SCÈNE PREMIÈRE
MADAME MESNAGER,
près d'une table de travail.
Mon mari est sorti... Je peux donc pleurer en secret sur le sort de mon fils... Pauvre Henri!... où est-il ? Que fait-il à cette heure ? Ah ! que les enfants sont cruels ! Nous avoir quittés tout à coup sans nous embrasser, sans nous dire adieu... Je comprends la colère de son père qui a déchiré la
première lettre que nous avons reçue, sans vouloir la lire... Pauvre enfant! Il peut croire que nous l'abandonnons à tout jamais. Est-il possible qu'il soit allé en Amérique, comme le timbre et le port de la lettre me le font supposer, (mie ouvre un petit coffret
à ouvrage et en tire quelques morceaux de papier.) Voila tOUt Ce
que j'ai pu sauver de cette lettre que mon mari a déchirée et jetée dans le feu... quelques morceaux... (Eiie nu) « Ma bonne mère.,. (Eiie pleure.) Un temps viendra où... » Et puis rien! Le feu a dévoré le reste. Que m'annonçait-il par cette espérance?... Oui, un temps viendra où, brisée de chagrin, je m'en irai sans pouvoir embrasser mon fils... Ah! les hommes sont durs ! Mon mari n'a pu lui pardonner cette fuite, et pourtant il est bon; mais il a été cruellement blessé d'un pareil abandon. (Eiie prend un autre petit morceau de papier.) « Faire fortune! ... » dit-il. Faire fortune, voilà ce qui cause des chagrins à plus d'une mère. Henri nous a quittés pour faire fortune et peut-être à cette heure, loin de nous, découragé, malade, il regrette notre vie si calme, l'affection de sa mère... Ah! que n'ai-je pu sauver cette lettre des flammes! J'aurais donné dix ans de
ma vie pour la lire en entier... Rien pour moi dans ces fragments!... Pas un souvenir! Lui qui m'aimait tant ! Mon Henri ! (Eiie * cache u tête dans ses
mains.)