‹ La comédie de MolièreChapitre 81 sur 94 · BELINB, ARGAN', ANGÉLIQUE, MONSIEUR DIAFOIRUS · texte numérisé non relu

BELINB, ARGAN', ANGÉLIQUE, MONSIEUR DIAFOIRUS

TUOMA8 DIAFOIUUS, TOINETTE.

ARGAN

M'amour, voilà le fils de monsieur Diafoirus.

THOMAS DIAFOIRUS

Madame, c'est avec justice que le ciel vous a concédé le nom de belle-mère, puisque l'on voit sur votre visage...

BÉLINE.

Monsieur, jo sois ravie d'être venue ici à propos, pour avoir l'honneur do vous voir.

TIIOMVS DIAFOIRUS.

Puisque l'on volt sur votre visage... puisque l'on voit sur votre visage... Madame, vous m'avez interrompu dans le milieu de ma période, et cela m'a troublé la mémoire.

MONSIEUR DIAFOIRUS

Thomas, réservez cela pour une autre fois.

ARGAN

Je voudrais, ma mie, que vous eussiez été ici tantôt.

TOINETTB.

Ah! madame, vous avez bien perdu de n'avoir point été au second père, à la statue de Memnon, et à la fleur nommée hélio-trope.

ACTE II, SCÈNE III, f 19 Allons, ma fille, touches dan* la main de monsieur, et loi donne* votre foi! comme à votre mari.

, ANGKL1QUI.

Iloo père I

ARGAX.

lié bien I mon père I Qu'est-ce que cela veut dire ?

ANGÉLIQUE

De grâce, ne précipitez pas les choses. Donnez-nous au moins le temps do nous connaître, et do voir naîtra en nous, l'un pour l'autre, cette inclination si nécessaire à composer une union par-faite.

THOMAS DIAFOIRUS

Quant à moi, mademoiselle», e!Io est'déjà toute née en moi ; et jo n'ai pas besoin d'attendre davantage.

ANGÉLIQUE

Si vous êtes si prompt, monsieur, il n'en est pas de même de moi ; et je vous avoue que votre mérite n'a pas encore assez fait d'impression dans mon érae.

•ARGAN

Ob I bien, bien ; cela aura tout le loisir de se faire quand vous serez mariés ensemble.

ANGÉLIQUE

lié I mon père, donnez-moi da temps, je vous prie. Lo mariage est une chaîne où l'on ne doit jamais soumettre un coeur par force; cl si monsieur e^t honnête homme, il ne doit point vouloir accepter uno personne qui serait à lui par contrainte.

TUOyiS DIAFOIRUS.

ffego contequenttam, mademoiselle; et je puis être honnête homme, et vouloir bien vous accepter des mains do monsieur votre père.

ANGÉLIQUE

C'est un méchant moyen de so faire aimer do quelqu'un, que de lui faire violence.

THOMAS DIAFOIRUS

Nous Usons des anciens, mademoiselle, que leur coutume était d'enlever par force, de la maison des pères, les filles qu'on menait marier, an» qu'il no semblât pas que ce fut de leur consentement qu'elles convolaient dans les bras d'un houme.

ASGÊLIQUB.

Les anciens, monsieur, sont les anciens; et nous sommes les gens de maintenant. Les grimaces ne sont point nécessaires dans notre siècle; et, quand un mariage nous plaît, nous savons fort bien y aller, sans qu'on nous y traîne. Donnez-vous patience ; si YOUS m'aimez, monsieur, vous devez vouloir tout ce que je veux.

THOMAS DIAFOIRUS

Oui, mademoiselle, jusqu'aux intérêts do mon amour exclusive-ment.

ANGÉLIQUE

Mais la grande marque d'amour, c'est d'être soumis aux volontés de celle qu'on aime. m ht, MALADE IMAGINAIRE.

THOMAS PUFOlhCS.

Vistinguo, mademoiselle, D«ns ce qui no regarde point sa posses-sion, (QHctdo\ mais dans ce qui la regarde, nego,

TOIKETTI, à Angélique*

Vous avez beau raisonner. Monsieur est frais émoulu du collège; et il vous donnera toujours votre reste. Pourquoi tant résister, et refuser la gloire d'être attachée m corps de la Faculté?

BÊLINE.

Elle a peut-être quelque inclination en tête*

ANGÉLIQUE

Si j'en avais, madame, elle serait telle que la taisonet l'honnêteté pourraient me la permettre.

