‹ La comédie de notre temps ... études au crayon et à la plumeChapitre 125 sur 200 · DE LA PHOTOGRAPHIE · texte numérisé non relu

DE LA PHOTOGRAPHIE

Maître de dessin non pas seulement pour ceux qui font des dessins ou de la peinture, mais encore pour ceux qui les regardent.

L’habitude de voir à chaque instant et partout la forme correctement fixée et immobilisée sur le papier, donne à l’œil du peintre, comme à celui du publie, une exigence qu'ils n’avaient pas jadis.

On ne saurait plus admettre sans protester, ni les plis incorrects, ni les emmanchements infirmes, ni les proportions fausses.

Ce premier résultat a été celui de chasser à jamais les hideux portraits à cinquante francs, ressemblance garantie, dont jadis se hérissaient toutes les portes du boulevard.

Et si, par impossible, il était donné de rapprocher l'ensemble d’une Exposition faite en 1835 d’une des dernières que nous venons de voir, on serait frappé, sauf à coup sûr les grandes et magistrales exceptions, de la supériorité éclatante atteinte par la moyenne des objets d’art exposés de nos jours.

C’est évidemment à la photographie et à ses enseignements répétés à satiété que ces progrès sont dus.

Que la facture ait été considérablement améliorée, c’est là un fait des plus incontestables. L’art de limitation ne saurait guère être porté plus loin.

Reste l’art véritable, qui fait son choix parmi tous les enseignements variés fournis par le maître; reste le raisonnement qui les réunit et les groupe, reste l'esprit qui les anime; reste la poésie, qui les dramatise et qui les élève.

Toute chose ayant ses exagéralions, ses écarts et ses erreurs, il est résulté de l’enseignement donné par la précision photographique une école dite école réaliste, qui ne voit rien au delà de limitation exacte et brutale.

L’essence mère de la photographie est de reproduire, avec une fidélité souvent douloureuse pour le modèle, ce modèle lui-même, avec ses incorrections, ses défaillances et ses défauts, comme avec ses qualités et son caractère.

La mission de l’art est de poétiser cette forme et ce modèle, et de se servir des documents nouveaux que lui livre ce nouveau procédé pour choisir ceux

qui dégagent, plus grand et plus élevé, le caractère entrevu. Par suite, il n'est

plus permis à l'artiste d’être incorrect, mais il lui est enjoint de montrer, sil veut être compté parmi les artistes, du goût, de l’imagination, ou de la science, ou du génie, ou tout au moins de l’esprit.

Ce que nous voyons journellement autour de nous cesse de nous impressionner et de nous toucher. Mais pour celui qui arrête un instant sa pensée sur les résultats, quelle surprenante et merveilleuse conquête !

Quel portrait peut égaler celui que nous donne la photographie ?

Celui qui pose devant cet appareil implacable, qui semble le miroir de la Vérité, peut bien, s’il n’est pas sincère, chercher à dissimuler quelque chose parmi les défauts ou les qualités qui le caractérisent, mais sur l'épreuve que rend linstrument fidèle, la dissimulation elle-même est écrite, et l'effort essayé apparaît!

On comprend l’œil impérieux qui cherche à s’adoucir ou qui s’exagère; la bouche volontaire, ou bavarde, ou gourmande, qui se modère et s’atiénue; le sourire indulgent, ou cruel, ou moqueur, ou narquois, dont l’expression se force ou s'éteint.

Plusieurs épreuves comparées peuvent donner à l'observateur la clef d’un caractère, et éclairer la physionomie de toute une existence.

Ne connaïtrions-nous pas mieux les hommes et les temps du passé si la photographie eût été plus vieille de plusieurs siècles ? Les traits exactement tracés de Marat, de Robespierre, de Mirabeau, de Malesherbes, de Louis XUI, de tous les Girondins, comme de tous les Jacobins, seraient pour nous à étudier comme une révélation de la nature et de l’histoire.

Il y a tel rictus, telle ride, tel froncement de sourcils, bien qu’atténués volontairement ou dissimulés, qui sont toute une révélation ou toute une

explication à un acte et même à une vie.

Les portraits dus au pinceau des artistes parmi les plus grands et les plus illustres, peuvent être des morceaux merveilleux de peinture et d’art; mais ils

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