MAI
Mon ami...
Ne pouvez-vous me laisser lire tranquillement ?
MADAME MESNAGER
Je ne croyais pas vous déranger.
MESNAGER, jetant le livre.
Cette vie d'intérieur est aussi insupportable... que ce livre...
MADAME MESNAGER, à qui Rosalie fait des signes.
Mon ami, souffrez-vous?
MESNAGER
Oui, d'être interrompu à tout instant...
MADAME MESNAGER
Non, vous souffrez intérieurement* . .
MESNAGER
Où voulez-vous en venir ?
ROSALIE, à M™« Mesnager.
Allez, allez!
MADAME MESNAGER
Pourquoi ne pas me confier l'objet de vos tourments ?
MESNAGER
Je n'ai rien à confier à personne.
Autrefois vous aviez plus de confiance en moi... Vous me l'avez retirée tout à coup... Rendez -la moi, car je suis bien malheureuse ! Chacun de nous vit dans un isolement de pensées qui, portées à deux, pourraient être moins lourdes, moins amères.
MESNAGER
Je ne sais ce que vous voulez dire.
MADAME MESNAGER
Suis-je coupable, si mon frère et ma sœur...
MESNAGER
Pas un mot de plus à ce sujet... Je vous ai défendu de me parler jamais de vos parents.
MADAME MESNAGER
Mes parents ne sont-ils pas les vôtres ?
MESNAGER
Non. Je vous ai épousée, vous, et non pas ce fou et cette folle qui ont troublé la ville.
MADAME MESNAGER
Au moins, permettez-moi de vous entretenir d'un être qui vous est cher, que vous avez beaucoup aimé, que vous ne pouvez renier... De votre fils.
MESNAGER, s'arrêtant en face de sa femme.
Madame, s'il est encore question d'un pareil
sujet entre nous, je vous avertis que je partirais à l'instant de la maison et que tout sera brisé entre nous.
MADAME MESNAGER
C'est moi qui partirai la première...
MESNAGER
Comme vous voudrez. (11 se ra«*ied.)
MADAME MESNAGER, fondant en larme*.
Je n'y peux tenir. . .
ROSALIE
Rentrez dans votre chambre, madame.
MADAME MESNAGER
Ne pas vouloir entendre parler de son fils !
(Elle sort.) • .