LA DEMOISELLE À LA MÈRE DUFOUR
En déplacement pour Bagatelle, et le Bois,
Une tante bien apprise doit savoir surveiller le linge ou les enfants, faire économiquement les confitures, confectionner les conserves aux cornichons, repriser les bas, et donner un coup d’œil aux torchons.
Quand il y a du monde à diner, si l’on est treize à table, elle dîne dans sa chambre.
Si elle vit au dehors, on va la visiter trois fois par an par acquit de conscience , et si on l'invite parfois à diner, c’est uniquement les jours de bouilli ou le lendemain des grandes réceptions, pour aider à terminer les restes.
Un oncle sans le sou doit être propre à faire les courses et les commissions, mettre les vins précieux en bouteilles, surveiller les emballages et les déménagements, écarter les gêneurs et les inutiles ; il doit savoir habilement planter un clou, donner un coup de scie ou de rabot, dresser les chiens et tenir les fusils en état.
S'il a la goutte ou des douleurs, surtout qu’il reste chez lui et qu'il ne dise mot : il ne faut pas qu’il attriste par un spectacle ennuyeux.
Un oncle décoré et qui a servi fait encore bien au bout de la table et en quatrième au whist. Mais il ne faut pas qu’il raconte trop souvent ses campagnes. S'il était riche, on les écouterait toujours avec le même enthousiasme, mais il doit se souvenir qu'il ne l’est pas, et les réserver, avec précaution, pour les nouveaux venus dans la maison qui ne savent point les choses, et auxquels il les racontera en particulier, dans les embrasures.
Pour les autres parents pauvres, cousins ou cousines, il n’est pas besoin de tant de facons.
S'ils viennent de temps en temps à la maison, on les recoit sans trop leur faire la grimace.
S'il se présente des solennités importantes, on les invite dans la fournée. Si leur extérieur n’a pas l’aspect d’aisance et de mise suffisante pour n’être pas comme tous les autres, on ne les invite plus.
Dans le cas où ils persistent à se présenter, et que cette persistance semble indiquer la secrète pensée de demander une aide ou un service, — ou bien on le leur rend, en entourant la chose de précautions assez désagréables pour leur enlever à l’avenir toute idée de recommencer.
Ou bien on le leur rend parce que cela vous est utile à vous-même, Fee un motif ou pour un autre, que vous seul devez apprécier ;
Ou bien encore on ne le leur rend pas du tout, et on les consigne tout simplement à la porte.
Les pères et les mères, les grands-pères et les grand’mères, dans certains milieux, ne font pas mal non plus de prendre certaines précautions de nature à les assurer contre les chances fâcheuses auxquelles se trouvent parfois exposés les parents pauvres.
Il vaut encore mieux figurer dans le chapitre des espérances que dans celui des charges et inconvénients.
Le chapitre des espérances se compose des père et mère cacochymes, des oncles apoplectiques, des tantes catarrheuses et des frères et sœurs rachitiques, quand ils ont de l'argent.
Le chapitre des charges se compose des. mêmes personnes quand ils n’en ont pas.
Or, on souffre des charges et inconvénients, on caresse toujours les espérances.
I est un vieux proverbe paysan qui dit :
— Il est plus facile à un père de nourrir douze enfants, qu’à douze enfants de nourrir un père.
Nous finirons par ce petit conte du vieux grand-père, emprunté aux vieilles histoires que l’on nous racontait jadis quand nous étions petit, et qu'on ne fait pas mal de rappeler à ceux qui sont grands.
IL était une fois un homme bien vieux qui avait les yeux troubles, l’oreille dure et les genoux tremblants.
Quand'if était à table il pouvait à peine tenir :sa cuiller; il répandait de’la soupe sur la table, et quelquefois même en laissait échapper de sa bouche.
La femme de son fils et son fils lui-même en avaient pris un grand dégoût, et, à la fin, ils le reléguèrent dans un coin derrière le poêle, où ils lui donnaient à manger une chétive pitance dans une vieille écuelle de terre.
Le vieillard avait souvent les larmes aux yeux et regardait tristement du côté de la table.
Un jour l’écuelle, que tenaient mal ses mains tremblantes, tomba à terre et se brisa.
La jeune femme s’emportla en reproches; il n’osa rien répondre, et baissa la tête en soupirant. On lui acheta pour deux sous une écuelle de bois, dans laquelle désormais on lui donnait à manger.
Quelques jours après, son fils et sa belle-fille virent leur enfant, qui avait quatre ans, occupé à assembler à terre de petites planchettes.
— Que fais-tu là ? lui demanda son père.
— Une petite auge, répondit-il, pour donner à manger à papa et à maman quand ils seront vieux.
Ce qui prouve, une fois de plus, que pour les autres et pour soi-même, il vaut infiniment mieux tâcher d’occuper une place dans la catégorie des parents riches , dussiez-vous avoir conscience de la comédie qui se joue devant vos yeux pour avoir votre argent, que de vivre péniblement dans la catégorie des parents pauvres, où vous devenez des gêneurs parce que vous n’en avez pas.
Malheureusement, le choix n’est pas toujours à votre disposition, — et c’est triste.
Mais aussi, Dieu soit loué, il est encore cà et là de ces familles heureuses et bénies, où ce qu’on appelle autre part les espérances ne se présente que
sous l'aspect d’appréhensions cruelles, où tout est dévouement, impersonnalité, solidarité, affection, tendresse et respect. Ces familles-là reposent des autres.
