LES BIOGRAPHES DE MOLIËUE
Les pages qui suivent n'apprendront pas grand'chose aux moliéristes quelque peu informés sur l'objet de leurs préférences littéraires : tous ont dû pratiquer les ouvrages que je vais apprécier et ils ont leur opinion faite. J'espère, en revanche, qu'elles ne seront pas entièrement dépourvues d'intérêt pour ceux à qui Molière est plus familier que ses critiques, et qui le lisent ou le voient jouer sans s'inquiéter autrement de l'énorme travail d'exégèse que chaque jour accumule sur ses œuvres. Je voudrais, en effet, y passer en revue, le plus brièvement possible, les travaux biographi([ues à l'aide desquels la lumière s'est faite peu à peu sur l'histoire du poète, d'abord réduite à quelques dates et maintenant connue dans un tel détail que, malgré les plaintes de ceux dont la curiosité n'est jamais satisfaite en cette matière, nous en savons plus long sur Molière que sur tel de nos contemporains les plus en vue. En outre, cette revue servira de pièces justificatives à un livre où j'ai dû citer bien des auteurs sans m'expliquer autrement sur leur compte ni marquer la valeur de chacun d'eux comme historien ou témoin.
Les contemporains de Molière ; Donneau de Visé, Montfleury, Le Boulanger de Chalussay. — La Grange; Grimarest. — De La Serre à Aimé Martin.
Les plus utiles, peut-être, des biographes de Molière se trouvent dans cette tourbe d'ennemis, acharnés contre lui dès ses débuts, et qui, en le couvrant d'injures, en se déshonorant eux-mêmes par i étalage de leur bassesse, ne se doutaient guère qu'ils amassaient pour la postérité de précieux documents. Ils se trouvent aussi parmi ces modestes écrivains qui racontent pas à pas la carrière du poète-comédien, tantôt avec une admiration naïve, tantôt avec une amusante jalousie. Robinet vient en tête de ce dernier groupe ; dans le premier, nous sommes surtout redevables à Donneau de Visé, Montfleury et Le Boulanger de Chalussay.
Continuateur de Loret et Mayolas, les gazetiers burlesques, Robinet est le vrai type du badaud optimiste et bienveillant; assidu parmi les spectateurs du Palais- Royal, debout au parterre, ou admis par grâce dans une loge, il regarde et admire , complimenteur, prompt à l'enthousiasme, et rime au jour le jour le compte rendu des représentations. D'abord ennemi, puis ami de Molière, tour à tour auteur comique et tragique, critique, nouvelliste, journaliste, fondateur du Mercure galant, historiographe de France, dans tout cela fort méchant écrivain, Donneau de Visé est l'une des plus curieuses ligures de son siècle, un des ancêtres de la presse, un des premiers qui en aient compris le pouvoir, et qui, par l'information, la chronique, le reportage, Vactualitéj à force d'entregent et d'intrigue, en
aient tiré tout ce qu'elle pouvait procurer alors d'infiuence; les renseignements qu'il donne sur Molière sont contenus dans un fatras de petits écrits, mais personne n'en donne davantage. Le Boulanger de Chalussay, au contraire, est l'homme d'un seul livre, Élomire hypocondre, comédie en cinq actes et en vers, qui ne fut pas représentée et ne pouvait pas l'être. De l'auteur on ne sait rien, sauf qu'il était animé d'une haine violente contre Molière ; quant au livre, plein de bouffonneries plates et de mauvais vers, animé cependant d'une verve grossière, il atteste l'exacte connaissance, sinon de Molière lui-même, au moins de sa carrière théâtrale; il la raconte à deux et trois reprises, avec une telle précision que ses récits permettent de fixer des dates et des faits importants. Pour Montfleury, fils du célèbre comédien de l'Hôtel de Bourgogne, son Impromptu de l'Hôtel de Condé, réponse à V Impromptu de Versailles, peut être considéré comme le type de ces petites pièces de circonstance que provoquaient les comédies de Molière; on y trouve le meilleur portrait satirique et le plus complet qui nous soit parvenu de Molière comédien et, comme dans les autres, quelques vers, quelques mots sont de précieuses indications.
Voilà les principaux entre les témoins de la vie de Molière; mais combien d'autres il faudrait citer avec ceux-là, et qui ont laissé un petit livre, une pièce, une page d'un grand intérêt ! On a écrit tout un volume sur les ennemis de Racine ; pour passer en revue ceux de Molière, il en faudrait au moins deux. Comme il arrive d'ordinaire, ses amis ou ses protecteurs écrivent ou parlent moins que ses ennemis; mais que ce soient Boileau ou La Fontaine, Louis XIV ou Coudé, on devine de quel prix est le moindre mot venant de tels témoins
Amis ou ennemis, ces contemporains, biographes sans le savoir, sont très incomplets et très fragmentaires; seul parmi eux, Donneau de Visé nous a laissé une notice suivie; encore est-elle de circonstance et d'une forme bien bizarre. Enfin, neuf ans après la mort du poète, en 1682, son ami La Grange, songeant véritablement à la postérité et sachant bien ce qu'il faisait, lui consacre la courte biographie dont il a été question au cours de ce volume. Il suffira de dire ici que, dans sa discrétion et sa sobriété, elle est la première vraiment digne de son objet; scrupuleusement exacte, c'est la seule peut-être où il n'y ait pas à relever une seule erreur grave ; elle est aussi le point de départ de toutes celles qui ont suivi.
