bit voguer en plein fleuve de Gaie science.

A lapremi^ étoile ici que tu w>it luire,

9. Â la lune, dont le ciel était le premier dans l'ancienne astronomie, par rapport à la terre; venaient ensuite, dans l'ordre ascendant, Alercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter, Saturne, le ciel des étoiles fixes, qu'on appelait le premier mobile, et enfin l'empyrée ou dixième ciel.

Un nuage Irilîant, solide, épais, pareil Au diamant poli que frappe le soleil, elc,

10. Gomment la lune, cette figure de la Papauté, n'apparaîlraitelle pas comme un nuage, nube, quelque brillante qu'elle soit, cl comme une pierre, s'appelât-elle diamant?

Le céleste joyau nous reçut comme Vonde, etc.

11. C'est le propre de la pensée de s'introduire ainsi dans les corps, depuis les entrailles de la terre jusqu'au plus haut des cieux. Le sectaire Dante et sa foi Béatrice pénétraient donc par la pensée an sein de celle Église qui doit durer éternellement, eterna margherita, et dont les chefe, voués à la ruine, ne se troublaient pas le moins du monde de celte visile fantastique, qui n'empêchait pas le corps de rester entier, permanendo unito.

GflANT II. 799

Alor$ quê dâni un oorpa un corpt vient pénétrer, eto*

12. Dante doate fort qu'il soît entré corporellement dans la lane, car cela est contraire à la Métaphysique d'Aristote, liy. ly; mais s'il en était ainsi, ce serait nn motif de pins ponr étodier, dans la constitution de l'Église romaine réanissant les deux puissances, comment pourra s'organiser dans les mains de l'empereur , représentant de Dien, la réunion de ces deux pouvoirs ayant à faire exécuter la loi divine et la loi humaine, celle de la Nature on de la providence impéride, eome Nantra e Dio /unià.

Tjà nouê appcurattra rayonnant d'évidence, etc.

iS. Lorsque la lune de la Papauté se sera éclipsée devant le soleil de l'empire, ce que nous enseignons aux néophytes sous le voile des symboles lenr apparaîtra aussi clairement que la vérité contenue dans les axiomes de sens commun, par la mise en pratique de notre théorie de monarchie universelle et par l'organisation hiérarchique de notre

Autant que je le puis, je rends grâce au Seigneur De ce qu'il a daigné m'éloigner de la terre.

Ih* Je rends dévotement grâce à Dieu de ce que mon opinion gibeline m'a éloigné des rangs orthodoxes, du monde des morts, monda mortcUe, pour me faire passer parmi les vivants, parmi ceux qni se nourrissent du pain des ang&s, divoto ringrazio, L. vi, c'est-àdire le Luxembourgeois, yl

Mais dites-moi quels sont ces signes nébuleux, etc.

15. D'où proviennent ces taches que l'on aperçoit dans le disque de la lune, taches dans lesquelles le peuple voit un homme, qu'il appelle Gain, portant sur son dos un fagot d'épines ; autrement dit, le Pape meurtrier de ses frères et assimilé à Gain dans l'Enfer où il donne son nom à l'avant-dernier cercle? Gomment le poêle albigeois* comment le pasteur évangélique, n'aurait-il pas signalé dans la Papauté des parties nébuleuses à côté de parties jetant un vif éclat? Nul mieux que lui pouvait-il apercevoir des taches dans la lune ?

Combien de la raison Vessor est limité I

16. Le jugement des suivants de la mort, mortali, étant néccssai-

800 LE PARADIS. r "^

rcment faussé par les appétits matérieb et aveuglé par l'autorité, qui n*admet pas l*inter?cnlion de la raison, dove chiave disenso non disserra, il ne saurait avoir une grande portée ; puis le peu de raison que |)envent avoir les Guelfes est entravé par les appétits matériels, dtetro a' sensi lia carte l'alL Mais vous aimerez mieux peut-être cet autre sens : Tu vois qu'il est conforme aux intérêts temporels que la raison ou la justice ait pour but la monarchie universelle et la cour de Henri VI, dtetro a' sensi vedi che la ragiane ha CORTE l'A.L.I. Lisez alors : Ha la carte Arriga Lucemlntrghese, Imperatare, et rap« pelez-vous Tancicnne locution française : la cour ou le palais le roi.

Et moi : — /e eroU qu'ici leg corps rares et denseit etc. 17. V ambra sua non è aUro che rarità del sua carpo, alla quale non possano terminare t raggi del sale. Telle est en effet l'opinion exprimée par Dante dans le Canv., ii, iU^ œuvre incontcslableincnt postérieure au poème, d'où résulterait qu'il n'aurait tenu aucun compte de la démonstration toute contraire de Béatrice, ne lui faisant pas même l'honneur de la mentionner, ou plutôt qu'il aurait cherché à obscurcir d'autant la question pour les profanes, dans la craiate qu'ils n'eussent à y voir trop clair.

Let aitres qu'on ohterve en la Imitihne sphère^ etc.

18. Le ciel des étoiles fixes. Nous nous bornerons d'abord à reproduire les annotations des commentateurs sur cette longue démonstration scolastiquo, et comme on n'en sera guère plus avancé pour l'intelligence du texte, nous y ajouterons quelques annotations, sauf à résumer notre interprétation dans une seule note à la fin du chant.

Si d'une euence rare ou dense s'y montrant, etc

19. La philosophie scolastique admettait deux principes dans les corps, l'un, qu'elle appelait matériel, constituait la matière première, la même pour tous; l'autre, appelé formel, déterminait leur forme substantielle, variée à l'infini, selon les espèces et les individus. Ainsi l'âme était la forme substantielle des corps, parce que faisant seule que l'homme soit, sa seule retraite fait perdre au composé humain son existence et son nom. {Voy. saint Thomas, la, q., 76, U,) Les astres ayant des influences diverses, il en résulte que le prindpe formel diffère chez chacun d'eux. Mais on peut se rappeler aussi que.

dans le Jaogagc de Dante, la vinù tnformativa est celle d*où dérive l'enseiguemeiU, d'où stfit que les principes formels deviennent ceux de la doclrine. Voy. Pg., noies 10 et 21. Or, tous auircs enseignements que celui de Rome étant supprimés, distruttiy que resterait-il ï la raison, a tua ragion ?

...»Dani to^is une même influence Plus ou moins répartie aurait même puissance»

20. Les influences sidérales ne varieraient pas selon les astres.

En supposant aussi, comme le fait ta glose, Que de ces points obscurs la rareté fût cause.

21. Elle serait percée à jour ou diminuerait notablement d'épaisseur en certaines parties.

.... De même àttemerait Le papier dans son livre en changeant de nuance.

22., Elle serait composée de couches opaques et de couches diaphanes. Mais Yous pouvez aussi entendre que, s'il y avait chez la Papauté ahemalive d'erreur et de vérité, de ténèbres el de lumière, elle aginûitoQtautrement et renoncerait par moments au droit canon, pour adopter le droit romain, à l'Ancien Testament pour suivre l'Évangile, net suo volume cangerebbe carte.

Le premier cas admis, lorsquelle éclipserait Le disqu£ du soleil, etc,

23. Quand le soleil est éclipsé par la lune, on apercevrait la lunuère solaire à travers les couches les plus minces de l'astre interposé; mais la véritable pensée, c'est que, lors de la plus grande puissance de la Papauté, lorsqu'elle éclipse le .soleil impérial, elle n'en laisse pas plus percer le moindre rayon de vérité rationnelle, (rasparère lo lume , el se complaît dans l'obscurité qu'elle fait régner snrla terre.

Si cette rareté^ mên\e en s*étendant loin, etc.

ik. La transparence cessant, en certains points déterminés, par l'effet de la densité, il y aurait réfraction des rayons solaires, comme elle a lieu dans un cristal doublé d'une lame de plomb. Mais entendez que l'opacité étant générale dans la pierre catholique, elle refoule

par sa oatore tout rayoonemeot liimioeuxt et sm contrario trapauar nonlascia.

Peut-être dirasAu que le rayon aiix t/eua:> etc,

25. Si les rayons du soleil -raison n'étaient qu'atténués, pâlis, parce qu'ils se refléteraient plus en arrière, più a rétro, d'une façon moins progressive, encore se laisseraient-iLs apercevoir quelquefois.

Tu prendras trois miroirs dont tu disposeras, etc.

26. Ce n'est à coup sûr ni par hasard ni sans intention que Béatrice a recours à cette figure cabalistique, sans valeur aucune, comme on le verra, pour la démoustration qu'elle entreprend, mais on ne peut plus éloquente pour rappeler à Dante ses devoirs et ses serments comme aflilié à Tordre maçonnique du Temple éclairé par le soleii-vérité et en hostilité perpétuelle avec la lune, cette reine des ténèbres. En effet, dans tous les rituels maçonniques vous trouverez cette question adressée au récipiendaire : « Que vîtes- vous lorsque vous fûtes reçu maçon ? — Trois grandes luiQiëres en équerre.%

Tous les trois renvoyer une égale splendeur.

