LA CIVILITÉ
x beau jour, les hommes et les femmes se sont lassés de vivre à Pétat sauvage et isolés, ils se sont réunis en société.
La nécessité de vivre en commun et en bonne intelligence, autant que possible, conduisit bientôt à établir certaines règles, dont la réunion forme le code des gens civilisés.
On a fabriqué des lois de toute espece, pour prévenir el réprimer les crimes contre la société et contre les individus. Puis on a déterminé certaines conventions et certaines habitudes sociales, pour rendre polis, agréables et satisfaisants les rapports des individus entre eux.
Voilà l’origine de la civilité.
Les mœurs se sont, petit à petit, polies par le frottement. À mesure qu'une agglomération d'hommes se perfectionne , la politesse des individus devient plus grande et plus répandue; les rapports étant plus fréquents entre les différentes classes, deviennent aussi plus entourés de précautions et de recherches, et il s'établit des coutumes et des règles auxquelles chacun convient de ne pas se soustraire; aussi ce qu’on appelle les bonnes manières et le savoir-vivre, est le résultat de la tradition et de l’expérience des temps passés.
Les bonnes manières viennent d’en haut, et s’infiltrent petit à petit dans la masse sociale, dont les assises sont nécessairement à l’état plus ou moins brut et grossier.
Il est de règle, en architecture, de ne prodiguer les richesses de la sculpture et de l’ornementation qu’à mesure qu’on s’élève vers les sommets.
Il en est de même dans l'édifice social. À mesure qu’il se perfectionne, les ornementations descendent, mais d’une manière de plus en plus sobre, jusqu’à la base, qui peut et doit être élégante, même dans sa simplicité.
Le premier fondement de la société, en général, est celui-ci :
« Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fit à vous-même. »
« Faites aux autres ce que vous voudriez qu’on vous fit. » Voilà la civilité.
Il faut savoir se gêner pour les autres, afin que les autres consentent à se gêner pour vous. Voilà la politesse.
En se guidant sur cette règle première, il sera fort difficile de se tromper, puisqu'on possède continuellement son propre juge en soi-même et sous la main.
Cest avec la civilité et avec la politesse, ces deux armes courtoises, que
l’on doit arriver sur le terrain difficile qu’on appelle le monde.
La civilité et la politesse varient suivant les temps et les milieux.
La civilité de 1873 n’est pas celle qui florissait un siècle plus tôt, ni même celle qui florissait en 1830.
La politesse de celui qui se traïnait en patache n’est pas la politesse de celui qui roulait en diligence, ni de celui qui dévore l’espace en chemin de fer.
La politesse a depuis longtemps interdit de se moucher sur sa manche. Il est intéressant de savoir comment aujourd’hui la manche est faite.
Nous nous occuperons beaucoup de la manche.