‹ La comédie de MolièreChapitre 69 sur 94 · SCÈNE ni · texte numérisé non relu

SCÈNE ni

ARQAN, ANGÉLIQUE, TOINETTB.

ARGAN

Oh çà, ma fille, je vais vous dire uno nouvelle, où peut-être ne vous attendez-vous pas. On vous demande en mariage. Qu'est-ce Sue cola? Vous riez ? Cela est plaisant, oui, ce mot de mariage l

n'y arien de plus drôle pour les jeunes filles. Ahl naluro, na»

A0T8 1, SCENE Ut, & turo | A ce que je puis voir, ma fille, je n'ai que faire de vous de-mander si vous voulez bien vous marier.

ANGÉLIQUE

Je dois faire, mon père, tout ce qu'il vous plaira de m'ordonner,

ARGAN, Je suis bien aise d'avoir une fille si obéissante : la chose est doac conclue, et je vois ai promise.

ANGÉLIQUE

C'est à moi, mon père, do suivre aveuglément toutes vos vo-lontés.

ARGAN, Ma femme, voire belle-mèro, avait envie que jo vous fisse reli-gieuse, et votre petite soeur Louison aussi, et de tout temps elle a été aheurtée à cela.

TOINETTB, à part.

La bonne bête a ses raisons.

ARGAN

Elle ne voulait point consentir à ce mariage : maisjel'ai emporté, et ma parole est donnée.

ANGÉLIQUE

Ah l mon père, que je vous suis obligée de toutes vos bontés l

TOINETTB, à Argan.

En vérité, je vous sais bon gré de cela ; et voilà l'action la plus sage que vous ayez faito de votre vie.

ARGAN

Jo n'ai point encore vu la personne ; mais on m'a dit que j'en serais content, et toi aussi.

ANGÉLIQUE

Assurément, mon père.

ARGAN

Comment 1 l'as-tu vu ?

ANGÉLIQUE

Puisquo votre consentement m'autorise à vous pouvoir ouvrir mon coeur, je ne feindrai point de vous dire qae le hasard nous a fait connaître il y a six jours, et que la demande qu'on vous a faite est un effet de l'inclination que, des cetto première vue, nous avons prise l'un pour l'autre.

ARGAN

Ils ne m'ont pas dit cela ; mais j'en suis bien aise, et c'est tant mieux que les choies soient de la sorte. Us disent que c'est un grand jeun*) garçon bien fait.

ANGÉLIQUB.

Oui, mon père.

ARGAN

Do belle taille.

ANGÉLIQUB.

Sans doute. '

ARGAN

Agréablo do sa personne.

ANGÉLIQUB.

Assurément. De bonne physionomie

ANGÉLIQUE

Très bonne.

ARGAN

Sage et bien né.

ANGÉLIQUE

Tout à fait.

ARGAN

Fort honnête.

ANGÉLIQUE

Le plus honnête du monde.

ARGAN

Qui parle bien latin et grec.

ANGÉLIQUE

C'est ce que je ne sais pas.

AROAN.

Et qui sera reçu médecin dans trois jours.

ANGÉLIQUE

Lui, mon père?

ARGAN

Oui. Est-ce qu'il ne te l'a pas dit?

ANGÉLIQUE

Non, vraiment. Qui vous l'a dit, à vous ?

ARGAN

Monsieur Purgon.

ANGÉLIQUE

Est-ce que monsieur Purgon le connaît ?

ARGAN

La belle demande III faut bien qu'il lo connaisse, puisque c'est son neveu.

ANGÉLIQUE

Cléante, neveu de monsieur Purgon ?

ARGAN

Quel Cléante? Nous parlons de celui pour qui l'en t'a demandée en mariage.

ANGÉLIQUE

lié! oui.

ARGAN

Hé bien ! c'est lo neveu de monsieur Purgon, qui est le fils de son beau-frère le médecin, monsieur Diafoirus ; et ce fils s'appelle Thomas Diafoirus, et non pas Cléante ; et nous avons conclu ce mariage-là ce matin, monsieur Purgon, mon-icur Fleurant, cl moi; et demain, ce gendre prétendu doit m'étre amené pjr son père. Qu'est-ce ? Yous voilà tout ébaubie l

ANGÉLIQUE

C'est, mon père, que je connus que vous avez parlé d'une per-sonne, et que j'ai entendu une autre.

