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Savonnette à vilain.
LES SIMILITITRES.
Ivs1 que nous l'avons dit précédemment, les principes d'égalité proclamés avec tan{ de soin et tant de fracas depuis tantôt près d’un siècle, n’ont pas convaincu tout le monde, il s’en faut.
Il n’est pas besoin d’être profond
observateur pour remarquer comment
le catéchisme des principes, dits les glorieux principes, principe de l'égalité, principe même de la liberté, comme
celui de la fraternité, rencontre des incrédules et des dissidents tout aussi bien dans le groupe des catéchiseurs que danis la foule des catéchisés.
Le soin principal des gens en apparence les plus convaincus, consiste à réclamer pour eux ce qu’ils suppriment nœættement et carrément chez les autres.
La fraternité est un mot vague qui ne ditt rien et n’engage précisément à rien. Il y a les frères amis comme il y a malheureusement les frères ennemis. Il a fallu accoupler les deux mots frères et amis pour arriver à une signification quelconque. Et encore, les frères et ‘amis sont ceux qui se plaisent davantage à s’assommer de coups de poimg et de coups de soulier après boire.
Les apôtres les plus enthousiastes de la lilberté, on le sait, réservent cette précieuse liberté uniquement à ceux qui sont de leur opinion et de leur avis, la refusant nettement aux autres.
Ceci est un dogme. Un exemple récent, «celui des événements passés au moment de 11 Commune, nous démontre suræabondamment comment la liberté de la presse, la liberté de conscience, la liberté de soi-même, et même la liberté de vivre, ne sont réclamées énergiquiement que par ceux qui veulent s’en servir pour leur propre satisfaction persomnelle.
Les gens d’un avis contraire sont formellemnent exclus de toutes ces formes
de la liberté.
Ainsi que nous l'avons dit, légalité n’a ppas mieux réussi à s’implanter dans les couches anciennes et nouvelles.
L’épidémie du galon, au temps de la Commune, a démontré clairement le goût des distinctions, des honneurs et des places, et l’horreuride l'égalité
dans les rangs les plus inférieurs.
Quand on prend du qalon, on n'en ssaurait trop prendre.
A cette époque où l’on prenait tout, cette manie nous semble encore unc des plus innocentes.
Mais elle nous parait conclure péremptoircement contre les prétentions à l'égalité, puisqu'il est démontré que cette préttendue égalité ne viserait à autre
chose qu’à rabaïsser ce qui est en dessus, sans relever, et même en abaïssant encore ce qui est en dessous.
Les soldats savent parfaitement qu’il n’est pas d’officier plus roide et plus exigeant que celui qui a-été simple soldat.
IL ny a pas de patron plus difficile avec ses ouvriers que celui qui fut ouvrier.
Pas de maître plus impérieux dans sa maison que celui qui a commencé par être domestique.
Pas de bourgeoise plus intraitable avec les cuisinières que celle qui fut jadis cuisinière elle-même.
Pas de noble plus entiché de noblesse que celui qui s’est créé noble par sa propre initiative.
Un duc de nouvelle fabrication est beaucoup plus prétentieux et gourmé avec les citoyens roturiers que les ducs vieille maison.
Suivant une expression puisée dans l’arsenal bourgeois, il faut bien faire balai neuf.
Ce que le bourgeois, quoi qu’il en dise, respecte et envie le plus, c'est un titre.
Quand un bourgeois n’a pas réussi à se faire fabriquer duc, comte ou baron par une autorité quelconque, celui qui envie cette sorte de distinction prend tout simplement le parti de se l’octroyer gravement à lui-même de propos délibéré.
Quand il n’a pas l’énergie ou le toupet nécessaire pour se donner à luimême cette satisfaction, il cherche, comme M. Poirier, à se la procurer de seconde main en s’achetant un gendre, et se payant ainsi des petits-fils, ou marquis, ou vicomtes, ou barons.
M. Thiers, le petit bourgeois, comme il s'intitule lui-même, est le type de cette bourgeoisie, dont M. Prudhomme est la caricature. Madame Prudhomme a toujours exagéré Monsieur.
Un intime disait à l'honorable président : — Madame Thiers doit être bien heureuse et bien fière.
— Madame Thiers, allons donc! répondait le spirituel petit bourgeois, elle ne me pardonne pas de ne pas être duc.
L’aristocratie est devenue si bonne fille depuis qu’on la conteste, qu’elle semble savoir gré au premier venu de lui dérober quelque chose de son étiquette, de ses blasons et du reste de ses priviléges.
Elle tient compte aux gens de ce qu’ils veulent bien s’intituler barons ou marquis, et considère ce procédé comme une marque d'adhésion.
