SCÈNE ni
ARQAN, ANGÉLIQUE, TOINETTB.
ARGAN
Oh çà, ma fille, je vais vous dire uno nouvelle, où peut-être ne vous attendez-vous pas. On vous demande en mariage. Qu'est-ce Sue cola? Vous riez ? Cela est plaisant, oui, ce mot de mariage l
n'y arien de plus drôle pour les jeunes filles. Ahl naluro, na»
A0T8 1, SCENE Ut, & turo | A ce que je puis voir, ma fille, je n'ai que faire de vous de-mander si vous voulez bien vous marier.
ANGÉLIQUE
Je dois faire, mon père, tout ce qu'il vous plaira de m'ordonner,
ARGAN, Je suis bien aise d'avoir une fille si obéissante : la chose est doac conclue, et je vois ai promise.
ANGÉLIQUE
C'est à moi, mon père, do suivre aveuglément toutes vos vo-lontés.
ARGAN, Ma femme, voire belle-mèro, avait envie que jo vous fisse reli-gieuse, et votre petite soeur Louison aussi, et de tout temps elle a été aheurtée à cela.
TOINETTB, à part.
La bonne bête a ses raisons.
ARGAN
Elle ne voulait point consentir à ce mariage : maisjel'ai emporté, et ma parole est donnée.
ANGÉLIQUE
Ah l mon père, que je vous suis obligée de toutes vos bontés l
TOINETTB, à Argan.
En vérité, je vous sais bon gré de cela ; et voilà l'action la plus sage que vous ayez faito de votre vie.
ARGAN
Jo n'ai point encore vu la personne ; mais on m'a dit que j'en serais content, et toi aussi.
ANGÉLIQUE
Assurément, mon père.
ARGAN
Comment 1 l'as-tu vu ?
ANGÉLIQUE
Puisquo votre consentement m'autorise à vous pouvoir ouvrir mon coeur, je ne feindrai point de vous dire qae le hasard nous a fait connaître il y a six jours, et que la demande qu'on vous a faite est un effet de l'inclination que, des cetto première vue, nous avons prise l'un pour l'autre.
ARGAN
Ils ne m'ont pas dit cela ; mais j'en suis bien aise, et c'est tant mieux que les choies soient de la sorte. Us disent que c'est un grand jeun*) garçon bien fait.
ANGÉLIQUB.
Oui, mon père.
ARGAN
Do belle taille.
ANGÉLIQUB.
Sans doute. '
ARGAN
Agréablo do sa personne.
ANGÉLIQUB.
Assurément. De bonne physionomie
ANGÉLIQUE
Très bonne.
ARGAN
Sage et bien né.
ANGÉLIQUE
Tout à fait.
ARGAN
Fort honnête.
ANGÉLIQUE
Le plus honnête du monde.
ARGAN
Qui parle bien latin et grec.
ANGÉLIQUE
C'est ce que je ne sais pas.
AROAN.
Et qui sera reçu médecin dans trois jours.
ANGÉLIQUE
Lui, mon père?
ARGAN
Oui. Est-ce qu'il ne te l'a pas dit?
ANGÉLIQUE
Non, vraiment. Qui vous l'a dit, à vous ?
ARGAN
Monsieur Purgon.
ANGÉLIQUE
Est-ce que monsieur Purgon le connaît ?
ARGAN
La belle demande III faut bien qu'il lo connaisse, puisque c'est son neveu.
ANGÉLIQUE
Cléante, neveu de monsieur Purgon ?
ARGAN
Quel Cléante? Nous parlons de celui pour qui l'en t'a demandée en mariage.
ANGÉLIQUE
lié! oui.
ARGAN
Hé bien ! c'est lo neveu de monsieur Purgon, qui est le fils de son beau-frère le médecin, monsieur Diafoirus ; et ce fils s'appelle Thomas Diafoirus, et non pas Cléante ; et nous avons conclu ce mariage-là ce matin, monsieur Purgon, mon-icur Fleurant, cl moi; et demain, ce gendre prétendu doit m'étre amené pjr son père. Qu'est-ce ? Yous voilà tout ébaubie l
ANGÉLIQUE
C'est, mon père, que je connus que vous avez parlé d'une per-sonne, et que j'ai entendu une autre.