AzLer dans le monde, s'entend de l’action qui
consiste à aller au bal, en soirée, au concert, diner en ville et faire des visites.
Nous avons donné le croquis des diverses toilettes d'homme ou de femme applicables à tel ou tel ordre de réunion.
Il ne s’agit plus que d’indiquer la façon d’être admis, pour s’y comporter suivant la politesse,
les usages et les convenances.
Un bal, une réunion ou un concert, sont toujours précédés d’une invitation ainsi conçue :
M. et madame *** ont l'honneur de vous prier d'assister à la soirée qui aura lieu le.
On dansera.
Ou bien : On fera de la musique, suivant la nature de la réunion. Il n’y a plus que M. Choufleury qui mette encore sur ses cartes d'invitation : M. Choufleury restera chez lui le.
Il est indispensable de répondre par un mot ou par une carte à l’invitation recue, et cela dans les trois jours au plus qui suivront.
Pour les soirées ou concerts, on peut arriver à neuf heures et demie.
Pour les bals, dix heures ou dix heures et demie sont convenables. Arriver plus tard que onze heures ou onze heures et demie, est une prétention, presque une impolitesse. Il faut alors s’excuser sur la nécessité dans laquelle ou se trouvait de figurer à une autre réunion qui vous était imposée d’abord.
Quelques femmes s’étudient à ne paraître dans un salon que lorsque la réunion est complète, le cadre préparé, et que le tableau de leur toilette et de leur grâce n’a plus qu’à se présenter pour être vu de tous, et récolter tout le succès d’une exposition bien aménagée.
Cette combinaison, qui n’est mystère pour personne, ne peut produire l'effet attendu que si la beauté est réellement rayonnante, et que la toilette, combinée et mürement réfléchie, apparaît comme un véritable objet d’art.
Hors de ces conditions, il vaut mieux s'abstenir et faire comme tout le monde, d'autant plus que souvent l’affluence, à cette heure, se trouve si compacte, que la toilette, faute d'emplacement suffisant, est froissée, défraichie, ou tout au moins inaperçue, — ce qui tout naturellement fait sourire quelques hommes et fait rire toutes les femmes.
En arrivant au bal, vous mettez naturellement votre paletot ou pardessus au vesliaire.
On vous donne en échange un petit morceau de carton porteur d’un numéro. Si vous avez une voiture et que votre valet de pied vous accompagne, ce qui, par parenthèse, est fort bien porté, je dirai même assez chic, vous lui remettez pardessus et paletot, qu’il garde dans lantichambre ou le vestiaire, en devisant joyeusement avec les autres qui sont de son monde. Vous évitez ainsi la recherche du paletot à la dernière heure, ce qui est fortement à considérer.
Vous gardez avec soin votre chapeau, que vous jetez élégamment sous le bras si c’est un claque ou chapeau mécanique, que vous portez gracieusement entre l’avant-bras et le coude, si c’est un chapeau ordinaire.
Puis, vous passez une main savante dans vos cheveux, que le contact du chapeau peut avoir aplatis sans mesure sur votre front. Vous glissez le doigt
à l’origine de votre faux-col, pour lui reestituer la rectitude qu’il pourrait avoir perdue dans le cours du trajet.
Puis, d’un coup de main habile, vous métablissez la pureté des lignes des
parements de votre habit, du plastron de: votre devanture et du chapelet de
vos ordres, si vous en avez.
Un dernier coup élégant, dit le coup dut sous-préfet, vous permet de relever délicatement la manche de votre habit pour laisser voir vos manchettes et vos garnitures de boutons, tout en ramenamt une fois encore quelques boucles rebelles de votre chevelure, et vous entrez.
Vous piquez droit vers la maîtresse de Îla maison, qui se tient près de la porte du premier salon, vous vous inclinez avec grâce, et vous donnez le shake-hand anglais au maître de la maison, qui doit être situé non loin de sa femme.
Ces devoirs rendus, vous êtes chez vous, vous n’appartenez plus qu'à vous-même et — aux autres.
Saisissez, s’il se peut, d’un coup d’œïl, l’ensemble des banquettes, et voyez où sont assises les personnes que vous avez à ménager, soit comme
maitresses de maison, soit comme femmes ou filles de fonctionnaires utiles, soit pour tout autre motif.
Circulez sans affectation et saluez successivement chacune de ces dames,
en leur adressant quelques mots de politesse, d'autant plus qu’elles sont plus âgées, plus en position d’être utiles ou mieux posées.
Quelques mots d'amitié aux jeunes gens, quelques saluts respectueux aux gros bonnets.
Voici l'orchestre qui prélude. Occupez-vous des danseuses.
Lorsque vous faites votre invitation, n’oubliez pas la vraie formule Madame ou Mademoiselle, voulez-vous me faire l'honneur de danser avec moi la première contredanse, ou cette contredanse, ou cette polka, ou cette valse?
Vous ne devez jamais dire : le plaisir.
Lorsque vous conduisez la personne que vous avez invitée pour la mener à la place désignée pour la danse à laquelle l'orchestre prélude, vous lui offrez votre bras.
à Au fe z SKK
— L'Europe nous regarde.
(In petto.) Bien chaud! char-