27. La clarté reflétée 'perdra en étendue, mais non en éclat, et c'est ce qui' ne se reproduit pas même dans la manière d'agir de la Papauté, car son enseignement ne reflète aucune lumière, quelque faible et quelque atténuée qu'elle soit.

Comme aux tièdes rayons que le soleil lui lance Fond la neige, etc,

28. C'est bien le moins que la comparaison soit empruntée à la oeig^ et au froid que la lune rend plus rigoureux, che't gelo conforta (Voy. la Canz. lo son venuto al punto délia ruota) pour exprimer que la doctrine albigeoise fait s'évanouir celle qui dérive de l'Eglise romaine. Il est tout naturel aussi que Béatrice nous donne la contre-partie de sa démonstration anti-lunaire.

Un corps dans lequel gît, dont la vertu recèle, etc.

29. Le ciel cristallin ou premier mobile était censé tourner dans le ciel empyrée, séjour de la paix étemelle t tranquille par béati*

GflANT II. 803

tade 9 dit Dante dans le Convito, ii, 3. Or, selon Béatrice, le pre* miermobiie reçoit de Ini et communique aux antres cieaxi qu'il emhnsse avec tons les corps qu'ils renferment, le principe de Fétre, virtù, dont il est comme le grand réservoir.

Le ciel suivant t au loin qui de tant d'yeu» reluit, etc.

30. Le ciel des étoiles fixes va répartissant de même son influence entre les différents astres qu'il contient, selon leur essence différeote.

Les autres deux selon diverses influences, etc.

SI. Les sept deux inférieurs opèrent de même sur tout ce qui est soumis à lenr action, selon les vertus particulières attribuées à chaque astre.

Ainsi vontf tu le voiSy ces organes du monde, etc.

52. Recevant dn ciel supérieur le principe de l'action qu'ils exercent an-dessous d'eux, comme nos membres agissent sous l'impulsion 4c la pensée.

Par les divins moteurs fuissanee, impulsion. Doivent être transmis à chaque sainte* sphère^ etc.

33. Les bienheureux moteurs, beati motori, seraient les anges, conformément à l'opinion de saint Thomas; mais la mente profonda qui dirige le premier mobile, ne peut être au ciel que Dieu ou l'Esprit de Dieu remplissant l'empyrée, et s'imprimant comme un sceausor soQ œuvre la plus sublime ; sur la terre, ce serait l'empereur, monarque universel.

Or, de même que Vdme à voire humble poussière, etc,

Ik, Tout en restant une, l'intelligence suprême, qui donne le monvement au ciel, répand à l'infini sa bonté et sa puissance en se inullipllaot à l'aide des astres innombrables semés dans l'espace.

Différente vertu diversement s'allie, etc. Or la vertu qui vient se mêler a ce corps De joyeuse nature émanant, eio,

35. La vertu du principe moteur, vertu différente chez chacun M.

d*eox, prodoit des effets divers dans chacun des corps sidéraux, pour qui elle est ce que Tâuie est an corps humain, auquel elle s*unit en lui donnant la vie. On s'expliquera bientôt pourquoi ce&preziosi ccrpi sont dits dériver di natura lieta.

C'est d'elle que fravient cette divenitéi etc.

36. Si ce principe moteur de nature joyeuse, natura lieta, est un ange, on comprend que les hiérarchies célestes comportent plusieurs rangs et que les astres, auxquels les anges président, offrent en conséquence différents degrés de splendeur ; mats cela n'explique pas comment le même astre offre des parties lumineuses et des parties obscures, quod erat demonstrandum, car un même ange ne saurait être esprit de lumière et de ténèbres.

Le principe formel en elle ainsi réside^ etc.

37. La conclusion de cette longue et savante démonstration devrait être : Toiià pourquoi il y a des taches dans la lune; et pourtant on en pourrait déduire tout au plus la cause de la diversité d'aspect dans les diverses planètes. Mais an fond Dante n'attachait pas une extrême importance à résoudre les problèmes astrologiques qu'il se plaisait à poser et à discuter dans iou tes les formes de la scolastique. Son but était d'arrêter l'attention sur la question soulevée et de la diriger dans un sens tout différent de celui vers lequel se portait sa pensée. Ici, il parle astrologie et il pense monarchie ; en conséquence, après avoir dénoncé la Papauté comme un obstacle à tout progrès, à toute lumière rationnelle, de même que la lune interceptant les rayons solaires, il expose, sous forme d'argumenution astronomique, tout l'ensemble de l'organisation secrète à l'aide de laquelle ses coreligionnaires espéraient constituer leur monarchie universelle -sur les ruines de l'Église catholique. C'est pour le donner è comprehdre aux initiés qu'il a recours à l'expérience des trois miroirs placés en triangle et reflétant une lumière unique. Expérience qui suffisait pour indiquer aux siens qu'il y avait là à découvrir un sens caché se rapportant au premier grade de l'Ordre proscrit N'est-il pas étrange en effet que nous retrouvions dans la maçonnerie moderne cette même figure symbolique, c'est-à-dire « trois grandes lumières disposées en équerre » {Voy, Maçonn. Adonhiramite), et plus étrange encore que des symboles analogues se succèdent progressivement dans le même Ordre, jusqu'à la fin du poème ?

Ponr Dante» ie ciel de la paix divine, Ciel délia divina pace^ est ]a sphère d*idées doctrin^iles tendant au bonhear, à la béatitude du genre hamain, d*où ne s'écarte jamais le haut cénacle, le Grand- Orient, conseil suprême de la secte qui, dans un but de paix universelle, traYaillait à la reconstitution de Tempirc romain. Nous verrons ce conseil suprême appelé tour à tour, conformément au vocabulaire maçonnique, cour, consistoire,^ couvent, collège, concile. Or de cette haute cour, comme du ciel cristallin ou premier mobile qni entraine, tous les antres et par ce motif ressemble à la morale, dit Dante {Cotw, ii, !&), sans doute parce que, selon lai, elle est supérieure au dogme, pan l'impulsion motrice de tout le système composé de diverses aggrégations, deux, sphères ou grades, échelonnées biérarcbiquement, et contenues en lui comme parties d'un même toQL On comprend dès lors la portée de ces mots, carpo nella eut virtute Cesser di tutto suo contenta giace. Le ciel ou grade suivant, dont la mission est d'exercer une surveillance incessante, ce qu'exprime ch' ha tante vedute, répartit entre chacun des suivants, qu'il ODbrasse à son tour, les travaux dont ils ont à s'occuper, et leur procure ainsi une vie, une action différente, selon l'influence qu'il juge à propos d'exercer sur eux, per diverse essenze da lui distinte e da lui contenute. Les cieux, ou grades inférieurs, opérant de la même manière dans le cercle de leurs attributions, dirigent vers le but l|ui leur est tracé leurs divers ressortissants , le distinzion, les dignitaires che dentro da se kanno, et s'appliquent à développer les apiitndes de chacun, lor semenze. C'est ainsi que ces organes du monde sectaire reçoivent d'en haut l'impulsion, disii prendono, et vont opérant activement au-dessous d'eux, di sotto fanno, dans un ordre hiérarchique arrêté et, Dante nous le dit formellement» de grade en grade, di grado in grado.

Non content d'avoir exposé toute l'économie de ce système unitaire, Béatrice veut remonter à son origine et mettre ainsi Dante sur la voie de la vérité à laquelle il aspire après s'être égaré si longtemps dans celle du mensonge et des ténèbres, nella selva oscura.

L'action et Tinflaence de chaque ordre de dignitaires dérive nécessairement d'une source féconde en béatitude, c'est-à-dire en paix, joie et biens de toute espèce, da beati motori. Or -la huitième hiérarchie, dans laquelle resplendissent tant de lumières, tanti lumi, rq>roduit la pensée profonde qui lui donne l'impulsion , la mente frofonda cheuyi volve 3 c'est-à-dire che volve il Lucetnburgheze\i.

Il est aisé de concevoir qu'une seule volonté intelligente donnant

une impolsion unique à différents ordres de personnages inTeslis d'attributions distinctes, distimioni, ses inspirations bienfaisantes, sua bontate, se multiplient par la coopération de chacun d*eui, coopération constituant leur vie, et différente selon la sphère d'action dans laquelle elle s'exerce. £nfin, cette volonté unique, intelligente, dérivant de i*art d'amour, de la Gaie science, source de tout bonheur, elle provient évidemment d'une nature joyeuse, natura lieia, épithète qu'il est difficile de rattacher à la divinité. Tout ce qui émane de chacun de ces corps précieux, preziosi corpi» Parfaits on Bonshommes, comme on les appelait, d^ ces anges hiérarchiquement constitués, révèle son origine gaie; comme aussi la Gaie science eilemême se manifeste chez les initiés, les vivants, à une certaine manière de regarder, corne leiizia per pupilla viva (1). La différence^le lumière dans chacun des cieux ou grades sectaires, auxquels elle vient d'en haut, s'accroît pour eux en proportion de leur élévation, elle est leur principe formel ou informatif, attendu qu'elle leur procure les informations, les connaissances qui éclairent la raison, et, selon qu'il convient à la volonté unique qui les régit, ils s'entourent de ténèbres pour les profanes ou font briller la lumière pour les adeptes, faisant ainsi l'obscurité ou la clarté, le turbo eH chiaro.

