‹ La comédie de MolièreChapitre 30 sur 94 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

VALKKE, HARPAGON, BLISB,

HARPAGON

Ici, Valère. Nous t'avons élu pour nous dire qui a raison de ma fille ou de moi.

VALÈRE

C'est vous, monsieur, sans corn redit.

HARPAGON

Sais-tu bien de quoi nous parlons ?

VALÈRE

Non. Mais vous ne sauriez avoir tort, et vous êtes toute raison.

HtRPAGON.

Je veux, ce soir, lui donner pour époux un homme aussi riche que sage ; et la coquine me dit au nez quelle se moque de le prendre. Que dis-tu de cela ?

VALÈRE

Ce que j'en dis ?

HARPAGON

Oui.

VALÈRE

Hé I bé I

HARPAGON

Quoi ?

VALÈRE

Je dis que, dans le fond, je suis de voire sentiment, et vous ne pouvez pas que vous n'ayez raison. Mais aussi n'a-t-elle pas tort tout à fait, et... .

HARPAGON. X Comment ? le seigneur Anselme est un parti considérable ; c'est un gentilhomme qui est noble, doux, posé, sage et fort accommodé, et auquel il ne reste aucun enfant de son premier mariage. Sau-rait-elle mieux rencontrer ?

VALÈRE

Cela est vrai. Mais elle pourrait vous dire que c'est un peu pré-cipiter les choses, et qu'il faudrait au moins quelque temps pour voir si son inclination pourrait s'accommoder avec... Cest une occasion qu'il faut prendre vite aux cheveux. Je *S ÎVAVARE.

trouve ici un avantage qu'ailleurs je ne trouverais pas ; et il s'en* gage à la prendre sans dot.

VALÈRE

Sans dot ?

HARPAGON

Oui.

VALÈRE

Ah I je ne dis plus rien. Voyez-vous? voilà une raison tout à fait convaincante ; il se faut rendre à cela.

HARPAGON

C'est pour moi une épargne considérable.

VALÈRE

Assurément ; cela ne reçoit point de contradiction. Il est vrai que votre fille vous peut représenter que le mariago est une plus grande affaire qu'on ne peut croire ; qu'il y va d'être heureux ou malheureux toute sa vio ; et qu'un engagement qui doit durer jusqu'à la mort ne se doit jamais faire qu'avec de grandes précau-tions.

HARPAGON

Sans dot I

VALÈRE

Vous avez raison : voilà qui décide tout; cela s'entend. Il y a des gens qui pourraient vous dire qu'en de telles occasions, I in-clination d'une fille est une choso, sans douto, où l'on doit avoir de l'égard; et uuo cette grande inégalité d'âge, d'humeur et de senti-ments, rena un mariage sujet à des accidents très fâcheux.

IIAaPAGON. * Sans dot I

VALÈRE

Ah l il n'y a pas do réplique à cela; on le sait bien. Qui dian-tre peut aller là contre? Ce n'est pis qu'il n'y ait quantité de pères qui aimeraient mieux ménager la satisfjction de leurs files, que Iargent qu'ils pourraient donner; qui no les voudraient p-rint sacrifier à l'intérêt, cl chercheraient plus que toute autre choso à mettre dans un mariage celto douce conformité qui, sans cesse, y mainijenl l'honneur, la tranquillité et la joie; et que...

IURPAGON.

Sans dot I

VALÈRE

Il est vrai; cela ferme la bouche à tout. Sans dotl Le moyen de résister aune raison comme celle-là?

HARPAGON, à part, regardant du côté du jardin. Ouais! il me semble quo j'entends un chien qui aboie. N'est-ce point qu'on en voudrait a mon argent? {A Valire.) Ne bougez ; je reviens tout à l'heure.

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