SCÈNE IX
(Entre madame de R..., accompagnée de Gontran du Breuil et du baron Oscar.)
MADAME DE R... — Je viens voir ces terribles épreuves.
LE PHOTOGRAPHE. Les voici.
MADAME DE R... (Elle regarde longuement.) — Toujours la même chose! c’est affreux. Mon Dieu! monsieur, dites-moi donc qu'est-ce que c’est que
tous ces petits détails inutiles, tous ces méplats? On croirait réellement que
ce sont des rides; et ces noirs sur le côté, sous les yeux, au cou?... Je suis persuadée, monsieur, que vous ne pouvez êlre satisfait de votre œuvre.
LE PHOTOGRAPHE. — Cependant, madame, l’épreuve est superbe, venue dans la perfection, une suavité de modelé remarquable.
MADAME DE R... — Laissez-moi donc tranquille avec votre suavité; vous savez parfaitement que ce portrait est détestable; je demanderai l'avis de ces
messieurs.
GONTRAN DU BREUIL, regardant les épreuves, bas à madame de R... — Chère madame, c’est affreux. ï M. DE R... — C'est hideux!
LE BARON Oscar, bas. — Ce n’est pas un portrait, c’est une diffamation. GONTRAN DU BREUIL, bas. — Ce photographe est un cancre.
LE BARON OSCAR , bas. — C’est un savelier.
MADAME DE R..., du photographe. — Ges messieurs sont de mon avis. Je
vous avais cependant bien averti : je tenais à avoir une photographie exacte-
ment comme celle de mademoiselle Angelo.
LE PHOTOGRAPHE, piqué. — Eh bien, madame, rien de mieux! j'ai encore le cliché , je vais donner l’ordre de vous en faire tirer vingt-cinq. (Madame de R... sort tragiquement et monte en voiture.) GONTRAN DU BREUIL. — Moi, je la trouve bien bonne. LE BARON oscar. — Elle la trouve mauvaise. ({s sortent en riant.)