Voici maintenant comment Dante établit l'analogie entre le ciel de la lune et la grammaire : 1^ celle-ci offre des ombres comme la planète ; 2"" sa luminosité est variable « car par son infinité les rayoas de la raison (vous voyez bien que raison et soleil sont tout un) ne s'arrêtent pas dans une partie, non tei'minano in parte, spécialement en ce qui concerne les mots; elle brille tantôt de ci, tantôt de là» selon que certains mots, certaines déclinaisons, certaines constructions sont ou non en usage. » Conv., ji, 14. Voilà l'explication do procédé mis en œuvre par Dante et les autres fidèles d'amour , selon qu'ils voulaient faire apparaître ici ou là la lumière de la raison et laisser certaines vérités dans l'ombre. Telle était leur grammaire dont ne différaient guère ni leur rhétorique, ni les autres sciences dont se composait leur cid, Per cielo iniendo la scienza e per li cieU le scienze. Ibid.

(1) I Les Cathares avaient entre eux des signes particuliers de reconnaissance et se distinguaient, per.solam ioquelam et per solos gestta (Albericus, 320). tJn certain mot, un certain signe sufilsait pour découTrir un frère à un frère. • Schmidt, Hist. de$ Catêu et Albigeois^ ii, p. 95.

CHANT ni. 807

CHANT m.

Ce doux soleil qui fait éclore dans mon cœur La chalettr de l'amour, etc,

1. Béatrice est Soleil comme personnification de la doctrine d'amoor éclairant et fécondant la raison du poëte avec qni elle s'est identifiée. Or, on a pu juger jusqu'à quel point sa démonstration brille par la clarté, à la prendre au pied de la lettre, et aussi de ce qu'elle offre de clair et de significatif quant à la pensée voilée. Mais aa fond elle faisait resplendir aux yeux du poète, qui s'en explique franchement, une* douce perspective-, dolce aspetto.

J'étais prêt à jparler, quand s'offrit à mes yeuXf etc.

1 L'affilié du Temple, le pasteur de l'Église évangélique de FIorencei après ce que venait de lui exposer Béatrice avec tant de lucidité, ne pouvait plus confesser que la foi solaire très-diiïérente des croyances lunaires ; mais son enthousiasme aurait pu l'entraîner à qodqne indiscrétion, et l'incident arrive très à propos, di mia confession non mi sovvenne.

Comme dans un cristal transparent et poli, etc.

3. L'ims^e ayant paru une réalité à Narcisse, et Dante prenant la réalité pour une image reflétée. Remarquez toutefois que Dante avait cela de commun avec Narcisse, qu'épris de Béatrice, sa foi, qui se reflétait dans l'eau vive de la doctrine albigeoise, ego mm aqua viva, a dit le Sauveur, l'effet pour lui était semblable a quel ch'accese amor frô f uomo e *l fonte.

Et mon regard chercha celui de mon doux guide Dont brillaient les yeux saints d'un sourire embelHs.

i Quelle différence entre Béatrice dans le Paradis, où'elle est sur son terrain, dans le Temple, où elle sourit toujours, et la Béatrice éplorée du Purgatoire, où elle est exposée aux insultes de la prostituée et du géant son galant !

Ce sont }nen en effet des sulstances quUci,

A leur voeu jtour avoir manqué, tu vois ainsi.

5. Ces substances sont des âmes qui, sur ]a terre, ont manqué à leurs vœux et n'en sont pas moins placées par le poète au rang des bienheureux, attendu qu'elles ont suivi la même foi que loi et vu la véritable lumière, la verace luce che le appaga, da se non lascia lor torcer li piedù

Oh! dis- je, Esj^it élu, que l'éternelle vie, etc.

6. En demandant son nom à cette âme élue, le poète trouve moyen de faire comprendre qu'elle a senti la douceur de cette lumière d'Orient qui procure la vie éternelle et ne se comprend que de ceux qui en ont jouit la dolcezza senti, che non gustata non s' intende mai.

Aucun juste désirne la trouve rebelle.

7. Dieu est amour ou charité, et la charité des fidèles <f amour, dirigée uniquement par la justice, reproduit la charité divine dont elle émane ; elle est courtoise, attendu qu*elle se règle en tout sur ce qui se pratique justement dans ces cours d'amour, au sujet desquelles il a été tant déraisonné, cours du dieu Amour, que vuol simile a se tutta sua corte, et qui par suite embellit les siens, ce qui fait dire à l'âme interrogée que Dante doit la trouver più bella.

Tu ne fourras en moi ^néconnaitre Piccarde.

8. Sœur de Corso Donati et de ce Forese qui, dans le ch. xxit du Purgatoire, a déjà prévenu Dante de sa béatification, probablement par le motif que, mariée contre son gré par son frère aîné à l'un des chefs des Noirs, elle avait nécessairement pris le parti en horreur. C'est pour cela qu'elle apparaît à Dante beaucoup plus belle qu'au temps où elle était vergine sorella.

Nos caurs que l'Esprit saint rend constamment joyeux, etc»

9. Littéralement : Nos affections, enflammées uniquement dans le plaisir de TEsprit saint, nagent dans la' joie, letizian, formées qu'elles sont de son ordre. Piccarde n'ose pas dire : Toute notre joie est dans la religion de l'Esprit, pour qui seul nous sommes enflammés d'amour, et ce qui nous distingue, ce qui constitue notre forme substantielle, c'est d'appartenir à son ordre, del su' ordine fonnati. Da

reste, sa position dans une sphère peu progressive, nelLa spera più tarda, ne l*a pas empêchée d'adopter les principes des Parfaits et d*étre beata can questi altrxBeati.

C'eit quen*ont pas été bien observés nos vaux ^ etc.

10. Qae Dante eût donné place dans le Purgatoire aux religieuses défroquées, il n*y aurait pas à -s'en étonner, mais on conviendra que Tapostasie, même involontaire, est un singulier titre à la béatitude céleste et que la doctrine catholique ne saurait l'admettre. Il en est aatremeçtderéglise albigeoise, qui admettait volontiers pour contrepoids à des vœux négligés, ncgletti voti, à la violation des vœux monastiques par exemple, d'autres engagements pris d'un certain côté, vaii in alcun canto.

Ne Mis quoi de dmn, repris-je, se marie, eic,

11. C'est là un des miracles opérés par les conversions à la foi albigeoise, elle rend Parfait et, dès lors, divin.

Mais à te reconnaUre enfin peut parvenir, eic.

12. Afîn de donner à entendre qu'il s'agit bien d'une reconnaissance albigeoise, le poète emploie cette locution bizarre, il rafjigurar m'è più latino. Heureusement que nous savons maintenant ce que pûi-lar latino veut dire. Piccarde ne s'y trompe pas, aussi appellel-elle Dante son frère en religion, frate.

Puis, le front d'allégresse à tel point radieux, etc.

13. Gomment h joie n'aurait-elle pas rayonné dans les yeux d'une vaadoise, initiée aux mystères du gai savoir et initiée peut-être par Dante lui-même?

Si de monter plus haut nous avions la pensée, eic.

Ml, Dans l'Enfer pontifical, tout est envie, cupidité, orgtfeil, convoiiise. rivalités anarchiques. Dans le Paradis monarchique, promis par l'hérésie, l'union, l'harmonie et la félicité la plus parfaite seront le rèsoUat de l'accord unanime des volontés, chacun n'ambitionnant rien au delà du rang qui lui aura été assigné par le maître suprême,

en ranon de 9on apUrade et de son zèle. Tel eM le sens interne de i*ex|riication donnée ici par Piccarde.

Si 81 tu comprmids bien qtêelle en est la nature^ ^tc.

15. Si tu fais attention qu'elle n'est autre chose que l'amour qui nous unit à Dieu et à son représentant sur la terre, qui seul doit y faire régner les lois de la Nature, se la sua Natura B.EN. rimiri, la verras qu'elle tient de Béatrice et de Ew^o.

.«. Il est essenHêl QAie s'unissant au vœu de Varhitre étemel, etc.

16. Cf. Hugues de Saint-Victor» Erudiu theol. De sacram. fid., lib. H, p. 18, cap. 20, et Instù. monast. De anima, lib. iv, cap. 15.

Cela flail de la sorte et chacun le tient chert Sa volonté, voilà notre paix, eîe,

17. La Natore ne s'aviserait pas de se révolter contre la volonté du représentant de Dieu, lorsqu'elle-même n'est que la Providence impériale. Voy. Enfer, ch. xi, notes 12, iU, 23, la distinction établie entre les œuvres de Dieu et celles de la Nature.

....Dans le vaste del il n*est point une place Qui né soit Paradis, etej

18. Bien que les rangs et les prérogatives soient répartis inégalement dans la hiérarchie sectaire, dans cette organisation sociale rêvée par les adeptes du Temple et qui devait faire de la terre un ciel, chacun se trouve heureux du sort qui lui est fait, parce qu'il a été réglé par la justice et non par la faveur; le Paradis, au temporel, est donc partout dans la monarchie, qui est une émanation de Dieu, del somma bene. Mais, au spirituel, il est à plus forte raison dans le Temple, dans quelque rang qu'on y soit reçu.

