UN GROS BONNET
L'HABIT
Quelques-uns sont dans la nécessité de porter au moins une croix à leur boutonnière, pour ne pas être pris fatalement pour des domestiques. Avec quelques connaissances dans les ambassades étrangères, on peut arriver facilement à ce résultat. Une pareille ambition n’a rien de blâmable.
L’habit du magistrat découvre moins le buste, et s’avance avec gravité sur la poitrine.
L’habit du professeur, de l’orateur et de l’économiste, se croise et se boutonne hermétiquement, comme pour contenir des élans tumultueux.
L’habit du gros banquier va comme il veut. Il serait habillé dans un sac qu'il n’en serait pas plus mal vu, et il le sait bien.
L’habit du savant ne va pas du tout.
L’habit du militaire moule les formes.
L’habit de Pemployé n’en a pas.
L’habit de l'artiste est varié, il prend toutes les physionomie.
Mais le type de Cabrion, ce vieux rapin, est mort avec Eugène Süe. Parmi les artistes, quelques-uns affectent les allures d’ofliciers de cavalerie, d’autres se costument adroitement en diplomates, d’autres préfèrent la gravité du notariat, mais la tenue
militaire est plus demandée. Horace Vernet a fait moins école parmi les artistes comme peintre que comme colonel.
L’habit du littérateur et du journaliste flotte de l'élégance suprême à l'insouciance complète. Enveloppez une intelligence cotée et faisant prime dans quelques mètres de drap noir, coupez et taillez comme il vous plaira, le paquet sera demandé et bien reçu partout.
Quelques-uns ont la faiblesse de barder et ficeler tout cela de rubans et de croix. Il est vrai de dire qu’ils en rient eux-mêmes, en petit comité. Mais il est une partie du public sur lequel lelfet se produit. C’est leur excuse.
L'homme qui fait profession d’êlre élégant n'aime pas à porter un habit complétement et tout battant neuf. Le beau d'Orsay, dit-on, faisait casser et assouplir les plis par son domestique. Cela me semble une extrémité.
Généralement, quand votre habit aura pris ses grades et qu'il aura paru
pendant un an sur le champ de bataille parisien, alors seulement confiez-le à
votre domestique qui s’en fera du bien.
Quelques hommes se font faire un habit tous les dix ans seulement, mais ils l'endossent trois fois par an, dans les circonstances solennelles ; d’autres conservent toute leur vie l’habit de leur mariage. Si leur étoile ne les condamne pas au veuvage, et par suile à se marier une seconde fois, ils ne connaissent jamais les splendeurs d’un second habit. Ceux-là, il est vrai, n’appartiennent pas au Jockey-Club.
COSTUMES ET VISAGI