‹ La comédie de MolièreChapitre 67 sur 94 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

AROAN, assis , une table devant lui, comptant avec de»

jetone les parties de ton apothicaire.

Trois et deux font cinq, et cinq font dii, et dix font vingt ; trois et deux font cinq. < Plus, du vingt-quatrième, un petil clystère c in<inuatif, préparatifel rémollit ni, pour amollir, humecter et c rafraîchir les entrailles de monsieur. • Ce qui me plaît do monsieur Fleurant, mon apothicaire, c'est que ses parties sont toujours fort civiles, c Les entrailles de monsieur, t>ente sols. • Oui; mais, monsieur Fleurant, ce n'est pas tout que d'être cï\il ; il faut être aussi raisonnable, el ne pas écorcher les malades. Trente sols un lavement I je suis votre serviteur, je vous l'ai déjà dit; vous n LE MALADE IMAGINAIRE.

00 me les avez mis dans les autres parties qu'à vingt sols; et vingt soU en langage d'apothicaire, c'est-à-dire «lis sols ; les voilà, dix sol». * Plus.dudit jour, un tond)stère détersif, composé a ce « cathoiieon double, rhubarbe, nucl rosat, et auires, suivant l'or-- « donnance, pour balayer, laver et iiettover le bas-ventro de c monsieur, trente sols, » Avec votre permis-ion, dis sols, t plus, « du lit jour, le soir, un julep hépatiquo, soporatifet somnifère, « composé pour faire dormir monsieur, trente-cinq sols. » Je ne mo plains pas do celui-là; car il me fil bien dormir. Dix, quinze, seizo, et dix-sept soU six deniers. « Plus, du vingt-cinquième, une <i bonne médecine purgative et corroborative, composée «le casse « récente avec séné levantin, et autres, suivant l'ordonnance de « monsieur Purgon, pour expulser et évacuer la bi'e do monsieur, « quatre livres, » Mil monsieur Fleurant, c'est se moquer : il faut vivre avec les malades. Monsieur Purgon no vous a pas ordonné de mettre quatre francs. Mettez, mettez trois livres, s'il vous plait, Vingt et trente sols. • Plus, «luJit jour, uno potion anodino et c astringente, pourfairo reposer monsieur,trente sols. » lion, dix et quinze sols. «Plus, du vingt-sixième, un cUslère carminatif, pour « chasser les vents de monsieur, trento sois, o Dix sols, mon-sieur Fleurant. « Plus, lo clystèro de monsieur, réitéré le soir, c comme dessus, trente sols. » Monsieur Fleurant, dix sols. « Plus, c du vingt-septième, une bonno médecine, composéo pour hâtor « d'aller et chasser dehors le3 mauvaises humeurs do monsieur, « trois livres. • Bon, vingt et trento sols; jo suis bien aise que vous soyez raisonnable. < Plus, du vingt-huitième, une prise de c petit lait clarifié et dulcoré, pour adoucir, lénifier, tempérer et « rafraîchir le sang de monsieur, vingt sols. » Bon, dix sols. « Plus, une potion cordiale ot préservativo, composéo avec douze c grains de bézoar, sirop do limon et grenades, et autres, suivant • l'ordonnance, cinq livres. • Ah! monsieur Fleurant, tout doux, s'il vous plait; si vous en usez comme cela, on ne voudra plus étro malade : contentez-vous de quatre francs, vingt et quarante sols. Trois et deux font cinq et cinq font dix, et dix font vingt. Soixante et trois livres quatre sols six deniers. Si bien donc que, de ce mois, j'ai pris une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept et huit médecines; et un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze et douze lavements ; et l'autre mois, il y avait douze médecines et vingt lavements. Jo no m'élonno pas si je ne mo porte pas si bien ce mois-ci que l'autre. Jo lo dirai à mon-sieur Purgon, afin qu'il mette ordre à cela. Allons, qu'on m'oie tout ceci. [Voyant que personne ne vient, et qu'il n'y a aucun de ses gens dans sa chambre.) Il n'y a personne. J ai beau dire: on mo laisse toujours seul ; il n'y a pas moyen do les arrêter ici. [Après avoir sonné une sonnette qui est sur la table.) Ils n'entendent point, et ma sonnette no fait p?.s assez do bruit. Drelin, drelin, drelin. Point d'affaire. Dretin, drelin, dretin. Ils sont sourds... Toinclle. Drelin, drelin, drelin. Tout comme si jo ne sonnais point. Chienne ! coquineI Drelin, drelin, dretin. J'enrago. (Il ne sonne plus, mais il erie.) Drelin, drelin , drelin. Carogno, à tous les diable s I Est-il possible qu'on laisse comme cela un pauvre malade tout Le nulale imaginaire.

AOTB I, SCJ3NR It. 97 seul? Drelin, dretin, drelin. Voilà qui est pîtovahla I Drelin, drelin, dre in ! AbJ mon Dieu l Ils me laisseront ici «jurir. Déclin, drolin, drelin.

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