...... Comifw pour un mets, parfois, n^ayant plus faim, etc.

19. L'aliment dont on est bientôt rassasié, faot-il le dire ? c'est la nourriture de mensonge et de mort du catholicisme, tandis que la doctrine des pauvres de Lyon, vaudois, albigeois ou cathares, est le pain de vie dont, une fois qu'on en a goûté, rimane ancar la gola, et dont on ne se lasse jamais, car c'est le pain des aages. Camùo.

CHANT ITT. 811

8*Q0rAa la nwoetU, à regret âélaimée,

20. Ceux qae la grossièreté de l'aliment catholique a? ait rassasiés n*ea étalent que plus friands du pain des anges albigeois, et Toilà pourquoi la navette de Piccarde s'était arrêtée, non trasse insino al eo la spola.

Une parf aile vie, un iuhlime mérite, etc»

21. On saura ce que le poète entend chez sainte Claire par la vie des Parfaits, perfetta vtta, quand il nous aura mis à même d'apprécier les motifs de sa vénération pour saint François d'Assises. Nous prévenons qu'il nous arrive parfois de corriger notre traduction , comme nous le faisons ici dans le vers en tête de cette note.

»... L'époux («t ne rejette Aucun VŒU, dèe V instant qu'à son gré s'y reflète La pure charité, etc,

22. La question est de savoir si les voeux religiem sont conformes ï la charité, à Tamour, car le trait se cache constamment sous l'arnngement hypocrite de la phrase. Or, celle-ci semble nous dire que Imparfaites s'habillaient ou se déguisaient à la manière de sainteClaire poor vivre en paix dans le monde catholique, monde que Piccarde toaiot fuir, fuggimi.

..../)« M eecte hênie Je prêtai les servante en lui vouant ma vie,

23. C'est bien à l'ordre de sainte Claire que s'applique ce mot de secte, setta, et l'habit dans lequel se renferme cette jeune fille étant bien le costume des Ciarisses , il en résulte que pour Dante ces niâtes filles n'auraient été que des vaudoises. Peut-être obtiendrons- BOUS ultérieurement quelques lumières à ce sujet Quant k présent, aaf meilleur avis, nous penserions qu'à l'exemple de Forese, sa jeune »rar Piccarde on Richarde s'enrôla dans la secte de la sainte lumière i'Orient sous les auspices de sainte Claire, dans le Temple de laquelle Pétrarque s'éprit d'un si tendre et si constant amour pour Laure, la iHen-aimée du soleil-raison. Nous comprendrions alors que Corso l^ti s'en fût fâché tout rouge, qu'il l'eût mariée de force à un des siens, pour changer le cours de ses idées et s'assurer d'elle ; enfln que l^oreie eût, dans ces circonstances» commis quelque indiscrétion, cause

de toat le mai, ce qui lui aurait valu d*étre châtié dans le Purgatoire pour ]e peccato délia gola. .

Me ravirent par force à la douce demeure^ etc.

2/i. La dolce chiostra, la douce clôture, nous a grandement Tair de signifier le Temple. Toujours est-il que la pauvre fille, éclairée par les lumières de la foi évangélique, dut faire assez mauvais ménage avec celui des Tosinghi dont Tailiance lui fut imposée, et ce qu'elle eut à souffrir avec un dévot, un Noir, un jésuite, comme on dirait aujourd'hui, Dieu seul peut le savoir.

De même elle fut sœur et le bandeau sacré S%^ son front virginal fut aussi déchiréf etc.

25. Il y avait bien quelque différence, comme on va le voir ; mais Dante se plaît surtout aux contrastes.

Celle de tant d'éclat dont le front est paré, S'il te plaii le savoir^ est la grande Constance.

26. Bru de Frédéric Barberousse, constant adversaire de la Papauté, mère de Frédéric II, le premier des chantres d'amour en Italie, le protecteur de Thérésie et Timplacable ennemi de l'Église» celte princesse ne pouvait manquer d'avoir sa place dans le Paradis de Dante qui, à ces divers titres, l'appelle la grande Constance, comme elle a eu sa mention dans le Purgatoire sous le qom de Thélis. Fille de Roger, roi de Pouille et de Sicile, elle avait pris le voile. Mais Guillaume, son frère, étant mort sans enfants, et Tancrède, qui avait usurpé le trône, s'étant mis en révolte contre le saint-siégc, Tarclievéque de Palerme la fit enlever de son monastère, en 1 192, et la donna en mariage à Henri YI, fils de Frédéric Barberousse, de la maison de Souabe. Constance est ici un personnage muet, car il y aurait eu périt à la faire parler. Mais Piccarde a pu nous dire sans danger que ceux qui arrachent les religieuses au cloître sont des gens plus adonnés au mal qu'au bien, a mal più ch'a bene usi, paroles qui vont frapper sur l'archevêque de Palerme et sur le pontife, qui laissa impunie cette violence sacrilège. {Voy. Villani, iv, 19. Hùt, sicula, Muratori, t. viiif 778.) Épluchons maintenant les mots, car ils nous offrent des révélations curieuses. Cid clie dico dx me di se intende. Applique lui ce que j'ai dit de moi. £lle fut donc amenée aussi à professer la foi albigeoise dont elle fut l'une des sœurs, fii sorella, de même que Forese

et Baonagianta étaient frati; à ce titre, cosi, Fombre orthodoxe que le voile sacré avait projeté sur ^ tête, en fut repoussée, le fù tolta dicapo l'ambra délie sacre bende. Mais lorsqu'une fois elle fut revenne au monde, rivolta al mondoj par violence et contre toute bonne règle, contra buona usanza, par le fait d'un prélat, elle ne cessa de garder fidèlement le voile sur son cœur ou sur les secrets confiés à sa foi, non fù dal vel del cuor giammai disciolta, à la diflérence de Forese et de Piccarde peut-être ; ainsi celle-ci , déjà albigeoise, fut mariée contre son gré et pécha peut-être par un peu de laisser aller; l'antre, religieuse catholique, rompit ses vœux par force ; mais une fois mariée et convertie à la foi évangélique, elle sut en conserver les secrets dans son cœur, afin de les transmettre précieusement à son fib.

Elle du, puis m prit à chanter le salut Que fit Vange à Marie, etc,

27. Noos avons assez dit que Marie était le nom de TÉglise albigeoise, on en sera convaincu à la fin du poëme. Ave Maria équivaut donc à Ave Matuo, et cet adieu suffirait seul pour indiquer l'esprit dans lequel a été conçue Tallocotion de Piccarde.

Mon regard la suivit tant quHl lui fut possille^ etc,

2& Dante suivit affectueusement du regard celle qui fut une de ses ouailles bien-aimées, tant que l'exil ne l'éloigna pas d'elle, quanta possibil fu, pui3, lorsqu'il la perdit dans Vaqua cupa des Guelfes, poiche la perse j il se consacra au triomphe de sa foi en prenant parti pour Henri VII , volsesi al segno di maggior disio. On pourrait s'étonner qu'il ait choisi la lune pour en faire le séjour des religieuses plus ou moins violentées dans leur vocation, et cela faute de saisir le moindre rapport entre les vœux monastiques et cet astre non plus qu'arec la grammaire ; mais si l'on se rappelle que la lune passe pour exercer une nt)lable influence sur les esprits atteints de démence, que Daote a désigné les croisés de Montfort par l'épithète de Uinart, que dans l'Enfer il a appelé la lune la donna cke qui regge, on saisira les rapports existant dans sa pensée entre ces diverses figures; rapports qui n'ont échappé ni à l'Arioste mettant dans la lune tout ce qui se perd sur la terre, ni à Milton décrivant son limbe de vanité ; c'est que Miltoo était un puritain ou un cathare, il avait d'ailleurs voyagé en Italie et conversé avec le Tasse dans sa prison ; dans cet hospice qui.

êH LE PARADIS.

SOU» préleite d*ane maladie noire, sauva du bûcher d'OHode ranieor de la Jérusalem, réclamé en vain par l'inquisition. Les Italiens ne nous apprendront-ils pas ce que sont devenus ces manuacrils da Tasse qui, vendus à un éditeur romain et soutenus faux d*aix>rd, pu» reconnus authentiques, oat valu dix-sept années d'emprisonnement préventif à rinfortuné vendeur, le comte Alberti? {Vay, TAssemUée nationale du 38 octobre 1851.)

CHANT ir.

Vn homme entre deux melségalemerU distanUf ete,

1. Saint Thomas discute cette hypothèse, grave sujet de débals dans Técole, et la résout en disant, que cet homme finirait par trouver dans Tun des deux mets une condition qui déciderait son choix. {Summa theol.^ p. ii, 1, quast. 13, art 6.)

Un agneau resterait de même entre deux hups, etc,

2. Ces deux ioups-là nous feraient supposer que les deux doutes, mets ou- gibier, qui préoccupent si vivement Dante, étaient de nature à Texposeï* à un double danger. Nous verrons bien.