Mais elle est très courte et volontairement très discrète. Il n'y a guère à prendre pour la vaine curiosité, pas plus que dans les notices encore plus courtes données en 1686 par Baillet, en 1697 par Charles Perrault; Bayle est le seul qui, dans un article de son Dictionnaire historique, essaye de pénétrer, à l'aide d'un odieux pamphlet, la Fameuse comédienne, jusque dans la vie privée du grand écrivain. Comment se fait-il que La Grange ait si longtemps suffi? La curiosité est d'autant plus vive à l'égard d'un homme, qu'il est placé plus haut par ses contemporains, mais, outre que ceux de Molière ne l'appréciaient pas à sa valeur, il y a bien des choses, en matière de biographie, qui ne s'écrivent pas sur un contemporain, parce que tout le monde les sait, ou parce qu'il y aurait danger à les écrire. A mesure que le temps s'écoule, la gloire de l'homme grandissant et la tradition orale devenant plus pauvre, la curiosité publique grandit, elle aussi, et veut être satisfaite; il lui faut des détails qu'elle n'apprend plus de vive voix et que l'on peut désormais formuler par écrit sans trop
d'inconvénients. C'est alors que de nouveaux biographes écrivent des volumes, et c'est pour répondre à un besoin de ce genre au sujet de Molière, que, trente-deux ans après sa mort, un obscur maître de langues, Le Gallois de Grimarest, prit la plume.
Lui-même n'avait pas connu son héros, mais il était lié avec le comédien Baron, élève favori de Molière et qui avait lontemps vécu dans son intimité. Baron mit au service de Grimarest tout ce qu'il savait, un peu plus même qu'il ne savait. Grimarest, recueillant d'autre part tout ce qu'il put d'anecdotes et de souvenirs, composa de la sorte une Vie de M. de Molière, qui parut en 1705. L'ouvrage fut assez mal accueilli; Boileau surtout, qui avait de toutes manières le droit d'être exigeant, se montra dur pour le pauvre biographe : « Franchement, écrivait-il, ce n'est pas un ouvrage qui mérite qu'on en parle. Il est fait par un homme qui ne savait rien de la vie de Molière, et il se trompe dans tout, ne sachant même pas les faits que tout le monde sait. » Un tel arrêt, tombant d'une telle plume, devait être,semble-t-il, une condamnation à mort. Le livre survécut, quoique la condamnation ait en partie produit son effet. D'un côté, le travail de Grimarest devait être souvent réimprimé et imité; ainsi par Voltaire, qui se contenta de l'abréger en meilleur style ; et aujourd'hui encore, on lui fait l'honneur de le joindre à des éditions de Molière. De l'autre, chacun se crut en droit de traiter l'auteur avec le dernier mépris, et de paraphraser à son sujet le jugement de Bazin, plus sévère encore que Boileau, bien qu'il eût moins le droit de l'être : « Cet historien tardif, dit l'auteur des Notes historiques sur la vie de Molière, fut un honime sans nom, sans autorité, sans goût, sans style, sans amour au moins du vrai ; un de ces besogneurs subalternes qui touchent à tout et gâtent tout ce qu'ils
touchent, autorisés à leurs méfaits par la coupable apathie des honnêtes gens. » On ne parlerait pas autrement dans un réquisitoire.
Rien de plus injuste, à mon avis. Grimarest écrit mal, il a Tesprit cancanier, il manque de critique, mais il fait son possible pour être bien informé, et, somme toute, son livre a rendu les plus grands services; c'est encore le plus riche fonds de renseignements sur l'histoire de Molière. Je dis plus : entre toutes les anciennes biographies des grands écrivains du dix-septième et du dix-huitième siècle, c'est encore une des moins mauvaises; ni Levesque de Burigny n'a mieux servi la mémoire de Bossuet, ni le chevalier de Ramsay celle de Fénelon. Ce qui a valu de si vives attaques à Grimarest, c'est que l'on a plus étudié de nos jours la vie de Molière que celle de tous ses contemporains réunis, et, naturellement, l'étendue de l'enquête a révélé bien des erreurs chez un homme qui, peu soucieux de la précision moderne, écrivait avec la méthode peu exigeante de son temps. Mais, ce qu'on remarque moins, c'est le nombre de fois où notre contrôle a tantôt confirmé les dires de Grimarest, tantôt montré qu'à ses erreurs se mêlait le plus souvent une part de vérité, et surtout, chose rare, qu'il n'a jamais menti sciemment et de propos délibéré. Il faut examiner de près tout ce qu'il raconte, mais il serait toujours imprudent de ne pas s'en occuper, car, même avec le résultat accumulé de nos recherches, nous aurions sans lui bien des lacunes à regretter dans la vie de Molière.
