PARIS
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UEL que soit le jugement réservé plus tard à notre époque, on est conduit lout d’abord à lui reconnaître une physionomie particulière que la plume seule ne saurait rendre , et qui réclame nécessairement l'intervention du crayon.
Les vêtements des femmes notamment ont arboré , de nos jours, des audaces d’invention + maladive, des fioritures de décorations, des recherches de bric-à-brac et de passemen-
teries tourmentées qui lassent la description \ et sollicitent le croquis.
ÿ Les manières et les habitudes marchent d'accord avec les passe- # menteries : cela devait être et cela est.
À qui? à quoi notre époque doit-elle ce goût contestable, qui conduit les
femmes à se costumer comme pour aller jouer un rôle dans ‘une’ comédie de {
genre, une féerie, une revue ou un opéra-comique ? Comment se fait-il qu’une femme que l’on rencontre trottinant sur le boulevard, semble toujours sur le point de s’arrêter pour débiter un couplet de facture? D’où vient cela ? À vrai dire, ce n’est pas le moment de toucher à de si graves questions. Nous vivons en un temps fantaisiste, et la fantaisie nous a pris de chercher à en fixer le souvenir à l’aide de ce double moyen, dont l’un complétera ce que l'autre aurait pu parvenir à exprimer.
Telle est l’idée de ce volume.
Album, recueil, livre, quelque nom que l’on veuille bien lui donner, il n’a pas d’ambitions bien hautes.
Décrire ou dessiner tour à tour une silhouette, un trait fugitif de mœurs, d’habitudes, de tournure ou de caractère, voilà sa raison d’être; faire de tous ces croquis une sorte d’esquisse générale de notre temps, voilà son but.
Pas de drame, pas de mélodrame, pas de tragédie; de la comédie seulement, si la chose se peut, avec une pointe de vaudeville :
Arthur y épouse Caroline, il ne la poignarde pas; puis Caroline trompe Arthur sans jamais l’empoisonner. Un programme du Gymnase. Ni Médée ni Borgia, mais Cassandre, Arlequin, Colombine et Pierrot, ces types éternels,
Lille
présentés à la mode du jour, habit noir, paletot, veston court, et chignon au vent; la gaieté des choses et non leur tristesse. Qui ne se rappelle les éclats de rire provoqués par l’exhumation de quelques vieux chapeaux de nos grand’mères retrouvés dans des armoires oubliées? Le temps est-il bien loin où ce qui nous paraît séduisant, au moment actuel, nous semblera peut-être avoir atteint les dernières limites du ridicule ? Je ne saurais le dire.
Les habitudes, les facons, la manière d’être qui sont de mise aujourd’hui, paraîtront-elles plus tard aussi étranges que les costumes dont s’enveloppent
les acteurs de cette comédie perpétuelle qui se joue sous nos yeux? Tout cela est possible; mais les mœurs d’une époque, ses habitudes de civilité, de savoir-vivre, ont un intérêt voisin de celui de lhistoire, et c’est ce petit intérêt qui nous sert de guide.
Comment on salue, comment on s'habille, comme on marche, comme on entre, comme on sort, on dine, on soupe, on aime, on travaille, on danse, on se marie, etc., etc., dans le temps où nous vivons : voilà ce que nous voulons essayer de représenter.
C’est une sorte de vie contemporaine au crayon dont jusqu'alors on n'avait jamais pensé à grouper les éléments épars.
Il y a deux planches de Debucourt, le Palais-Royal et les Tuileries au temps du Directoire, — deux chefs-d’œuvre d'observation et de comédie. C’est une porte ouverte, avec un esprit charmant et une vérité saisissante, sur ce temps perdu dans le passé. Quel aimable et précieux livre Debucourt aurait pu faire, en développant, dans une série de dessins commentés, les richesses de ce programme ! Mais ce livre n’existe pas.
Sous Louis XV et Louis XVI, rien que quelques croquis et gravures semés dans les œuvres de Moreau, Greuze , Chardin et Fragonard.
Sous Louis XIV, aucun souvenir intime, rien que la pompe et le guindé des fêtes de la cour.
Sous Louis XIII, quelques planches merveilleuses, mais en trop petit nombre, d'Abraham Bosse, où l’on ne fait qu’entrevoir quelques échappées des habitudes et de la vie intérieure.
Et cependant quelle satisfaction et quelle surprise pour le curieux, d’étudier et d'analyser ces vivants mais trop rares souvenirs du passé trop oublié !
En se rapprochant de nous, rien sous le premier Empire, rien sous la Restauration.
Ce livre que nous regrettons si fort de ne pouvoir feuilleter, pour retrouver quelques silhouettes de la vie humaine en ces temps disparus, notre pensée est de le faire de visu, pour le temps actuel, qui doit disparaître à son tour.
I s’agit de faire défiler sous les yeux du lecteur la revue des acteurs ct actrices qui ont un rôle dans la comédie du jour, — avec leurs costumes , leurs manières, leurs tics, leurs prétentions, leurs habitudes. Ce que nous avons vu, nous allons essayer de le rendre, et cela avec toute la sincérité, la franchise et la bonhomie qui sont en nous, — une exactitude photographique, autant que faire se pourra. Et si au milieu de tout cela il se glisse par hasard un peu de philosophie, — tant pis pour elle.