‹ La comédie de notre temps ... études au crayon et à la plumeChapitre 126 sur 200 · DE LA PHOTOGRAPHIE · texte numérisé non relu

DE LA PHOTOGRAPHIE

ne sont que des manifestations brumeuses, ou incomplètes, ou passionnées, ou abusées de la pensée de Partiste.

Le peintre, quelque grand et intelligent qu’il fût, a toujours vu son modèle à travers une préoccupation d’un ordre quelconque, préoccupation de courtisan, d’enthousiaste ou de critique.

Le portrait d’un homme n’est que le reflet de la pensée personnelle de Partiste sur l’homme qu’il peint, ce n’est pas l’homme lui-même.

La poésie dans le portrait d’une personnalité nuit à cette personnalité même. Un portrait est de l’histoire, l’histoire ne doit se préoccuper que de la vérité. C’est la poésie passionnée dans un sens ou dans l’autre qui nous a défiguré lhistoire.

Un portrait doit être vrai, sinon ce n’est plus un portrait, ce n’est plus que la conception mensongère d’un flatteur ou celle d’un détracteur prévenu.

Qui ne voudrait, en ce moment, avoir dans son album la photographie sans retouche du Christ, de Socrate, celle d’Auguste, celle de saint Louis, celle de Henri IV, celle de Salomon de Caux, celle de Newton, celle de Vincent de Paul ?

Il semble que la pensée elle-même est écrite dans cette manifestation exacte des traits qui l'ont renfermée, et que l'étude de cette pensée devient par cela même plus limpide et plus facile pour ceux qui veulent s’y livrer.

Dans la vie actuelle, au-dessous des sphères plus élevées de l’histoire, quel est le portrait échappé de la main d’un artiste, quelque merveilleux qu’il puisse être, dont l'aspect saisisse autant Pesprit et le souvenir que ce reflet dérobé au miroir de la vérité, qu’on appelle une photographie ?

Un portrait est un essai plus ou moins habile des variations plus ou moins inexpérimentées sur un motif donné; la photographie est le motif lui-même.

Le portrait d’une mère ou d’un enfant que l’on a eu la douleur de perdre, vous plaît et ravive votre souvenir, s’il est l’ouvrage d’un peintre; il est le souvenir lui-même, si ce portrait est une photographie.

Un instant du passé, un instant fugitif, un instant vrai, exact, est là figé, immobilisé, saisi sur nature. C’est l'instant lui-même, l'instant vécu, avec

toutes ses physionomies , toutes ses aspirations, toute sa vitalité disparue.

Les molécules désagrégées maintenant, etlivrées depuis à la main de Dieu, sont réunies sous la main de l’homme et fixées pour la satisfaction de ceux qui

restent.

C’est un instant de la vie de l’être aimé, de l’être perdu que vous pouvez considérer attentif et ému. Le portrait peint vous le rappelle, la photographie

vous le montre.

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