Après Grimarest, le dix-huitième siècle écrit peu sur le sujet qui nous occupe. La notice publiée en 1725 par Bruzen de la Martinière, en tête d'une édition hollandaise des œuvres du poète, ne fait guère que délayer Grimarest et La Grange, en y ajoutant quelques anec-
dotes. Un médiocre écrivain, La Serre, fait précéder la superbe édition donnée en 1735, sous les auspices de M. de Chauvelin, par Marc-Antoine Joly et illustrée par Boucher, de mémoires où s'annonce un peu d'esprit critique, mais qui n'ajoutent pas grand'chose aux recherches antérieures; les frères Parfaict, dans leur Histoire du théâtre français ^ copient leurs devanciers; en 1773, Bret, pour son édition longtemps estimée, se contente de réimprimer avec un supplément de seconde main la vie écrite par Voltaire, d'après Grimarest; et c'est tout jusqu'à la fin du dix-huitième siècle. Au commencement du nôtre, l'édition de Molière donnée par Auger et souvent réimprimée depuis 1819, celle d'Aimé Martin, qui eut le même honneur entre 1824 et ces dernières années, sont de bons travaux de critique littéraire, mais si la biographie y est mieux disposée et mieux écrite, elle pèche toujours par la nouveauté de l'information. Grimarest n'a pas cessé d'être la source principale.
Renouvellement de la biographie de Molière : Taschereau, Beffara, Bazin, Eudore Soulié, Jal. — Recherches dans les archives de Paris et de la province.
Enfin, avec Taschereau, qui fit paraître en 1825 la première édition de son Histoire de la vie et des ouvrages de Molière, la biographie du poète entre dans une voie où elle finit par se renouveler; la cinquième et dernière édition de ce livre, publiée en 1863, fut jusqu'à cette date le plus complet, le mieux ordonné et le premier vraiment critique des travaux de ce genre.
Remontant aux sources, interrogeant, par delà Grimarest, les contemporains de Molière lui-même, mettant un peu d'ordre dans le fatras de leurs écrits, y prenant à peu près tout ce qu'il y avait à prendre, signalant ce qu'il ne pouvait pas utiliser lui-même, profitant, à mesure qu'elles se produisaient, des trouvailles que l'on faisait autour de lui, en faisant lui-même, se corrigeant et se complétant sans relâch e, Taschereau élève un véritable monument à la mémoire de Molière et, dans tout ce que l'on a bâti depuis, nombre de matériaux lui sont empruntés.
Au moment où il publiait la première édition de son livre, l'histoire de Molière venait d'être l'objet d'imporlantes découvertes, qui l'avaient bouleversée en la renouvelant; et l'année même où il faisait paraître la dernière, Eudore Soulié produisait d'un seul coup une prodigieuse quantité de documents, dont tous avaient leur intérêt, et beaucoup une importance capitale. Ainsi le livre que l'on aurait pu croire définitif était à refaire en partie.
L'initiateur de ces découvertes avait été un commissaire de police, L.-F. Beffara, qui, longtemps attaché au quartier de la Chaussée d'Antin, s'était vu conduit, par ses relations personnelles avec les artistes et les auteurs dramatiques, à étudier avec passion l'histoire du théâtre. Sa profession lui faisait, naturellement, attacher une importance capitale aux pièces officielles; il dirigea donc ses recherches vers une mine très riche et jusqu'alors inexplorée, les registres de l'état civil. Le résultat fut, en 1821, une mince brochure, publiée sous le simple titre de Dissertation sur J,-B. Poquelin-Molière^ et assez intéressante pour unir désormais d'une façon inséparable le nom de l'auteur à celui de Molière. Sur la naissance du poète, l'origine contestée de sa femme, sur
cette famille Béjart qui fut le noyau persistant de sa troupe, il apportait des informations décisives, qu'il a suffi de compléter depuis et contre lesquelles rien n'a pu prévaloir.