..^C'était de ma part silence nécessaire, etc,

3. La prudence était de nécessité pour gens proressant que s'exposer au martyre par zèie pour leur foi, était une duperie, et qoe bien mieux valait vivre pour la faire triompher {Voy. Révél., p. 78; Robrbacber, Hi'su univ. de CEgL, xv, p. 162; Rinieri, Summa, et le moine de Zigabene rapportant ces préceptes de l'hérésie : Omni rationi salutt vestrœ consulite, notite dare sanctmn canibus, neque projicere margaritas vestras anteporcos. (Max. Bibl. vel, P.P., 225 et 227.)

Ainsi que fit Daniel pour calmer la colère, eic

/i. Béatrice devine le motif de sa préoccupation, comme le prophète le songe du roi d'Assyrie touchant le colosse aux pieds d^argile. La comparaison n'est-elle pas heureusement choisie pour rap-

CHAMT IV. 819

pder le vieux de Tlda (Enf,, xiv) et pour faire allusion au courroux de fioniface VIII, qui fit condamner Dante, non moins injustement que Nabnchodonofior Daniel, comme coupable de prévarication et de (êloDÎe, cheCavea fatto ingitutamente fello?

...,Je vois que ta pensée De deux détirs rivaux combattue^ enlacée, etc,

5. Lisez veggio corne B.ËN. et traduisez, je vois que ta pensée religieuse, B. t'inspirant un vceu, et ta pensée politique, EN. un autre, ta t'arranges pour ne pas laisser transpirer au dehors ce qui te préoccupe ainsi, rua cura se stessa lega si che fuor non spira.

Par Platon professée en sa philosophie»

6. Dans le Timée. Voy, saint Thomas, Summa theoL , suppl. quaest. xciii, art 2.

Jê traiterai d*ahord celui-là qui recèle Du vsnin de Verreur plus notable parcelle.

7. II y a donc du fiel, ha di (elle, dans les deux questions k traiiff; on voit qoe les deux loups ne nous avaient pas mal renseigné.

Jlfoïse, Samuel, les deux Jean ou Marie, etc.

8. Les plus hauts dignitaires de la secte, comme on le verra aux derniers chants, ses législateurs, Moise^ ses prophètes, Samuel^ et notamment le prélat qui donna l'onction sainte à Henri VII dans Saint- Jeaa-de-Latran, ses apôtres, quel Giovanni quai prender vuogli, même Jean de Parme, l'Église albigeoise elle-même, Maria, ont tons la même foi et par suite sont habitants du même ciel, que les Parfaits que tu viens de voir avec Piccarde et Constance. Les années GQ le temps, le moment de leur admission ne fait rien à raffaire, ne hanno ait esser 1er piii o meno anni.

Mais tous du premier cercle ils forment la parure, etc,

9. Nous retrouverons en effet aux derniers chants les séraphins, lesMoise, les Samuel, les apôtres de la secte avec celle qui, pour les Parfaits, avait nom Notre-Dame. Ils figurent au premier rang dans la rose mystique.

^„Nvn pas qu'en cette tphère Leur séjour soit fixé, mais pour qu'en s'ij montrante etc.

10. Tous les fidèles d'amour font partie de ]*Égli.se au môme litfe, mais leurs rangs y sont différents selon leurs mérites, tel est le sens voilé. Au sens propre, ces âmes ne sont dans les astres que par Ggure,^ per farsegno; on voit que Dante prend là ses précautions contre l'accusation d*hérésie.

A votre esprit, pour qui rien ne se manifeste Que par Vaide des sens^ il faut ainsi parler.

il. C'est la doctrine scnsuaiiste de Condillac proclamant que toute idée dérive des sens, n'étant elle-même qu'une sensation transformée. On voit qu'elle remonte loin.

V Écriture attribue à Dieu des pieds, des mains. Mais entend autre chose en cette pure essence. Ce que des âmes dit Timée est différent, etc,

12. Ce n'est pas sans intention qne Dante, rapprochant ici les saintes Écritures, sainte Église, et Platon, nous les montre procédant également par figures, car il veut donner à comprendre par là que l'œuvre de la révélation, comme celle de la philosophie, est de môme soumise à l'appréciation de la raison.

Son arc fwn loin du vrai peut- Are irait porter.

13. Si les astres étaient pour Platon ce que sont pour Dante et son école les nymphes-étoiles du Purgatoire, il ne se serait pas trop écarté de la vérité.

Proclama dieux Mercure et Jupiter et Mars.

ik. Lire numinar au lieu de l'absurde et plat nominar. Il n'est pas possible de méconnaître ici, dans le sens littéral, une approbation implicite donnée à la doctrine des influences sidérales, doctrine commune aux écoles gnostique, kabbaliste et néoplatonicienne. >lais il en est tout autrement si les astres ne sont que les notions scientifiques, les idées morales ou religieuses données dans l'enseignement orthodoxe d'un côté, rationaliste de l'autre, et c'est bien là évidemment le fond de la pensée.

CHANT IV. Sl7

Lorsqu'aux yeux des mortels la justice divine Paraît injuste, c'est pour eux motif de foi, etc.

15. Allusion aux {xaroles de saint Paul : Fides,.. argumentuni non apparenh'nmy et h celles de saint Augustin, disant que Tapparcnte injustice des jugements de Dieu est un motif de plus pour croire et non une raison de douter. Voilà pour renseigne : Mais entendez que, dans rÉglise albigeoise, pour nostra gûtstizia^ ce qui paraît injuste aux yeux des suivants de la Mort pontificale atteste la foi opposée h riiérésie romaine ; et ]*on comprend des lors que cette manière de penser ne pouvait éloigner Dante de sa Béatrice, non ti potria menar da me altrave ,

Si Von ne reconnaU de violence entière, elc.

16. Constance et Piccarde ne sont pas entièrement excusables, attendu que, violentées d'al>ord, elles ont cédé jusqu'à un certain point aux exigences de leur nouvelle condition, Tune en abjurant totalement la foi romaine, l'autre en se relâcliant tant soit peu de Tanstérité albigeoise; tandis que Dante va nous expliquer comment, forcé d'apostasier ostensiblement, il est resté au fond de l'âme fidèle ï sa religion et à ses serments.

Jamais la volonté sans son gré ne s'éteint»

17. C'est ainsi qu'a opéré la volonté de Dante et n'a cessé de se roidir contre la contrainte qu'il était réduit à subir. Sa nature vaudoise et gibeline a tenu bon contre la plus formidable oppression, corne naiura face in foco.

Ces dmes qui pouvaient rentrer dans le lieu sainty etc.

18. Piccarde parmi les Parfaites, dans le temple évangélique de Sainte-Claire, Constance dans son monastère de Sicile.

Mais on voit rarement si ferme volonté.

19. Ces deux religieuses, qui servent de prétexte h Dante pour présenter son apologie à ses co-sectaires, sont moins excusables que loi, car il ne s'est jamais associé que fictivement h la violence qui lui a été faite, et s'il n'a pas imité l'héroïsme de saint Laurent et de Mutins Scév'ola, c'est, d'une part, que tant de fermeté est rare, et de l'autre, que l'hérésie, qui tient surtout compte de l'utilité, réprouve le martyre comme inutile et souvent nuisible. « Les dtsci*

pies de la gnose, dit Matter, condamnaient la recherche du martyre comme une superstition indigne d*un pneumatique. » (Hist. du gnosu, II, 690.) Ainsi pensaient ^«gaiement les PaulicieQs. {Voy. p. ndesRévél.)

Que Constance eut toujours <^ection extrême Pour le voile sacré, etc.

20. Entendez : pour la foi qui était obligée de se dérober sons le voile, affezion delvel. Autrement tâchez de rattacher au fait énoncé ce qui suit immédiatement.

Mais bien plus dune fois il est advenut frères Que pour fuir un péril, etc,

21. Mous avons là Texplication du langage catholique adopté par le poète et substitué au vocabulaire amoureux, dont il avait fait usage jusque-là. S*il a agi autrement qu*il ne lui convenait, chc non gli convenue, ce fut pour fuir un |)éril imminent, per fuggir perig/w, et bien contre son gré, contra grato.

C'est ainsi qu*A\cméon, autrefois^ sur sa mhre Levant un iras impie, obéit à son père,

22. Ceux que n'auront pas convaincus nos réflexions sur ces étranges explications de Béatrice, le seront peut-être par la compraison dont elle les fait suivre, car Ils comprendront que cet Alcméon parricide par Piété est précisément le fils de Constance, Frédéric II, cet autre Achille, le pupille dlimocent III, autre Chiron. Ils comprendront qu*à la suggestion du Pape, di cià pregato dal padre suo, il frappa Téglise albigeoise, sa mère véritable, la propria tnadre, et se fit impitoyable envers elle, bien contre son gré, contra grato, pour ne pas perdre Tappui de Rome, per non perdarPxetà. Or, celle compa-r raison s'applique de môme à Dante qui, sur Tinvitation du grand maître de l'Ordre, dal padre pregato, feignit, bien à contre coeur, d'être l'un de^ suivants de dame Piété et de diriger ses coups contre l'église albigeoise, sa more, afin de sauver ainsi sa foi, per non perder pietà. Y a-t-il là assez de savante habileté?

