LES VIEUX
Voici le temps où l’homme, après avoir gravi, sans souci de ce qu’il foulait sous ses pieds, la route qui l’a conduit aux sommets, s’assoit pour trouver du repos et contempler, avec orgueil ou regret, la route parcourue.
C’est le temps aussi où celui qui n’a cessé de marcher péniblement dans les terrains mouvants, peuplés de fondrières, les pieds et les mains déchirés parles cailloux et les ronces, s’arrête épuisé sur la pierre du chemin, attendant que le repos suprême vienne le consoler et l’affranchir.
Heureux celui qui, s’interrogeant alors, n’est pas forcé de se répondre
GiO
amèrement à lui-même , qu’il soit sur les hauteurs brumeuses ou dans les bas-fonds de la plaine : Je n’ai pas suivi la voie que j’aurais dû prendre; je regrette le vide de mon enfance, l’imprévoyance et la stérilité de ma jeunesse, par suite, les erreurs coupables de mon âge mûr.
Je suis vieux; il n’est plus temps de retourner sur mes pas; les jours m’abandonnent !
Si jeunesse savait! si vieillesse pouvait!
Oui , mais est-il rien de plus beau que ces admirables vieillards et ces touchantes vieilles femmes sur le visage calme desquels se reflète la vie passée dans le bon et dans le bien? Livres toujours ouverts et parlants que l’on doit consulter avec respect, et qui sont à la fois uu enseignement et un exemple.
C’est en eux que vit la tradition et que rayonne le souvenir du passé, sans lequel, quoi qu’en puisse dire l’orgueil du temps actuel, nous ne serions rien dans le présent ni dans l’avenir.
Dans toute la Grèce, à Sparte surtout, on honorait la vieillesse.
Lorsqu’un vieillard se présentait pour assister aux jeux, les jeunes se levaient et lui cédaient la place avec empressement et respect.
De nos jours, il n’en est point toujours ainsi, loin de là; quand les vieux sont assis , on leur crie sur tous les tons : Place aux jeunes ! et on ne leur laisse aucun répit jusqu’au moment où l’on est parvenu à les arracher de leur siège, à les jeter dehors. Cela vaut toujours mieux que de les rôtir et de les manger, comme font encore Messieurs les sauvages.