Avec l'étude comparative des écrits contemporains de Molière et la recherche des documents originaux, la ûiographie du poète avait trouvé sa véritable voie et il ne restait plus qu'à y marcher. Cependant l'autorité de Grimarest n'était pas encore détruite, même pour un Beffara ou un Taschereau. On se moquait de lui, à titre de précaution oratoire, mais on ne cessait pas de lui faire de larges emprunts. Cette persistante faveur d'un méchant écrivain eut le don d'agacer un homme d'esprit, Bazin, l'historien de Louis XIII, qui se proposa de la ruiner une bonne fois. Il publiait, en effet, dans la Revue des Deux Mondes des 15 juillet 4847 et 15 janvier 1848, deux études, sur les Commencements et les Dernières amiées de la vie de Molière^ réimprimées en 1851 sous le titre de Notes historiques sur la vie de Molière. Grimarest y était pris à parti avec une sévérité dont on a vu plus haut un échantillon; pour le reste, c'était une minutieuse discussion, conduite avec une fermeté et une logique admirables, de toutes les fables qui circulaient encore sur l'existence de Molière. « L'auteur s'y est proposé pour unique but, y lisait-on, d'éclaircir et d'assurer le très petit nombre de renseignements qu'on nous a transmis sur les deux parties dont se compose la vie de notre grand comique, en les faisant concorder avec les faits publics et avérés de l'histoire, en y rétablissant d'une manière exacte les dates et les personnes jusqu'ici confusément mêlées. » Cette promesse était complètement tenue; le seul défaut grave du travail de Bazin, c'était de persister, malgré les découvertes de Beffara, à voir dans Armaude Béjart une fille de Made-
leine et d'appuyer sur cette idée fausse un système inacceptable. On pouvait aussi, avec Sainte-Beuve, reprocher à l'auteur de laisser voir, derrière son « exactitude inexorable » et sa « piquante sobriété », une sorte d'âcreté bien inutile en des choses si simples : « Pourquoi, ajoutait Sainte-Beuve, ne pouvoir rectifier une date ou un fait sans avoir l'air de faire une épigramme, et de dire à son prochain : Tu es un sot »? A plus de trente ans de distance, ce ton de persiflage exaspère encore les aventureux et les enthousiastes; justiciables éternels de Bazin, ils le traitent comme un ennemi personnel.
Bazin ne vécut pas assez pour voir la méthode inaugurée par Beffara dissiper peu à peu nombre d'incertitudes qu'il n'avait pu que constater avec regret, le corriger lui-même sur quelques points, sur d'autres confirmer ses suppositions. C'est Jal, historiographe et archiviste du ministère de la marine, qui reprit cette méthode en l'étendant au champ tout entier de la biographie et de l'histoire. Durant plus de quinze ans il fouilla, non seulement les registres de l'état civil, mais la plupart des dépôts d'archives de Paris et, par surcroît, les études de notaires ; de cet immense labeur sortit ce Dictionnaire de critique de biographie et d'histoire, publié en 1864, mine inépuisable de noms, de dates et de faits, recueillis avec une patience, une attention, un scrupule d'exactitude auxquels on ne rendra jamais trop complète justice. Molière et la plupart de ceux qui se trouvèrent mêlés à son existence y sont l'objet d'articles importants, parmi lesquels ceux consacrés à Molière lui-même, aux Poquelin, aux Béjart, ajoutaient grandement aux trouvailles de Beffara.
Jal était à l'œuvre depuis longtemps, lorsque Eudore Soulié, conservateur des musées nationaux, chargé de préparer une édition de Molière pour la collection dite
des Grands écrivains, résolut, lui aussi, d'étendre le genre d'investigation inauguré par Beffara aux études de notaires. Il faut lire la simple introduction qui ouvre ses Recherches sur Molière et sur sa famille, publiées en 1863, pour apprécier, avec sa patience, la sûreté de sa méthode, et il suffit de parcourir la liste des soixantecinq documents trouvés par lui, pour juger d'un coup d'oeil le pas décisif que faisait la biographie de Molière avec ce livre au titre modeste, pour lequel l'auteur eût voulu un titre plus modeste encore. D'un seul coup, en moins de quatre cents pages, Soulié mettait au jour tous les papiers essentiels se rapportant à Molière, à son père, à sa femme, à sa fille, aux débuts de Vlllustre Théâtre, à la famille Béjart; il nous faisait pénétrer dans l'intimité la plus familière du poète, il permettait de trancher à son honneur l'irritante question de l'origine de sa femme; et, ces diverses pièces, il en faisait doucement sortir tout ce qu'elles contenaient de certitude ou de probabilité, dans six chapitres d'exposition critique, écrits avec la plus élégante simplicité.