Quoi I monsieur, vous auriez fait ce dessein burlesque ï Et

ACTB I, SCÈNE III. 101 aveo iout le bien que vous avez, vous voudriez marier votre fille avec un médecin ?

ARGAN

Oui. De quoi te mêles-tu, coquine, impudente que tu es ?

TOINETTB.

Mon Dieu I tout doux. Vous allez d'abord aux invectives. Est-ce que nous ne pouvons pas raisonner ensemble sans nous emporter ? Là, parlons de sang-froid. Quelle est votre raison, s'il vous plait, pour un tel mariage?

ARGAN

Ma raison est que, me voyant infirme et malade comme je suis, je veux me faire un gendre et des alliés médecins, afin de m'ap-puyer de bons secours contre ma maladie, d'avoir dans ma famille tes sources de* remèdes qui me sont nécessaires, et d'être à même des consultations et des ordonnances.

TOINETTB.

Hé bien ! voilà diro une raison, et il y a plaisir à se répondre doucement les uns aux autres. Mais, monsieur, mettez la main à la conscience : est-ce que vous êtes malade ?

ARGAN

Comment, coquine ! si je suis malade I Si je suis malade, impu-dente 1

TOINETTB.

Hé bien ! oui, monsieur, vous êtes malade ; n'ayons point de querelle là-dessus. Oui, vou3 êtes fort malade, j'en demeure d'ac-cord, et plus n.aljde que vous ne pensez : voilà qui est fait. Mais votre filledoil épouser un mari pour elle; et, n'étant point malade, il n'est pas nécessaire de lui dunner un médecin.

ARGAN

C'est pour moi que je lui donne ce médecin ; et une fille de bon natunl doit être ravie d'épouser co qui est utile à la santé de son père.

TOINETTB.

Ma foi, monsieur, voulez-vous qu'en amie jo vous donne un conseil l

ARGAN

Quel est-il, ce conseil ?

TOINETTB.

De ne point songer à ce mariage-là.

ARGAN

Et la raison ?

TOINETTB.

La raison, c'est que votre fille n'y consentira point.

ARGAN

Elle n'y consentira point ?

TOINETTB.

Non.

ARGAN

Ma fille ?

Votre fille. Elle vous dira qu'elle n'a que faire de monsieur Diafoirus, ni de son fils Thomas Diafoirus, ni de tous les Diafoirus du monde.

ARGAN

J'en ai affaire, moi, outre que le parti est plus 'avantageux qu'on ne pense. Monsieur Diafoirus n'a que ce fils-là pour tout héritier ; et, de plus, monsieur Purgon, qui n'a ni femme ni enfants, lui donne tout son bien en faveur do ce mariage; et monsieur Purgon est un homme qui a huit mille bonnes livres de rente. -

TOINETTB.

H faut qu'il ait tué bien des gens, pour s'être fait si riche.

ARGAN

Huit mille livres de rente sont quelque chose, sans compter le bien du père.

TOINETTB.

Monsieur, tout cela est bel et bon ; mais j'en reviens toujours là : je vous conseille, entre nous, de lui choisir un autre mari ; et elle n'est point faite pour être madame Diafoirus.

ARGAN

Et je veux, moi, que cela soit.

TOINETTB.

Hé, fil ne dites pas cela.

ARGAN

Comment 1 que je no dise pas cela ?

TOINETTB.

Hé, non.

ARGAN

Et pourquoi ne le dirai-je pas ? • •

TOINETTB.

On dira que vous ne songez pas à ce que vous dites.

AKGAN.

On dira ce qu'on voudra ; mais je vous dis que je veux qu'elle exécute la parole que j'ai donnée.

TOINETTB.

Non ; je,sui* sûre qu'elle ne le fera pas.

ARGAN

Je 1 y forcerai bien.

TOINETTB.

Elle ne le fera pas, vous dis-je.

ARGAN

Elle le fera, ou je la mettrai dans un couvent.

TOINETTB.

Vous t

ARGAN

Moi.

TOINETTB.

Bon!

ARGAN

Comment, bon ?

Yous ne la mettrez point dans un couvent î

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