La volonté complète^ absolue, au •méfait

Ne consent pas, sans doute, et pourtant cUe cède,

23. La volonté de Dante, comme celle de Frédéric .11, loin de

s*allier2i h violence qu'il subissait, s*est constamment révoltée contre elle, il ne lai a cédé en apparence que dans la crainte de tomber dans de plus grands maux, %n pHi affanno. Or, il est excusable, car il n*a pas frappé réellement sa mère, comme Àicméon on Frédéric, tout son tort est d'avoir feint de dirige ses coups sur elle, lorsqu'ils portaient ailleurs.

Chacune, tu U vois, fut vraie en ton langage,

2/t. Sainte Béatrice n'aurait eu garde de contredire sâiiite Piccarde : professant la même foi, elles exprimaient la même vérité, chacane d'elles gardant la même affection au voile, al vel, dans la pensée secrète que toute vérité n'est pas bonne i dire.

De mon double iéHr elle éteignit la flamme,

25. L'albigéisme le plus exalté aurait été satisfait à moins. Comment ne pas admirer Targuroentation ondoyante de Béatrice, Vandeggiare del santo rio, de cette source de vérité tout évangélique?

* 0 Udu premier amant amanie aux doux attraits, elc,

26. Rien de plus naturel que celte explosion de reconnaissance da poète pour Béatrice qui, sous forme de controverse religieuse, vient de déployer tant d'art pour faire parvenir à ses co-sectaires sa jostification et celle de son Âlcméon bîen-aimé; aussi l'appeile-t-il déesse, (/tra, attendu que l'âme, nous dit-il dans le Corwito, est déité, et que Béatrice est son âme parlante, son logos.

Notre esj^it se repose en elle, etc,

27. La vérité à laquelle Dante aspire est celle qui satisfait complètement l'intelligence, la raison, nostro intelletto, non la doctrine imposée par l'autorité; hors de Cette vérité il n'y a rien de vrai, ne$sm vero si spazia; la révolte contre l'autorité saute aux yeux.

C'est pourquoi naU U doute, ainsi gu'un rejeton, etc,

28. Ce n'est pas la foi qui admet le doute comme un moyen d'arr

rÎTer par degrés à la vérité, mais bien le rationalisme. Le premier

chant de l'Enfer nous apprend quel est le sommet qu'il s'agit de

gravir, quel est le soleil qui rayonne sur sa cime, et nous avons vu

820 LE PAnADIS.

dans le Pargaloirc qaelles sont les épreuves, colli, par lesquelles il faut passer pour y parvenir. Seule, la Nature, cette loi providentielle de l'Empire, nous y pousse è Faide de Fart d*amonr qui dérive d*elle, c Naturache pinge noL Le refrain est constamment le même.

Je voudraû donc savoir^ après det vanix rompus, etc.

29. La question de Dante se réduit à ceci : Est-il possible de suppléer à rinobservation du serment prêté dans les temples albigeois par des équivalents, quand ceux-ci sont de nature à élre pris en considération par nos frères, ch'alla vosira stadci^a non sien pa^ri?

Béatrice t à cet mois, sur moi fisSà ses yeux Si pleins des feux d'amour, etc.

30. S*il y a tant d*amour dans les yeux de Béatrice en entendant la question de Dante, c'est qu'elle sait par quels immenses services il a compensé, dans Tintéréi de ses frères, l'inobservation de quelques-unes des obligations qui lui avaient été imposées sous ta foi du serment. Mais loin d'en concevoir de l'orgueil, son fidèle baisse les yeux aux témoignages de sa satisfaction, c'est-à-dire qu'il fait mine de lui tourner le dos, diedi le reni e quasi mi perdeiÇje me fis presque orthodoxe) cangli occhi chini, en prenant l'air confit d'un dévot catholique.

D'un amour qui hien \o%n laisse ceux de la terre, etc.

1. De la terre soumise à la domination pontificale, ce qu'il ne faut jamais perdre de vue, de la terre, qui, seule, est l'Enfer. (Schmidt, II, 28.)

L'éclat de mes regards te fait baisser les yeuâp.

2. Les yeux de Béatrice sont ses démonstrations (Convit.) et Dante ne saurai! que s'humilier devant ce que lui enseigne sa foi, qu'obéir lorsqu'elle lui ordonne de feindre le catholicisme.

C'est qu'ils ont C€tie vue en tout parfaite et claire, etc.

Z, Nourris de vérité qu*ils étaient, les enseignements de Béatrice, ousesycox, ne pouvaient être qu'éblouissants et surtout parfaits, perfeito veder y' c'est là une épiihèle favorite du Parfait théologien.

L'étemelle clarté qui, seulement perçue.

Pour allumer Vamotir à tout jamais suffit, etc.

ti. Nous savons qu'il suffit d'avoir vu la lumière pour devenir un fidèle d'Amour, un croyant, puis un Parfait.

Car par d'autres objets si votre dme est émue, etc.

5. La religion d'Amour, n'étant que le culte de la vérité éclairant la raison et déterminant la foi, à la suite du libre.cxamen. Or Béatrice veut bien accorder qu'il apparaît quelque vestige de vérité dans lo catholicisme, alcun vestigio che quivi traluce, et c'est là ce qui séduit quelques-uns, mais ce vestige est à demi effacé et peut à peine se reconnaître. Aussi esl-il tnal canosciuto.

Tu désires savoir lorsqu'on rompit ses vœux, etc.

6. Une pareille question ne saurait être d'un intérêt majeur pour Dante, qu'autant qu'on admettra avec nous qu'il avait engagé sa volouté sous la foi du sei*ment, et que certains actes extérieurs avaient po le faire soupçonner d'apostasie.

Le don qu*il prise plus en sa haute sagesse. Ce fut, tu le comprends, la libre volonté,

7. On se rappelle que Virgile nous a annoncé {Purg. xviii) que Béatrice aurait à ti*aiter, sous forme théologique, la question du libre arbitre, la nobile vinii, nous indiquant par là rim|)ortance qu'y attachait l'auteur; soyons donc attentifs pour ne pas perdre un mot d'une démonstration si intéressante.

Dont tout être doué par lui d'intelligence, etc.

8. Le libre arbitre est Tapanag^ des anges et de l'homme, créaittre imeiligenti. ]1 se trouve chez ceux qui obéissent aveuglément à Tautorité du Pape, prince de la terre, et chez ceux qui ne sont régis

899 LE PAHADiS.

que par la loi de Uieu, qai les éclaire par la tradilioo, à Taide du flambeau de la raison.

Soudain t'ap^araitra la sainteté du vœu, 9. On noiera que Béatrice s^adresse à Dante, comme s*éunt luimême lié par un vœu : Quando tu consenti, lui dil-eile, et plus bas : Dimal toiletta moi far buon tavoro. Remarquez au surplus que, pour la validité du vœu, il y faut Tasscntiment de Dieu, che Dio consenta, et Dieu repousse nécessairement tous ceux qui sont contraires à la Nature. Or on n'en saurait douter, Dante était incapable de contrarier en rien la providence impériale.

VÈglisê à oê sujet dorme pourtant dispense.

iO. Comment la dispense accordée par l'Église ferait-elle faire bon emploi d*uD bien mal acquis, di mal toiletta ?

Afin qnn vienne aider à la digestion

Du mets lourd qtie tu pris l'aliment convenable.

14. Cette nourriture lourde, indigeste , ctbo rigido, on Ta déjà vu, est celle dont on est bientôt rassasié, c'est l'enseignement catholique, en contradiction avec la vérité révélée è Dante par Béatrice, la ver ch'io t'ho scoverto.

Ne pas se souvenir n*enfant$ pas science,

12. Ce vers nous reporte aux parolesde Virgile (ch. xv de V Enfer) : Ben ascolta chi la nota. D'où suit qu'il va encore être question de la Fortune, mais sous un autre nom, car au résumé, c'est elle qui accorde les dispenses et relève de certains vœux.

Ce pieux sacrifice exige en son essence Deux choses : son objet et la convention,

13. Â savoir la chose promise, par exemple, la chasteté, l'obéissance, la pauvreté, ce que les théologiens appellent la matière dd vœu, et le pacte ou la convention même, appelée la forme.

Si n'ont tourné les clefs blanche et jaune à Vavance,

llu Ces deux clefs ne sont pas, comme on le croit généralement, celles de saint Pierre, mais bien l'emblème de la doctrine k l'aide de

laquelle les haats dignitaires de la secte donnaient l'interprétation des deax sens internes cachés sous la lettre. ( Voir Porg. ix » notes 25et8my.)

Crois du reste ett ceci tout échange insensé, etc,

15. Si Tobligation assumée en place de la première, n'est pas plus onéreuse» et cela dans la proportion de six à quatre.

On n*en peut trouver d*aulr$ à lui substituer.

16. Ainsi, dans Tune ou l'autre Église, les deux clefs ont beau toomer, elles ne peuvent valablement délier ceux qui ont engagé par serment leur liberté « le plus précieux trésor que Dieu ait départi k rbomme, » rien ne pouvant lui être substitué qui soit d'un prix égal, sodùfar non si pud con altra spesa. Le souverain Pontife s'arroge donc à tort, le droit de relever des vœux religieux, comme aussi, ce qu'il a fait trop souvent, des engagements pris envers les sectaires, et surtout le droit de délier les sujets du serment de fidé* lité.