Avec d'autant plus de raison du reste que nul ne lutte plus vigoureusement pour la cause de la noblesse que ceux qui, d’une noblesse douteuse, cherchent à s'affirmer de la manière la plus éclatante afin d’écarter les doutes du vulgaire.
La vieille aristocratie en est quitte pour rire dans sa barbe, — quand elle en a, — des outrecuidances et des prétentions des nouveaux venus, et pour ne pas les recevoir, — sauf dans les relations lointaines de voisinage à la campagne, ou bien lorsqu'il est question d’une grosse dot pour messieurs
ses fils.
Celui qui s’improvise membre de l'aristocratie et de la noblesse doit être q
riche, avoir des voitures et des chevaux. Sa fortune a été faite par son père dans ‘quelque commerce fructueux, mais sans trop de retentissement ou d'éclat.
Il est certains noms si connus qu’il deviendrait difficile d’en tirer parti dans ce sens.
Le nom de Domange, par exemple, malgré son heureuse disposition de lettres, se prêterait difficilement, vu la grande notoriété, aux combinaisons en
usage.
Il faudrait plusieurs générations pour faire passer, sans observation, une carte ainsi libellée :
Le baron Gontran d'Omange.
Cependant, avec un peu de persévérance et beaucoup de cessation de commerce, la chose ne serait pas impossible.
Dans le cas de trop grande résistance, on pourrait prendre un chemin détourné :
M. Gontran Domange, baron de la Villette.
Et puis, quelque temps après :
Le baron Gontran de la Villette.
La génération présente ne s’en apercevra guère, celle qui suivra n’y verra que du feu.
Généralement on ne se heurte pas à de pareilles difficultés, on s’appelle tout simplement Duval ou Dupuis comme tout le monde, on loue un petit hôtel dans le quartier Malesherbes ou des Champs-Élysées, on achète des chevaux et une voiture.
Ce sont les carrossiers, les marchands de chevaux et les fournisseurs qui, le plus souvent, engagent action au profit de M. Duval, en lui donnant leur facture sous le nom de M. le comte du Val. Cela est un heureux calcul de leur part. Le client est ravi, et lui reste. Quant à la note, M. le comte du Val se conduit naturellement de la façon la plus aristocratique et ne lui fait subir aucune réduction.
L'action une fois engagée, les domestiques suivent le mouvement.
Il ne s’agit plus que de compléter la mise en scène. On court les ventes et on s’achète une pacotille de tableaux d’ancêtres, avec
ou sans cuirasse, décorés de l’ordre du Saint-Esprit, ou en costume de chevaliers de Malte. On montre négligemment aux visiteurs des grand'tantes abbesses, des mestres de camp contemporains de Montluc, et des mignons costumés sur le patron de Saint-Mégrin, Maugiron, Quélus.
On sourit finement en disant : — Voici un petit galopin d’ancêtre qui était un profond scélérat.
Quant à cette jolie petite aïeule, dans le coin à gauche, elle a beaucoup fait parler delle sous Louis XIIL —
Il va sans dire que la maison est inondée d’un déluge de couronnes. Couronnes sur les meubles, couronnes sur les mouchoirs, couronnes sur le papier à lettres, couronnes sur les pommes de cannes : aimez-vous les couronnes, On en à mis partout.
La voiture, ou les voitures en sont garnies, aïnsi que les harnais.
— Tiens! ce bon Duval est définitivement comte depuis son dernier harnais, disent les amis en riant sur le boulevard.
C’est le moment des armes et du blason.
On étudie avec soin les livres de M. Borel d'Hauterive, qui est le d'Hozier de l’époque.
On a acheté quelque part une bicoque dont le nom s’ajoute à l’autre.
On devient M. le comte du Val d’Andorre.
Ou le comte du Val de n'importe quoi.
Les armes sont fabriquées avec soin sur les indications générales qu’on a pu recueillir dans les environs ou autre part.
On s'efforce de faire le moins possible de fautes de blason, et la couronne devient la, compagne inséparable de, lécu.de M. le, comte du Val, ,sur les meubles, la vaisselle, les cannes et la tapisserie.
Ce qu’il y a de bon, c’est qu’au bout d’un certain temps, si la fortune du comte du Val, par suite de ces débauches de couronnes, d’armoiries et de voitures, n’a pas subi de trop graves atteintes, c’est à peine si, dans quelques bons endroits, on pense à discuter l’aristocratie de M. le comte. Il arrive même parfois que si la fortune a été par trop écornée, M. le comte trouve moyen de se refaire par un riche mariage avec la fille ou la veuve de quelque
vinaigrier, éblouie par la pensée de s'appeler Madame la comtesse du Val.