Bien que le livre de Soulié n'ait pas obtenu auprès du grand public tout le succès qu'il méritait, il eut assez de retentissement pour susciter un peu partout des émules à l'auteur, même à Paris, où il semblait pourtant avoir épuisé le terrain, mais surtout en province. Ici l'histoire des voyages de Molière restait encore très obscure, malgré l'intéressant petit livre publié en 1858 par Emmanuel Raymond (Léon Galibert) sous le titre &'Eistoire des pérégrinations de Molière dans le Languedoc, et un voyage de recherches assez infructueux entrepris par Soulié lui-même, peu après la publication de son livre. Ni à Paris ni en province il n'a rien été découvert que l'on puisse comparer, même de loin, aux trouvailles de Soulié; néanmoins un certain nombre d'érudits ont
encore pu glaner sur les pas de l'auteur des Recherches ou commenter avec intérêt les résultats de celles-ci. Ainsi, pour Paris, M. Emile Campardon, qui a profité de sa situation aux Archives nationales pour y rechercher tout ce qu'elles pouvaient contenir sur le poète, sa famille, sa troupe, et en tirer la matière des plus utiles recueils de documents; M. Ph. Collardeau, qui a décrit la salle du théâtre de Molière au Port-Saint-Paul ; M. Auguste Vitu, qui a fixé l'emplacement de sa maison mortuaire, du jeu de paume des Métayers, son premier théâtre, de la maison de son père aux piliers des Halles; R. Boulanger, qui a décrit l'autre maison de Jean Poquelin, rue Saint-Honoré ; M. l'abbé V. Dufour, auquel un épitaphier parisien a fourni l'intéressante inscription gravée sur le tombeau de la mère des Béjart; en province, MM. Gosselin, Bouquet, Fillon, Brouchoud, Péricaud, Magen, Gandin, Mortet, Rolland, Chardon, de Beaurepaire, etc., qui ont relevé les diverses étapes du poète-comédien ou montré l'erreur de certaines assimilations. M. Lacour de la Pijardière, le plus heureux de tous, a trouvé aux archives de l'Hérault les deux plus longs autographes que l'on ait de sa main.
Les biographes aventureux; Paul Lacroix, Edouard Fournier. — Biographies d'ensemble et travaux de détaiL — Les biographes de Molière à l'étranger.
Il semblerait qu'avertis par Bazin et obligés par l'exemple de Jal et de Soulié, les biographes de Molière auraient dû mettre dans leurs recherches une précision désormais indispensable. Mais il y a toute une lamille
d'écrivains que leur nature d'esprit jette avec une force irrésistible dans l'aventureux et le romanesque.
De ce nombre étaient Edouard Fournier et Paul Lacroix, plus connu sous le nom de bibliophile Jacob. Fournier, fécond en hypothèses, quoique terriblement sec comme écrivain, introduisait à chaque instant l'imagination dans un ordre d'études où elle est plus dangereuse qu'utile ; un fait n'avait guère de valeur à ses yeux que s'il pouvait l'interpréter et, souvent, en tirer un peu plus qu'il ne contenait; poète avec cela, il faisait de la poésie érudite comme de l'érudition poétique, au grand dommage de sa poésie comme de son érudition. Obligé de travailler vite, satisfait de lui-même et dédaigneux d'autrui, commettant beaucoup d'erreurs et ne revenant guère sur ce qu'il avait une fois avancé, il publiait en 1863 un Roman de Molière que ruinaient, quelques mois après, les Recherches de Soulié : pour se tirer d'affaire, il écrivait d'un ton dégagé que, somme toute, « les certitudes notariées apportées par Soulié lui étaient plus indulgentes que rigoureuses », et il ne se privait pas de faire la leçon à Soulié, en un sujet où celui-ci devenait une autorité suprême.
Quant à Paul Lacroix, malgré sa puissance de travail, son flair, l'étendue de ses connaissances, le bon bibliophile était, sans contredit, le plus dénué de critique entre tous les érudits français. Dans ses innombrables écrits, les à peu près, les confusions, les erreurs positives fourmillent; les hypothèses s'accumulent, si étonnantes qu'elles ressemblent parfois à des plaisanteries. Où il triomphe, c'est dans les attributions d'auteurs aux ouvrages anonymes ou qu'il croit tels; en ce genre, les deux Collections moliéresques où il a réuni un certain nombre de petits livres anciens se rapportant de près ou de loin à Molière, renferment de vraies merveilles. Et
pourtant, Lacroix comme Fournier, par tout ce qu'ils ont remué et signalé de livres, ont rendu l'un et l'autre de grands services à ia biographie de Molière ; un peu de vérité neuve se mêle à la plupart de leurs erreurs.
Ils sont morts à quelques années de distance. Heureusement, M. Auguste Baluffe est arrivé, qui les remplace tous deux en partie, avec son Molière inconnu. M. Baluffe semble avoir beaucoup travaillé son sujet et parle volontiers de ses «années d'incessantes recherches», mais, s'il a découvert un certain nombre de menus faits, sa critique est si originale, il met à indiquer ses sources une négligence si cavalière, ceux qui parcourent le même chemin que lui avec une méthode plus exigeante, comme M. Henri Chardon, découvrent dans son livre tant d'erreurs, de confusions, d'interprétations arbitraires, que l'on devine à le suivre de sérieux dangers. Avec cela, une façon d'écrire qui rappelle tantôt le plus beau temps du mélodrame, tantôt les querelles littéraires du seizième siècle.