Quoi I monsieur, vous auriez fait ce dessein burlesque ï Et
ACTB I, SCÈNE III. 101 aveo iout le bien que vous avez, vous voudriez marier votre fille avec un médecin ?
ARGAN
Oui. De quoi te mêles-tu, coquine, impudente que tu es ?
TOINETTB.
Mon Dieu I tout doux. Vous allez d'abord aux invectives. Est-ce que nous ne pouvons pas raisonner ensemble sans nous emporter ? Là, parlons de sang-froid. Quelle est votre raison, s'il vous plait, pour un tel mariage?
ARGAN
Ma raison est que, me voyant infirme et malade comme je suis, je veux me faire un gendre et des alliés médecins, afin de m'ap-puyer de bons secours contre ma maladie, d'avoir dans ma famille tes sources de* remèdes qui me sont nécessaires, et d'être à même des consultations et des ordonnances.
TOINETTB.
Hé bien ! voilà diro une raison, et il y a plaisir à se répondre doucement les uns aux autres. Mais, monsieur, mettez la main à la conscience : est-ce que vous êtes malade ?
ARGAN
Comment, coquine ! si je suis malade I Si je suis malade, impu-dente 1
TOINETTB.
Hé bien ! oui, monsieur, vous êtes malade ; n'ayons point de querelle là-dessus. Oui, vou3 êtes fort malade, j'en demeure d'ac-cord, et plus n.aljde que vous ne pensez : voilà qui est fait. Mais votre filledoil épouser un mari pour elle; et, n'étant point malade, il n'est pas nécessaire de lui dunner un médecin.
ARGAN
C'est pour moi que je lui donne ce médecin ; et une fille de bon natunl doit être ravie d'épouser co qui est utile à la santé de son père.
TOINETTB.
Ma foi, monsieur, voulez-vous qu'en amie jo vous donne un conseil l
ARGAN
Quel est-il, ce conseil ?
TOINETTB.
De ne point songer à ce mariage-là.
ARGAN
Et la raison ?
TOINETTB.
La raison, c'est que votre fille n'y consentira point.
ARGAN
Elle n'y consentira point ?
TOINETTB.
Non.
ARGAN
Ma fille ?
Votre fille. Elle vous dira qu'elle n'a que faire de monsieur Diafoirus, ni de son fils Thomas Diafoirus, ni de tous les Diafoirus du monde.
ARGAN
J'en ai affaire, moi, outre que le parti est plus 'avantageux qu'on ne pense. Monsieur Diafoirus n'a que ce fils-là pour tout héritier ; et, de plus, monsieur Purgon, qui n'a ni femme ni enfants, lui donne tout son bien en faveur do ce mariage; et monsieur Purgon est un homme qui a huit mille bonnes livres de rente. -
TOINETTB.
H faut qu'il ait tué bien des gens, pour s'être fait si riche.
ARGAN
Huit mille livres de rente sont quelque chose, sans compter le bien du père.
TOINETTB.
Monsieur, tout cela est bel et bon ; mais j'en reviens toujours là : je vous conseille, entre nous, de lui choisir un autre mari ; et elle n'est point faite pour être madame Diafoirus.
ARGAN
Et je veux, moi, que cela soit.
TOINETTB.
Hé, fil ne dites pas cela.
ARGAN
Comment 1 que je no dise pas cela ?
TOINETTB.
Hé, non.
ARGAN
Et pourquoi ne le dirai-je pas ? • •
TOINETTB.
On dira que vous ne songez pas à ce que vous dites.
AKGAN.
On dira ce qu'on voudra ; mais je vous dis que je veux qu'elle exécute la parole que j'ai donnée.
TOINETTB.
Non ; je,sui* sûre qu'elle ne le fera pas.
ARGAN
Je 1 y forcerai bien.
TOINETTB.
Elle ne le fera pas, vous dis-je.
ARGAN
Elle le fera, ou je la mettrai dans un couvent.
TOINETTB.
Vous t
ARGAN
Moi.
TOINETTB.
Bon!
ARGAN
Comment, bon ?
Yous ne la mettrez point dans un couvent î