‹ La comédie de notre tempsChapitre 50 sur 121 · PAIX GÉNÉRALE. - TABLEAU · texte numérisé non relu

PAIX GÉNÉRALE. - TABLEAU

Les deux armées tombent, toutes les deux complètement foudroyées. Le calme renaît. — La tranquillité règne.

La guerre de Trente ans a duré trois minutes.

Note de l'auteur. Cet article parot dans V Illustration do 2(» juillet 1866. La fia suprême devant être la même, nous n‘avons voulu rien y changer.

LES ARMÉES ET LES SOLDATS

cela, il faut des

faut des artilleur

Ainsi donc il faut en faire notre deuil; il est à croire que, malgré tous nos dires, on trouvera moyen de se pourfendre naturellement et de se mettre en charpie jusqu’à la consommation des siècles.

Ce fut donc une des grandes sottises entre autres de messieurs les révolutionnaires , de réclamer la suppression et d’obtenir la diminution des armées permanentes, alors que nos ennemis probables grossissaient et fortifiaient évidemment les leurs.

Il est donc indispensable d’être prêt à se défendre. Pour armées composées de généraux, d’officiers et de soldats; il s, des dragons, des cuirassiers, des hussards et des fantas¬

sins de toute sorte; des épaulettes, des plumets, des plaques, des décorations, des galons variés à l’infini.

Il est utile de chercher à donner toutes les satisfactions de l’amour-propre et de l’extérieur à ceux d’entre nous qui sont chargés de veiller à ce que les étrangers ne viennent point fourrer indiscrètement les mains dans nos poches.

LES ARMÉES ET LES SOLDATS

Lorsque ce sont des compatriotes qui se permettent ces licences, en dépit de l’ordre et des règles établies, nous avons les gendarmes.

Sans eux , sans ces braves gens , qui ne prêtent pas à rire à bon nombre de fantaisistes, l’expérience a prouvé qu’il n’est pas de sécurité complète en France.

En temps de bouleversement et de révolution aiguë, ces fantaisistes profitent bien du trouble pour les jeter quelquefois à l’eau, mais ils surnagent et finissent toujours par gagner définitivement la belle.

Honneur à la gendarmerie.

Hors les gendarmes, en France, pas de salut!

En France, et notamment à Paris, il n’est pas de gouvernement possible sans sergents de ville.

Ces braves gens , chargés de maintenir l’ordre dans les rues et de veiller à l’exécution des arrêtés et des lois de toute sorte, sont naturellement considérés comme ennemis par ceux qui ne voient dans un désordre quelconque que l’occasion de faire un bon coup , ou simplement de rigoler un brin, comme des écoliers en rupture de classe.

A chaque révolution, les honnêtes gens et les gens soi-disant sensés laissent faire les mauvais gars qui poursuivent ces préposés à l’ordre, les pendent et les éventrent au besoin, ou les jettent sans façon à la Seine.

Mais le lendemain on éprouve le besoin de rétablir un semblant d’ordre et l’on installe de nouveau d’autres hommes, ou bien les mêmes, que l’on charge des mêmes fonctions que jadis.

On se contente de changer le nom sous lequel ils étaient abhorrés de Messieurs les casseurs d’assiettes, ou de réverbères, ou de boutiques, et le surlendemain ils sont invariablement détestés de la même façon que leurs prédécesseurs.

Sous Louis-Philippe, les sergents de ville, c’était leur nom, s’étaient attiré, en faisant leur service, la haine de Messieurs les faiseurs de barricades.

On les licencia avec empressement , après en avoir assommé quelques-uns. Quinze jours après , on les rétablit sous le nom de gardiens de Paris. Pour

dérouter un peu le bon voyou , M. Caussidière leur mit des chapeaux tyroliens construits sur le modèle de son propre chapeau, et les fit raser de près.

C’était alors que Hyacinthe, costumé en gardien de Paris, chantait au théâtre du Palais-Royal, exhalant ainsi sa douleur :

Comme la barbe nous change !

J’avais l’air d’un franc vaurien, Maintenant j’ai l’air d’un ange, J’ai l’air d’un ange gardien.

Monsieur T préfet , Quéq’ nous avons fait Pour nous avoir fait Raser tout à fait?

L’Empire vint peu de temps après et restaura le sergent de ville

COSTUMES ET VISAGES

, C est Hen du tout’ <lue J’ vous dis- C’est Augusse et Polyte gui sont en Irai de s expliquer. Des camarades, quoi!

fil

te

— Pourquoi qu’ vous lui ave? mangé le nez, à c’t homme?

— Ah ben! alors, si on ne peut pas rigoler un peu avec ses amis!...

LES ARMÉES ET LES SOLDATS

remplaçant le chapeau tyrolien par le tricorne et le sabre

par l’épée.

Le sergent de ville, pendant le cours de l’Empire, ayant naturellement accumulé toutes les animosités, après le 4 septembre, on s’empressa d’en assommer et d’en noyer bel et bien quelques-uns.

Naturellement, quinze jours après on en rétablit de nouveaux, sous le vocable de gardiens de la paix.

On abattit encore une fois la barbe et les moustaches , et on les costuma en infirmiers.

Cela ne tint pas longtemps; les moustaches repoussèrent , et ils ne tardèrent pas à redevenir à peu près comme devant.

La Commune survenant, s’empressa de les supprimer, et les remplaça par

des gaillards de barrière qui s’amusaient à faire de la police à coups de chassepot.

La Commune vaincue, on rétablit les bons gardiens de Paris avec leurs képis, leurs moustaches et tout l’attirail du passé.

Tout cela est encore en vigueur maintenant; faut-il espérer qu’avant longtemps on ne changera pas la coiffure de ces braves et utiles serviteurs, et qu’on ne recommencera pas à leur enlever encore une fois les moustaches?

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