Le livre de M. Baluffe est dédié à M. Arsène Housçaye. Pourtant dans le luxueux in-folio qu'il a intitulé Molière, sa femme et sa fille, le fécond écrivain ne révèle pas, bien s'en faut, les mêmes origines littéraires que M. Baluffe; il reconnaîtrait plutôt comme ancêtres Crébillon fils et Dorât. Il est aussi fleuri qu'âpre est M. Baluffe, aussi facile et souriant que celui-ci est sérieux et tendu. Il n'a pas précisément traité son sujet : il a écrit autour un agréable poème en prose; mais cela ne l'a pas empêché d'y faire, lui aussi, ses petites trouvailles, comme un simple érudit.
Plus modestes et plus utiles, d'autres écrivains se sont spécialement occupés d'étendre les recherches bibliographiques, ou de résumer, en les contrôlant les uns par les autres, les travaux partiels sur tel ou tel
point de la vie de Molière. Ainsi M. Victor Fournel, qui, après avoir donné, en 1861, à la Nouvelle biographie générale, une notice sur le poète, aussi complète qu'on pouvait l'écrire à cette époque, publiait de 1863 à 1874 sa précieuse collection des Contemporains de Molière ; M.Gh.-L. Livet avec ses réimpressions (ÏÉlomire hypocondre et de la Fameuse comédienne (1878), celle-ci accompagnée de notes très nourries; M. Edouard Thierry, en publiant, pour la Comédie-Française, le Registre de La Grange (1876), précédé d'une élégante et solide notice, les Documents sur le Malade imaginaire (1880), dont l'ample commentaire donne beaucoup plus que le titre de l'ouvrage ne promet, et une série d'études dont la réunion formerait une histoire, qui nous manque, du théâtre de Molière. Quant aux travaux d'ensemble qui ont paru dans ces dernières années, l'élégant résumé publié par M. Jules Claretie, en 1873, à l'occasion du jubilé de Molière, sous le titre de Molière, sa vie et ses œuvres, a mérité de survivre à la circonstance qui l'avait provoqué. Le Théâtre français sous Louis X/F(1874) d'Eugène Despois est un ouvrage neuf et plein de choses, rédigé en grande partie d'après les archives de la Comédie-Française, et où la vie théâtrale de Molière tient la plus large place. Dans ses Points obscurs de la vie de Molière (1877), M. Jules Loiseleur a concentré avec méthode les découvertes faites depuis un quart de siècle sur la jeunesse du poète, sa vie nomade, son mariage et sa mort. On peut trouver que l'esprit de système et le goût des solutions nouvelles y faussent parfois les conclusions de l'auteur, mais ceux mêmes qui combattent les idées de M. Loiseleur lui sont redevables d'avoir le premier présenté, au net et au complet, les résultats essentiels de tant d'études partielles. Enfin, M. Louis Moland, reprenant, pour la mettre à jour, la
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biographie générale de Molière au point où l'avait laissée Taschereau, lui a consacré tout un volume de sa grande édition du poète et a fait entrer une somme extraordinaire de renseignements dans une exposition sobre, complète et claire, où rien ne trahit l'effort ni ne cause la fatigue : livre écrit pour les gens du monde et qui aide beaucoup les hommes du métier.
Jusqu'ici je n'ai cité que des travaux français. A l'étranger, cependant, Molière est, de tous nos grands écrivains, celui qui excite l'attention la plus soutenue ; on y néglige Corneille et Racine, et l'on a tort ; Molière, lui, est toujours en honneur. En Allemagne, surtout, travaux d'ensemble et recherches de détail se succèdent avec une rapidité étonnante. Je ne puis citer que les plus considérables et les plus récents; il me suffira de dire que, depuis 4880 et en moins de trois années, paraissaient, dans la patrie de Lessing et de Schlegel, deux biographies de Molière, inspirées par une vive sympathie pour leur héros et très étendues : Tune, brillante exposition, dégagée de tout appareil biblior graphique, par M. F. Lotheissen, l'autr^, critique et minutieuse, par M. R. Mahrenholtz; d'autre part, M. W. Mangold publiait sur l'histoire de Tartuffe l'étude la plus complète qui, existe en aucune langue, et l'une des plus judicieuses. Si ces trois ouvrages sont faits, pour la plus grande partie, d'après des travaux français, les recherches originales et les vues personnelles n'y manquent pas. Bien plus, l'Allemagne avait son recueil périodique uniquement consacré à Molière, le Molière- Muséum, fondé au mois d'août 1879 par M. H. Schweitzer, à l'imitation du Moliériste français dont il sera question tout à l'heure, et, parmi ses rédacteurs, plusieurs ont publié séparément d'importantes études biographiques, philologiques ou littéraires ; ainsi
MM. Fritsche, Humbert, Knôrich, Vesselovsky, VoUmôl- 1er, etc. Bien avant, le nom de M. P. Lindau, pour ne citer que celui d'un critique de premier ordre, était connu en France par de spirituelles études, écrites sur Molière dans un goût français.