ARQAX,

Ouais! je joue ici un plaisant |>er$onnagel

PÉLINE.

Si j'étais que devons, mon fils, je ne la forcerais point à se ma-rier; et je sais bien ce que je ferai*.

ANGÉLIQUE

Je sais, madame, ce quo vous voulez dire, et les bontés que vous avez pour moi ; mais peul-êlie que vos conseils no seront pas assez heureux pour être exécutes.

SÉLINE.

C'est que le* filles bien sages et bien honnêtes, comme vous, se moquent d'être obéissantes et soumisesaux volonté» de leurs pères. Cela était bon autrefois.

ANOÉLIQUB. t '

Le devoir d'une fille a des bornes, madame; et la raison et les lois ne retendent point à toutes sortes de choses.

BELINE.

C'est-à-dire quo vos pensées no sont que pour le mariage; mais vous voulez choisir un époux à \otre fantaisie.

ANGELIQUE

Simon père ne veut pas me donner un mari qui ma plaise, je le conjurerai, au im.ins, de ne me point forcer à en épouser un que je ne puisse pas aimer.

/ ABOAN.

Messieurs, je vous demande pardon de tout ceci.

ANGÉLIQUE

Chacun a son but en se mariant. Pour moi, qui no veux un mari quepoor IV mer véritablement, ei qui prétends en faire to it l'ai lâ-chement de ma vie, je vous avoue que j y cherche quelque précau-tion. Il j en a d'aucunes q>d prennent de- maris seul- ment pour se tirer de 'a contrainte de leurs parent», et se m lire en étal de faire t- ui ce qu'i-Iles voudront. Il \ en a d'autre*, madame, qui font du mariage un commerce de pur* intérêt: qui no se marient que pour gagner des «louaircs que |>our s'enrichir par la mort lie ceux qu'ijles épousent, et courent .-ans scrupules de mari en mari, pour • approprier leurs dépouilles. Ces personnes-là, à la vérité, n'y cherchent pas tant de façons, et regardent peu la personne.

À0TB II. BÇÈNB I?.

.V;: :~.' V/',"'.; PtLINE, ' 4e vous trouve aujourd hui bien raisonnante, et je voudrais bien savoir co que vous voulez dire par le.

ANGÉHQUB.

Moi, madame T Que voudrais-je dire que ce que je dut

BÉMN*.

Vous êtes si sotte, ma mie, qu'on ne saurait plus vous souffrir.

ANGÉLIQUB. « Vous voudriez bien, madame, m'obliger à vou. répondre quelque impertinence ; mais je vous avertis que vous n aurez pas cet avantage.

BÊLINE.

1! n'est rien d'égal à votre msolence.

ANGÉLIQUE

Non, madame, vous avez beau dire.

BELINE.

Kl vous avez un ridicule orgueil, uno impertinente présomption, qui fait hausser les épaules à tout le monde.

ANGÉLIQUE

Tout cela, madame, ne servira do rien. Je serai sage en dépit de vous; et, pour vous ôter l'cspérancedo pouvoir réussir dans co que vous voulez, je vais ra'ôter de votre vue.

SCENJG IV.

BÉRALDE, ARQAN.

BÉRALDE.

Hé bien, mon frère I qu'est-ce ? Comment vous portez-vous ?

ARQAN.

Ah I mon frère, fort mal.

BÉRALDE.

Comment I fort mal ?

ARQAN.

Oui, jo suis dans une faiblesse si grande, qae cela n'est pas croyable.

BÉRALDE.

Voilà qui est fâcheux.

ARQAN.

Je n'ai pas seulement la force do pouvoir parler.

BÉRALDE.

IYÎ\K- venu ici, mon frère, vous proposer un parti pour ma riôo Angélique.

ARQAN, parlant avec emportement, et se Ucant de ta chatte.

Mon frère, ne me parlez point do celte coquine-là. C'est une friponne, une impertinente, une effrontée quo je mettrai dans un couvent avant qu il soit deux jours. '

<f<OMÉD> DE MOL-, 8 m US MALADE IMAQINAIRB.

BÉRALDE.

Ah I voilà qui est bien I Je suis bien aise que la force vous revienne un peu, et que ma visite vous fasse du oien. Oh ça. nous parlerons d'affaires tantôt.

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