‹ La comédie de MolièreChapitre 62 sur 94 · HARPAGON, UN COMMISSAIRE, VALERE., MAÎTRE JACQUES · texte numérisé non relu

HARPAGON, UN COMMISSAIRE, VALERE., MAÎTRE JACQUES

HARPAGON

Approche, viens confesser l'action la plus noire, l'attentat le plus horrible qui jamais ail été commis.

VALERE

Que voulez-vous, monsieur?

HVRPAGON.

Comment, traître 1 tu ne rougis pas de ton crime?

VALERE

De quel crime voulez-vous donc parler ?

HARPAGON

De quel crime je veux parler, infâme? comme si tu ne savais pas ce que je veux dire t C'est en vainque tu prétendrais de le déguiser; l'affaire est découverte, et l'on vient de m'apprendre tout. Comment abuser ainsi de ma bonté, et s'introduire exprès chez moi pour me trahir, pour me jouer un tour de celle nature?

VALERE

Monsieur, puisqu'on vous a découvert tout, je ne veux point de détours, cl vous nier la chose.

MAÎTRE JACQUES, à part.

Oh ! ohI aurais-je deviné sans y penser?

VALÈRK.

C'était mon dessein de vous en parler, et je voulais attendre pour c»la des conjonctures fav. râbles , mai*, puisqu'il esl ainsi, je vous conjure de ne vous point fâcher, et de vouloir entendre mes raisons. Et quelles belles raisons peux-tu me donner, voleur infâme?

VALÈRE

Ah I monsieur, je n'ai pas mérité ces noms. Il est vrai que j'ai commis une offense envers vous ; mais, après tout,, ma faute est pardonnable.

HARPAGON

CommentI pardonnable? Un guet-apens, un assassinat de la sorte I

VALÈRE

De grâce, ne vous mettez point en colère. Quand vous m'aurez oui, vous verrez que le mal n'est pas si grand que vous le faites,

HARPAGON

Le mal n'est pas si grand que je le fais t Quoi I mon sang, mes entrailles, pendardl

VALÈRE

Voire sang, monsieur, n'est pas tombé dans do mauvaises mains. Je suis d'une condition à ne lui point faire de tort ; et il n'y a rien, en tout ceci, que je ne puisse bien réparer.

HARPAGON, C'est bien mon intention, et que tu me restitues ce que tu m'as ravi.

VALÈRE

Yotre honneur, monsieur, sera pleinement satisfait.

HARPAGON

H n'est pas question d'honneur là-dedans. Mais, dis-moi, qui t'a porté à cette action ?

VALÈRE. ' Hélas I me le demandez-vous ?

HARPAGON

Oui, vraiment, je te le demande.

VALÈRE

Un dieu qui porte les excuses de tout ce qu'il fait faire, l'Amour.

HARPAGON

L'Amour?

VALÈRE

Oui.

' HARPAGON

Bel amour, bel amour, ma foi, l'amour de mes louis d'or 1

VALÈRE

Non, monsieur, ce ne sont point vos richesses oui m'ont tenté ; ce n'est pas cela qui m'a ébloui ; et je proteste de ne prétendre rien à tous vos biens, pourvu que vous me laissiez celui que j'ai.

HARPAGON

Non ferai, de par tous les diables ; je ne te le laisserai pas. Biais voyez quelle insolence de vouloir retenir le vol qu'il m'a fait I

VALÈRE

Appelez-vous ça un vol ?

Si je l'appelle un vol ? un trésor comme celui-là I

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