UN COMMISSAIRE, MAÎTRE JACQUES, LA FLECHE
CLÉANTE, Ne vous tourmentez point, mon père, et n'accusez personne. J'ai découvert des nouvelles de votre affaire ; et je viens ici pour vous diro que, si vous voulez vous résoudre à me laisser épouser Mariane, votre argent vous sera rendu,
HARPAGON
Où est-il?
CLÉANTE, Ne vous en mettez point en peine. H est en lieu dont je réponds ; et tout ne dépond que de moi. C'est à vous de me dire a quoi vous vous déterminez; et vous pouvez choUir, ou do me donner Mariane, ou de perdre votre cassette.
HARPAGON
N'en a-t-on rienôté?
CLÉANTE
Rien du tout. Voyez si c'est voire dessein de souscrire à ce mariage, et do joindre votre consentement à celui do sa mère, qui lui laisse la liberté do fairo un choix entre nous deux,
HARPAGON
Il faut, pour me donner conseil, que je vole ma cassette. '
CLÉANTE
Yous la verroz saine et entière.
HARPAGON
Je n'ai point d'argent à donner en mariage à mes enfants.
VALÈRE
Hé bien! j'en ai pour eux ; que cela no vous inquiète point
HARPAGON
Yousobligorez-vous à faire tous les frais de ces deux mariages?
f VALÈRE.
Oui, je m'y oblige. Etes-vous satisfait?
HARPAGON
Oui-, pourvu que, pour les noces, vous me fassiez faire un h jit.
VALÈRE
D'accord. Allons jouir de l'allégresse que cet heureux jour nous présente.
LE COMMISSAIRE
Holà I messieurs, holà I Tout doucement, s'il vous platt. Qui me paiera mes écritures?
HARPAGON
Nous n'avons que faire de vos écritures.
LE COMMISSAIRE
Oui I mais je ne prétends pas, moi, les avoir faites pour rien.
ACTK V, SCENE V, 91
HARPAGON, montrant maître Jacques, Pour votre paiement, voilà un homme quo je vous donne à pendre.
MAÎTRE JACQUES, Hé'ast comment faut-il donc faire ? On me donne des coups de bâton pour dire vrai, et ou mo veut pendre pour mentir l
VALÈRE
Seigneur Harpagon, il faut lui pardonner cette imposture,
HARPAGON
Yous paierez donc le commissaire?
VALÈRE Soit, Allons vite faire part do notre joio à notre mère.
Et moi, v oir ma chère cassette.