‹ La comédie de MolièreChapitre 63 sur 94 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

VALÈRE, C'est un trésor, il est vrai, et le plus précieux que vous ayez, sans doute ; mais ce ne sera pas le peidro que de me le laisser. Je vous lo demande à genoux, ce trésor plein de charmes ; et, pour bien faire, il faut que vous me l'accordiez.

HARPAGON

Je n'en ferai rien. Qu'est-ce à dire cela ?

VALÈRE

Nous nous sommes promis une foi mutuelle, et avons fait ser-ment de ne nous point abandonner.

HARPAGON

Lo serment est admirable, et la promesse plaisante 1

VALÈRE

Oui, nous nous sommes engagés d'être l'un à l'autro à jamais.

HARPAGON

Ja vous en empêcherai bien, jo vous assure.

VALÈRE

Rien que la mort ne nous peut réparer.

HARPAGON

C'est êlro bien endiablé après mon argent I

VALÈRE

Jo vous ai déjà dit, monsieur, que ce n'était point l'intérêt qui m'avait poussé a faire ce que j'ai fait. Mon coeur n'a point agi par les ressorts quo vous pensez, et un motif plus noble m'a inspiré celle résolution.

HARPAGON

Vous verrez que c'est narcharité chrétienne qu'il veut avoir mon bien I Mais j'y donnerai bon ordre; et la justice, pendard effronté, mo va faire raison do tout.

VALEUR

Yous en userez comme vous voudrez, el me voilà prêt à souffrir toutes les violences qu'il vous plaira ; mais je vous prio do croire au moins que, s'il v a du mal, ce n'est que moi qu'il en faut accu* ser, et que votre fille, en tout ceci, n'est aucunement coupable.

HARPAGON

Jo le crois bien, vraiment l il serait fort étrango que ma fille eût trempé dans ce crime. Mais jo veux ravoir mon affaire, et que lu mo confesses en quel endroit tu mo l'as enlevée.

VALÈRE

Moi ? jo no l'ai point enlevée ; el elle est encore chez vous.

HARPAGON, à part.

'0 ma chèro cassette I (Haut.) Elle n'est point sortie de ma maison ?

VALÈRE

Non, monsieur.

HARPAGON

Hé l dis-moi donc un peu : lu n'y as point touché?

VALÈRE

Moi y toucher? Ah t vous lui faites tort, aussi bien q u'à moi; et c'est d'uno ardeur toute pure et respectueuse quej'ai brûlé pour elle.

HARPAGON, à part.

Brûlé pour ma cassette I

VALÈRE, J'aimerais mieux mourir que de lui avoir fait paraître aucune pensée offensante * elle est trop SJ^O el trop honnête pour cela,

HARPAGON, à part.

Ma cassette trop honnête I

VUÈRE.

Tous mes désirs se sont borné* à j >uir de sa vuo; et rien de cri-roiuel n'a profané la passion que ses beaux yeux m'ont inspirée.

HARPAGON, à jwr/.

Les beaux yeux de ma cassette I II parle d'elle comme un amant d'uno mailres»e.

VALÈRE

Dan.o Claude, monsieur, sait la vérité de cette aventure; et elle peut vous rendre témoignage.

HARPAGON

Quoi! ma servante est complice de l'affaire?

VALÈRE

Oui, monsieur : elle a été témoin de notre engagement; et c'est après avoir connu l'honnêteté de nu flamme, qu'tlle m'a aidé à persuader volro fille do me donner sa foi, et rece\oir la mi nno.

HAHPAUON, à jtart.

Ehl est-ce que la peur de ta justice la fait extravaguer? (A Va* (Irv.)Quo nous brouiiles-lu ici de ma fille?

VALÈRE

Je dis, monsieur, que j'ai eu toutes les peines du monde à faire consentir sa pudeur a ce que voulait mon amour. '

HARPAGON

La pudeur do qui?

VALÈRE

De votre fillo ; et c'est seulement depuis hier qu'elle a pu se ré-soudre à nous signer mutuellement une promesse de mariage.

HARPAGON

fila fille t'a signé une promesse do mariage?

' VALÈRE

Oui, monsieur; comme, de ma part, je lui en ai signé une.

HARPAGON

0 ciel l autre disgrâ ce I

MAÎTRE JACQUES, au commissaire.

Ecrivez, monsieur, écrivez.

HARPAGON

Rengrègement de malt surcroît de désespoirI Mu commissaire.) Allons, monsieur, faites le du de votre charge; et dressez-lut-mot son procès comme larron et comme suborneur.

MAÎTRE JVCQUES.

Comme larron et comme suborneur.

VALÈRB.

Ce 6ont des noms qui ne me sont point dus; et quand on saura qui je suis...

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