Le Molière- Muséum a disparu en 1884-, par la mort de son fondateur, mais la littérature moliéresque ne chôme pas pour cela en Allemagne; elle occupe une grande place dans un recueil uniquement consacré à la littérature française, les Franzôsische Studien, dirigées par MM. G. Kôrting et E. Koschwitz, et où a paru l'ouvrage deM.Mahrenholtz.il est juste de reconnaître que, pour cette branche de la littérature française, si nous ne sommes pas tributaires de TAliemagne, nous aurions le plus grand tort de négliger ce que produisent nos voisins.
Sans être aussi féconds que les Allemands, les Anglais contribuent pour leur part à la biographie moliéresque^.Leurs ouvrages d'ensemble sont moins étendus et moins nombreux, mais leurs éditeurs et leurs essayistes se tiennent très au courant de ce qui se publie sur Molière. M. H. Van Laun faisait paraître, de 1875 à 1877, une traduction de Molière, accompagnée d'un important travail de biographie et de critique;
1. Je dois remercier ici mon collègue M. Alexandre Beljame, maître de conférences de langue et de littérature anglaise à la Faculté des lettres de Paris, qui a bien voulu mettre à ma disposition un catalogue aussi complet que possible des travaux publiés en Angleterre sur Molière. Dans une revue forcément très rapide, je n'y puis prendre qu'un petit nombre de noms et de titres, et il serait vivement à souhaiter que M. Beljame publiât lui-même ce travail, fruit de longues recherches et d'une information toujours en éveil. Il comblerait par là une lacune, car, malgré les incursions faites par P. Lacroix dans les pays les plus lointains, les indications contenues dans sa Bibliographie moliéresque sur les biographes de Molière à l'étranger sont très insuffisantes et déjà très arriérées, surtout pour l'Angleterre.
M. J. Brander Malthews, Mrs. Oliphant et M. Tarver, plusieurs auteurs anonymes dans des revues et des collections de biographies, M. F. Hawkins dans ses Annals of the French stage, M. G. Saintsbury, dans une remarquable histoire de la littérature française, qui apprend beaucoup aux Anglais et que les Français lisent avec profit, se montraient moliéristeSy chacun à sa manière. L'article Molière, publié en 1883 par M. A. Lang, dans le tome XVI de VEncyclopœdia Britannica^ formerait, à lui seul, un gros volume, et, pour l'exactitude de l'information, il mérite d'être comparé aux ouvrages allemands de MM. Lotheissen et Mahrenhoitz.
Les Moliéristes.
Voilà, certes, un mouvement d'études très considérable sur le même sujet, et encore n'ai-je pu mentionner que les travaux les plus importants ou les plus généraux, laissant de côté nombre d'études partielles, dont quelques-unes pourtant, comme les Médecins au temps de Molière (1862) de Maurice Raynaud, sont des œuvres de premier ordre. Pour apprécier l'étendue de ce mouvement, il suffira de feuilleter la Bibliographie moliéresque (1875) et Vlconographie (1876) de Paul Lacroix, utiles recueils où l'auteur a mis toutes ses qualités et tous ses défauts : curiosité insatiable, étendue de l'information, goût de l'hypothèse, désordre. Décidément, Molière était devenu pour nous ce que Shakespeare est pour les Anglais, Gœthe pour les Allemands, Dante pour les Italiens, Cervantes pour les Espagnols, l'objet d'un culte national et un perpétuel sujet d'étu-
des; et de même qu'il y a, au delà des Alpes et de la Manche, des littératures dantesque et shakespearienne, nous avions une littérature moliéresque.
Il ne nous manquait plus qu'une revue consacrée uniquement à Molière. Cette lacune est aujourd'hui comblée, grâce aux efforts persévérants de M. Georges Monval. Déjà, en 1873, simple élève du Conservatoire, il avait conçu l'idée de cette revue, tandis qu'il organisait avec M. Ballande le jubilé de Molière à la salle Ventadour. Devenu archiviste de la Comédie-Française, il fondait, au mois d'avril 1879, le Moliériste, avec le concours de ceux qui, comme lui, avaient fait de Molière leur étude de prédilection. La déclaration placée en tête du premier numéro est l'indication exacte de ce que le Moliériste voulait faire et de ce qu'il a fait : centraliser les efforts individuels, multiplier les études sur les points de détail, indiquer les voies de recherches, signaler tous les travaux consacrés à Molière, mettre leurs auteurs en rapport. Il dure toujours; sa collection forme, à cette heure, sept gros volumes, et il n'y a pas à craindre de sitôt qu'il meure faute de copie. Je ne nierai pas que, dans ces deux mille cinq cents pages consacrées au seul Molière, il n'y en ait d'inutiles; c'est un défaut commun à tous les recueils de ce genre. Mais il est plein de discussions intéressantes, d'utiles documents, de petites trouvailles, dont la plupart n'auraient pu se produire sans une revue toujours prête à les accueillir.