Mortels, ne traitez pas les vœux en hagatelleSt etc.

17. Ck>mment les catholiques, ces suivants de la Mort, mortali, n'aoraient-ils pas été trompés à une proclauiation de principes faite avec une telle apparence de conviction, et u'auraient-ils pas fermé cbaritablement les yeux sur quelques propositions hasardées?

Mieux eût valu pour lui se rétracter et dire : J'ai fait mal; que de faire en persistant bien pire,

18. In vavendo fuit stultus, dit saifil Jérôme, et in reddendo ini' pitis, La logique de Béatrice se démeut ici tout à fait. Que Jephté ouAgamemnou eussent manqué à leur vœu en disant: J'ai mal fait, ils se seraient déchargés de leur obligation, de leur propre autorité, per suo orbiirio; eussent-ils voulu s'en acquitter par substitution, quelle victime deux fois plus précieuse que leur propre fille auraientils pu sacrifier?

' Même' orgueil égara des Orecs le chef fameux, etc,

19. Jephté et Agamemnon ne seraient-ils pas mis ici en avant P<mr Appeler à la pensée tant de victimes humaines, immolées par

le fer ou expirant sur le bûcher, dans les croisades coulre les Albigeois, au nom d'un Dieu de paix et d'amour? Je ne sais, mais Jephié a bien Tair de figurer ici pour Raymond Béranger livrant sa fille, l'innocente église albigeoise, aux rigueurs pontificales, comme première arrhc de sa soumission, sua prima manda; puis le gran duca (lei Grea\ de ces Grecs qui ont une double conscience comme les Centaures à In double poitrine {Euf. xii), ce gran duca m'est suspect On pourrait bien voir en lui le pape innocent III. Comme aussi dans son Iphigcnie, il nous seuibic recunnaiire la Vergine cruda qui vint se réfugier à Alantouc, après la ruine de Toulouse et la mort de Tiresias. Pauvre fille dont le beau visage fut réduit à prendre la couleur orthodoxe, pianse il suo bel volto. Il serait d'autant plus aisé de s'y tromper que les sages et les fous crurent prudent de l'imiter, pianser di se, loi*squ'iIs eurent vent de l'étrange culte rendu à Dieu par les cix)isés de Montfort et par les légats romains , udir parlar di cosi fatto colto. Car enfin , l'église albigeuisc était fille de cette É*glise chrétienne dont le Pape est l'époux, fille un peu émancipée sans doute, mais qu'il aurait été possible de traiter moins rudement.

Qmc voire 'pièié, chrétienSt soit calme et grave, etc.

20. Vous qui professez le véritable christianisme, non celui de Rome, gardez- vous de croire h l'eflicacilédes dis|)enses et des indulgences cattioliques. N'allez pas à droite et à gauche, mais suivez coustamment la ligne du devoir, en remplissant religieusement k*s obligations contractées envers vos frères ; si vous fiaraissez, comme Dante , vous éloigner d'eux momentanément, que ce soit pour leur propre avantage, pour leur rendre un service signalé fait pour tranquilliser votre conscience, servigio tanto che l'anima sicuri di Uiigio, et avec la certitude qu'il leur rap|)oricra six au lieu de quatre. En fait d'eaux pour vous laver, ne comptez que sur le Lélhé et l'Eunoe, et n'ayez recours à l'eau bénite que si vous ne pouvez faire autrement, à celle du baptême substituez le feu de l'Esprit. (Schm.)

Fos guidai $ont V Ancien^ le Nouveau Testament, Et la voix dupasleur qui dirige VÉglise.

21. Quel pasteur et quelle Église? L'Ancien et le Nouveau Testament ont été de tout tem|>s l'arsenal où l'héi^ésie a été chercher les armes qu'elle dirigeait contre le catholicisme; de là sa persistance à

répandre les tiaductioos des Saintes Écritures; mais les Bonshommes du coDciie de Lonibers nous ont édifié sur la valeur que les Albigeois aiu-ibaaient à TAncicu Testameni : c'était, sauf certaines exceptions, nu livre historique écrit en style figuré, dont le langage devait s*interpréler selon les lumières de la raison; les Évangiles seuls avec l'A^X)cal^ise étaient la parole de Dieu. Leur église avait ses ministres, ses pontifes, son pape {voir page 9 des RévéL), et on peut ôtre certain que le pasteur dont parle ici le poète n'est pas à chercher parmi ceux que le poète a représentés successivement sous tant de formes odieuses.

Soyez hommes, non point des brebis en délire.

22. Si la louve romaine, la prostituée de Babylone, dans l'intérêt de sa cupidité, mala cupidigia, cherche à vous détourner du vrai seolier, montrez que vous êtes des hommes et non des brutes stupides, acceptant avec docilité ce nom de brebis que le clergé romain donne à ceux qui se courbent aveuglément sous le joug {Canvùo). EnGu ne devenez pas pour les Juifs eux-mêmes des objets de dérilâoQ, en vous voyant vous prosterner devant leur dieu Moloch, en proclamant le dieu d'amour.

Béatrice parla oominc ici je V écris.

23. Comme Virgile l'avait annoncé, Béatrice vient de traiter de la • noble vertu » désignée par le nom de libre arbitre ; Dante tient à constater qu'elle l'a fait comme il l'a écrit, com' io lo scrivo. On pcat juger maintenant dans quel (%prit elle s'est acquittée de sa tâche. [Voir la lettre de Dante à Moroel Malaspina.)

Se fixèrent au point d'où a'épand plus de vie» 2h. Au ciel de Mercure ou ciel de la dialectique, plus voisin que celai de la lune pontificale du soleil de la raison ; attendu que c'est i l'aide des déductions logiques et des formes savantes de l'argumentatioQ réduite en aft que l'on arrive à la démonstration de la vérité, tandis que la grammaire ne fournit que les éléments du langage.

Son silence et son atr, qui venait de changer, etc, 25. Cette transmutation soudaine de Béatrice vient fort h propos poor empêcher Dante de lui poser des questions plus ou moins embarrassantes. Nous verrons, au surplus, a^s changements à vue de

Béalrico se répéter ^ chaque piaiwge d'uoe plaiiète dans une autre • on eu aum bienlôt l'explication.

Tout $on être à mes yeux montra tant de délice Qjue d'unpUu vif éclat l'étoile en resplendit.

26. La planète de Mercure que Danlc assimile à la dialectique, attendu, dit-if, que cette science « est toute conceuiréc, avecTindication de son but, dans ce texlc précieux qui constitue Vancîen et le nouvel Art (d'amoUr); perfettameme è compilata e tenninata in quel TANTO TESTO che neW arte vecchia e nella ruwva si trova, > Rien de plus précis sans doute. Sur ce, Pedcrzini annote que la vecchia arte doit être quelque ancien -traité de dialectique. — Ce D*est pas tout « De même que la planète de Mercure est plus que toute autre voilée par les rayons du soleil, la dialectique est aussi plus voilée qu'aucune autre science, en tant qu*elle procède à Taide de raisonnements sophistiques et d'arguments probaUes [Cane, il, Ift). « On peut donc s'attendre qu'un nouveau personnage d'une part, et Béatrice de l'autre, vont faire assaut de dialectique pour établir, avec toutes les subtilités que comportait la diflBculté des temps et toutes les •ressources de l'ancien et du nouvel art d'amour, l'un, que la souveraineté du monde entier appartient au saint Empire romain et à son chef; l'autre, que Talbigéisme est la seule véritable loi religieuse; que le monde intellectuel procède immédiatement de Dieu par émanation, tandis que le monde matériel ou inférieur est l'œuvre d'un créateur en second ordre.

Que dus-^e Jaire moi, mobile par nature^ etc.

27. Nous n'avions pas besoin de cette déclaration de Dante pour savoir qu'il savait donner [i ses pensées et à l'esprit qui los inspire toutes les formes et les déguiser sous cent as|)ects différents. L'aveu est |X)urtant bon h noter.

Comme dans un vivier dont l'onde est calme et pure Accourent les poissons vers les appâts trompeurs, etc,

28. Les nouveaux venus sont des fidèles d'amour, et d'après la déGnition que Virgile a donnée de l'amour (ch. xv du Purg.)^ ils savent que dans le ciel « plus on est pour aimer, plus on aime en effet; • que de plus ils n'entendront rien qui ne soit destiné à la propagande amoureuse, ecco chi crescerà li nostri amorù Muets,

dans leur disci-étion jurée, comme des poissons» ils accourent pour se repaître du pain des anges, pain de vie {ConVé i), che simin lor jmtura, et qui leur vient, non du dedans, c'est-à-dire du sein de l'Église romaine, leur peschieraj où les avait entassés le ûlet de Caligorant, mais bien du dehors, di fuorù Pas un mot qui n'ait été pesé et employé selon sa valeur secrète.

Une immeiue allégrtste en elle apparaistait.

29. La Gaie science ne pouvait se révéler autrement chei les adeptes.

Pense, lecteur, en toi combien éveillerait Ce récit commencé, etc.

....D'impatience avide.

