‹ La comédie de notre temps ... études au crayon et à la plumeChapitre 52 sur 200 · LES EMBUCHES DE LA MODE · texte numérisé non relu

LES EMBUCHES DE LA MODE

âge, eurent l’idée de s’enfariner les cheveux, et forcèrent la jeunesse à se poudrer à blanc.

De nos jours, les gens à cou grêle et garni de cordes et de ficelles, ayant pour complices les gens à cou goîtreux ou fâcheusement cicatrisé, ont inventé les cols majestueux et les hautes cravates.

Les cagneux ou sans mollets ont proscrit les culottes courtes, et imposé les pantalons larges, longs et à plis.

Les petits ont inventé les hauts talons et exhaussé la forme du chapeau.

Les myopes ont fait venir la mode des carreaux dans l’œil et des lorgnons.

Quand les sourds imposeront-ils celle des cornets ?

Et les pieds-bots celle des béquilles ?

De NS SE, SNS

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Trait "d'union.

Quaxp on voit poindre la promesse de ce petit être dont la présence ou lPespoir est la base de toutes les conditions sociales, on se prend tout d’abord à songer à lui donner de quoi pouvoir se présenter décemment ou brillamment en ce monde dans lequel il arrive tout nu, et où il doit nécessairement jouer un rôle.

La comédie commence.

« Petit Léion, dans le sein de ta mère,

« Tu n'as jamais connu la pauvreté. »

La pauvreté ni la richesse : le clos et le couvert suffisaient à ces modestes besoins.

À peine affranchi des premiers liens qui Pattachent à la famille, le bébé devra naturellement emprunter au dehors une compensation à ce qui lui manquera désormais.

Aussi la sollicitude et la coquetterie de la mère s’éveillent en faveur de ce cher poupon encore inédit.

C'est l’âge doc des petites brassières, de ces délicieux bonnets microscopiques, ruchés de dentelles et de rubans, que font sauter sur le poing les petites mamans, pensionnaires de la veille, les yeux humides de tendresse et la bouche souriante.

C’est le moment où l’on court frémissante et empressée tous les magasins, où l’on trouve les Magasins du Louvre trop petits, où l’on bouleverse une escouade de.commis afin de découvrir des langes convenables, des couches

d’une qualité tout à fait avantageuse, et des guipures de choix pour les robes habillé.

Le bébé a fait son entrée dans le monde.

Le cher petit chou n’est pas plutôt apparu, qu'il est classé par sa tenue et par son costume.

Nous ne parlons pas des bébés exceptionnels qui trouvent le grand cordon de la Légion d'honneur dans leur berceau.

Mais les uns débutent en cachant leurs petits nez rouges dans la batiste et

le point d'Alençon, tandis que les autres éternuent dans la toile cretonne bise et le calicot.

Les uns sont-ils plus heureux que les autres? J’en doute fort, d'autant plus que les derniers trouvent le plus souvent dans le sein de leur mère, bien à eux,

des compensations auxquelles ils doivent in Pello attacher une importance d’un ordre tout à fait supérieur.

Pendant les premiers mois, le bébé est une petite poupée bien entourée de

langes, de couches et de longues robes qui l’enveloppent tout entière.

Mais quand les jambes ont commencé à affirmer leur puissance, et quand

la petite poupée s'efforce de s'affranchir des bras de la maman pour faire ses

premiers pas dans le monde, alors paraissent les petits vestons soutachés, les

robes plus courtes, les vastes rubans, les petits souliers, devant lesquels se

pâment les bons papas et les vieilles grand mères. L'enfant marche! quel beau jour pour cette pauvre maman que celui où la

première fois son fils est en culotte!

Et c’est pourtant le premier signal de laffranchissement définitif, et du moment où, semblable à la poule qui a couvé un petit canard, le cœur bien

gros , elle verra le cher bébé devenu grand se lancer étourdiment sur cet océan où son aile ne saurait plus le protéger.

En attendant, combien de mamans et combien de papas débutent, par les erreurs et les exagérations du costume, à préparer, sans le vouloir, des déboires pour l'avenir, à eux, aux bébés ensuite, et finalement à la société tout entière!

A partir de trois ou quatre ans, certains parents commencent à faire répéter aux bébés qui marchent à peine, et qui tout au plus commencent à parler, leur rôle dans la comédie de la prétention et du chic.

Les petites filles sont habillées en camargos, en bouquetières Louis XV, en

dames du temps de Henri II, en ballerines ou en danseuses, en Écossaises ou en Suissesses. Elles arborent des crinolines, des jupons tuyautés et des éventails.

Quant aux petits garçons, de mémoire d'homme, trop de papas et trop de mamans se sont plu à les costumer, suivant les temps, ou en artilleur, ou en

garde national, ou en grenadier, ou en zouave, ou en Ecossais.

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