Pour légitime et respectable qu'elle soit, une religion a toujours ses fanatiques. Le moliérisme ayant trouvé faveur auprès du public, plusieurs de ses fidèles en abusèrent; ils eurent l'enthousiasme exubérant. Et, comme tout engouement finit, surtout en France, par exciter l'impatience, il vint un jour où une réaction se produisit.
La petite presse donna le signal des moqueries, et peu à peu se produisirent des objections plus sérieuses. Est-ce un bon moyen d'honorer un grand écrivain, disait-on, que de traiter avec une égale idolâtrie, non seulement ses chefs-d'œuvre, mais tout ce qu'il a écrit, tous les faits de son existence, sa personne même, ou ce qu'on croit qu'il a laissé de reliques*? Enfin, un critique de grande autorité, qui, à notre époque de scepticisme et de morcellement intellectuel, unit à une rare étendue de connaissances un système d'idées fortement liées, M. Ferdinand Brunetière, fit, pour notre temps et à deux reprises, ce que Bazin avait fait il y a trente-six ans. Dans la Revue des Deux Mondes du l*"" août 1877 il marquait exactement l'importance relative et le produit net des travaux biographiques accumulés sur Molière depuis quelques années; sept ans après, le l""" décembre 1884, se trouvant en face d'une religion constituée, avec son culte, sa liturgie, son langage hiératique, il entrait dans le temple et y reprenait, au nom de la critique, le grand homme dont on avait fait une idole. Gomme dans la plupart des exécutions pareilles, il avait J a main dure; mais, s'il disait aux moliéristes de pénibles vérités, quels excellents conseils il leur donnait! Beaucoup réclamèrent, quelques-uns se fâchèrent; mais la leçon était nécessaire et elle fut profitable.
Le moliérisme, dans ce qu'il a de légitime, ne pouvait pas plus disparaître que cette prédilection dont Molière profite entre tous nos grands écrivains, et qui,
1. De tous les articles publiés à ce propos, un des plus retentissants fut celui que M. Edmond Schérer fit paraître, sous le titre une Hérésie iittérah'e, dans le Temps d\i 19 mars 1882. Mais M. Schérer visait plus haut que le moliérisme,: l'idolâtrie de certains biographes lui servait seulement de début pour entreprendre une critique très rigoureuse du style de Molière.
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on vient de le voir, ne se trouve pas seulement en France. Après comme avant les critiques dont ils ont été l'objet, les moliéristes continuent leur œuvre de recherches; les résultats en sont assez considérables pour valoir à ces fervents du poète les sympathies de ceux auxquels les œuvres d'un grand écrivain ne suffisent pas, (Si: qui veulent connaître l'honinis lui-même, dans le déîail de son caractère et de son existence. On peut trouver ce désir tantôt absorbant, tantôt puéril; on doit protester lorsqu'il enlève aux œuvres mêmes la part d'attention qui leur Vevient et qui devrait être la plus largo, mais on ne saurait le détruire; on ne saurait même lui refuser le iroit d'exister et de se satisfaire. Le rôle de la critique est de le régler et d'en profiter.
UN BOURfiË^IS DE PARIS AU XYli' ÀIBCLE.
Jean Poquclin.
I. Origine des Poquelin, leur situation sociale; la ma natale de Molière.^-— Jea,"n Poquelin et Marie ('le Jean Poquelin iapi^^sier du roi; son commerce clientèle, sa fortune^, son intériey.r,
II. Mort de Marie Cressé; les mères dans le théâtre de 31 ■•lière; la marâtre. — Preini' ' inn de Molii'n'; le collège de Clermont; inlli tradition classique sur Molière; Molière ul <. ismiuu. — Voya;,'e de Molière en Languedoc; son retour à Paris; il se. fait comédien; Georges Pinel; rupture de Molière avec sa famille ■ • • .j.
III, Détresse de Molièrd; son départ pour la, province;-— Jean Poquelin prêteur d'argent; sa conduite envers ses enfants; le frère, les sœurs, le beau-frè "re; Jean Poquelin et. Harpagon
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IV. Retour de Molière à Paris; réconciliation avec sa lamillc. — Jean Poquelia et André BmiJ/i i,, i... i,. jemj Pq quelin; obligeance de Moliè ,ière; mort de Jean Poquelin. — Les i> lhéàtr<j de Molière; inflttenee de la famille et de l'éducation de Molière sur la direction de son génie...... 39