UNE PREMIÈRE A L'OPÉRA-COMIQUE. A
Maxime. — Attention! mesdames, voici l'ouverture, on la dit charmante.
Irma. — L'ouverture, merci! e est comme les préfaces. Qui est-ce qui lit les préfaces ? On l'entend, on ne l’écoute pas. Passe-moi le Figaro.
Juuerre. — Vert-Vert, un drôle de nom. Qu’est-ce que ce peut bien être ?
IRma. — J'ai toujours entendu dire que Vert-V’ert c'était un journal.
Oscar. — Quant à la couleur, elle est suffisamment indiquée.
JuuiErre. — Faire une pièce là-dessus, ça ne doit pas être commode.
Maxime. — Les auteurs sont des malins qui connaissent leur métier.
JULIETTE. — Ça les regarde. Quant à moi, je ne retourne plus à la Maisond'Or; ça devient par trop gargotte. Des écrevisses bordelaises rédigées comme ça, c’est écœurant.
Maxme. — On croirait lire V Étendard.
Irma. — Il n’en faut plus. (On continue de jouer l'ouverture, les voisins demandent silence.)
Maxime. — C’est bon, on y va. Très-joli ce passage, un peu froid cependant.
Oscar. — Ça me rappelle le passage de la Bérésina.
Tony BouLor. — Taisez-vous donc, bavards.
JULIETTE. — Toto, passe-moi la lorgnette. Voici la duchesse qui fait son
entrée; elle a des cheveux neufs. Ah ! voilà Chose qui emplit sa stalle. Une chaîne de plus.
Oscar. — Puisqu’il entre au Petit Moniteur, un couloir pour l’Académie française.
JULIETTE. — C’est égal, les écrevisses n’étaient pas drôles. Quant au vou-
geot, de l’argenteuil première.
Tony Boucor. — Avec quelques coupures intelligentes
Ici applaudissements de toute la salle.
L'ouverture terminée, Juliette, Irma, tous ces messieurs applaudissent.
Irma. — I] paraît que c’est charmant. C’est égal, j'aurais mieux aimé une avant-scène.
JuLIETTE. — Justement voilà Sa Maigreur la grande Olympe qui arrive dans l’avant-scène de gauche avec son Russe d’avant-hier et le vieux Ture des Champs-Élysées. Quelle poussière !
Irma. — Ils se regardent comme deux chiens de faïence.
JULIETTE. — Un os survient, voilà la guerre allumée.
Tony BouLor. — La question d'Orient reparaît palpitante à l'horizon.