30. Il est certain que ceux-là qui comprenaient le langage symbolique devaient élre fort curieux de savoir comment le poète parvien* drait à la fin d*une tâche si audacieuse et si difficile à la fois.

Avant d'avoir quitté tes frères militants.

M. La milice du Temple, eommilitones Christi, selon l'expression de saint Bernard, est constamment désignée dans le poëme par le mot mlim. Dante ne fait donc que proclamer ici de nouveau sa fidélité an drapeau sous lequel il n'a cessé de combattre et dont il se complaît à prophétiser le triomphe.

De ce feu dont au ciel resptenàii tout l'espace Nous sommes embrasés, etc,

32. Nous savons que ce feu est celui de l'amour, dont le flambeau répand au loin la lumière de rorienl dans le ciel sectaire. Aussi Dante Tappelle-t-il hme.

Parle en toute assurance,

Et non moires qu*efides dieux aiç, en eux confiance.

33. Cette expression corne a dix est remarquable et surtout à raison du personnage qui vient de porter la parole; ce n'est ni un pape ni un saint, tant s'en faut, mais c'est un empereur, et dès lors, nous le savons, un représentant de Dieu, il est la |oi vivante, un trono del trionfo etemaL

Car ton souris s'avive en rêrélani la joie, 3/!i. Dans le Convito, DaiUc définit le rire, una cart-uscazione dcUa dilettazioite dcW anima.

Mais iofi nom je l'ignore t dme sainte^ et ne sais, etc,

35. La sphère de Mercure se vuile aux regards des orthodoxes, nwriai, par suite du voisinage du soleil-raison, qui a ses uiotifs pour ne |)as laisser resplendir h leurs yeux tous les rayons de la dialectique; il jnend soin de les faire briller pour les seuls fidèles sous les couleurs impériales, con gli A.L.T.R.VI raggi. Nous n'eu avons pas encore fini avec ces bienheureuses lettres pointées.

^,„Sa clarté première S'en accrut, de flots d'or inondant ma paupière,

36. Comment la Splendeur impériale n*aurait-clle pas été flattée de rencontrer en Paradis un vivafit si bien pensant ?

Quand des brouilUvrds épais

Son ardeur triomphante a purgé Vatmosphère,

37. Quand le soleil-raison triomphe des grossières va|)eurs du catholicisme, il juge encore prudent de se dérober aux regards des profanes dans les enseignements lumineux qu*il dispense à ses fidèles, si cela cgli stessi per troppa luce.

A mes 1/tfux 5^ cachant

Da»i8 ses propres rayons, la figure sacrée, etc.

38. C'est bien le moins qu*un dieu ait une sainte figure, figura santa, et que les rayons de la Gaie science puissent lui servir àc manteau, au point de dérober sou essence aux regards profanes. C'est donc chiusa, chiusa que va répondre cetle âme glorieuse, c*(^ià-dire en dissimulant de soft mieux, dans un langage essentiellement dus. Il nous faut donc Técouter d'autant plus ailentivement.

CHANT Yl.

Contre le cours du ciel lorsque fui retournée Jadh par Constantin cette aigle qui d'Énée, etc.

1. L'aigle qui vint d*Oricnl en Occident avec Énée, l'homme do de stin, fatalem ^nean, que le ciel escortait, secjuio, s*il faut lire dke (armais nous avons préféré la leçon du Codice Berii, qui porte dCdia . Pour nous, ces mots « contre le cours du ciel » sont Texpression du regret éprouvé par Dante, en songeant aux résuluis de

celte translation du siège de l'Empire, qui livra Rome et Fltalie à riofluence pontificale.

Aux lieux voiiins des monts dont il farlil d'ahori.

2. Sur les rives du Bosphore, dans le voisinage des montagnes de h Troade, d'où Toiseau de Dieu, Vuccel di Dio, continua de gouver- Berle monde, bien qu'à l'extrémité de l'Europe, nellostrenw d^Ënrtfa; ce qui prouve que le lieu de la résidence du monarque univenel n'influe en rien sur le droit qui lui appartient.

Par l'inspiration de Vétemel amour f ete»

3. Ce fut sans doute aussi par la volonté du premier amour, del primo amar ch'io sento, que Juslinien, qui à de grandea^qualités joignitde déplorables faiblesses, embrassa Vhérésie des Pliantasiastes et se rangea à l'opinion de Julien d'Halicarnasse, évoque monophynic, soutenant avec les gnostiques, ces premiers Odèles d'amour, que le Christ n'avait pâti qu'en apparence. Et voilà probablement la véritable cause de cette étrange canonisation de Justinien, qui avait d'aiilears, comme restaurateur de l'empire romain, restitutor impe^ nï> des droits incontestables à l'admiration du poêle gibelin.

Je eroyaiSt et ma foi plaisait à mon esprit, QM'uTie seute nature était en Jésus -Christ.

h. Justinien semble se complaire encore dans le Paradis au souîenir de cette hérésie qui satisfaisait sa raison, dt tal fede era contetuo.

Mais de saint Aga}>et, ce pasteur vénérahle. M'arracha la parole à mon aveuglement.

5. Saint Nicolas, éfêquc de Trêves, fut moins heureux, car ce fot en vain qu'il s'éleva contre la doctrine adoptée par Justinien, à qui il écrivait que l'iulie, l'Afrique, la Gaule et l'Espagne retentissaient d'auatbèmes contre une croyance réprouvée par la foi véritable. L'empereur n'en persisU pas moins dans son opinion et se livra à une intolérance pleine d'orgueil contre ceux qui la repoussaient. De son côté, l'impératrice Théodora, cette ancienne courtisane devenue sa femme, s'était faite la protectrice des Pauliciens ou Manichéens d'Arménie, comme les appelle Bossuet Qu'on nous explique par qael motif Dante rappelle ici l'hérésie répudiée par Justinien et garde le silence sur celle dans laquelle il s'opiniâtra? {Hisu ecclésiast.)

Je le cruSf et je vois non moins évidemment

Ce dont il m'atturait, quHl est pour toi palpahU

Quen tout dire contraire est le faux et le vrai.

6. Que pcut*on conclure de la proposition perfidement rapprochée du dogme des deux Natures? Évidemment qu'il y a dans ce dogme du vrai el du faux; c'est la mise en pratique au iiV" siècle de la doctrine de Hegel sur l'identité des contradictoires. On ne s'exprimerait pas autrement pour dire : J'avais au moins autant raison que lui.

Quanti de l'Église feus embrassé la doctrine, etc.

' 7. Quelle Église? Celle d'Halicarnassc sans doute, à moins qu'il ne s'agisse de l'église impériale de Constantinople, à laquelle Joslinien aurait soumis celle de Rome sans la résistance de ce même pape Agapeu

Dieu daigna m'inspirer par sa grâce divine Le glorieux labeur auquel je me livrai.

8. C'est-à-dire que Dieu ou plutôt Tribonien, adversaire honteux du christianisme, pour lequel il dissimulait mal son aversion, loi suggéra l'idée de réunir, en les coordonnant, les lois romaines, dans le code qui porte son nom. Il est juste de dire, au surplus, que luimême prit une part active à ce travail, qui faisait sa gloire véritable aux yeux du poète. L'admiration de Dante pour Justinien n'est en effet que l'expression de l'esprit national en Italie, où le droit romain était considéré de son temps, non comme pariiciilicr aux Romains,

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mais comme le droit commoD des sociétés homaines; d*où l*idée (i'Qne monarchie universelle régie d'après les principes de cette loi soaTeraine.

Alors je confiai VartiUê à BélÎMire,

9. H ne fut pas moins glorieusement servi par Narsès et les deux Germain.

J$ vis quê js cifMif me reposer enfin,

!0. Suivre les préceptes de la religion de paix et d'amour, et faire joDir le monde de ses bienfaits.

S'élève égaUvfient contre le sacré signe Qui 8*en empare et qui prétend lui résister.

il. Les Gibelins purs, d*une part, disposés à s'isoler du parti albigeob ou templier, dont le but est une révolution religieuse; qui, préoccupés uniquement de la question politique, oublient que l'aigle est le symbole des deux puissances; et les Guelfes, d'autre part, qui INttendent faire fléchir le pouvoir temporel sous l'autorité religieuse.

' .. 7.4 cime escarpée Sous laquelle tu vis le jour fui aux regrets*

il Pompée détruisit Fiesole, dont les hablianls, descendus dans b plaine, construisirent Florence.

..... Pour qu*une paix profonde A son exemple enfin descendit sur le monde.

13. A suo modo, à la ressemblance du ciel, régi par une volonté unique à laquelle tout se soumet, gouvernement de justice et de paix que la monarchie impériale peut seule reproduire sur la terre.

.... Son vol fut si rapide QMe Vhistoire eXU^mime à le futvre est timide,

\h. 11 ne faut pas perdre de vue que c'est toujours de l'oiseau impérial qu'il s'agit, du sacrosanto segno.

Bru tus et Cassius, que la douleur dévore t etc.

1^* les assassins de César personnifiant l'esprit républicain opposé

à Tunité monarchiqac, esprit qui dominait dans les ronnicipes gadros de ritalic.

Ce! ut ^i d'un bras fervM ensuite le porta.

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