‹ La comédie de notre temps ... études au crayon et à la plumeChapitre 25 sur 200 · GENTILHOMME DU SPORT · texte numérisé non relu

GENTILHOMME DU SPORT

Tenue de sport extra-muros.

S1 le chapeau présente réellement peu d'utilité, soit pour garantir, soit pour abriter son propriétaire, nous croyons, en revanche, qu’il possède une réelle importance dans les rapports sociaux... je veux parler du salut, dans lequel le chapeau joue un rôle d’une valeur incontestable.

C’est alors que le bord petit, sec et rigide, commence à montrer et sa valeur et son but. La main le saisit facilement ; comme il est ferme, la forme

du chapeau l'accompagne aisément, avec légèreté et précision, sans dévier, sans fléchir.

Avec le feutre mou des barrières et des faubourgs, on salue peu ou on ne salue pas.

Lui sé prête merveilleusement, au contraire, à toutes les nuances délicates que l'usage enseigne aux gens bien appris, car il faut se conduire, ou plutôt conduire son chapeau suivant la position, l’âge, le sexe, la fortune des personnos que l’on est appelé à saluer, ou bien encore suivant la nature des avantages que l’on espère retirer de ces mêmes personnes.

Nous allons donner quelques renseignements et quelques indications sur les différents saluts que l’on peut avoir à exécuter.

Salut au petit X..., du club.

Ce salut peut être convenablement accompagné de : Bonjour, cher, ou très-bon.

Salut froid et empesé.

Ce salut est celui qu’il faut employer lorsque l’on veut tenir les gens à distance.

Exemple. Vous êtes orné de cinquante mille francs de rente, et vous vous

promenez sur le boulevard. Tout à coup, vous voyez se diriger vers vous un

ancien ami, ou simple employé dans un ministère, avec lequel vous ne

pouvez avoir aucune affaire, ou pelit commerçant, ou bien dont vous ne connaissez nullement la position. Seulement vous voyez du coin de l'œil un paletot quelque peu fripé, un chapeau rougissant, des bottes sans jeunesse : passez froidement et avec calme, ne ralentissez ni ne pressez le pas, levez

lentement votre chapeau, en faisant légèrement pencher le bord antérieur jusqu’à La hauteur de l'œil. Posez-vous de trois quarts, les yeux vaguement fixés à quinze pas. Votre ancien ami se gardera bien d'approcher. Fil approche néanmoins, c’est qu’il va demander à vous emprunter cent sous.

Salut jovial.

N’employez ce salut qu'avec les gens que vous êtes bien aise de rencontrer. Vous pouvez sans crainte saluer ainsi l’homme aimable

qui vous a donné rendez-vous sur le boulevard pour vous

annoncer un joli petit dîner de garçons à la Maison d'Or,

ou même chez Bignon. On peut sans inconvénient joindre

à ce salut, si l’on est entre deux âges, la locution fami-

lière : Bonjour, mon gros! ou : Bonjour, mon petit! suivant

les circonstances. Si l’on est jeune : Bonjour, ma vieille! Salut, mon petit

trognon |

Salut de cavalier.

Ce salut, qui se fait généralement à cheval, peut encore se faire à pied, — si l’on porte des éperons. Le chapeau s'élève perpendiculairement à trois centimètres au-dessus de la tête, et s’écarte brusquement environ dix centimètres

à gauche sur une ligne parallèle. Évitez avec soin l’exagé-

ration, pour ne pas ressembler à un écuyer de manége.

Salut d'un employé à son chef.

Surtout s’il est de cinq minutes en retard, ou bien au moment où il est question de distribuer l’avancement et les gratifications.

Salut quémandeur.

À employer si lon demande un secours de vingt-cinq francs ou une place aux Petits-Ménages.

Salut gracieux.

À une dame : — Toujours fraîche, toujours charmante! — un bouton de rose!

Le salut folichon et littéraire.

Chers goîtreux et crétins très-précieux, salut!

Salut protecteur.

Salut qu’il faut savoir faire lorsque l’on occupe une haute position et qu'on a la conscience d’une éminente supériorité.

Ce salut se fait en touchant avec une certaine dignité

ferme le bord antérieur du chapeau, vers le milieu. Se bien garder de lever le chapeau, se contenter de le faire basculer presque insensiblement. Rester de

profil.

Salut à une jolie femme.

Pour exécuter ce salut, on prend le chapeau d’une main pour le baisser respectueusement à la hauteur du genou, puis ramenant la seconde main au secours de la première, on remonte le chapeau par un mouvement gracieux vers la région du cœur, les bras relevés en aile de colombe.

En se redressant avec tout le charme que l’on est capable de déployer, il est assez convenable de porter la jambe gauche en arrière, en se balançant avec un frémissement légèrement épileptique, lequel n’est pas sans grâce.

Salut bon enfant.

Se fait généralement en venant diner.

Ce salut peut facilement se joindre à des paroles bien simples et bien sans facon, comme celles-ci : —— Tas de galopins, sur mon cœur, ï

Salut gourmé,

— quand on s'adresse à des messieurs.

— On ne dit donc rien à son gros trésor, petite Niniche! — quand on

s'adresse à une dame.

Dans un salon, le salut se complique d’une attitude, le chapeau n'étant plus qu’un accessoire secondaire, puisqu'il reste à la main et sous le bras.

Partout ailleurs, son rôle est de premier ordre, puisque le caractère du salut résulte de la façon dont le chapeau quitte la tête, dépendant du plus ou moins de courbe qu’il décrit après l'avoir quittée, et du plus ou moins de temps qu’il met à reprendre sa place.

Dans un salon, le chapeau ne devant plus sous aucun prétexte recouvrir la tête de son propriétaire, il s’ensuit naturellement que le rôle du chapeau devient un rôle effacé.

C’est le jeu des bras, de la tête, des mains et de l’échine , qui doit suppléer à l'insuffisance du chapeau.

ET VISAGES

COSTUMES

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